BON COUSIN. M
Rien pour sa fête, et rien au jour de l'an.
C'en fut assez pour troubler le ménage.
\ se venger d'un mari si vilain
Jeanne s'occupe. Après mûr examen,
Elle adopta le parti le plus sage,
Celui dont femme abuse fort souvent.
Môme au village : elle prit un amant.
Comme elle était jeune et de bonne affaire.
Chacun l'aimait et cherchait à lui plaire ;
Curés aussi : parmi les amoureux,
Ce sont souvent les plus prêts à bien faire.
Un bon cousin fut cet amant heureux.
Le matin donc, quand la forge illumine
Maître et valet allant battre leurs fers.
Paul, le cousin, de la maison voisine
Prêtait l'oreille, et dès qu'il entendait
Le bon accord du maître et du valet.
Vite il courait éveiller sa cousine.
Là, notre amant, au bruit des deux marteaux.
Sur une enclume où l'amour aime à battre Forgeait aussi de petits maréchaux.
A ce travail il ouvrait comme quatre.
Lorsque l'amour visite une maison.
Tout s'embellit, tout y devient aimable. Jeanne, si vive et d'humeur peu t rai table. Était pour Jean douce comme un mouton.
Lui-même aussi, sans savoir la raison.
Devint plus gai. D'autres disent encore Qu'à la Saint-Jean, mais ceci je l'ignore. Il aurait fait à sa femme un présent.
Quoi qu'il en soit, chacun vivait content, L'époux, la femme et le jeune galant.
Quand, un matin, le curé du village.
Beau prestolet par Jeannette éconduit.
Rencontra Jean. Il l'arrête et lui dit : « Jean, mon ami, vous montrez-vous bien sage « En hébergeant Paul du soir au matin?
LE iw>\ COI s IN. »i
» — Eh ! pourquoi non.' curé, c'est mon cousin.
« — Voilà le mal, car clic/ vous il cousine, a Chacun en glose et cela me chagrine. « Mais si c'est bien, j'ai tort de m' obstiner : « Laissez donc Paul jour et nuit cousiner. » Ce dernier mot donne à Jean de l'ombrage ; 11 court chez Paul, et, fronçant le visage : « Tout entre nous, lui dit-il, est changé. « On parle mal de toi dans le village : « Plus de visite. Allons, prends ton congé! « Je ne veux plus chez moi de cousinage. » Paul, qui craignait son robuste parent, A cet arrêt se soumit sans murmure ; Mais pour la femme il en fut autrement. Dès qu'elle sut les propos de la cure, Elle pleura, gémit et fit serment De se venger de l'homme à la tonsure.
Huit jours après, le curé du hameau
En bon pasteur visitait son troupeau ;
Chez Jeanne il entre, et la voit si gentille
Qu'il s'enhardit : « Faisons la paix, ma fille,
« Et, si tu veux, signons-la d'un baiser.
« — Plutôt deux qu'un, dit la bonne commère ;
« A son curé peut-on rien refuser? »
L'autre, qui croit que la femme est sincère,
S'approche et prend des baisers sans compter.
Pour éprouver sa charité chrétienne,
11 va plus loin. La femme l'arrêtant :
« Y pensez-vous ? et si Jean nous surprend !
« Ah ! le matin, avant que le jour vienne.
« Quand mon mari forge avec son garçon...
« Mais chut! partez, voici le forgeron. »
L'abbé parti, Jeanne change de rôle,
Fait l'affligée et verse quelques pleurs :
Femme à son gré peut pleurer sans douleurs.
» Qu'as-tu? dit Jean, lui frappant sur l'épaule.
« Pourquoi pleurer? Le curé sort d'ici ;