LE RAMASSEUR DE BONNETS
^E suis en mesure de donner des nouvelles de Puck aux personnes curieuses de savoir ce qu'il est devenu depuis qu'il quitta la forêt près d'Athènes. On supposait généralement, — et j'étais moi-même enclin à cette erreur, — que, puni pour une espièglerie un peu trop hasardeuse, il languissait exilé dans un verger des îles d'Avalon; des gens qui se prétendaient bien informés racontaient qu'il avait commis l'imprudence de s'endormir, un soir, dans une rose amoureuse, et que la rose, s'étant fermée, ne s^était plus
rouverte* D'autres bavards répandaient d'autres histoires. Tout le monde se trompait. La vérité, c'est que le compagnon de Fleur-des-Pois et de Grain-de-Moutharde n'a jamais cessé de vivre parmi les hommes; je l'ai rencontré, un matin de printemps, dans une venelle d'aubépines, suspendu, comme un gymnaste au trapèze, à un fil tremblant d'araignée. Mais il s'est rendu assez différent du Robin Bonenfant de jadis ; ce n'est plus lui qui hennit comme une pouliche coquette pour tromper un cheval gras et nourri de fèves; ce n'est plus lui qui s'insinue dans la tasse d'une commère sous la iorme exacte d'une pomme cuite, ou qui, s'offrant pour escabeau à une grasse matrone, se retire tout à coup, de sorte qu'elle tombe sur son derrière aux grands éclats de rire de l'assemblée. Non, Puck a des soins plus sérieux à présent; il exerce une fonction grave ; il est, — de son état, — ramasseur de bonnets de l'autre côté des moulins !
D'abord, l'aveu de cette profession, assez étrange en apparence, ne laissa pas de me surprendre; je fus tenté de croire que Robin