LA BATELIÈRE
« Nous reprendrons Robinson dans son Ile, »
Criail gaîmenl le joyeux compagnon
Que menait Rose en une île voisine.
Eux arrivés, pendanl qu'elle faitmine
Contre un rocher d'attacher son bateau :
« Ami, dit-elle, au pied de cet ormeau
« Voyez un peu si l'herbe ou la fougère
« N'est point, humide. » A peine est-il à terre.
Qu'un coup de pied met la barque h vau-l'eau.
Le jeune comte, à qui la courte paille
Avait donné le pas sur le baron.
Etait sous l'orme, et, pendant qu'il travaille
A faire un lit de fleurs et de gazon.
11 se disait : « Ma foi, je me sens homme
« A bien user aujourd'hui de mon droit ;
« Que Robinson, s'il le veut, fasse un somme,
« Je n'aurai pas sitôt fait qu'il le croit. »
Dans ce moment il se retourne et voit
Sur son bateau Rose au loin qui lui crie :
« Comte, sous l'arbre achevez votre lit,
« N'épargnez pas l'herbe tendre et fleurie,
« Vous n'aurez point d'autre lit cette nuit. »
Rose, en courant, arrive à son village,
Va chez le maire, et, sans rien déguiser,
Lui dit comment elle a su mettre en cage
Deux loups cruels prêts à la dévorer.
Le magistrat était prudent et sage ;
11 va trouver nos hommes en prison :
« Vous êtes pris, et pris de bonne guerre.
« Votre vainqueur exige une rançon ;
« De mille écus dotez la batelière,
« Je vous délivre et promets de me taire. »
Chacun paya, mais le secret, dit-on,
Fut mal gardé. Les enfants de la ville.
Voyant passer le comte et le baron.
Disaient entre eux : « C'est le comte de l'Ile.
« Et son ami le baron Robinson. »
LA