‹ Les contes indiens et l'occidentChapitre 10 sur 92 · L 'ÉPINGLE QUI MÉTAMOUPIIOSE ET LA (( FIANCEE SUBSTITUÉE · texte numérisé non relu

L 'ÉPINGLE QUI MÉTAMOUPIIOSE ET LA (( FIANCEE SUBSTITUÉE

L'épingle qui transforme en oiseau, se rencontre le plus souvent dans quelqu'un des sous-thèmes du thème très diversifié dit de la Fiancée substituée (une femme est substituée ou se substitue ellemême à la \raie fiancée avant ou après le mariage) (i).

l'héroïne est AlÉTAMOUPnoSÉE AU MOYEN DE l'ÉPIN(;LE PAR UNE ENNEMIE, QUI LUI SUBSTITUE LA FAUSSE FIANCÉE

DANS l'iNDE

Voyons d'abord les quelques contes indiens actuellomcnt connus, contes parfois mal conservés , mais qu'il est très facile de rétablir dans leur forme primitive.

(l) Dans une thèse de doctorat, prcsenlée à l'Universilé de Rostock, M P. Arfei'l a traité ce thème de la Fimirée ttithsliliiée (Das Motiv von rler untersclwbenm Brniit in drr inirrnniionaleii h'r;.r/ilinii/sliifniiii>\ 181)7). C'est un travail consciencieux, dans lc([uel l'auteur disliiif^uc iixcc pcrsiiicacité les divers groupes entre les(iu('ls ddivenl se répartir les uouihnniscs varianlesdu thème. iVl. Arfert, n'ayant dans la question de la propagation des contes aucun fil conducteur et n'entrevoyant même pas qu'il puisse en exister un, s'abstient systématiquement de toute conclusion.

Nous commencerons par un coule provenant du (îoudjératc (Inde Occidentale) (i).

Une jeune fille, lioinie et belle, esl persécutée p;ir sa mai-Atre (3). Un jour, elle se trouve amenée par un hasard providentiel auprès d'un brahmane en prières, lequel n'est autre quisvara (le « Seigneur », nom donné ^ Siva). Le dieu lui dit, en l'inlerpeilant du nom de Dèvkî Rânî, (]u"elle deviendra d'une beauh' (|ni ('hiouiia toul ; elle j)leurera des perles et rira des rubis.

La marâtre, surprise de ces dons merveilleux, envoie sa fdle, laide et méchante, <à Isvara. comptant bien qu'elle reviendra aussi richement dotée. Le dieu la renvoie plus laide encore qu'elle n'était venue, et toute difforme.

Plus tard, l'héroïne épouse un râdjâ. La marâtre vient au mariage, et. ayant obtenu la faveur de parer la fiancée, elle feint de vouloir lui |)arfiuuer la tète, et elle y enfonce une aiç^uillc magique {a ningic needic), qui Ir.iusforme Dêvkî Rànî en oiseau. Puis elle lui substitue sa fille, .Muikuli Rànî, auprès du roi. La fraude ayant été découverte, le roi fait chercher partout la vraie fiancée, mais en vain.

Un jour, un mendiant à qui on a donne au palais ime petite aumône, dit que, tout près, chez mi dliôbî (blanchisseur), il a reçu ime poignée de perles. Le blanchisseur est mandé devant le roi, et il raconte que, chaque nuit, un oiseau vient se percher sur une des cordes à étendre le linge, et dit : (( A qui appartient ce royaume ? » A quoi le blanchisseur se sent comme poussé à répondre : « A Dêvkî liânî. » Alors l'oiseau rit, en laissant tomber de son bec des rubis. Puis il demande : « Qui est-ce qui occupe le trône en ce moment ? — C'est Mutkulî Rànî. » Et Uoiseau pleure des perles.

On met de la glu sur la corde ; l'oiseau est pris, et le roi, en le caressant, découvre l'aiguille. Il la retire, et la vraie fiancée parait devant ses yeux.

Un second conte indien, recueilli dans le Bengale, est très simple (3) :

Un riche brahmane, propriétaire campagnard {:cmiinl(ir). a deux femmes et deux filles. La fille de la première, Chalbhushki, est méchante, comme sa mère, et très laide ; la seconde, Tilbhushki, est bonne et belle. Un prince, égaré à la chasse, reçoit l'hospitalité chez ce zcmindar ; il aperçoit la belle jeune fille, la demande en mariage et l'épouse.

(1) Folklore tu Western India, n" 20, dans VIndinn Antiquarif, juin 1874.

(2) Dans la partie du conte on la marâtre fait tuer une A'ache qui nourrit l'iiéroïne, l'idée primitive s'est obscurcie, et il n'est pas dit, — comme dans les variantes apparentées, se rattachant au thème de Cendrillon, — que la vache est la mère métamorphosée (voir notre Excursus /, La Ponton fie de Cendrillon dans l'Inde).

3) \V. Mac-Cnllocli, /ieni/ali I/ouse/iold Taies (Londres. 1912). n° 23.

Au bout d'un certain temps, quand Til!)]uishki revient, selon la cou tume, faire une visite à la maison paternelle, la première femme la prie de lui montrer ses beaux ornements, et, pendant qu'elle les lui enlève, sous prétexte de les bien examiner, elle saisit l'occasion et lui attache dans les cheveux une certaine racine (fastening a certain kind of root in her hair) : aussitôt lilbhushki devient un oiseau, qui s'envole. Sa demi-sœur, Ghalbhushki, est vite revêtue de ses habits princiers et de ses ornements, et mise dans le palanquin qui doit ramener au palais la femme du prince.

Quand la fausse princesse s'est établie au palais à la place de la vraie, l'oiseau vient chanter : « Tilbhushki est sur l'arbre ; Ghalbhushki est sur les genoux du prince: il faut que le prince soit fou ! » Le prince essaie de prendre l'oiseau ; mais celui-ci saute de branche en branche en redisant sa chanson, et tout à coup s'envole. Le prince en perd la raison et ne cesse de tourner autour de l'arbre en répétant les paroles de l'oiseau. On le ramène dans sa chambre, et des médecins sont appelés de partout ; mais ils ne peuvent guérir la folie du prince.

Un jour, un oiseleur se présente au palais, offrant en vente un oiseau qui sait parler. Le roi achète l'oiseau bien cher, espérant donner au prince un peu de distraction dans sa tristesse. L'oiseau, mis dans la chambre du prince sur un perchoir, rompt la chaînette qui l'y attache, et va se poser sur les genoux du prince. Celui-ci, en le caressant, découvre la racine ; il la retire, et aussitôt Tilbhushki reprend sa première forme, en même temps que le prince recouvre la raison et la santé.

Dans le district d'Etah (province d'Agra, Inde du Nord) a été recueilli un troisième conte indien de ce type, assez altéré (i) :

La princesse Phulande, persécutée par sa marâtre, a l'occasion de sauver la vie (en le cachant), à un serpent que poursuit son ennemi, Garuda (2). En récompense, le serpent lui donne son joyau (la pierre précieuse de sa crête), qui fournira à la jeune fille tout ce qu'elle pourra désirer.

La princesse ayant, par la suite, épousé un râdjà, la marâtre obtient d'un yogî (ascète mendiant , adorateur de Siva) qu'il transforme la jeune reine en oiseau, et Phulande, ainsi métamorphosée, s'envole vers le village (sic) où habite son mari, et va se percher dans la cour d'un certain homme, à qui elle demande : « Le roi est-il endormi ou éveillé ? — Il est endormi. » Alors l'oiseau pleure, et « les larmes qui tombent de ses yeux sont changées en perles ». Une autre fois, la réponse est : « Il est éveillé. » Alors l'oiseau rit, « et des fleurs tombent de son bec, si bien que le sol en est jonché. »

Le ràdjâ, informé, se met aux aguets, et, à minuit, il entend ce que

(1) Xorlh Indian Notes and Queries, octobre 1893, n° 257.

(2) Ch"z les Hindous, les serpents (Lisez : nàgos), sont des êtres quasi-divins, intelligents et puissants ; ces fil-; de Kndru (la personnification des ténèl)res) ont pour ennemi Garuda, l'oiseau solaire. Voir A. Barth, Tlie liclirjions of India, 3* éd. (Londres, 1891), pp. 26o-266.

dit roiso.ui. Il rc^ussil .^ lo pioinlii» cl le mot dans une capp. TTn jour, le yopî viiMit niondior a\i palais. L'oisoan crio aussitôt : « Voilà lo yopî ! » Le roi domando dos oxplications an yopi, loqtiol, s'ôlanl fait promettre la vie sauve, raconte tout ce qui sosl passé. Le roi lui fait alors rendre h l'oiseau sa pr(>mière forme.

Datis ce Iroisiènie ((Mile iiulien, (in a vu repiiraîire, avec le rire et les pleurs de 1 oiseau, les (ions merveilleux du premier conte ; mais ces dons, qui est-ce cpii les a laits à riitu-oïne ? très probablement le serpent reconnaissant. Il y a là une lacune ; et mie autre lacune, c'est (|u'il nest pas dit par quel procédé mafïique le yogî transforme la princesse en oiseau.

L'épingle magique va de nouveau jouer son yo\c dans un quatrième conte indien, provenant vraisemblablement de Bénarès et bizarrement altéré (i).

Dans l'état actuel du conte, il s'agit d'une méchante reine, qui succède à une bonne reine, morte en laissant deux enfants. Après l'histoire, assez embrouillée, des enfants tués par la marâtre, puis revenant à la vie, et de la punition de la marâtre, brijlée par ordre du roi, le récit se poursuit ainsi :

La reine morte demande à Khiidâ (Dieu) (2) de lui permettre d'aller visiter son mari et ses enfants. Khudâ lui permet d'y aller, mais non sous forme humaine ; il la change en un bel oiseau et lui met xme épingle dans la tête en disant que, quand Tépingle sera enlevée, l'oiseau deviendra femme. L'oiseau va se percher, la nuit, sur un grand arbre à la porte du palais, et il demande axi portier comment va le roi, puis comment vont les enfants, les serviteurs, les chameaux, les chevaux, les éléphants. Et il ajoute : « Quel grand imbécile est votre roi ! » Alors il se met à pleurer, et des perles tombent de ses yeux ; ensuite il se met à rire, et de gros rubis tombent de son bec. Le lendemain, le portier ramasse ces perles et ces rubis, sans en connaître la valeur, et il fait de même chaque matin, l'oiseau revenant toutes les nuits. Il finit par en avoir tout un tas.

Un jour, un fakir vient mendier chez le portier, et celui-ci, n'ayant pas autre chose sous la main, lui donne une poignée de perles et de rubis. Le fakir se présente ensuite chez le roi, qui lui donne une poign('>e de

il) Miss M. Stokes, /ndian Fainj Talex (Londres, 1880), n" 2, et, pour la provenance du conte, p. 0, en bas.

(2) Dans les vingl-liuit contes qui ont été racontés à Miss Mai ves Stokes et à sa mère par deux femmes hindoues à leur service, le nom d'un dieu del'lnde ne figure que deuxfois (Mahàdeo, c'est-à-dire Siva, dans les n" IS et 29), bien (jue les conteuses ne fussent pas chrétiennes. Partout ailleurs il est parlé i\e h'/ni(l(i. que miss Stokes traduit par « Dieu » {God). Voir p. 237.

riz. Le fakir se récrie, comme dans le premier conte indien (celui du Goudjérate) ot, connue dans ce conte, le roi, de proche en proche, apprend les visites de l'oiseau. Il le fait prendre dans un filet et mettre dans une cage. En le caressant, il sent l'épingle ; il la retire, et sa femme se trouve, vivante, devant lui.

Il est évident que, dans la bonne forme du conte, il n'y avait pas cette intervention bizarre de Rhudâ : c'était une femme, une fausse reine, qui, pour se substituer à la vraie reine auprès du roi, la transformait en oiseau au moyen de l'épingle magique. Et les paroles de l'oiseau sont restées, dans la forme altérée, ce qu'elles étaient dans la bonne forme : « Quel grand imbécile est votre roi ! » lui qui ne voit pas que la prétendue reine n'est pas sa femme. — Evidemment aussi, dans la forme non altérée, si l'oiseau pleure des perles et rit des rubis, c'est que l'béroïne avait ce double don alors que le roi l'a épousée.

HORS DE l'iNUE

Francliissanl les espaces, Asie, Europe, moitié de l'Océan Atlantique, le petit conte indien est arrivé aux Açores, dans l'île de San- Miguel (i) :

Une sorcière et sa fdle sont jalouses d'une belle jeune fdle, leur voisine, qui a épousé un roi. La jeune reine ayant mis au monde un enfant, la sorcière vient la voir et, s 'approchant d'elle avec de douces paroles, elle lui enfonce dans les tempes deux épingles enchantées. Aussitôt la reine est changée en colombe et s'envole. Après cjuoi, la sorcière lui substitue sa fille.

Or, il y a dans le palais une petite chienne, nommée Bola-Bola, qui sait parler. La colombe vient et lui dit : «. Bola-ISola ! — Que voulezvous. Madame ? — Gomment va mon petit enfant avec sa nouvelle nourrice ? — La nuit, il se tait ; le jour, il pleure. » Cela se répète tant de fois, que le roi en est averti ; il fait mettre de la glu sur les arbres, et la colombe est prise. Comme le roi est à la caresser, il découvre les deux épingles ; il les retire, et la colombe redevient la vraie reine.

Sans iml doute, ce petit conte a été apporté aux Açores par les Portugais, qui se sont établis au xv*^ siècle dans ces îles auparavant désertes. L'ont-ils apporté directement de l'Tnde où, depuis le coni-

(Ij Theopliilo Braga, Conlos Iradicionacs del f^ovo portugiiez (Vorlo, s. d.), n" 36,

monrcinent du xvi*" siècle, ils oui des possessions ? C'est tout ce qu'il y a de moins probable, l-e conti' doit être d'abord arrivé en Portugal par une des voies (|ui oui amené en Kurope diverses l'oiines de ce liième. Du P(Mlut!;al il a voi^ué vers les Açores avec d'autres de nos contes asialico-européens, dans les< bagages des colons, si l'on nous permet cette métaphore.

\\ec un conl(> ilalien de Uome, revient la marâtre (i) : I II vol. (Ml chassjuit, s'jitirle clic/, nu jinysan pour se désallci-cr. l^a jeune lillc i\\\'\ lui olïrc un \crre d'enu, est si belle que le roi lui d(Muaude si clic vcnl (Mic sa l'cuune : il reviendra la prendre dans huit joins. Quand il revient, la marâtre substitue .^ la fiancée sa fille à elle, une affreuse créahue, en la couvrant de manteaux et de voiles : « Si im souffle d'air la frai)j)e, (>lle perdra toute sa beauté ! » Puis, sur le conseil d'une soicière. la marâtre enfonce une épingle magique (huis la l(Mc (le la belle jeune fille, qui devient colombe.

|,i^ — et nous retrouverons ce trait dans un grand nombre de variantes italiennes de ce thème, — la colombe entre dans la cuisine du palais et chante : (( Cuisinier, cuisinier de la cuisine du roi ! Que ferons-nous de la reine ••' Puisse tout le monde s'endormir et le dîner brûler ! » Le cuisinier s'endort, en effet, et le dîner du roi brûle. Le roi, à qui le cuisinier, pour s'excuser, raconte l'aventure, lui dit qu'il lui pardonnera, s'il lui apporte cette « singulière colombe ». Suit l'épingle retirée et le reste.

Dans un conte grec moderne provenant de l'île de Chio et qui a été publié en i8/i3 par J. A. Buchon, d'après une rédaction beaucoup trop littéraire, à lui remise (2), ce sont les deux sœurs aînées de la jeune reine, jalouses de sa beauté, qui lui enfoncent dans la tête l'épingle magique, le jour où elle met au monde un fds (elles ont eu accès auprès de la princesse en se donnant pour les plus habiles sages- femmes du royaume). Ici, l'oiseau dialogue avec le jeune roi :

(( Prince, la reine- nK-'re, le roi et le petit prince ont-ils bien dormi, la nuit passée ? — Oui, » dit le roi. — « Que tous dorment du sommeil le plus doux ; mais que la jeune reine (la fausse reine) dorme d'un sommeil sans réveil, et que tous les arbres que je traverse se dessèehent!»

(1) Miss R.-H. r.iisk, T/w Fiil/,inrr nf /Inmc (Londres, 1871), p. 22 el suiv. 2).t.-.\. BuclKin, /m firi'ce ruitliiifiiUilr cl la Moree (Paris, 1843), p. 263, — repretliiit dans fe Recueil de eoiilex /lapiildires fjrerx d'Kraile Lejîrand (l^aris, 1881), p. 133 et suiv. Cf. p. XVI.

Dans un conte turc de Constantinople, sur lequel nous aurons à revenir plus loin (i), l'oiseau, causant avec le jardinier du roi, souhaite aussi, après une malédiction contre la fausse reine, que l'arbre sur lequel il est perché, se dessèche.

Cette ressemblance, sur un détail très caractérisé, entre le conte grec et le conte turc, n'a rien d'étonnant, quand on ne veut pas fermer les yeux à tous les indices qui nous montrent les contes de l'Inde arrivant chez les Grecs modernes par le courant persano-araboturc (2).

Le conte grec publié par Buchon appartient, pour le plan général, au thème dit de Sneewittchen (Grimm, n° 5vS), modifié en ce sens que ce sont les sœurs de l'héroïne et non sa marâtre ou sa mère, qui sont jalouses de sa beauté ; un autre conte grec, provenant aussi de l'île de Chio, appartient au même thème, sans cette modification. La prétendue sage-femme qui se présente au palais, est la marâtre de l'héroïne. Mais ce qui est absurde, c'est que cette sorcière enfonce dans la tête de l'accouchée, non une épingle magique, mais (( une fourchette qui se trouve sous sa main » (3).

Deux contes, dont la première partie est du type de Cendrillon, ont une seconde partie où figurent et l'épingle enchantée et l'oiseau. L'un de ces deux contes est encore un conte grec, ce conte de la province de Thessalie que nous avons eu l'occasion de rapprocher d'un conte de l'Indo-Chine (4). Nous y relèverons ce détail réaliste : les deux méchantes sœurs s'introduisent, déguisées en (( diaconesses », auprès de la jeune reine, récemment accouchée, et s'offrent à ... l'épouiller. — Dans l'autre conte, un conte arabe d'Egypte (5), c'est le jour du mariage de Cendrillon que ses sœurs, sous prétexte de lui faire une belle coiffure, lui enfoncent dans la tête de grandes épingles en forme d'aigrette. Ici, par exception, il n'y a pas de fausse reine substituée à la vraie.

(1) I. Kunos, Ti'irJd.sc/ie Volkxtn.rrrhen aux Stanitiul (Leyi]c, lOOM), n° a. p. 25. — Comparer n° 2(1, "p. 208.

(2) Voir, dans celte Revue (1012), les pp. 390- 102 de noire travail Les .\/ongols et leur prrtenclu rôle flans la Iransiiiission des roules indiens rers iOcrident européen (pp. 42-'t8 du tiré à part.

(3) H. Carnoy el.I. ?sicolaïdês, Traditions /nipiilaires de l'Asie Mineure. (P'dv\ti.\S8[)), p. 91 et sniv.

(i) Voir la note à la fin de noire fi.rrursiis I . I.a Panloufle de Cendrillon dans llnde.

(o) Al tin-1'acha. Conles populaires de la Vallée du Nil (Paris, 189;j', p. ()(>.

LKS DO.NS .MFIUKILLKIX I)i; l/lIKUOÏINK MKTAMOIUMIOSKK

A la différence de ce que nous a\ons vu dans les contes indiens, aucun des contes européens qui précèdent, ne donne le trait des dons merveilleux faits à l'héroïne.

Ces dons, nous allons les retrouver dans un conte du même type, recueilli en Basse-Bretagne (i) ; ils sont faits à l'héroïne par une sorcière que la marâtre a envoyée pour rendre sa belle-fille aussi laide qu'elle est jolie. Gagnée par le charme de la jeune fille, la sorcière la rend encore plus belle et veut qu'à chaque parole qu'elle prononcera, un diamant tombe de sa bouche. Des dons contraires (enlaidissement, crapauds au lieu de diamants) sont faits par la même sorcière à la laide et méchante fille de la marâtre.

Mariage de l'héroïne avec un roi ; bel enfant mis au monde par elle ; transformation de la jeune mèi'e en oiseau bleu au moyen de l'épingle magique que la marâtre lui enfonce dans la tempe ; substitution de la fille de la marâtre à la vraie reine, tous ces traits bien connus se rencontrent dans ce conte. Trois nuits de suite, l'oiseau bleu vient se plaindre auprès du nouveau-né, en racontant ses malheurs. La troisième nuit, le roi, prévenu par son valet de chambre, entend ce que dit l'oiseau, et s'empresse de retirer l'épingle magique.

Nous ferons remarquer que le conte breton (ou plutôt, peut-être, le conte, tel qu'il est arrivé jadis chez les Bretons), tout en gardant le trait des dons merveilleux, a perdu cet autre trait par lequel les contes indiens font conserver à l'oiseau les dons qu'il possédait quand il avait forme humaine.

L'oiseau ne les conserve pas davantage dans un autre conte, également de la Basse-Bretagne (2), où l'héroïne, qui est transformée en cane par l'épingle noire de la marâtre, avait été dotée par des nains mystérieux de divers dons, notamment du don des perles tombant de la bouche à chaque parole.

Cette métamorphose en cane relie plus étroitement le conte breton à plusieurs contes appartenant aussi au thème de la Fiancée substituée et que nous n'avons pas à étudier ici, car ils n'ont pas le

(1) F.-M. Luzel, /.i-gcjiiles rlirclicnnes de In liasse-Hrelar/nc (Paris, 1881), p. 292 et suiv.

(2) F. -M. Luzel, Contra pojmknrcs de la Bassc-Bretaijne (1887), III, p. 103 et suiv.

trait de l'épingle enchantée (i*''' groupe : deux contes Scandinaves de la province suédoise de Smœland ; — -^d groupe : un conte de Id vince suédoise d'Ostgothland, un conte allemand de l'Allemagne du Nord et un conte lithunien) (i). Outre la transformation en cane, tous ces contes ont les dons merveilleux (en sens inverse) faits à l'héroïne et à sa méchante demi-soeur.

Mais ce qui est surtout digne de remarque, c'est que, dans deux de ces contes, il reste des traces bien visibles du trait des contes indiens où l'héroïne conserve, sous sa forme animale, les dons qu'elle possédait sous sa véritable forme. Dans le conte lithuanien, quand la (( petite cane » vient pleurer auprès du catafalque de son frère, ses larmes se changent en perles ; mais, — il faut bien le dire, — elle a préalablement secoué ses plumes et repris la forme humaine. Le conte suédois de l'Ostgothland n'est pas ainsi affaibli : lorsque la. cane vient, la nuit, dans la cuisine du château, où est couché sur l'âtre un petit chien qui a été le sien (2), et lorsqu'elle lui parle de son frère et de la fausse fiancée, sa demi-sœur, la cane sème partout où elle passe les plus belles roses, comme elle le faisait sous sa forme de jeune fille.

§ 1 ter

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