LE HON COUSIN
« Do tes péchés le nombre a-t-il grossi?
« Jeune pasteur a fort peu d'indulgence ;
« Il t'a grondée, et je lis dans tes yeux
« Qu'il t'a donné trop forte pénitence.
« — Tu ris, gros Jean, si tu savais l'offense,
« Pour ton honneur tu serais furieux.
« Mais non, j'ai tort de rompre le silence;
« Car, après tout, ma chambre a des verrous
'( Pour l'empêcher de venir me surprendre
« Quand sur l'enclume il entendra tes coups,
« Et j'ai bon ongle aussi pour me défendre.
« — Quoi î le curé voudrait te prendre au lit,
« Lorsqu'au matin je vais battre à la forge? »
S'écria Jean. « Attends, prêtre maudit,
« Je cours chez toi te sauter à la gorge !
« — Garde-t'en bien ! dit Jeanne : il le nîrait.
<( Mais si tu veux en avoir le cœur net ,
« Laisse-le faire. — Oh ! que nenni, ma mie,
« S'il te prenait dans ton lit endormie?
» Dans ton sommeil si tu croyais rêver?
« On voit si vite un malheur arriver!
K — Cerveau fêlé qui ne peux rien comprendre !
« Ce n'est pas moi que l'abbé doit surprendre ;
« Pendant qu'au lit tu seras à l'attendre,
« Moi, du garçon je doublerai les coups.
» — Ah ! je comprends, dit en riant l'époux ;
ii Je reste au lit la grasse matinée.
« Gare au curé s'il vient me chevaucher !
a Car il n'a point monté de haquenée
u Si peu docile et si rude au toucher. »
Le lendemain, au lever de l'aurore, Dame et valet du bruit de leurs marteaux Ont de la forge éveillé les échos.
Lors le curé, qui sommeillait encore Malgré l'amour, jugeant sur double coup Qu'on bat à deux, s'en vient à pas de loup, N'ayant sur lui qu'une robe légère.