‹ Les contes du rouetChapitre 8 sur 35 · LES ENFANTS DU NOBLE ROI · texte numérisé non relu

LES ENFANTS DU NOBLE ROI

«Il y avait deux enfants du noble roi — qui s'aimaient tendrement l'un l'autre. — Us ne pouvaient pas se rejoindre, — parce que l'eau était trop profonde.

Ah ! cher petit homme ! si tu savais nager I — Cependant essaie de nager vers moi; — j'allumerai trois petits cierges — qui te feront de la lumière.

Il y avait là une espiègle petite nonne — qui faisait comme si elle dormait ; — elle souffla les cierges ; — le cher petit homme se noya.

Ah ! ma mère, ma très chère mère ! — Combien ma tète me fait mal ! — Ne pourrais-je pas, un tout petit moment, — m*aller promener le long du lac?

Ah ! ma fille ! ma très chère fille ! — tu ne dois pas sortir toute seule ; — éveille ta plus jeune sœur, — et fais-la aller avec toi.

Ah ! ma mère, ma très chère mère ! — ma sœur est encore une enfant; — elle cueille toutes les roses — qu'il y a dans la verte campagne.

Ah ! ma fille, ma très chère fille ! — tu ne dois pas sortir toute seule ; — éveille ton plus jeune frère, — et fais-le aller avec toi.

Ah ! ma mère, ma très chère mère ! — mon

VIEILLES CHANSONS d'ALSACE 93

frère est encore un enfant ; — il court après tous les lièvres — qu'il y a dans la verte campagne.

Cependant la mère s'endormit — et la fille accomplit son dessein; — elle se promena tant et tant — qu'enfin elle rencontra un pêcheur.

Elle regarda pêcher le pêcheur ; — « Pêcheur, pêche-moi un beau bijou doré, — pêchemoi aussi un mort, — pêche-moi le fils du noble roi. »

Le pêcheur pécha tant et tant — qu'enfin il pécha un mort ; — il le saisit par les cheveux — et le traîna sur le rivage.

Alors la jeune fille prît le mort dans ses bras — et le baisa sur la bouche. — « Adieu, mon père et ma mère, — nous ne nous verrons jamais plus ! »

Le rouet se tait, puis ronronne :

— Qui veut entendre une chanson plus douloureuse encore ?

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