‹ Les contes rémoisChapitre 58 sur 98 · LE TRAVAIL INUTILE · texte numérisé non relu

LE TRAVAIL INUTILE

L'évêque-ab^é d'un couvent champenois Fêtait à table un moine sans malice, Jeune, il est vrai, qui depuis quelques mois Avait quitté les habits de novice.

Le moinillon au dîner du prélat

Faisait honneur ; la table était exquise,

Chair et poisson -. par respect pour l'Eglise,

Dîner d'évêque est toujours délicat.

Tout en mangeant, le moine au frais visage

Lorgnait de l'œil servante faite au tour.

Jeune, candide et telle que l'Amour

Les choisissait pour les mettre en servage

Dans les couvents. Les prêtres d'aujourd'hui

N'ont plus chez eux que vieille chambrière.

Souvent fort laide et d'humeur tracassière.

Aussi le prêtre est mal servi chez lui.

Notre prieur, la nappe à peine ôtée.

Voit s'éclipser le moine et Dorothée.

<( Oh ! oh ! dit-il. que feront-ils tous deux.

« Pendant qu'ici je dois prendre mon somme ?

« Surveillons-les. Ma fille et ce jeune homme

« Sont dans cet âge où, n'en déplaise à Rome.

« Il faut pécher, si l'on veut être heureux. »

Page 1