‹ Les continuateurs de LoretChapitre 142 sur 217 · VI. SEMAINE · texte numérisé non relu

VI. SEMAINE

Du Jeudy 17. Mars 1667.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Un Gentilhoinme de mérite ,

Qui Mardy nie rendit visite

A son retour de S. Germain ,

Me dit que Le Roy Nostre Père

Avoit un glorieux dessein;

Avant que d'entrer en madère, Prenez bien s'il voua plaist > Sbisneur , ma cause en main Çn cas qu'un pareil tiltre eut de quoy lui déplaire : J'ay pensé qu'une Bru pouvait parler ainù.

Sans qu'il luy fut besoin d'excuses ,

Et que je le pouvois aussi ,

Parce qu'il est Peks des Muses.

Le Rot donc , mon petit Espoox , Qui monte au plus haut point de la Grandeur Humaine . Veut s'asseoir en son Trosne , un îour de la si

Pour y rendre Justice à tous.

Ce sera le Marsy, si j'ay bonne mémoire , £t ce jour, qui s'en va cinquante deux fois l'An

Le mettre au-dessus de Trajan Et de son action faire taire la gloire , Luy-mesme il respondra les Placets diRierends , ' De* plus petits comme des Grands.

cs,i,z.dbvG00i^lc

»o. — Du 17. Mars 1667 ISobuont).

On ne pouvoît jamais m'apprendre

Chose qui fut plus selon moy, Car, à vous dire vray, ce MoNsiEim de Louvov

' Commençoit fort à se méprendre :

Parce qu'il rapportoit tous les Placets du Roy, On ne pouvoit vuider avccque luy d'afïiiire.

L'un de ces jours passez encor,

Une mitonne à qui , pouf plaire ,

Un meuble avec cent louis d'Or

Estoit seulement nécessaire , Dont le Placet dîsoît i ce grand Potentat Que cet or & ce meuble estoient un coup d'Eslat

Pour l'empescher de demeurer pucelle :

Que trois galans de bonne volonté (Ce qui n'estoît escheu de sa vie à la bcUej Vouloient bien l'espouser sur cet argent compté ;

Enfin que l'on y prît bien garde :

Que , quand on a passé les quarante neuf ans ,

Pour peu que l'hymen se retarde ,

A cinquante on n'a plus d'enEans ;

Ce De Louvoy , d'eme très-dure ,

Sans pidé du cliatouilleui sort

De cène pauvre créature , Qui vouloit en faire un du moins avant sa mort. Ne l'expédia point , se courrouça contre elle

Et , si j'en croy tout Ife rapport , Ils pensèrent tous deux même prendre querelle , C'est assez badiné , gardons pour d'autres fois

Telles avantures jolies.

Comme les Confesseurs , les Ministres des Kays Sont exposez ft voir de plaisantes folies.

Pour revenir au Roy, Seigneur , Monsieur le Comte de Modbne En a dit quatre vers avec bien du bonheur ; Je voudrois en devoir tout autant à ma veine. « Je vot , » dit-il , « par les PORTiurrs divers

» QOE L'EnROPB FAIT DE SK» PrINCES,

» Qu'ils sont tous nez pour ledks Provinces , > Mais que tu l'es pour l'Univers. »

Le reste de son Ode aux neuf Sœurs du Parnasse A bien d'autres traits que cela , Qui tiendroient bien ici leur place; Mais , mon beau Prince , lisez-ta :

J'ay d'autres choses à vous dire.

Pour ce coup , il vous doit suffire Qu'il ne pouvoit pas dire mieux.

Et qui voit ce qu'il voit sans doute a de bons yeux.

I d<s>Mi)crtt. M. DC. Lxvii. t»^^ ni*-'

1/. hUne. Utit , fui it tvmpau i* 8 ttr^- ^ irtraitduRar. lipUt à U fin : La Coxn Dt Mootn. (aitU*-'' ■ ■ \ M. U »VM jMui di JMAwUU.)

733 120. — Du 17. Mars 1667 (Sobugny). 784

70 Franchement, cher Dadphin , je donne quinze &, bisque

A qui voudra fournir un Roy pareil au mien ,

Et je les donnera^ sans risque ,

Car, si vous parlez du maintien ,

Du bon air A Cheval & de la haute mine ,

7} ' ViLLEBOY vous dira que la sienne extermine.

Tout Adoms le her qu'il paroisse aujourd'hui, Quand l'autre jour, dans I'Exbrcice Que Le Rot fit de sa Mojce , Ce grand PaiNCE k Cheval se lança près de luy, 80 II fut heureux , sur ma parole,

De ne plier d'efiroy qu'une ou deux fois l'espaule ; D'autres , à cet aspect terrible & martial , En aeroient tombez de Cheval.

Pour sa conduite sans esgale >} ' Et sa politique Royale ,

Jugeons en par ses actions.

On sçait qu'il va faire la guerre ;

Mais au Diable les Nations ,

Ou ceux des Princes de la terre 90 Qui sçavent ses intentions !

On désire la Paix A Lqnsie :

Il la donne , il y sçait respondre Pour l'udlité DES Estâts , Et pourtant , dans les Pons de France, 9S Chacun voit qu'il ne laisse pas

D'armer sa Flotte en diligence.

Cent cinquante Vaisseaux , dans ces Ports differens , Tant en Brûlots que Galiottes Et basdmens petits ou grands , 100 Font déjà redouter ce chef d'oeuvre des Flottks,

Quatre mille canons & vingt mille soldats , Qui sous le grand Beadfoxt respirent les combats , Sont tout prests d'y payer aussi de leur personne. On l'on voit tant de force en main , ■oj L'on peut juger du Souverain

Et si sa Poliuque est bonne.

Pour la belle ame & le grand caur Et le discernement très-juste , Il faut qu'on en cède l'honneur >!• A cet incomparable Auguste.

Pour marque qu'il connoist la source des def&ux Et qu'il sçail justement faire la différence Des vrais crimes d'avec les faux , C'est qu'il est peu de monde en France ■ •5 Qui, par quelque fbible action.

Ait attiré sur luy son indunation.

Qui n'en ait éprouva du depuis la Clémence

n.i,z.dbvGoOi^lc

735 220. — Du 17. Mars 1667 (Susuony).

Et qui même n'ait vu , contre son espérance. Succéder la faveur à là punitioa.

ijo Nostre Galant MAKQins de Vakdbs

Est maintenant en liberté ;

Dernièrement Sa Majesté

Fit porter un ordre & ses Gardes De le laisser aller à son Gouvernement itf Autrefois , pour tirer un homme si charmant

D'une incommode Citadelle ,

Il auroît fallu mille gens

£t des amis tres-diligens

Prés d'un Monarque eo sentinelle , iy> Qui sans cesse eussent dit : « VAxsES-cy, VASDu-là ;

« Vardes mérite tant , Suis , qu'on le rappelle ; »

Mais on n'a rien dit de cela , Qui pour le Rot sans doute eut esté bagatelle , Et cependant , Seignecr , grâce au Rot, U voîta.

■jj Mais changeons de propos , mon Amqe ;

Détrompez , s'il vous plaist , lia Princes» d'Harcodii , D'un faux bruit qui luy cause une frajeur ettraogt Sur le sujet de son Amour.

Le Pape n'a point fait defFense 14e A son cher mart, comme on dit .

De plus coucher en mesme lit Jusqu'à ce que de Rohe il en ait eu dispense : Ce sont des envieux qui le faisoient courir. Cependant admirez quelles Métamorphoses I4J En un moment causent ces choses :

Cette pauvre Branq.uettx en a pensé mourir. Pour moy, quand je la vis Dimanche aux Petits Pères . Où je trouvay ses yeux si battus , quoy que doux , Je jugeay bien que son Espouz ija Luy causoit ces belles affaires.

Mais , à propos du Pape , on m'a dit qu'il est mort ; En a-ton k la Cour la Nouvelle certaine ? S'il est vray, la Parque a grand tort ; Jamais la Thiare Romaine tff N'avoit orné jusqu'aujourd'buy

De Pontifes plus grands & plus justes que luy.

Il nous en a donné la marque Du moins qu'on pouvoit désirer, ■ En faisant Cardinal , avant que d'expirer, ifc Un Prince fort aimé de nôtre grand Monarqui :

Vous sçavez que je veux parler

De MONStEtIR LE Duc DE VBNI>âllB.

S'il fut mort sans cela , personne en ce Royaume Ne s'en seroit pu consoler.

On vous a dit encor, je pense ,

n.i,z.dbvGoOi^lc

73? 330- — ^^ i?- Mars 1667 (Sdbliont). yii

Que MoKstBUR RoBEKTi , NoHcB dao* cette Cour. Avoit eu cet hoaneur aussi te mesme jour; C'est le moins qu'il pouvoit syoït de récompense.

Si le Pape est mort , comme on dit , 170 Remarquez-vous, Seigneur, qu'à Roms

Beaucoup de choses ont prédit Le dernier jour de ce Saint Homme ?

Sans vouloir rappeller ce que , depuis un an , Le ToNNsaRE & le Tibre ont cauâi de ravages , 75 Sans rappeller l'effect des grandes eaux sauvages.

Le FEO , ces jours passez , se prit au Vaticam Et brûla , sans qu'on pût l'esteindre , Un long & grand appartement , Qui rendit Bel-Vkder un L.An>-VEDEK k plaindre iSo Et le défibra trés-pitoyablement ;

Mdle vols bmeux se commirent , Cent meurtres horribles se firent ; Le bon Homme BAacEUJNt , Digne Evesque de Ceriate , iSj Fut tué par la main ingrate

D'un Prsstre qu'il avoit Chrestiennement puny. Et , depuis quelque temps , en un mot , ta Nature A eût paroistre au Monde un tel dérèglement Que , siie Pape assurément 190 N'estoit point dans la sépulture ,

J'en craindrois quelqu'autre revers Pour la Rejme de l'Univers.

Mais CBRR Dauphin , par quelle voye

Sçait-on ces tristes nouvcautcz 19$ Que de Rome l'on nous envoyé ,

Car le jour que . de tous costez ,

J'ouïs publier ces Nouvelles ,

Je n'en receus rien que de belles ?

J'appris que le Duc sans esgal [bdmdiCimiiiM*]

100 Que nous avons près du 5. Pere

Avoit fïny son Carnaval

D'une magnifique manière ;

Que , le dernier de ces jours gras ,

Il avoit fait sa Mascarade , ao) Et que c'estoit la France habillée en Pallas,

Avec la pique & la salade.

Les SiBUJ.ES, au tour, sur un char des plus beaux , Luy predisoient en Vers de Langues différentes

Qu'un jour ses Armes conquérantes aiv Abattroient le Croissant par des exploits nouveaux

Quatre autres chars encor, qu'entouroit une armée

De fort superbes Estafiers ,

PrecMez de ta Renommas

DigilizedbvGoOglC

739 220. — Du 17. Mars 1667 (Siibught).

Et de Pages & d'E^vTBu , ti) Et de Tkohpkttbs excellentes ,

Dont l'air estoit plus que cfaannant .

Accompagnoicnt fort galamment

Cette reste des plus galantes.

J'appris encor que les Rohains uo Cnerent en battant des maina ,

Durant cette Magnificence ;

« Vive lk Rot, > presque aussi fort

Que l'on aurait pu faire en Fraihx ; Mais ma Lettre, Ssignecr , ne parioit point de mort

M$ A. Dieu , je mets fin aux Nouvellei ,

Quoy qu'il m'en reste de fort belles : Le renommé LmomitsKi Est mort tout à fait ce coup-cy.

De SUBLIGNY.

j4 Ptrù , Cktj PUm L» MenaUr, nu ia Matlarim , m Ff Ûivin , i66j. Av€c PrniUti.

LETTRE EN VERS A MADAME

[Pai Chailis robinet.] Du 30. Mars 1667.

Ah I Princesse , je brûle encore de courroux Contre l'E^iégle de Nature .

Et , je TOUS le dis entre-nous > Je ne sçaurois soufirir sa maligne imposture.

Quoi 7 sur lu bonne Foy, j'annonce & l'Univers Qu'en TOUS à merveille elle opère ; Il m'en coûte quatorze Vers, Et puis cette Merveille est de l'eau toute claire I

Mais, Madame, l'Amour s'en plaint pareillement. Car il avoit fourni d'Etofé Pour faire un Cbef-d'œuvre charmant , Et ses soins sont perdus par cette Catastrophe.

Grande Altesse , vous mfime , étes-vous sans douleur

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