LE GROS DOGUE ET LE PETIT CHIEN
Lorsque Léon, fidèle au rendez-vous,
Vient à son tour japper sons la fenêtre.
L'âme occupée à <l''s plaisirs si doux,
Notre marquise y prêta pou l'oreille.
Quant à Nanon, que l'abonnent réveille,
Kl le se dit : « Oue veut donc ce fripon
« Oui de ses cris étourdit la maison?
« Suis-je une garde aisément qu'on abuse?
<i Passez, mon cher, on n'entre point ici!
« Vous eussiez dû, pour employer la ruse.
« Attendre au moins que Léon lut parti. -
Le faux Léon, que le bruit épouvante.
Rend grâce aux dieux, voyant qu'on n'ouvrait pas;
Mais, ennuyé d'une si longue attente,
Le vrai Léon, qui croit que la servante
Est endormie ou qu'il jappe trop bas.
Prend d'un roquet la voix claire et sonore
Et frappe l'air d'un abonnent aigu.
Pour cette fois Alfred était perdu.
Il craint l'éclat de celle qu'il adore.
Chez elle enfin s'est fait jour le soupçon;
D'abord la voix, puis quelque autre raison,
Dont, en cherchant à se rendre bon compte,
La Champenoise éprouvait quelque honte,
Viennent jeter le trouble en son esprit.
Pour éclaircir cet étrange mystère,
Elle veut donc sonner sa chambrière,
Quand l'écolier, d'un bond sortant du lit,
A deux battants court ouvrir la fenêtre.
Léon, pensant qu'Élise va paraître,
Lui fait : Hap ! hap! Mais l'autre avec humeur.
Haussant la voix comme un dogue en fureur,
Répond : Hop! hop! « Celui-là parle en maître, »
Se dit Léon. « Ami, je te comprends,
« Les petits chiens sont chassés par les grands.
» C'est juste! Adieu. » J'ignore ce qu'Elise
Dit. se voyant ainsi changer d'amant.
Bien que le sexe aime le changement,
LE GKOS D(Kil E ET LE PETIT Clll EN. :.T
Encor veut-il les choisira sa guise.
Sansdoute Alfred valail l'autre amoureux ; Le choix était fort difficile entre eux : Tous doux l'aimaient, la prouve ('tait acquise. Le mieux était de les garder tous deux. VA c'est aussi ce que fit la marquise.