IX. SEMAINE
Du Jeudy7. Avril 1667.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
J'ajr haste & vay viste tous dire
Tout ce que je açay de hodthu ,
Car, charmant FantCB , je désire D'adorer, ces jours-cy, mon Dieu dans le Tombeau, Dans le juste dessein de donner quelque chose
A,ce Dieu qui me donne en Vous
Un aimable & Royal Espons ,
Sur qui mon espoir *e repose ,
A ce Rédempteur des Mortels ,
De qui l'amour pour tous les hommes Semble exiger qu'au moins dans le temps où nous On n'ait point d'autres soins que ceux de ses Autels ,
J'avois résolu que ma veine
N'interromproit point l'Univers
Durant cette Sainte Semaine ;
Mais j'ay trop de quoy, dans mes Vers ,
Publier son Nom & sa gloire .
Pour pouvoir differer à vous dire une histoire , Qui peut aujourd'huy mesme illustrer la Victoire
Qu'il remporte sur les Enfers.
Je ne sçay pas , Seionedr , si , parmy les Nouvelles
Qu'on deÛte à vos Courtisans , Ce qu'on dit de la mort du Sopm des Persans
Se compte entre les plus fideUes ;
Mais , qu'on doute ou non de son sort ,
Il est assuré qu'il est mort ,
Dans un temps qu'avec une Armée
De deux cens mille combatans Il devoit attaquer l'Empire des Sultans , Et que déjà la Poxte en estoit allarmée.
Il a laissé pour Successeur
Un Fils qui touche à peine h sa douzième année , Et ce Fils est Chrestien . Sbhinbuk :
n.i,z.dbvCo(>glc
787 ïîÔ. — Du 7. Avçl 1667 [SoBuoirr). ■
C'est l'aventure fortunée , 3; C'est le Triomphe singulier
Que )e ne pouvois point remettre à publier. Long-temps avant la Mort du ^and Sopki , son Père , Ce nince avoit esté nourry pour Jesus-Chxist Et maintenu dans cet Esprit 40 Par les soins secrets de sa Merb. ■
Cène sainte Prwcesse , alors , Par un trait de sa Politique , Luy feisoit à l'erreur donner tous les dehors, Jusques à ce qu'un jour, le pouvoir Monarchique 45 Estans remis entre ses mains ,
11 pust avec plus d'efBcace Et de beaucoup meilleure grâce Faire embrasser aux siens le Sauveur des Humains : Mais , depuis qu'il s*est veu Monarque , so II s'est hautement déclaré
Et , devant tout le monde , il a porté la marque De ce Dieu qu'en secret il avoît adoré. Il a pris pour G&kse affidée Douze mille soldats Chrestiens, f5 Qu'il comble tous les jours de biens
Et qui tous sur l'épaule ont une Croix brodée. 11 est vray que l'Elstst s'en trouve deauny
Et qu'un nombre presque infinr De ceux dont le bonheui est dans les brouilleriez . 60 Donnant à la révolte en cette occasion
Un masque de Religion , Excite des mutineries ; Les Satrapes séditieux .
Sur ce prétexte spécieux, 6} Ont déjà mis son Oncle au Trône de son Père -,
Mdis , outre qu'à mon sens ce n'est pas peu d'atlaire De dépouiller un Roy qui voit dans ses Estats Presqu'autant de Chrestiens hdeUes Que de sujets faux & Rebelles , 70 Quand on a Dieu pour soy , Sbiohedb, on ne craint pas.
Devois- je , à vôtre avis , di^er cette histoire ,
Qui fait voir que ce Dieu de gloire , Qu'aucuns n'estimoient pas le Rédempteur de tous , Est mort pour les Persans aussi bien que- pour nous î
Ce sont les Doctes JÉsurrES ,
Ces Propagateurs de la Foy ,
Qui , par.leurs aidantes poursuites .
Ont mis ce Prince sous sa Loy.
Ah ! s'il plaist à la Destinée ,
Ou plustost au Dieu qui la fait ,
La "Terre la plus éloignée Deviendra , par leurs soins , Chresdenne tout à (ait.
DplizsdbïGoOglC
789 336. — Du 7- Avril 1667 (Subuont).
Je conseille sux Estats des Provinns Unies
De tenir fort secrets ces Pals , grands & beaux , 83 Qu'ont découverts leurs Compagnies ,
En voguât l'an pass4 sous des Astres nouveaux , Cor, s ils estoient connus de ces zelez Apostrrs , Ce scroient dans un an des Païs tout Romains Et Chrestiens sans erreur, ainsi que beaucoup d'autres , 9° Ce qui ne seroit point conforme à leurs desseins.
Scavez-vous ce qu'on dît de ces terres nouvelles ? Trois ans se sont passez depuis qu'un grand Vaisseau , Errant à la mercy des Ondes inndelles , Apperceut vers le Nort un large courant d'Eau,
Qui , se perdant enfin de veue ,
Toujours entre de grands Rochers ,
Fit naistre J'envie aux Nochers De voir oti se rendoit cette route inconnue. On entra bien avant dans cet affreux Canal , Et tant qu'après six jours le Nocher, sans courage
De se voir équipé trop mal
Pour tenter un plus long voyage ,
Se contenta pour cette fois - D'en marquer seulement l'endroit & les EstoiUes ,
Et s'en revint , à toutes voilles .'
En avertir les Hollandois.
On. en fit un secret jusques à l'autre année , Qu'enfin quelques Marchands . un peu mieux équipez , S'abandonnant en Mer à toute Destinée ,
Les Rochers furent ratrapez.
Le CooRANT se passa ; l'on prit à sa sortie Une Mer jusqu'alors inconnue aux Vaisseaux , Otl la Flote , six mois après estre partie . Vit à la fin la terre & des Peuples Nouveaux.
On dit que ce sont des contrées Qui , pour estre du Nort, sont assez tempérées. Les Peuples en sont doux , propres & bienfaisans : Ils firent aux Marcliands aussi-tost des presens ; Mais ils furent surpris , dit-on , de voir sur l'onde
Vaguer des bastimens flottans ,
D'où l'on jugea que , de tout temps .
Ils s'étoient crû tout seuls au monde.
Ces Marchands en sont de retour, Afin de préparer une Flotte plus grande , Qui puisse établir 1& les Estats de Hollande
Et leur Commerce , quelque jour.
Ils n'osent , dit-on , mesme en parler i personne , De peur qu'un Envieux ne leur oste ce bien ;
Mais que la peur les abandonne :
Qui que ce soit n'en sçaura rien ,
Que fors que vos Vertus extrêmes ,
Allant chez les plus inconnus, Ceagens-lA, pour vous voir, nous viendront dire eux-mesmes
klQi^lc
aafi. — Du 7. Avril 1667 (Subught).
Les lieux dont Us seront Tenus.
' Auparavant cette Nouvelle .
Seignbus , j'ay deu vous avoir dit
Que nostre Langue en Pbrse est dans un tel crédit
Qu'on l'y parle quasi comme la Naturelle.
Voila de quoy nous sert d'avcnr de htaxa esprits Dans une Acuehie Illustre :
Ils l'ont si bien mise en son lustre ,
Qu'ils l'ont enfin rendue dans une tangue sans prix.
Les Muses , en Cérémonie ,
Comme vous sçavez , ont ofi^
Une place a Monsiiuk Colbert ,
Dans cette illustre Compagnie ,
Et l'on passe en cela , SEioKsini ,
Par dessus la Règle prescrite , Qui veut, au lieu qu'on l'onre k son rare mérite , Qu'on s'empresse long-temps pour avoir cet honneur
Si nostre langue a fait merveilles
Jusques à cette heure sans inj,
Que sera-ce donc aujourd'huy Qu'il s'en va luy donner quelqu'une de ses veilles î On suit fort en ce choix mes inclinations :
Je ne connais personne en France
Qui puisse avecque suffisance Estendre le François en plus de Nations.
Que dit-on chez vous de la guerre î On dit icy que chacun pense à soy Et qu'en L'incertitude où fondra le Tonnerre ,
Tout le monde tremble d'effroy.
Pour la Paix d'AMâLETERRE , on veut qu'elle soit faite Et que l'on soit d'accord des poincts les plus fâcheux ; Mais . quand ce don de Dieu rendra I'Ahglois heureux , Ce ne sera jamais si-tôt qu'on le souhaite.
Dites à Monsieur de Gramhont Que quelque Adroit a sceu luy faire , Dans Paris , une étrange afiaire :
Tous les jours cient Contes s'y font .
Tres-fascneux pour sa renommée , De ce qu'au milieu de l'Estat Il a bien eu l'audace , en teste d'une Armée , De livrer à son Roy hautement le Combat. Encor ce matin , une Belle I^oît : c à qui se fira-t'on , » Si ce Marescbal ob Graioion , » Que Le Rot croyat si fidelle ,
n.i,z.dbvGooi^lc
793 aa6. — Du 7, Avril 1667 {SwLioirr). .
> Est coupable ven luy de cette trahison ? * igo J'eus pitié de lujr comme d'elle ;
Pour la détromper, je luy dis Le Combat qui se fit , la semaine dernière , Où le Rot, Chef d'un des Partis , Et ce Maubscbu. , du Contraire , iB} Avoient, en exerçant l'adresse des Soldas,
Fait paroistre , dans une I^ine , L'ordre & les horreurs des Combas Que conduit un grand Capitaine , Hormis la Mort, qui n'en fut pas ; ■90 Je luy fis un portrait de 1 épaisse fumée
Que sans cesse y rendoit la bouche des Canons ,
Des Pistolets , des Mousquetons , Où ce Prince accoustume , en jouant , son Armée ; Et je luy parlay mesme encor <95 De ce Mousquet crevé qui , faisant quelque playe ,
Fut cause qu'un soldat eut du Rot, pour la paye , Sur le champ trente Louis d'Or.
O Dieu , qu elle en fut estoooée 1 Elle crut que du Makeicbal 300 Elle serait assassinée ,
S'il venoit à sça^r qu'elle eut parié si mal ; Mais moy, qui le croy mieux connottre , Je luy dis que , bien loin d'en avoir du dépit , Il la remerciroit de l'avoir bien maudît , 30} S'il sçavoit qu'elle l'eut soupçonné d'être traître.
De Vendredy, Prince charmant , Monsieur l'ABai Colbebt SAUfr PoiUMiW Est Conseiller au Parlement :
Il a la probité . le cceur, l'esprit d'un Ange , lia Et n'y servira point d'un petit ornement.
On receut , la même journée , En cette même dignité , Le jeune Tabjerok , dont la capacité , La qualité , l'honneur, le sens , l'ame bien née , 115 Sont connus de tous , Ûeu mercy ;
Il s'y fit admirer aussi ; Mais de qui ticndroit-il s'il eut fait le contraire ?
Son Père est un homme sans prix , Et sa spirituelle & vertueuse Mère »»o N'a point sa pareille à Paris.
A Dieu , je finis cette lettre , Quoy qu'il me reste des sujets .
Les plus salans du monde , à mettre ; Mais un temps si pieux cherche d'autres objets. ■>} Allez, suives, SaiGNsna, cette admiraUe Reine,
Dont je voy les transports saints , amoureux & doux Ravir le Ciel aux yeox de tous :
n.i,z.dbvGo(>glc
799 336. — Du 7- Avril ^667 [Sobuont). 79G
Suivez un grand Ror, qui vous meine,
Au sepulchre d'un Dieu mourant ; >J<> De ma part , en ces lieux je vaia en faire autant,
Et nous serons galans la prochakie semaine.
BB SUBLIGNY
A Ptrit , Cht^ Pitrr* l* Momkr, nu ia MaOïmriin , <m Pn Dmiti. i6€j. Avte PriatUp.
(U MuM Dmpbinc , etc. , t6C7 — voy. le n* 109 , col. 640 — , pp. lo^iM.)
LETTRE EN VERS A MADAME
I [pAi CHikiLta ROBINET.]
I Du 18. Avril 1667.
I Pour vos Œufs de Pasque , Madame ,
I J'ay dessein de changer de Game
I Et de varier mes Concerts.
Sçavez-vous bien comment , â charmante Princçsse ? s C'est qu'en ma Lettre à vôtre Altesse
Je d^re mealer la Prose avec les Vers.
Si ce Plat d'Extraordinaire Peut avoir le bien de vous plaire , Nous le servirons quelque-fois ,
Et , sans vous faire Ici de plus long Préambule , Je vais à ce genre de Bule
Appliquer mon Esprit , & ma Plume . & mes doigts.
Chez le Sarkathe , en fin finale , De la DiéTE Généru^ L'ouverture se fit le sept , i
Et c'est tout ce que l'on en sçait.
Si ce n'est que les Seigneurs Nonces , Dans leurs Demandes & Réponces , Etoyent toujours tres-peu d accord , D'où l'on craignoit nouveau Dîscord.
D'ailleurs , quelques Francs cabaustbs , D'ordinaire peu Royalistes , Prennent ft 'rasche , ce dit-on , De rétablir la Faction Qui de LnoMiRSQt» , mal sage ,
n.i,z..'bvGoOi^lc
797 ^'y- — ^ '^- Avril 1667 (Robinxt). 798
Fut ci-devant l'illustre Ouvrage ; Et l'on écrit encor , de plus , Qu'ils font sonder DéHènuns , Pour voir s'il seroit à leur poste 30 Et s'il voudroit remplir le Poste
Qu'occupoit le défunt Patron De la louche Rébellion ; Mai; ce Prince , toujours fidelle Et pour Cazimik plùn de zèle , ) Fait la sourde-oreille à leurs Vœux
Et, sagement, se moque d'eux.
Mais il ne taut pas s'étonner qu'il ait l'Ame si royale : comme je me suis curieusement informé de sa Généalogie , j'ay découvert qu'il est de la Tyge des Roys & qu'il descend de ce Démétrius qui étoit fils d'Anttgone , Roy de
40 Macédoine. Je ne vous jure pas néantmoins que cela soit Fort vrai , & je vous laisse la liberté , si vous le jugez à propos , de vous en inscrire en &ux contre
. cet Article.
A peine encor le Rossignol Ses divins roulemens desserre , 45 Qu'on vaid le Portogais , grand Anti-Espagnol ,
Préluder en Campagne & rechauflèr la Guerre.
Mais on dit que les Exploits Printaniers ne lui sont pas heureux. & qu'aôrés avoir emporté une petite ville , étant passé à l'Ataque du ChAteau , les Castillans, piquez de cette hardiesse comme d'un Affront,
50 Le forcèrent à la Retraite ,
Où le grand Feu de leur Courroux.
Fécond en homicides Coups , Fit choir parmi les Morts NoiRMotmER & la Fkbte.
C'est, en vérité, dommage de ces deux Braves, &, pour le reste, le SS Portugais peut s'en consoler, suivant le Proverbe qui dit que les Armes sont journalières. ^
D'autre part , son Rov, plus heureux Dedans ses Exploîs amoureux , A si bien carressé sa Rethb 60 Qu'elle en a , d'un beau Fruit , Ceinture ronde & pleine.
L'Ehpbreur , en pareils Explois , N'a pas eu ma ndre réussite , Et sa charmante MAROOEarrE En a , vraiment , pour ses neuf mois.
Le Pkxmier Visib , en Candie , Roule fort sombrement sa vie ,
n.i,z.dbvGoOi^lc
)9 aa?. — Du 16. Avril 1667 (RowHBTi. Soo
Contristé de toujours prévtMr Qu'il n'aura pas en aon Pouvoir, Du moins si-tôt , La grande Ville po Que le Vénitien babile
Ajuste dedans et dehors , Si bien que , pour la prendre au Corps , Il fondra , pour le dire en soaime , Qu'il soit un peu plus Diable qu'Homme.
'5 Le bruit court aussi qu'ayant mandé dans la Caoée un Ministre de la République , il lui en a fait en termes fort doucereux de nouvelles Propositions d'Acromodement , mais auxquelles . je croy , elle ne se fiera que de bonne sorte.
On n'est pas encor, prés, dit-on , *û D'ouvrir & tenir le Conclave ,
Car Alexandre , comme un Brave , Fais toujours la Figue à Cloton.
Depuis quelques jours , le Saint Homme A m«ne bit partir de Rou S5 Six Bonnets de Couleur de Feu
Pour mainte nouvelle EtOHEMOt , Comme on sçait . émanée encor, depuis peu , De sa souveraine Puissance.
Enfin , faisant à l'ordinaire ses fonctions , il a donné , dans le Consirtoire , 90 le Chapeau au Cardinal Carracctoli & fait la cérémonie de lui fermer & ouvrir la Bouche ; & , bien davantage . sa Sainteté se promet de secourir les Vénitiens dans la Métropolitaine de Candie , lors que les Otomans l'auront asûegée.
Au Maître Echevinat de Mets
On a receu , je vous promets , 95 Le SiEOR GivHi de bdle sorte ,
Et la joye encore transporte
Le Peuple Messin sur le Chois
Qu'en a fait le plm grand des Rote
Pour remplir cette belle Charos , ■M De qui le Pouvoir ample & lai^
Le (ait présider pleinement
A la Noblesse mëmement.
Ce GivRi , Personnage habile
Et Nourriçon d'icelle Ville , .
Wf Est te Libdtenant de Mouzon ,
Que l'on estime avec raison
Comme un Gentilhomme tres-sage ,
Et plein de zélé & de Courage.
Ce fut ce que le sieur de Choisi , Intendant , étalla à merveille dans une
'■«belle Harangue, qu'il fit sur sa Réception, & (^ui obligea le Parlement, avec
tous les autres Corps , k lui rendre de particuhers honneurs. On le conduiùt
en la Catedrale au son de la grosse Cloche , qui est la mirque des grandes
o<^lc
8oi 337. — Du 16. Avril 1667 ^Robinet). 803
Cérémonies , avec un Concert de Flûtes douces , de Cornets à Bouquin , de Fi/res , de Clairons & de Tambours , &, le lendemain , les Jésuites le firent Djaussi sçavamment complimenter par leurs Ecoliers.
Mais un autre Sujet m'appelle , Encor plus digne de mon zélé.
La brillante de Montpbnsibr ,
Nom qui pone un Eloge entier, ■M Signifiant cette Monelle
Qu'on appelle M&oemoisblls ;
Cette grande Princesse , donc ,
AxAZÔNE , s*il en fut onc ,
Arrivant dedans Eu , n'aguéres , ■15 Inspira les Vertus Guerrières
A cinq ou six pauvres Pesctieurs ,
Et mêmes les rendit Vainqueurs.
En quatre mots , voici l'Histoire
Du Combat & de la Victcnre.
t j» Un AvANTQiuER des Anglois ,
Voulant, par d'importans Explois .
Se rendre Avanturier de marque ,
Des Pescheurs enleva la Barque
Et mit dessus quelques Soldats , 1)5 Lesquels des moindres n'étojent pas ,
Pour emmener en Akoleterre
Une telle Prise , belle erre.
Mais la pensée qui vinst à ces Pescheurs , que leur auguste Princesse étoil proche de là , leur enfia tellement le cœur que , se ruants intrépidement sut 140 ceux qui les conduisoyent , ils s'en rendirent les Maîtres,
Et ces Guerriers frais émoulus , Mais dignes néanmoins d'une belle Guirlande , Amenèrent , tous gais , leurs Prisonniers confiis , En Triomphe , à 1 Altesse & si belle & si grande , ■45 Lui confessant , en bon françois ,
Que ce premier de leurs Explois Etoit moins un Effet de leur propre Courage Que de sa Présence en ces Lieux, Dont ils venoyent à ses beaux Yeux , «S» Avecque plaisir, rendre hommage.
L'Héroïne . ne pouvant assez admirer la rareté du Fait , ne se contenta pas de leur donner des Louanges , que les plus fiers Conquerans préfereroyent aux plus superbes Triomphes , mais elle y ajouta des Effets de sa Libéralité qui ne plurent pas moins à cette sorte de Victorieux.
■$) Mais, i propos de l'ANOLifrEiiRB .
8o3 227. — Du 16. Avril 1667 (RoBtHKT), 804
Aurons-nous la Paix ou la Guerre î Ouï , nous aurons l'une des deux , Crayez-moy sur cène Matière ; Car vous dire autre chose • hélas I je ne le peux : 160 Trop courte est là-dessus ma petite Lumière.
Quoi qu'il en soit , les Avances civiles de la France & des Provinces-Unies , avec les bons OfSces de la Suéde , ont engagé l'Angleterre à faire ausn quelques nouvelles Démarches , par le Chois de Breda pour j travailler k, ce peniâe Ouvrage de Paix , & les Éstats Généraux ont déjà envoyé des I^ueitij Ports au Roy de la Grand' Bretagne pour la seurté de ses Ambassadeurs , qui sont Milords Hollis & Conventry.
Ajoutez à cela les Destins de Louis , Maîtres de la Terr« & de l'Onde , Qui rendent , chaque jour, sa Gloire sans seconde 17a Par des Prodiges inouis :
Vous pourrez seurement conclure Qu'eux , dont tout l'Univers reçoit sa Tablature . Trancheront le N<siid Gordien , Et que , malgré tous les Obstacles, ■7ï Le Bblgb aura la Pau , sans qu'il en coûte rien
Que le moindre de leurs Miracles.
Je ne touche point aux Dévotions de ndtre Cour pendant la Semaine-Sainte. 11 y a long-temps qu'on sçait que nos Majestez y rivent d'une Heté exem-
Elaire : qu'elles y retracent cette Action d'humiuté où le Dieu fait Homme iva les pieds à douze Hommes ; qu'elles ne s'y nourrissent , le plus Saint des Vendredys , que comme autre-fois se nourrissoit le Prédicateur du Désert , de simples Racines ; que nôtre charitable Monarque y touche quantité de Malades ; & dire toutes ces belles choses est ne rien dire de nouveau.
Seulement , ici , je remarque tS) Que l'illustre AbbÎ le Tellier ,
A la C£ne , prescha devant ce grand Monarque , Avec un Talent singulier De périodique Eloquence Et de merveilleuse Science , 190 Et que ce Dauphin plein d'appas,
Qu'on void aussi beau que sa Mérb , Et qui ne sera pas moins Héros que son P£ri , Comme un autre y portoït les Plats.
J'ajoute que l'AsBâ le Maire , I9Ï De nôtre auguste Reyne annuel Oratzor
Et bien Sorbonique Docteur, Fit , & sa Cène aussi , son Sermon ordinaire.
Je ne puis oublier que l'éloquent Mascaron , qui a distribué la Manne Evangelique & nôtre Cour durant ia sainte Diète , y termina sa Carrière pai *wle Sermon du Divin Crucifié & par celui de sa Résurrection ,
CcizoJ.vCoOgIC
8oS M7. — Du 16. Avril 1667 (Robinet). 806
Avec beaucoup de Gloire Et d'applaudissement du Royal Admtoibk.
Le Grand Général des Feuîllans , qui avoit ici fait les Prédications de la mfime Diète , en l'une de nos plus fameuses Paroisses , ayant esté suivi de la 109 plus belle & çlus brillante foule de cette Ville , eut 1 honneur de la voir augmenter, le jour de la Passion ,
Ou beau Premier Moksikor de Franck ,
Qui , par chois & par préférance ,
Vinst pour l'ouir, avec grand Train , »« Expressément de Saint Germain .
Et l'élogisa de manière
Que j'en voi sa gloire pléniére.
Mais , pour tout dire en peu de mots ,
Cet aimable & brillant H£xos , *>f Etant venu chez les bons Pérès
En suite fûit ses Prières ,
DoM-CôMS vinst diligemment ,
Par un tres-poli Compliment ,
Lui rendre honèiement le Change *M De son obligeante Louante.
Etant si avant sur le Chapitre des PrÀlicateurs , je ne sçaurois obmettre , sans être injuste envers la Pieté de la-Reyne d'Angleterre & le Mérite du Père de Saillant, que cette grande Princesse a esté plusieurs fois ajouter ses Applaudissemens à ceux de son Auditoire.
"i Chacun ne conët pas ce Péta, de Saillant,
Dont en Discours sacrez la Bouche est si fleurie :
N'aguére il commàndoit ft la Cavalerie Et même étoit, sans doute , un tres-rude Assaillant : Mais il n'a pas perdu sa vertu Militaire : 3»a II l'exerce encor, dans la Chaire ,
A foudroyer le Vice & vaincre les Démons , Et la Merveille est singulière , Ou du moins tres-peu fomiliére , Qu'un Homme de Combats fasse ainsi des Sermons.
*n Nôtre Lirutenant de Police , [i* «n^:
Aimant la Mesure & le Poids ,
Ne sçauroit souiïrir qu'il s'y glisse
Aucun abus contre les Loix.
Je vous le di , sans Saterie , , >4u 11 n'entend point de raillerie
Sur ce Point, des plus importans ,
Et de certaines Gens , n'aguére ,
Payèrent bien la foie Enchère De s'être rencontrez en fraude a contre-Temps,
n.i,z.dbvCo(>glc
8o7 137- — Du 16, Avril 1667 [Robinet]. 80S
>45 C'estoyent des Boulangers & Chandeliers mal moriginez , du Faux-boui^
5. Germain, dont il envoya le Pain & la Chandelle aux Prisonniers, qui, se trouvans fort bien des. mdmes choses dont les autres se trouvoyent mal ,
Crièrent cent fois : < Dieu bénie » L'Equitable de la Reynie t »
*jo Le PuBuc en disoît autant ,
Et, de tous costez l'exaltant, Changeant le Provekbb , en son zèle , S'ècrioit que son Jeu valoit bien la Chandelle.
De vrai , cette petite Sévérité , exercée avec la douceur qu'il y mesle , & qui >55 gagne mSme le cœur de ceux qu'il punit , contiendra chacun dans son Devoir :
6. sur tout, le menu Peuple qui souffre le plus du faux Poids & de la ^usse Mesure , en sentira les bons & utiles Effets.
Pour passer à d'autres Nouvelles, J'en tiens une au Collet qui n'est pas des plus belles , »6<ï Puis que c'est nouvelle de Mon ,
Mais qui peut nous instruire , en somme , Du triste & pitoyable Son De l'Komme.
Le Comte de la Trinité , qui venoit Id , de Savoye , en qualité d'Ambassa-
165 deur , n'y voulant parStre qu avec un Equipage digne de la magnifique Passion
qu'il avoit de soutenir son Caractère avec un éclat hors du commun , attendoît
depuis quatre mois une superbe Tapisserie de Milan , avec plusieurs autres
choses qui devoyent servir 4 la décoration de son Palais & à la Pompe de son
Entrée. Enfin, selon les mesures qu'il avoit prises , tout s'étant trouyé en
'7° estât . il arriva en cette Ville le 7. de ce mois , en la plus belle disposition du
' monde , & triomphant en lui-même de ce merveilleux Appareil ;
Mais des Parques la plus cruelle , De ses nobles Desseins souriant à part-Elle , L'attendoit de pied-ferme , en son superbe Hôtel, 175 Et la Laide , avecque furie ,
Le perça de son Dard mortel , Comme il s'applaudîssoît sur sa Tapisserie.
Hé bien , cher Leaeur , que dis-tu D'un si déplaisant tN-pROKPru ?
aSo Cela veut dire que l'Homme , qui se dit le Roy de la Nature , n'en est que le simple Jouet : qu'il n'a rien d'asseuré que la Misère & le 'Trépas , & qu en vain il forme de vastes & de présomptueux Desseins, puis que l'exécution n'en est pas en sa puissance. Mais cène Morale est trop sérieuse & trop poussée dans une Lettre historique ; passons donc à un autre Chapitre.
«■s Le rare Abbé de la Roqoette
Pone sur son habile TSte ,
n.i,z.dbvCo(>glc
8o9 337. — Du t6. Avril 1667 (Robinbi)
Où l'on ne loge rien de commun ,
La brillante Mttre d'Amm».
De Skns le fameux Archevesqok ''^G^Sf ''*
>9o Sacra , Dimanche , cet Evesqob ,
En un MoHASTtRE pieux, *"^5r'¥S!*""
Dont la Pompe surprit les Yeux , s. aowm
Et maints Prélats , Princes , Princesses,
Du Rang des premières Altbssbs , »9> Firent en ce Sacre nouveau ,
Certe , un Concours nombreux & beau.
Le bruit a couru que MouéttB Se trouvoit & l'Extrémité Et proche d'entrer dans la Bière :
Mais ce n'est pas la vérité.
Je le connés comme moy-même :
Son mal n'étoit qu'un Stratagème Pour jouer même aussi la Parque au Trait Eual. Hélas I c'est un étrange Drôle :
Il faut qu'il exerce son Râle Sur le Particulier & sur le Général.
Parbleu , quoi qu'il en soit , ce seroit grand dommage Que la.gloutonne Anthopophacb Eût dévoré ce bon Chrétien, Je lui souhaite longue Vie :
De mainte autre elle est le Soutien , Et , s'il meurt , nous mourrons tous de Mélancolie.
Madame , vous serez de cet Avis , je croy. Là dessus , donc , je vais dater l'Epitre mienne; 1 15 Le Ciel A vôtre Goût veuille qu'elle revienne ;
J'en seray tnen ravi , ma foy.
J'ay &it cet Amlngu , tant de Vers que de Prose , A la veille de Pâque dose.
j4 Parti, Ci«T P- MugMt, n* itU Harpt , awc treii Kait. Avte Privilégi du Rigi.
(Bîbliolh. lut., Le*, 13. Réi. — BEblioth. Miurina, 196 A^ — Biblioth. de l'Arwatl, B. L. iiSoi.
— Bibliotb. dt M le btnn l>mai de Rothiehild.)
.yGOQl^lC
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pai Chaili» robinet.]
Du 34. Avril 1667.
Altesse, plus belle cent fois Que Nocret ne sçauroit vous peindre , Quoy que , le Pinceau dans les Doigts , 11 n'oit de ses Rivaux que ta Nature à craindre ;
Altesse , bien plus sage aussi Qu'en Prose & Vers on ne peut dire , Quoy que l'on mist tout son Souci A dire sur cela ce qu'en vous on admire ;
Altesse , d'Ame grande encor Plus qu'on ne sçauroit le comprendre , Quand on feroit tout son effort Pour aller aussi loin que ce Point peut s'étendre ;
Altesse d'Esprit élevé Comme une pure Intelligence , En un mot , Cbef-d'Œuvre achevé ,
Où les Dieux font briller leur adorable Essence , Voicy ce qui vous appartient
Et que Clion vous doit , lors que Dimancbe vient.
Ayant, comme j'ay dit. Commerce M Dans la Conit du Sopht de Perse . Où va ma Lettke , en son Circuit , J'ay sceu qu'il n'étoit rien du Bruit Qu'on faisoit courir que la Pakqde Avoît moissonné ce Monakque , *i Et que son Fiu & Successeur, Ayant abjuré son erreur , Dedans la Capitale Ville , Pour suivre le Sjjnt Evangile , Le Peuple , en Lutin decbainé , loS'étoit contre luy mutiné.
J'aurois voulu que la Nouvelle Eut esté vraie autant que belle ; Je l'écrirois en bon Cnrétien , Ainsi qu'en franc Historien :
13 Je vous dis , d'une ame ingénue , La Chose comme je l'ay sceue ,
Et comme elle est certainement Par un infaillible Argument , A sçavoîr que les JESonEs ,
40 Ces grands & sages Casuites.
Ne sçavent rien , en vérité , De la susdite Nouveauté , Quoy que les chers MissioNturtEs ' De ces zelez & fameux Pères
45 Soyent là , dedans Hispam , postez , Pour, de leur zèle transportez , Tâcher, par maint & sçavant Mat .
D'élever la Fot sur le I^ôni.
A propos de Rsuoion , 50 La fâcheuse CoMansnoN Qu'elle ciusoit dans la Rnssn , Où l'on croid au divin Miasre ,