‹ Les contes rémoisChapitre 6 sur 98 · LA CULOTTE DES CORDELIERS · texte numérisé non relu

LA CULOTTE DES CORDELIERS

\ bien mentir, chose assez malaisée.

Elle excellait : si bien qu'elle eût offert

\n plus malin de la prendre sans vert.

\r\enf n'avait que l'esprit du négoce, Esprit étroit; mais, en fait de marchand, C'est le meilleur : plus d'un haut commerçant Par trop d'esprit a mis bas son carrosse. Pour obtenir même de faibles gains.

L'époux allait dans les marchés voisins. Souvent à pied, bravant la canicule Ou les glaçons, et, sans peur ni scrupule. Seule au logis il laissait jour et nuit Sa femme, habile à tout mettre à profit.

Notre homme un soir en soupant dit à Glaire : « Demain je vais avec Jean, mon cousin, « Jusqu'à Ghàlons, pour régler une affaire; « N'oubliez pas de m'éveiller matin. »

Puis il se couche avant l'heure ordinaire.

If. CONTES RÉMOIS.

Claire est ravie en songeant au plaisir

Qui pour entrer n'attendait que l'absence

Du laid mari. Dans son impatience.

Elle eût déjà voulu le voir partir :

Son cœur souffrait en l'écoutant dormir.

Aussi l'époux n'était qu'au premier somme.

Que brusquement le tirant par le bras

Elle lui crie : « Y pensez-vous, notre homme.

« D'être à cette heure étendu dans vos draps.

« Quand vous devez faire si longue route?

« Ne comptez plus avoir Jean, votre ami,

<( Pour compagnon ; il est bien loin sans doute.

« C'est un malheur, nous avons trop dormi. »

L'autre, à la hâte en s'habillant, murmure

D'être éveillé contre son gré si tard.

Mais, en sortant, trouvant la nuit obscure.

11 va chez Jean frapper à tout hasard.

Tandis qu'Arveuf. sur la porte de chêne

LA CULOTTE I > 1 : S CORDELIBR8. I

l'ail à grand bruit retentir le mai'teau,

Dans sa maison cl dans son lit qu'à peine

il a quittés se glisse un damoiseau.

Os faux maris, an lit comme à la table.

Sont plus choyés que l'époux véritable.

Vnssi Léon, c'est notre jouvenceau,

V\ail déjà reçu de sa maîtresse

Plus de baisers qu'Àrveuf depuis un an,

Baisers d* amour qui sont d'une autre espèce,

Lorsque notre homme enfin réveilla Jean.

Mais ce dernier, entr'ouvrant sa fenêtre.

Dit en colère : « Au diable soit le traître

« Qui prend plaisir à troubler mon sommeil !

« Qui frappe? — ■ Arvenf, ton compagnon de route ;

« Pour t'éveiller, attends-tu le soleil?

« — C'est vous, cousin ; mais vous rêvez, sans doute.

« D'être sur pied avant qu'il soit minuit?

« — Comment? minuit! reprit l'autre interdit ;

« Quand au logis ma femme se dépite,

u Dit qu'il est tard, que tu dois être loin. « — Allez, cousin, la rassurer bien vite « Sur ce départ dont elle a trop de soin : » Dormez encor, vous en avez besoin. » Irveuf revient. Bientôt sa voix tonnante Appelle à lui sa femme et sa servante, Car les verrous à sa porte étaient mis. Fuyez, Amours, quittez votre couchette ! L'amant du lit sort en hâte et se jette Dans le grenier, emportant ses habits.

Moins sa culotte. A de fâcheux oublis La peur expose. On sait que dans Pergame Un tendre époux, par la frayeur surpris. Ne s'aperçut que loin de son logis Qu'en se sauvant il oubliait sa femme.

L'époux rentré dans son lit gronde encor, Ferme les yeux et bientôt se rendort.

Dès que du jour les clartés incertaines

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