‹ Les contes rémoisChapitre 36 sur 98 · LE POUVOIR D'UNE FEMME. M · texte numérisé non relu

LE POUVOIR D'UNE FEMME. M

Ange ou démon, celle autre Jeanne d'Arc Prête à lutter jour et nuit contre Marc? — Eh ! qui vous dit, ô tête sans cervelle. D'aller choisir pour bru quelque Aragon? C'est une femme aussi douce que belle Qu'il faut à Marc. Prenez donc Isabelle ; « Sa mine fine et son regard fripon « Me sont garants que le remède est bon. »

On les marie. A deux pas de la ville Les grands parents avaient une maison Réunissant l'agréable et l1 utile :

A leurs enfants ils en font l'abandon.

C'est là que Marc, le jour du mariage. Conduit sa femme au sortir de l'autel.

Le couple heureux, loin d'importun visage. Boit nuit et jour dans la coupe de miel. De leurs plaisirs, que la vieillesse envie.. Ils n'avaient là de témoins que le ciel.

L'herbe foulée au bord de la prairie,

Et les oiseaux qu'un soleil printanier

Sous la feuillée aux mêmes jeux convie.

Dans la maison, de la cave au grenier.

D'un tendre amour ils se donnaient la preuve.

Seuls au logis pendant ce temps d'épreuve,

Ils se jouaient dans les appartements

Où dans un mois reviendront les parents.

De doux baisers se donnaient dans la chambre

Du bisaïeul, de l'oncle ou du parrain.

On s'égayait sur le lit du cousin ;

Il n'était point d'alcôve ou d'antichambre

Que le mari ne sut mettre à profit.

Mais à la fin, il faut que je le die.

Marc à son tour tout comme un autre apprit

Que jeu d'amour lasse plus qu'il n'ennuie.

Marc à ce jeu n'eût pas craint cent rivaux ;

Le premier jour, vous eussiez dit Hercule

Entreprenant l'un de ses grands travaux ;

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Mais aujourd'hui le héros capitule.

Près de sa femme étendu dans son lit, Sans l'éveiller il dort toute la nuit.

C'est un mari d'un seul mois de ménage, Et l'on dirait, à voir son peu d'ardeur, Qu'il a déjà dix ans de mariage.

La femme alors, d'un ton plein de douceur. Lui reprochait son air triste et rêveur : « Ne suis-je plus celle que Marc adore? » Lui disait-elle ; et Marc est obligé De lui prouver que son cœur l'aime encore ; Mais, après tout, il n'en est pas plus gai. Pâle, amaigri, triste et méconnaissable.

Ce n'était plus ce coursier indomptable Courant sans frein, beau d'orgueil et d'amour; Marc ressemblait au bœuf qui vers l'étable Marche à pas lents, fatigué du labour. Plus de gros mots, de rixes, de tapage. Marc à sa femme obéit nuit et jour.

Comme aurait fait la fille la plus sage :

C'est un mari non moins doux qu'un mouton.

Fort étonné d'une telle conduite.

Un sien ami, c'était un vieux garçon.

Lui dit un jour : « Isabelle est petite.

« Faible de corps et sans barbe au menton.

« Et par le nez elle mène un démon;

H D'où vient cela? » Le mari lui répond :

a Prends une femme, et tu sauras bien vite

« Comment on met un diable à la raison. »

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