‹ Les contes rémoisChapitre 86 sur 98 · REVUE CRITIQUE DES LIVRES NOUVEAUX · texte numérisé non relu

REVUE CRITIQUE DES LIVRES NOUVEAUX

Est-il un vin plus gai que le Champagne? La lionne humeur en tout lieu l'accompagne ; Il rit de tout, même de ses amis, Et je lui dois mes plus joyeux récits. Je ne sais pas si le cidre en Bretagne Peut, sans danger, se croire tout permis ; Mais pour leur vin nos curés de Champagne Sont indulgents; et, loin d'être fâchés, Ils riront tous en lisant leurs péchés.

Ces vers placés, sous forme d'épilogue, à la fin des Contes rémois, devraient plutôt leur servir de préface, car ils en peignent bien le caractère et la tendance. L'auteur est un poëte de la vieille école; ses allures n'ont rien de commun avec celles du jour : esprit, style, rappellent plutôt ces conteurs en tête desquels figure La Fontaine et dont Boccace fut le premier inspirateur. Il y a beaucoup de verve franchement gauloise, trop peutêtre pour les gens d'un goût délicat. C'est l'éternel thème

292 OPINION DFS JOURNAUX

des maris dupés, avec d'ingénieuses variétés et maints détails qui, pour être gracieux, n'en corrigent guère la licence. M. le comte de C... s'y montre fort habile assurément; ses vers ont un tour naïf; ils ne manquent ni de trait ni de naturel, et l'oreille est satisfaite par une harmonie toujours agréable. Mais nous n'apprécions en lui que le mérite de la forme, seule qualité du reste que puissent offrir les sujets qu'il traite. De semblables joyeusetés ne sont plus de notre siècle, et l'on regrettera que l'auteur emploie ainsi son talent remarquable. Du reste, si l'esprit doit servir d'excuse aux défauts du genre grivois, les contes de M. de C... trouveront la critique indulgente, car ils en sont pleins. Leur luxe typographique et les charmantes vignettes de Meissonier en font une de ces publications que les bibliophiles recherchent avec empressement. Comme œuvre d'art ils ont une valeur qui ne peut être contestée, et le cachet un peu suranné dont ils sont empreints loin de nuire au succès

le favorisera plutôt.

Joël Cukrblliiîz.

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