chapitre I
Les Sept Frères
JLe rôle des divers personnages
Des cinq contes qui présentent la combinaison du thème de la Captipe d/'livrée avec le thème de la Peau du pou, l'un, le conte du Tyrol italien, est écourté. Les quatre autres (conte du vieux Pentamerone napolitain, conte grec de l'Archipel, contes albanais) viennent se ranger dans cette première branche du thème de la Captive, à côté d'autres contes qui n'ont pas comm.e introduction le thème du Pou : trois contes siciliens (Gonzenbach, n° ^5 ; Pitre, I, p. 197- 198) ; un conte toscan de Florence ; un conte grec d'Athènes ; un conte maure de Blida (i). Nous y retrouvons les sept frères et leurs exploits, les mêmes pour l'essentiel.
Indicpions ce qu'est cet enchaînement d '.exploits.
(1) ' = . Pitrè, Novellinepopolari /os-'ane fFlnrenci'. I880), n* 40 — Miss K. Garnett, Greek Folk Poesy (Londres. 1896), t. II, p. 99. - J. Desparmet, Contes populaires: sur Its of]res, recueillis a Blida, t. I Paris, 1909), p. 271.
Partout c'est V Ecouteur qui découvre en quel endroit (le plus souvent, sous terre), la princesse est prisonnièrx? du diable (d'un ghoul [oirre], dans le conte maure ; d'un uorco [ogre, également], dans le Pentcjneronc). Mais c'est seulement dans le conte albanais du recueil G. Meycr, qu'un Voyant, dont l'œil perce les ])rorond('UTs. décrit auN autres frères l'intérieur de la caverne.
Pour pénétrer dans le repaire du ravisseur, un des persoimages extraordinaires ouvre sans bruit une porte de bronze (conte sicilien du rx^cueil Pitre), démolit d'un coup de poing sept portes de fer (conte sicilien du recueil Gonzenbach), soulève, sans qu'on entende rien, une énorme plaque de marbre, deux ou trois fois grosse comme une maison, qui ferme l'entrée de la caverne (coule grec d'Astropalia). — Un autre des sept frères enlève la princesse sans éveiller le diable, lequel, dans le même conte grec et dans un conte sicilien du recueil Pitre (I, p. 197-198), a pris la forme de serpent et s'est enroulé autour de la captive.
Le ravisseur s'étant mis à la poursuite de la princesse délivrée et de ses libérateurs, tout ce groupe de contes donne l'épisode, déjà connu en partie, de la tour de fer, que l'un des frères fait se dresser, à point nommé, pour servir de refuge à eux tous.
Que se passe-t-il ensuite ? Prenons le conte grec d'Astropalia :
Les sept frères ont dit à la princesse de veiller, pendant qu'ils se reposeront, et ils lui ont recommandé de ne point regarder par la fenêtre de la tour; mais une musique délicieuse se fait entendre et attire la princesse, qiu n'a pas plus tôt jeté les yeux hors de la tour, qu'elle est enlevée par un nuage noir. Le Tireur, d'un coup de flèche, perce le nuage et, en même temps, le monstre qui s'y cache, et qui tombe avec sa proie. Mais l'un des frères possède un « art magique », grâce auquel il n'a quà ouvrir les bras pour que ce qui tombe du ciel, y arrive ; il ouvre donc les bras et y reçoit la princesse, saine et sauve.
Dans l 'outre conte grec, celui d'Atbènes, le ravisseur crie à la princesse délivrée de venir un instant à la petite fenêtre de la tour, pour qu'il puisse la voir encore une fois : il partira ensuite. La princesse se penche en d.ehors « pour cracher sur lui » ; aussitôt il devient un aigle, qui la saisit et s'envole. — Dans les deux contes albanais .et dans le conte sicilien du recueil Gonzenbacb, la tour n'a pas la moindre ouverture, et l'être malfaisant, à force de supplications, obtient des sept frères qu'ils fassent un petit trou pour lui permettre de voir la princesse ou (ce qui est mieux) son petit doigt. Et cela lui suffit pour la ravir de nouveau
Dans ces contes, comme dans le conte grec d'Astropalia, le Tireur a vite fait de descendre le monstre, quand, sous forme d'aigle ou sous toute autre forme, il emporte la princesse à travers les airs, et, dans le conte albanais du recueil Dozon, comme dans le conte grec d'Astropalia, l'un des frères reçoit la jeune fille dans ses bras. — Dans le cunte sicilien du recueil Gonzenbach, la princesse est tuée du même coup que le géant qui l'emporte, et l'un des frères lui rend la vie par les sons d'une guitare magique.
Un conte de. ce type a été apporté, de l'Orient, sur la côte barbaresque, avec tant d'autres contes arabo-persano-indiens. M. J. Desparmet en a recueilli, à Blida, une version provenant d'une femme originaire d'Alger {loc. cit.) :
L'introduction de ce conte maure n'est pas celle du Pou ; mais on peut se souvenir qu'un autre conte de Blida nous a fourni ce thème {Monographie W, chap. ii, 3).
Voici le résumé du conte que nous avons à étudier présentement :
ÎJno jeun- fille a été enlevée par un Ghoul (ogr-^"; Sept ijdes. tous c|liasseurs, dont la mère est la voisine et l'amie de la mère de la jeune fille, entreprennent de retrouver et de délivrer la captive.
L'un, dont le surnom est Celui qui entend la rosée, découvre, par sa finesse d'ouïe, où est le château du Ghoul, et, le moment venu, il annonce à ses frères que le Ghoul vient de s'endormir, après avoir mis entre ses dents les cheveux de la jeune fille pour être sûre qu'elle ne s'échappera pas. — Un autre des frères, qui s'appelle Pose la main sur la serrures ; les pênes voleront, ouvre successivement sept portes. — Un troi- .sième, nommé Celui qui débrouille les fils de soie enchevêtrés dans les jujubiers sauvages, retire de la bouche du Ghoul, sans le réveiller, les cheveux de la jeune fille. — Un quatrième, Celui qui jongle et rattrape au vol, dégage complètement la jeune fille et la lance vers le ciel au delà des sept portes, et va la rattraper au dehors dans ses bras.
Pendant que les sept frères, ayant mis la jeune fille sur un de leurs chevaux, s enfuient au galop, celui qui entend la rosée, avertit les autres de l'approche du Ghoul, qui s'est réveillé et qui les poursiut. transfoimé en vautour. Les frères le tuent avec leurs aibalètes et lamènent la jeiuie fille chez sa mère. Elle épouse celui <|ui a dégagé ses ctieveux des dents du Ghoul.
Des libérateurs de la princesse, quatre seulement jouent un rôle particulier, et pourtant les frères sont au nombre de sept, comme dans les contes précédents. Dans une forme plus complète, les trois
Autres Irères devaient intervenir, chacun à sa manière : ainsi, cerlaincinent. un Bon Tireur abattait, à lui seul et du premier coup, le \autour. — Le conte maure, qui compare le cinquième frère à un a génie » pour la légèreté » ne lui fait jouer aucun rôle. Quant aux deux derniers frères, « bien qu'ils suivissent les traces de leurs aînés ». ils étaient, dit 1© conte, encore trop jeunes pour avoir des u surnoms de vaillance ».
L épisode du «. beau costume »
Malgré ses lacunes, — dont les conteurs blidéens actuels, on le voit, s'aperçoivent eux-mômcs, — le conte maure est le seul à donner la bonne forme pour un détail significatif.
La mère des sept « cliasseurs », ayant promis à la mère de la captive (lue sa fille lui serait rendue, se fait apporter un costume complet d'homme « depxiis la calotte rouge jusqu'aux souliers », et aussi une spUo brodée d'or. Elle suspend le costume an milieu de la maison cl déiiose la selle au milieu de la cour. Et, quand ses fils, revenant de la chasse, lui demandent pourquoi cette selle et ce costume : « Mes enfants, leur dit-elle, tout cela est à celui qui retrouvera la fille de notre voisine. » Dès le lendemain les sept frères se mettent en campagne.
Ce passage est simple et franc d'allure. Ailleurs, il se complique ; ainsi en est -il dans le conte grec d'Athènes :
La mère des sept fils, entendant la reine se lamenter à la nouvelle que sa fille e.«t entre les mains d'un démon, lui dit : « J'ai sept fils. Quel • •st leur mélicv. je tie le sais pas ; mais ils ont affaii* laux Exôlîka (i). Donnez-moi de lu soie et du fil d'or, avec \m beau mouchoir à broder. Et quand ils me demanderont ce que je fais, je leur dirai que je donnerai le mouchoir à celui qui a le meilleur métier. De cette façon, je >aurai ce que chacun sait faire. >' Elle apprend ainsi, en effet, quels sont les talents extraordinaires de ses fils, et elle les conduit au roi. qui accepte de i^rand cœur leurs services.
Le conte sicilien n** /|5 du recueil Gonzenbach a un passage analogue, ans'^i bizarre, quant au fond, mais assez plat quant à la forme.
, 1 Nous avons di-jà reuontre. daus une pn-céflente Moiioaraphie, ces bxôuku Ofi - Etre.? du D -hors ». terme qui désigne, en Grèce, toute espèce d'être surliTi main \\a.x\f- le ijenre des fée?.
Pour connaître quels sont les talents meiTeilleux de ses sept fils, avant d'aller se présenter avec eux devant le roi, la mère dit successievment à chacun : « Si tu me dis quel est ton art, je te ferai faire un habit neuf ».
Dans le conte albanais du recueil G. Meyer, la donnée du passage correspondant est plus invraisemblable encore que dans ces deux contes grec et sicilien :
Les sept frères sont des doués, et leur mère, qui le sait, se dit qu'en unissant leurs efforts, ils réussiraient à délivrer la princesse. Mais cliacun de ses fils vit séparé ; ils ne se connaissent pas et ils ne savent même pas qu'ils ont des frères. La mère se demande comment elle les fera entrer en relations les uns avec les autres.
Dans cette intention, elle se met à coudre une chemise, et, chaque fois qu'un de ses fils vient la voir et lui dit : « Pour qui est cette chemise i' » elle lui répond : a Cest pour loi. et. tel jour, tu pourras venir la chercher. » Et elle leur indique à tous le même jour. Ce jour-là, ils se rencontrent tous les sept chez leur mère, qiii les fait fraterniser. Après quoi, elle tes envoie chez le roi prendre connaissance de la lettre apportée par le pigfeon de la princesse captive.
Pour cet épisode, lequel, du conte maure ou des autres contes, présente les choses de la façon la plus naturelle et, par suite, reflète \c, niiiiux la forme primitive } Il nous semble que la question sera vite résolue (i).
Un conte toscan, assez altéré, recueilli à Florence de la bouche d'un tout jeune garçon, est apparenté aux contes précédents (3) :
Une princesse ne veut absolument pas se marier. Le roi. son jièrc, convoque à une grande fête toute sorte de princes, espérant qu'elle on choi- .'^ira un pour mari. La princesse choisit, en effet, lui beau seigneur, qui se dit le roi (!.'> f^rance. Quand le mariage est fait, il l'ennuène et lui dit (lu'il est « ]c lu'cromont » (il negromante). « Si tu veux ne pas être ma tcmme, il faut sept frères, dont les métiers soient différents (sic). » Et il In porte au haut d'une tour.
(t ^ Dans ses remarcfues sur le conte sicitien ir' Ui du recueil Gouzeiibach. l'un des contes que nons venons de passer en revue, R Ko'hier disait que ce conte siclien était nue version s'écarlant de lou'es lej: antres » {eine von allin andern abircirhfnde Vfrtion du conte des « Fn-res habilex et de lu Jeune fille enle i-p » (le qui était exact en iH70. a cessé de l'être, on a pu le constater, grâce aux découvertes qui ont fait connaître les qnatre auties <• ntes de ce jrroupe Du reste Kœtiler, toujours réservé, n'a clierché à tirer aucune conclusion de «on observation.
(2) G. Pitre, .\'jvelle popolari toscane (Florenct. ISS.'î), n* lu.
Os sing'ulières [et peu nalurellesj paroles du nôcromanl sont transmises au roi par une colombe, que celui-ci a envoyée aux nouvelles et que la princesse lui renvoie avec une lettre, et le roi fait afficher partout que « (juiconquo, homme ou fenuue. a sept fils de métiers difl'éients, doit \enir parler au roi, qui a besoin de le voir. » A la suite de celte publication, qui parvient à la connaissance d'un paysan, ses sept fils [dans une variante, également toscane, de Pratovecchio {ibid.. p. 71), les sept fils d'une mendiante) viennent dire au roi « ce qu'ils ^iiNcnt faire », et, grâce aux divers « arts » extraordinaires qu'ils possèdent, ils <léri\r»'nt la princesse.
Un inrident de ce conte toscan est à noter : l'un des j'rcres, en frjiijpanl de son maillet la terre, fait surgir un palais « semblable à celui du roi » (altération de la « tour de fer » inattaquable des contes mongol et autres, précédemment étudiés). Le nécromant se change alors en joli canari et s'envole vers la fenêtre oij est la princesse. A peine celle-ci l'a-t-elle touché, que le canari redevient le nécromant, qui enlève la princesse, et il faut la délivrer de nouveau.
Comment certains contes arrivent à parfaire le nombre de sept « doués »
On a vu quels traits caractéristiques (le Pou, le Beau costume, la Tour de fc7-), réunis tous parfois dans un même récit, relient ensemble Les contes que nous venons d'examiner un peu. Et, dans tous ces contes, les personnages extraordinaires sont au nombre de sept. Pourquoi sept, il serait difficile de le dire. En tout cas, les conteurs paraissent tenir à ce nombre, lequel, en réalité, na rien de nécessaire pour la bonne marche du récit : on en pourra juger par le résumé d'un conte serbo-slavon, oij les doués ne sont que cinq (i).
Le premier de ces cinq frères, qui a le don de trouver la trace de tout (6 qui est perdu. découvTC l'endroit où un dragon à sept têtes a emporté une princesse.
Le second, qui sait dérober subtilement n'importe quoi, enlève la ca]ilive au tiragon, sans que celui-ci s'en aperçoive sur le moment.
Quand le dragon se met à la poursuite de la princesse et de ses libérateurs, le trcfisième frère fait surgir en un instant une tour imprenable,
(1 F. S. Kranss Saçen und Mrrchen der Siïdxlaren. 1 TLeipsig. 1883), n* 32 icohte He Samac en Siavnniel. — Archw fur slavische Philologie. V (1880). p 36 cnnte serbe"
où tous se réfugient. Mais le dragon parvient à reprendre la princesse ot s'élève avec elle dans les airs.
Ici, l'épisodje primitif s'est altéré : c'est en forçant la tour, et non en usant de ruse que le dragon aux sept têtes réussit à se saisir de nouveau de la princesse.
.\lors le quatrième frère, archer accompli, atteint d'une llèche en plein cœur le dragon, qui lâche prise. La princesse, dans sa chute, est arrêtée par le cinquième frère, qui a le don de rattraper tout ce qu'il veut.
Par une altération ultra-baroque, le conte serbo-slavon lait des finq frères .. autant de dragons, frères aussi ; non point, il est vrai, des dragons à plusieurs têtes. A la prière de leur mère, ils viennent en aide à un serviteur, envoyé par le roi à la recherche de sa fille. Mais cette incroyable altération n'a modifié en rien la structure du récit, où tout marche bien, et qui est exempt des doubles emplois, du remplissage, trop fréquents dans les contes à sept personnages.
Sous ce rapport, le rnnte sicilien du recueil Gonzenbach (n° 45), s'ait exception ; il est, du reste, intéressant à divers points de vue :
Ayant découvert que la princesse est captive d'un géant dans une tour à sept portes de fer, un second frère, qui peut courir, vite comme le vent, avec dix personnes dans ses bras, porto ses frères jusqu'au pied de la tour. Un troisième frère brise d'un coup de poing les sept portes de fer ; un quatrième enlève la princesse, qoae tient le géant endormi, et le Coureur emporte à la hâte ses frères et la princesse.
Puis vient la poursuite avec l'épisode de la tour de fer, créée par le cinquième frère. Le géant ayant repris la princesse, dont les frères ont eu l'imprudence de lui laisse voir le petit doigt à travers une fente de la tour, le sixième frère, le Tireur le tue. Maisi la princesse a été tuée du même coup, et le septième frère la ressuscite avec sa guitare merveilleuse -
On verra, dans les contes de la seconde branche, un véhicule magique (char ou vaisseau), fabriqué par l'un des héros, l'emporter, lui et ses compagnons, jusqu'au repaire du ravisseur. Cet objet merveilleux est remplacé, dans le conte sicilien (et aussi dans Le conte grec d'Athènes), par un personnage extraordinaire, ce bizarre Coureur/voiturant dans ses bras et ses frères et la princesse. — Par contre, dans ceux des contes de la seconde branche oii la captive meurt également (mais non point tuée par le maladroit Tireur), ce n'est point un objet magique, comme la guitare du conte sicilien, qui lui rend la vie ; c'est l'un des personnages, médecin extraordinaire.
Le conte sicilien tormc, en définitive, un tout bien complet, et les éléments empruntés à une autre branche du thème ne sont pas du remplissage. On ne peut en dire autant de la plupart des autres contes à sept personnages extraordinaires.
Parfois, tel de ces personnages a été dédoublé : ainsi, dans le conte albanais du recueil G. Meyer, celui des frères qui a le don de recevoir dans ses bras tout ce qui peut tomber du ciel ; car un autre de ses frères pi\rtagc avec lui une besogne qu'il pourrait fort bien exécuter à lui seul : d'abord, rattraper la princesse, quand le frère aux fortes épaules la lance en l'air avec le coin de terre où se trouve la caverne, et, plus tard, rattraper encore cette même princesse, quand le monstre qui s'envole en l'emportant, est tué dans les airs et la laisse tomber. Dans les deux cas, la princesse îombc duic do très haut ; mais, dans le premier cas, celui qui la sauve, la reçoit dans ses bras (comme dans tant d'autres contes de cette branche) ; dans le second cas, ce frère cède la place à un autre frère, qui peut voler jusqu'au ciel et qui va en l'air arrêter la princesse dans sa chute. Et de cette façon, le conte albanais obtient un personnage de plus pour parfaire le nombre de sept.
Un autre moyen d'arriver à ce beau nombre, c'a été de faire des emprunts à un thème bien connu, dans lequel des objets, jetés derrière eux par des fugitifs, créent des obstacles (montagne, forêt, etc.), qui arrêtent, du moins momentanément, la poursuiie d'un être ïnalfaisant. Dans le conte grec d'Athènes, avant qu'un des sept frères ait, en frappant la terre d'un coup de son bâton, fait surgir une tour, un autre frère, en crachant par terre, (( fait venir un grand fleuve ». Le conte du Pentamerone napolitari:, La Puce lu'^ 5), cité plus haut, abuse quelque peu de ces emprunts : sur les sept frères, quatre créent successivement, en jetant par terre chacun un certain objet, l'un, une « mer de savon » ; un autre, une campagne hérissée de rasoirs ; un troisième, une épaisse forêt ; un quatrième, un torrent impétueux. Tout cela, avant l'épisode de la tour. — Dans ce conte du Pentamerone, l'action du petit drame a été fort simplifiée. Il n'y a pas enlèvement proprement dit de la princesse (ni, par suite, de personnage extraordinaire, chargé de la délivrer) : la princesse a été emmenée par l'ogre dans une maison tout ordinaire, et elle en sortira aisément, en l'absence de l'ogre, quand une bonne vieille, la mère des futurs libérateurs, avec laquelle la princesse, étant un ]our à la fenêtre, a pu s'entretenir, lui amènera ses sept fils. J^'Ecouteur n'a donc pas à découvrir le repaire de l'ogre, et son rôle
se borne à signaler aux autres frères l'approche de l'ennemi, pt^ndant la poursuite. Dans ce même conte du Pentamerone, Togre ne reprend pas la princesse ; il essaie, en grimpant à une échelle, (■<; pénétrer dans la tour, et le Tireur labat d'un coup de flèclie.
Le ((. soulier lancé au bout du monde »
Dans le conte albanais du recueil Dozon, l'un des sept frères a un procédé original pour retarder le diable, quand celui-ci s'aperçoit de la disparition de la captive. « C'est moi, dit ce frère, qui lance un soulier jusqu'au bout du monde ». Et il lance, en effet, au bout du monde, un des souliers du diable endormi, lequel, à son réveil, perd du temps à la recherche de ce soulier. — Un des frères du conte grec d'Athènes, a lonl à fait la même spécialité. (( Je puis, dit-il, aller dans l'antre du diable et jeter un de ses souliers à l'Occiflent, et l'autre à l'Orient. » Et c'est ce qu'il fait.
Chose à souligner : les deux récits où se trouve ce trait tellement particulier du soulier, ne sont nullement calqués l'un sur l'autre, malgré leui grande ressemblance générale. Ainsi, le conte grec a en propre le personnage qui court aussi vite qu'un vent de tempête et qui emporte tous ses frères vers le repaire du diable et, de son côté, le conte albanais est le seul à donner un rôle au personnage qui commande à la terre de s'ouvrir pour livrer passage au frère qui enlèvera la princesse et au frère qui lancera le soulier du diable au bout du monde. De plus, à la différence du conte grec, le récit albanais se rattache à une première partie, que nous avons résumée tout au long dans la Monographie W (le diable donnant successivement à trois soeurs des débris humains à manger, et la plus jeune sœur se tirant d'affaire par une ruse.
Il y a là un de ces petits problèmes qui, si humbles qu'ils soient, impliquent toute sorte de questions d'origine et de transmission, et que, pour notre part, nous nous déclarons incapables de résoudre.