‹ Les contes rémoisChapitre 4 sur 98 · LA BATELIÈRE · texte numérisé non relu

LA BATELIÈRE

« Nous reprendrons Robinson dans son Ile, »

Criail gaîmenl le joyeux compagnon

Que menait Rose en une île voisine.

Eux arrivés, pendanl qu'elle faitmine

Contre un rocher d'attacher son bateau :

« Ami, dit-elle, au pied de cet ormeau

« Voyez un peu si l'herbe ou la fougère

« N'est point, humide. » A peine est-il à terre.

Qu'un coup de pied met la barque h vau-l'eau.

Le jeune comte, à qui la courte paille

Avait donné le pas sur le baron.

Etait sous l'orme, et, pendant qu'il travaille

A faire un lit de fleurs et de gazon.

11 se disait : « Ma foi, je me sens homme

« A bien user aujourd'hui de mon droit ;

« Que Robinson, s'il le veut, fasse un somme,

« Je n'aurai pas sitôt fait qu'il le croit. »

Dans ce moment il se retourne et voit

Sur son bateau Rose au loin qui lui crie :

« Comte, sous l'arbre achevez votre lit,

« N'épargnez pas l'herbe tendre et fleurie,

« Vous n'aurez point d'autre lit cette nuit. »

Rose, en courant, arrive à son village,

Va chez le maire, et, sans rien déguiser,

Lui dit comment elle a su mettre en cage

Deux loups cruels prêts à la dévorer.

Le magistrat était prudent et sage ;

11 va trouver nos hommes en prison :

« Vous êtes pris, et pris de bonne guerre.

« Votre vainqueur exige une rançon ;

« De mille écus dotez la batelière,

« Je vous délivre et promets de me taire. »

Chacun paya, mais le secret, dit-on,

Fut mal gardé. Les enfants de la ville.

Voyant passer le comte et le baron.

Disaient entre eux : « C'est le comte de l'Ile.

« Et son ami le baron Robinson. »

LA

Page 1