‹ Les conteurs étrangersChapitre 11 sur 11 · I.i: \.\C, ONTAIUO · texte numérisé non relu

I.i: \.\C, ONTAIUO

couchr .1 <jii(l(|iic (lishiri('( , I \ lif .issroif |)Ijh;;i Ini-mriiic ii cAlr de lui. ^

(( .Inspcr, (lil-il ;iii luml (riin instant et. d'iin Ion solennel, je \ icns (rêlrc sur|>ris, oui, très surpris. N'ons a\'e/ de l'iinVet ion ])()nr Mahel, et lu chose doit être éelnireie de (elle sorte, eonnnt! disent nies nniis les I )(l;i\\ans, (juil ne reste pas un nnaL»*e entrt' nous.

— (^)n\'st-il besoin d'éelaireisst mk iiK, P.ilhlinder? INFahei nous a eh(Msi : il iriniixn'tc (|n«- jair de ral'feelion ])()iir clic... Je \ais m'en aller à rOeéan, et je nous oublierai tous les deux.

— M'oublier, .Jas])er ! mais je ne mérite ])as rv. eliâtiment. Comment save/-vous, d'ailleurs, cpic» Mabel me ])rcfère à vous? Comment ])ou\e/.-vons le sa\'oir, elle ne me Ta jamais dit à moi-même?

— Kilo doit se marier avec vons...

— C'est le sergent qui l'y a déterminée : une fille soumise doit obéir à son })ére. Jasper, j)arle/ franchement, — mais vous ne sa\c/ ])as mentir, — avez-vous jamais dit à Ma])el (pie vous souhaitiez l'avoir pour femme?

— Jamais, Pathfmder, ni directement ni d'une façon détournée. Je n'aurais jamais voulu vous faire ])areille injure.

— Je vous crois, mon garçon, je vous crois. Je de\'ine pourquoi vous voulez vous en aller sur l'Océan : vous vouliez laisser mourir votre secret avec vous. Ainsi vous n'avez jamais échangé sur ce sujet aucune parole avec Mabel?

— Non, jamais rien de positif. Elle s'est montrée aimable et généreuse pour moi, mais c'est tout. Vous a-t-elle fait entendre plus ouvertement à vous-même, Pathfmder, qu'elle avait de raffection ]H)ur vous?

— Non point, répondit le guide. Elle me disait

])lutôt (pie nous ne devions point songer à nous marier ensemble, qu'elle n'était pas assez bonne pour moi ; toutefois elle ne manquait pas de dire qu'elle me respectait et- m'honorait beaucoup. Le sergent me soutenait ensuite que les jeunes iilles bien élevées ne devaient pas parler autrement. Je le croyais, et je pensais que tout allait bien. Oui, je l'ai cru... Mais il est temps de songer aux funérailles du sergent et de faire les préparatifs de notre départ. Il sera temps de nous entretenir ensuite de Mabel. Cette affaire sera examinée ; car le père, vous le savez, m'a confié son enfant. »

Dans l'après-midi, les morts furent enterrés ; la tombe du sergent Dunham fut placée au centre de la clairière ; un orme d'une grande hauteur l'ombrageait. La cérémonie fut simple ; mais les assistants furent impressionnés par la douleur de MabeJ.

On ne put mettre à la voile le lendemain, la brise étant trop forte. Le mauvais temps continua pendant deux jours ; mais aucun incident nouveau ne vint troubler les hôtes de l'île du Poste. Le calme se fit, et au matin du troisième jour le capitaine Sanglier partit le premier, rejoignant en toute hâte les établissements de ses compatriotes, situés à une assez petite distance.

Mîibt^l (.''(ail ri'stéi' uiiiquciuciil ])rc()c'(*ii])(''r ilr la mort de sou père. Il iTy avait pas bien lon^'tcinps (]uVllo le connaissait ; elle avait vécu de lon^^ues aimées sans éprouver le besoin de se rai)proelKT de lui : mais, eu le perdant si malheureusement après l'avoir coimu, a])rès l'avoir aimé, il lui semblait (pie le monde entier était vide. Elle tressaillait aussi de temps à autre ([uand elle pensait à la mort si prompte et si cruelle de la pauvre Jenny, et aux autres scènes d'horreur dont elle avait été témoin depuis son arrivée dans l'île du Poste. L'accablement, la stupeur de Rosée-de- Juin depuis Theure où elle avait appris qu'Arrowhead était tombé sous les coups du Mohican obligèrent 3Iabel à sortir de son abattement. Elle sentit la nécessité de consoler la jeune Indienne, et elle s'acquitta de ce devoir avec une douceur et une convenance parfaites.

Le troisième jour, dans la matinée, le départ du Sciid était imminent ; les derniers préparatifs étaient faits, le vent était redevenu favorable. Les soldats s'embarquèrent avec une satisfaction très marquée ; l'établissement devant être abandonné, ils ne laissaient absolument rien derrière eux.

Pathrnidcr et Jiisi)C'r, avant de rejoindre leurs e()in])a^n()iis, jetuieiit un dernier regard sur Teni- ])Iaeement du fort ; ils l'avaient vu construire tous les deux. Mabel adressait au Ciel une ferv^ente prière sur la tombe de son père ; c'était son adieu à ce tombeau désormais abandonné, et que sans doute elle ne visiterait plus jamais.

Rosée-de-Juin, accroupie à l'orée du bois, s'abandonnait, sans essayer de s'en rendre maîtresse, à toute la violence de son chagrin; elle avait déclaré qu'elle resterait dans l'île : elle avait sa pirogue, elle pourrait, quand elle le voudrait, rallier les ^ côtes du Canada ou les établissements anglais. Bientôt le guide et son compagnon, ayant rejoint Mabèl, descendirent lentement vers la petite crique où étaient restées les pirogues qui devaient les conduire au Sciid, sous toutes voiles à une petite distance du rivage.

Le chasseur semblait rêveur, même triste; il allait devant ; les deux jeunes gens le suivaient sans parler. Tout à coup il s'arrêta, revint vers eux, et après leur avoir fait un signe de tête il les conduisit vers un arbre couché sur le sol, abrité néanmoins par le feuillage et hors de la vue de leurs compagnons.

Pathfinder s'assit gravement, et dit à Mabel et à Jasper de prendre place à ses côtés.

Tout cela^fut accompagné d'une telle solennité, que Jasper et la fille de Dunham comprirent qu'ils étaient en face d'une résolution grave à prendre, et dont les conséquences pèseraient sur leur vie todt entière.

« J'ai quelque chose de lourd et de pesant sur le cœur, dit lentement le guide après les avoir regardés tous les deux ; il est temps que je me débarrasse de ce fardeau. »

Il s'arrclii, les deux j( iiiics ;4t lis se turiiit ; m riiii hi r;mln\ iic sacliniil, <ni l'îilliliiidcT voiihiiL m M'iiir, n'os;! in'cndrc hi ]);irnlc. Il (*<)ii(iiiu;i :

« A\;nil (1(* mourir, Malxl, Notre jx'tc a décidr (jdc nous d('\ icndrioiis mari vt femme, ])cmr ])asser notre \ ie enseml)le aussi lon/^temps (jih* Ir Sei- ^meur Noudrait nojis laisser iei-l)as...

— Oui, dit Malx'I d'une xoix assez ferme, c'était la volonté de mon père : et je sais (jue ma vie tout entière, consaerée à vous servir, sera encore insuffisante pour reconnaître tout ce (juc vous ave/ fait ])our lui et pour moi... Mais, mon excellent ami, ne ferions-nous j)as mieux d'ajourner notre (lèeisi(^n sur ce point? Nous ne sonmies ))as seuls d'ailleurs, et nos affaires de famille ne sauraient intéresser votre ami Eau-Douce...

— Elles l'intéressent, Mabel, elles l'intéressent, soyez-en bien sûre ; et c'est précisément parce (pie Jasper est ici avec nous que je veux traiter cette question. »

Alors avec une simplicité, une droiture, et aussi un héroïsme dans l'immolation de ses pro])res sentiments à peine explicables dans la nature humaine, le guide fit connaître à Mabel l'affection (|ue Jasper avait pour elle. Il lui soutint qu'à l'heure où elle avait donné, à la demande de son père, son consentement à son mariage, elle n'aVait pu s'engager ainsi, ne sachant pas qu'Eau-Doucc l'aimait ; il affirma que si elle l'avait su elle ne se serait point engagée, parce que Jasper devait, à son sens, lui convenir bien mieux. Il se mit à faire l'éloge de son ami, énumérant toutes ses qualités : il était plus jeune, plus instruit, plus capable de la rendre heureuse à la manière des jeunes filles des établissements.

Jasper baissait la tète comme un coupable tt

détournait la fi/Jure ; Mabel se cachait le visage dans les deux mains ; ils le laissaient parler.

Une idée se présenta un instant à son esprit ; ils auraient dû l'interrompre..., pourquoi ne Je faisaient-ils pas?... Un homme, même le plus perspicace, et à plus forte raison un homme simple comme lui, pouvait se tromper... Et s'il se trompait ! Mais non, cela n'était point.

Il re23rit l'éloge de Jasper ; il fit valoir les avantages que retirerait Mabel de son union avec lui. A la fin celle-ci, levant la tête, dit :

« Pathfinder, pourquoi nous soumettre tous à cette rude épreuve? A quoi cela peut-il nous conduire? Jasper Eastern a toutes ces qualités, je le reconnais ; mais qu'importe, puisque je dois vous épouser? Jasper Eastern n'a jamais pensé à moi ; il se tait, ne vous en apercevez-vous pas? »

Eau-Douce releva la tête et se contenta de dire :

« Mabel !»

L'émotion l'empêcha de continuer ; mais il avait mis toute son âme et tout son cœur dans cette parole. La jeune fille, confuse plus qu'étonnée, se retourna vers Pathfinder.

« Que voulez-vous de moi? J'ai promis à mon père mourant de faire ce que vous exigeriez.

— Je n'exigerai rien, Mabel ; j'ai promis de vous guider, de vous défendre, de vous protéger, je serai pour vous comme un père. »

Et alors, avec cette délicatesse de sentiments qu'on n'eût point trouvée dans un homme plus instruit et mieux élevé selon les idées du monde, il essaya de leur faire comprendre qu'il avait eu tort de songer au mariage ; sa nature n'était point faite pour la vie de famille : il lui fallait la liberté, l'absence de tout lien sur cette terre ; il s'était

I,î: î \r nvTAnTr. 320

trompr, (lisnil-il, il ;i\;iil (M)iiiiiii» une erreur (pii sans doiiti' irétnil. ])us une <^'niiule fanic ; il s'f m repentait ])<)urtant, il saiiniit la r(f))arer.

D'ailleurs, il ne leur deiuaudait point do ))retidr(! une rcsi)lnti(>ii iniinédiate : ils ])<)U\'aient se donner le teni))s de rériéeliir. Mais il demeurait eonvaincMi (ju'il leur suilisait d'un instant ])()ur traneher cette (luestion s'ils le voulaieni : il lui semblait (ju'ils s'entendaient déjà.

Puis, cédant à un sentiment ])lein dr délicatesse et de discrétion, il tourna sur ses talons et <jfu^na la forêt, laissant les deux jeunes i^ens s'occuper de leur avenir et eherelier une solution.

Quand il revint une heure après, «rravc toujours, les traits altérés, bien (pril affectât de sourire, il n'eut besoin que d'un seul regard pour se rendre exactement com))te de la situation.

Il se redressa dans sa liante taille et leur dit :

(( Mi's amis, j'aimerais à vivre dans votre voisinage, à êtie témoin de votre bonheur... ; mais le mieux sera pourtant que je quitte le 55^ et que je retourne au 60^ ; c'est comme mon régiment natal, vous savez. Il aurait peut-être mieux valu pour moi de ne jamais le quitter ; il est vrai que cela m'a valu de passer de bonnes années en compagnie du sergent, que j'avais déjà connu dans un aatre corps..., et puis je ne regrette pas non plus d'avoir fait votre connaissance, Jasper.

— Et moi, dit Mabel, regrettez-vous de m'avoir connue? Si je pouvais le penser, je crois que je n'aurais jamais un moment de paix avec moimême.

— Non, non, Mabel, je ne le regretterai pas. J'ai eu tort de penser un instant qu'un avenir auquel je n'avais jamais songé pouvait être fait pour moi ; on ne change pas sa nature. J'ai eu

tort, le sergent aussi a eu tort : c'est le grand e()U])a})Ie ; jamais de moi-même je n'aurais ainsi })ris une piste aussi fausse et pouvant me conduire aussi loin de mon bat véritable. Non, non, Mabel, je ne regretterai jamais de vous avoir connue. Donnez-moi la main avant que je prenne congé de vous ; Cap s'impatiente à bord de nous voir tant tarder. »

Mabel, fort émue, ne savait comment exprimer sa reconnaissance à ce brave cœur, à cet honnête homme ; il lui semblait aussi qu'il y avait un manque de délicatesse et une sorte de dureté à faire des projets de mariage au lendemain de la mort si tragique de son pauvre père, comme à recevoir un mari des mains de Pathfinder. Celui-ci dut lui répéter que le sergent lui avait confié sa fille, qu'il lui avait remis la direction de son avenir comme le soin de son établissement. Il ajouta que les circonstances ne souffraient point de retard ; Cap avait dessein de repartir le plus tôt possible pour la ville, et il ne pouvait laisser sa nièce sur la frontière, prenant son temps, et attendant l'heure oii les convenances lui permettraient d'épouser Jasper. Non, il ne le voulait pas ; il s'était déjà entendu avec maître Cap, et le mariage devait se faire dès l'arrivée des jeunes gens à Oswego. Ils aviseraient ensuite à organiser leur vie de la meilleure façon possible, soit que Jasper demeurât sur l'Ontario, soit qu'il suivit le vieux marin sur l'Océan.

« Pour moi, ajouta Pathfinder, je vous quitterai ici même ; je retournerai à la sohtude et à mon Créateur.

— Que Dieu vous bénisse ! disait Mabel en lui pressant les mains et les arrosant de ses larmes ; ne reviendrez-vous pas auprès de nous? Nous

Ij; I \« < » ^^ I m; h »

NOUS rrN'crroiis plus l^nd ; je scui une lilh pour vous.

— Oui, c'rsl ('(In, c'csl cchi, nous serez une lillc poui* iiini ; je j)ren(liiii l.i ])hiee (hi servent. Allons, .l.isper, j);irle/., j)reiie/ \olrc caiinf, eniiiieiu/. iMiihel ; il esl leiiips (jne vous vous reiulie/ ;ï bord. »►

Ils alleiuniireiit ensemble le riva<^'e ; ils îillaicut l)arlir (piniui Mabel, saisissant de nouNcau les (k*ux mains du ^uide, s'a<^enouilla de\'ant lui en lui disant :

u l)onne/-ii(Mis xolre bénédiction a\ant (pie nous nous sé])arions ! »

.]asj)er s'inclina, et cet homme ^n'and et sunpie, en enfant de la nature, le\'ant la main, les bcMiit. })riant Dieu de le bénir aussi;

Puis il lit sione à Jasper dVntrer dans la pirogue ; il soutint ^labcl y entrant à son tour ; Tcsquil" (|uitta le rivaijfc et se dirigea rapidement vers le *SV//(/.

Pathllnder resta debout, appuyé sur sa carabine, les regardant s'éloigner. Ils lui envoyaient encore des signes d'adieu ; mais il demeura immobile, conunc pétriiié sur place. Le cutter orienta sa voile, fit son abattée, et se prépara à doubler la pointe de l'île. Le chasseur le suivait des yeux. Quand Mabel jeta un dernier regard, au moment où les arbres allaient lui dérober la vue de la plage, Pathflnder était toujours dans la même situation ; il ressemblait, à cette distance, à une statue élevée à la mémoire des événements qui s'étaient accomplis depuis quelques jours dans rîle du Poste.

Il demeura longtemps, gardant cette pose fière et morne à la fois. Tout à coup il poussa un long soupir et se mit en marche de son pas ordinaire, souple et prompt ; il se dirigea sans hésitation,

— car les mouvements intérieurs de son âme ne ])<)uvaicnt atteindre ni modifier ses habitudes journalières, — vers un buisson où il trouva Roscede-Juin affaissée sur elle-même et pleurant toujours Arrowhead.

Comparant cette douleur à la sienne, il se confessa à lui-même qu'il avait été faible, et il entreprit aussitôt de la consoler. Cette tâche lui renditson énergie, et lui permit de rentrer plus aisément et plus vite en pleine possession de luimême. Il connaissait bien la nature des Peaux- Rouges ; il sut trouver des paroles et des arguments qui relevèrent un peu cette pauvre âme abattue. Ne voulant rien brusquer, il la quitta en lui disant :

« Oui, oui, livrez-vous à votre chagrin, Roséede-Juin, c'est dans la nature ; quand il se sera écoulé un temps convenable, je reviendrai vous parler, et vous m'entendrez mieux. »

Il retourna à son canot et s'en alla dans une autre île. Chingachgook était parti dans sa pirogue, laissant le Scud regagner le port d'Oswego ; mais il ne s'était point embarqué avant d'avoir eu une longue conférence avec son ami. Ils avaient dressé ensemble un plan de campagne qui devait les occuper jusqu'à la fin de la saison, et ils avaient pris rendez-vous pour une époque ultérieure.

Pendant une huitaine de jours, Pathfindcr chassa dans les îles cn\'ironnantes ; il abordait de temps en temps à l'île du Poste : il apportait du gibier à la pauvre Tasearoia, il lui disait quelques bonnes paroles et repartait promptement. Elle couchait dans une des huttes laissées à son intention, et passait ses journées en face de la sépul tare d'ArroAvhead.

I i: I \(: ()\'r\iM() nii

In jinir, le St rj)Uit it parul, ; il fui. <'oiiV4ini «ju'oii ])arlirait le Iciuliinaiii cl «ju'"»' < fimm/im r.Mif l{()séc-clc-,Juin. Kllr y coiiseiitit.

Lu saison était dcvi-nur ni.iuvaisc ; (M])('n(iant le lac rtait trancpiillc, ils le tra\ ( rstrent ra])i(l('nicnt ; ils abonlc'iint dans la ri\ irrc d'Osw^cr,,^ ..,ii ])i(*d du Fort, cl n\v cntivrcnt ])(>inf.

Cliinpicht^Dok Iraxcrsa le \u\'\l ))()îI ; toulc l.i irarnison était sur les rc'ni])arls ; mais ])crs(>nnc, selon Tordre donné ))ar lanidic, ne héla les arrivants. Ils abordèrent sur la rive o))posée, en faee une liutte nouvellement construite. Jas))er était sur la ri\ (' : il les attendait et les aeeueillit avecî joie.

Il était marié d(])uis deux jours : ainsi Taxait voulu Caj), (]ui s'était d'ailleurs, la cérémonie faite, empressé de repartir pour les établissements, jurant bien qu'on ne le reprendrait ])as à met Ire le pied sur les frontières.

L'entrevue fut simple et cordiale; Pathfindcr, conduit par Jasper, entra dans la cabane, où toat était déjà rangé en ordre et avait un grand air d'aisance et de propreté. Rosée-de-Juin les avait devancés ; elle devait désormais rester auprès de Mabel. Les Tuscaroras l'auraient reniée, et elle ne voulait pas entendre parler des Mingos. L'accueil que fit Mabel à l'ami de son père fut plein de franchise et d'affection ; elle le remercia d'avoir voulu être sitôt témoin de son bonheur. Il témoigna aux deux jeunes gens le plus vif intérêt, mais ne consentit point à s'arrêter plus longtemps sous leur toit : il re^4endrait plus tard, plus tard ; il n'oublierait point Jasper ni Mabel : un père ne doit point oublier ses enfants.

Le moment de se séparer arriva bien vite ; Chingachgook avait déjà quitté les pirogues et s'était

posté sur la lisière du bois, en face d'un sentier qui conduisait en pleine forêt. Il attendait gravement l'arrivée de son ami. Pathfmder, ayant jeté un re- <>*ard par la porte de la hutte, l'aperçut ; il se leva aussitôt pour faire ses adieux.

(( Pathfmder, demanda Mabel, quand nous reverrons-nous? »

Une émotion assez vive s'empara du chasseur; il demeura im instant sans répondre, puis il murmura : « J'y ai soni^é, mes amis, j'y ai songé. Je reviendrai ; adieu, mes enfants ! Jasper, sachez la défendre et la protéger. Traitez-la toujours avec douceur... ; adieu !... » Et, en s'en allant, il dit encore : « Le sergent a eu tort... ; oui..., le sergent a eu grand tort. »

Il n'ajouta pas un seul mot, il ne se retourna point. Il eut bientôt rejoint son ami ; Chingachgook, le voyant approcher, jeta son fusil sur son épaule et s'enfonça dans les bois. Pathfinder, bien que Jasper, Mabel et llosée-de-Juin l'eussent suivi à une petite distance, ne regarda point en arrière ; ils le virent une ou deux fois hocher la tête, une autre fois il agita son bras vaguement ; mais son pas était ferme et sa taille droite : il disparut bientôt dans les profondeurs de la forêt. Jasper et sa femme ne revirent jamais le guide. Ils restèrent une année encore à peu près sur les bords de l'Ontario ; mais, cédant aux sollicitations de Cap, ils allèrent s'établir à New- York. Jasper s'occupa de commerce et amassa une fortune fort honorable.

Trois ou quatre fois, à plusieurs années d'intervalle, Mabel reçut des présents de fourrures magnifiques ; aucune indication de provenance ne lesfaccompagnait, mais elle n'ignorait point quelle était la main qui les lui avait adressées.

M' î.\r n\r\IMn 335

IMiis lard, illc lit. un \t)yii|^'i' dans I jnlcricur des Icrri's, acc<)iu|)a<^nir(' (i'nn de ses (ils ayant drjà atteint \i\*f^r d'hoininc. KWc entendit parler, suî les rives du Mohawk, d'un ehassenr fort renommé dans toute cette ])artie des Ktats-Unis ; elle l'entrevit même II ime certaine distance ; il lui ])iirut (]ue lui-même l'observait de loin avec intérêt. Klle s'informa, elle a])])rit ])eu de chose : il était urand de taille ; il avait des habitudes très étran<res ; il vivait absolument seul, et n'était connu (pic sous le nom de l^as-de-Cuir. Une im])ressiou mélancolicpic et douce s'empara d'elle ; elle se souvint de la mort de son pcre et pensa à l'ami, au com))aii:ii()U dévoue du scr<;cnt qui avait ))romis autrefois de ))rendre la place de son père ; mais elle ne sut rien de })lus.

l\osée-de-.Tuin était morte peu après le départ de Pathfmder dans la chaumière de Ma bel : l'enfant du désert n'avait pu sur\ ivre à la perte de son mari et à la ruine de sa tribu. On transporta son corps dans l'île du Poste, et elle reposa auprès de hi sépultare d'Arnnvhead, non loin de la tombe du père de Mabel.

Page 1