‹ Les contes du rouetChapitre 26 sur 35 · LE RAMASSEUR DB BONNETS I · texte numérisé non relu

LE RAMASSEUR DB BONNETS I

m'en voulait donner. On sait qu'il n'a pas de plus grand plaisir que de bafouer les gens ; il ne faut pas toujours s'en fier à sa parole. Mais, après réflexion^ je fus contraint d'admettre qu'un tel métier pouvait exister; même il serait tout à fait inexplicable qu'il n'existât point. Car, enfin, en vous promenant derrière les moulins, ou dans les sentiers environnants, avez-vous jamais vu des bonnets, répondezmoi ? Non, vous n'en avez jamais vu. J'entends : par terre. Pour ce qui est d'en apercevoir sur les cheveux bruns ou roux, ébouriffés, des belles filles qui passent, il n'y a rien de plus firéquent, grâce à Dieu. Mais des bonnets tombés sur l'herbe, ou accrochés aux branches, on n'en remarque point. II est cependant avéré qu'il s'en envole chaque jour , — et chaque nuit, — un nombre considérable, et l'on marcherait à tout instant sur des ruches, des dentelles, des blondes, — comme un méchant oiseleur piétinerait des colombes, — si quelqu'un ne ramassait pas les bonnets I Vraiment, je fus très penaud de n'avoir pas pensé depuis longtemps à la nécessité de cette fonc-

tion ; je l'aurais peut-être sollicitée, — bien qu'il doive y avoir quelque chose de pénible, d'humiliant aussi, à constater que la chute de tant de pudeurs ec d'innocences, lorsqu'on n y a été pour rien. Le charmant, ce n'est pas de ramasserun bonnet après qu'ila fait sa culbute d'oiseau blessé, c'est d'en dénouer les brides. D'ailleurs, les regrets n'eussent pas servi à grand'chose, puisque Puck était en place et ne montrait aucune envie de donner sa démission malgré les grandes peines qu'il était obligé de prendre.

— On ne saurait s'imaginer, me dit-il , combien est assujettissant l'emploi qui me fut confié. Je ne trouve plus le temps de bavarder près des sources avec les fauvettes des roseaux, ni de rire avec les ruisselets caillouteux, ni de guerroyer contre les scarabées pour leur voler l'émail de leurs ailes, dont on se ferait une si belle cuirasse ; dès que je commence à délacer le corset vert des roses en bouton, mon devoir m'oblige à courir de-ci de-là, et les jeunes roses me gardent rancune de n'avoir été déshabillées qu'à moitié, étant comme les femmes, qui

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