‹ Les contes du rouetChapitre 7 sur 35 · NEIGE DE ROSE ET PLUIE DE VIN · texte numérisé non relu

NEIGE DE ROSE ET PLUIE DE VIN

« Aujourd'hui encore et demain — je reste-

rai auprès de toi ; — mais quand viendra le troisième jour, — il faudra que je parte d'ici.

Quand reviendras-tu, — ô le plus cher de tous à mon cœur, — cueillir des roses rouges

— et boire du vin frais ?

Je reviendrai quand il neigera des roses rouges — et quand il pleuvra du vin frais ; — jusque-là il faudra m'attendre, — ô la plus chère de toutes à mon cœur !

Elle alla dans le jardin de son père — et se coucha et s'endormit — et rêva un petit rêve

— où il pleuvait du vin frais.

Mais quand elle s'éveilla — il n'y avait plus rien du tout ; — des roses fleurissaient — fleurissaient au-dessus d'elle.

Elle se construisit une maison — en joli trèfle vert ; — elle regardait toujours vers le ciel — pour voir s'il neigeait des roses.

Elle couvrit sa maison de cire jaune — et de beaux lys dorés — afin de pouvoir se mettre à l'abri — quand il pleuvrait du vin frais.

VIEILLES CHANSONS d'ALSACE 91

Et, quand la maison fat bâtie — elle but le vin du bon Dieu ; — et, une guirlande de roses à la main, — elle s'endormit dans sa maison.

Cependant l'amoureux revint, — et il alla dans le jardinet ; — il portait une guirlande de roses — et un gobelet de vin.

H se heurta du pied — à la petite éminence

— et tomba. C'est ainsi qu'il neigea des roses

— et qu'il plut du vin frais. »

— Rouet dis-je, c'est la chanson des fiancées heureuses vers qui les fiancés reviennent. Ne sais-tu pas un lied plus doux, d'être plus triste?

— Ecoute, ronronne le rouet.

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