‹ Les contes noirs, ou, Les frayeurs populairesChapitre 2 sur 15 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

L'ouvrage que Musëus a publié en Allemagne sur les contes populaires de son pays et les conseils de quelques gens de lettres , m'ont engagé à composer ce livre. J'ai suivi , autant que je l'ai pu , les diverses opinions des provinces où se passent les faits que je raconte, sur tous les genres d'apparitions , de spectres et de fan- :<)mes.

On me reprochera, sans doute, que j'ai fait entrer dans ces contes

des détails parfois un peu trop ridicules : je répondrai qu'ils ne sont pas le fruit de mon imagination , que je raconte les choses à peu près telles que de bonnes gens me les ont racontées , qu'ils croient à tous ces contes avec autant de bonne foi qu'à l'Évangile , et que l'aurais cru ôler le piquant de l'ouvrage , en écartant les petites circonstances , sur lesquelles les paysans s'appesantissent , beaucoup plus que sur les faits principaux. Par exemple , on ne les dissuadera jamais de l'opinion où ils sont, qu'Agrippa a vu, autour de la femme blanche , des chats •à trois têtes , gros comme des

bœufs , et couverts de housses de taffetas violet , qu'il a mangé les pastilles en trois jours ; que la grange de Jean Mullin a été bâtie par le diable ; que le pont de pierre de Pont-à-Mousson , est après le pont du Diable de Schellenen , le premier chef-d'œuvre de Satan , en fait de bonne architecture , etc. Je donne ces contes comme des monumens de la crédulité populaire : je dois les donner tels qu'on les a faits. Us prouvent ce que produit la superstition:

des terreurs , des absurdités , des mensonges , et une nouvelle série de fables , non agréables comme' celles du paganisme , mais ^hi-'il.

deuses comme Satan qui en est toujours le héros.

On trouvera sans doute que je ne justifie pas toujours mon titre, en faisant entrer dans ces contes des faits vraisemblables , et qui peuvent avoir eu lieu ; mais les morceaux qui ne répondent pas au premier titre du livre, répondent au moins au second ; et je les ai admis pour jeter un peu de variété dans Touvrage.

C'est dans cette intention que j'ai tâché , autant que possible , de mettre un conte un peu plus gai , après une nouvelle triste cl sérieuse. On me dira, comme on l'a déjà fait en d autres circon-

stances, que mon style n'est d'aucun genre , que je fais succéder souvent le grave au burlesque , et réciproquement ; iTiais outre que les aventures de la Belle Julie et de Gabrielle de Provence ne pouvaient être écrites avec la même plume que le Cavalier sans tête et le Sorcier Agrippa^ dans la Grande du Diable , les travaux des petits démons devaient être peints autrement que l'apparition du spectre , à qui se livre , sans le savoir , la jeune fille du fermier Jean Mullin. Chaque chose à son lieu : j'écrirai gaiement , tant que je le pourrai , quand je me trouverai dans un fonds ridicule; et si ,

un instant après , j'ai besoin d'attendrir , je chercherai à tremper ma pkmae dans les larmes.

Je n'ai pas pris la peine de réfuter les absurdités de ces contes , parce que le lecteur, éclairé et d'un sens droit , n'en a pas besoin ; et que Tignorant perdrait tout le plaisir qu il prend au merveilleux, si on lui prouvait que ce mer\^eilleux, qu'il respecte si dévotement, est un tissu de sottises ; et que d'ailleurs il n'en deviendrait ni moins crédule , ni plus instruit.

Au reste , le titre du livre avertit le lecteur qu'il va lire des contes.

Qu'on dise donc ce qu'on voudra de cet ouvrage , pourvu qu on

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