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LES DEUX PANIERS DE PÈCHES

Laure et Clémence au couvent des Oiseaux Se recherchaient. Toutes deux du même âge Chantaient gaîment comme linotte en cage . Ou babillaient, ou faisaient des châteaux Plus beaux, ma foi, que châteaux en Espagne.

248 CONTES REMOIS.

On y voyait des amoureux si doux Que leurs pareils ne sont pas en Champagne, Tous étaient bons et surtout point jaloux : La jalousie est un monstre en ménage.

Un matin donc, causant de mariage, De dot, d'enfants, et des meilleurs maris ( Fille au couvent ne parle d'autre chose ) : a J'ai vu tantôt l'époux qu'on me propose, » Dit Laure ; « il n'est à Reims , comme à Paris. « Un plus charmant. J'en raffole, ma chère. « C'est le dieu Mars et c'est aussi l'Amour. « Tant il est beau. J'épouse un mousquetaire! « — Mon prétendant, dit Clémence à son tour « Est magistrat. Je crus, le premier jour, « Trouver chez lui l'air pédant de la cour. « Oh! quelle erreur ! Timide en ma présence, « Son cœur battait aussi fort que le mien. « Dans son regard brillait tant d'éloquence a Et tant d'amour, qu'après notre entretien

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1(3 pâlirais qu'il vaut mieux que le lieu. i — Tais-toi, Clémence, en amour comme en guene i Un substitut vaut-il un militaire?

( — Eli! pourquoi pas? dit l'autre avec humeur.

< — Gageons, dit Laure. — Et le moyen, ma sœur. : Au jeu d'amour de savoir qui l'emporte?

i — Voici, dit-elle; il faudra faire en sorte ■ Qu'on nous marie un même jour à Reims. i Et par serment que chacune s'engage.

i Pendant le mois qui suit le mariage.

A s'envoyer en don, tous les matins, ; Autant de fruits cueillis dans nos jardins

Que nos époux au verger de Cythère

En cueilleront dès la première nuit.

< Tu comprends bien qu'il faut dans cette affaire Ne rien compter, ma sœur, à la légère Et ne tromper personne à son profit. »

Double serment entre elles deux se fit. Vous me direz : D'où leur vint tant d'esprit?

•>oO CONTES RÉMOIS.

D'un mauvais livre : en cachette on en lit Dans les couvents autant qu'au séminaire.

On les marie : échange de courrier

Le lendemain ; Laure a dans son panier

Mis jusqu'aux bords des pêches admirables.

En les comptant Clémence s'était dit :

« Neuf! c'est erreur. Neuf ne sont pas croyables ;

» Moi qui ne peux envoyer qu'un seul fruit. »

Le jour suivant dans le panier de Laure

Plus de moitié des pêches font défaut.

C'était beaucoup, mais pas assez encore

Pour consoler Clémence de son lot

Qui ne mettait qu'un fruit dans sa corbeille.

Pêche, il est vrai, mûre à point et vermeille.

Chaque matin un panier s'allégeait,

Tandis que l'autre au même état restait.

Avant un mois Laure enfin tout en larmes

Vint chez Clémence et lui dit : « C'en est fait.

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» A ion mari mon époux rend les armes. »

Dans le panier du sage magistral

Elle avait vu la pêche veloutée

Du premier jour; el celui du soldat

Ne comptait plus qu'une pêche avortée.

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