AVIS
Mais , à la fin de cette Lettre , Pour le Public il me faut mettre Que , demain , la Troupe do Rot,
>9a Remontant en tres-bel arroy.
Donne une Pi£ce toute neuve , \
Qui porte pour Titre 1» Vedve , Mais Veuve & la Mode & du Tempi. ^Jii Sans doute , les Intelligens le
«95 Concevront ce que je veux dire ; "^ Si donc ils ont dessein de rire , ^ Qu'ils aillent au Palais Royu., Et, foy de Relateur loyal , i
Je croy, sans que je me méconte , {
joo Qu'ils pourront y trouver leur
[compte.
Et les Comédiens aussi , [souci-
Si d'aller en bon nombre ils prennent le
jf Trtii Sait. AtHC Primligt dM Xqf.
nat.. Le', 3i. Rc>. — BJblioth, MuHne , i^v
— Biblieth. d* I'AmciuI, B. L. liSoi.
Biblloth. de M. le bvonJimM de Rotbtchild.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par CHAkiK ROBINBT.J
Du i5. May 1667.
Ma Fidèle Clion, sus, profitons des Feux Que nous avons repris dedans les divins yeux De l'auguste Héroïne Henriette-Marie :
Les plus beaux qu'inspirent Phœbus, Disons-le sans cajolerie , Sont , au prix , des Feux de bibus.
Oui, j'abjure aujourd'huy ce qu'en croid l'Univers ; C'est une vieille Erreur de nos raiseurs de Vers , Que , pour cstre Sçavant , il faut qu'on le réclame. Un seul Trait de ces Yeux , qui font le plein Pouvoir
Du Dieu qui régne par la Flfime .
Ins[^re cent fois plus d'Esprit & de Sçavoir.
Quand , après quelque absence , enfin je les revoy Et qu'un de leurs Aspects se glisse jusqu'à moy , J'en ressens aussi-tôt les effets dans ma Verve Et mes Rimes vont d'un tel air.
Que ce n'est point malgré Minerve Que je fai ma Veine couler.
Mais c'est assez , Clion, c'est assez préluder ; Nos Historiques Vers se veulent déborder Sur les divers Sujets que m'offrent mes Tablettes.
Laissons les jaser promtement;
Ils s'en vont tailler des Bavettes ,
Peut-estre , assez gaillardement.
S} Un tout frais ponu Mkssiâs , Lci^uel encor seize ans n'a pas , Mais qui montre beaucoup d'audace.
Dans le Levant, a pris la place De cet autre impertinant Fat ,
)o Qui s'est enfin rait Renégat.
Ce jeune Cadet , ou Jocrîce , En MsssnuE encor Novice , Est si ^und , nue GAROximiAS Passeroit sous l'un de ses Bras ,
}ï Ou du moins, comme dit l'Histoire, Le dernier Géant de la Foire.
Ce plus grand donc des Messias \ dans lea Yeux certains Eclats
De vive & brillante lumière , 40 Qui rompent , dit-on, en Vîsiére, A ceux lesquels , tout ébaudis , Se rencontrent assez hardis Pour l'oser r«arder en Face.
Il est Blonoin , a bonne grâce , 45 II parle fort benignement Et, pourtant, souverainement; 11 se pique de Prophétie , Et , soit noire ou blanche Magie , Les fiides et crédules Juifs 50 En sont si fortement séduits , Ainsi qu'ils l'ont été des autres , Qu'il a plus de cent mille Apôtres ,
ï3i. — Du i5. May 1667 iRobiketi.
Lesquels , le suivans aujourd'huy , Viennent â Shirne avecquc luy ,
5ï Crians qu'il faut que la Turquie Sa tres-humble Esclave se die , Car , comme son Prédécesseur , Il a la Monarchie à cceur , Et voudroit bien que la Fortune
6a Lui soumit celle de la Lune.
Maïs on dit que le Grand Seigneur, Comme il y va de son honneur , A donné par tout si bon ordre Que le Galant n'y pourra mordre ,
6s Et qu'ayant bien fait le Badin , Ce grand Messias & Blondin , Deviendra , comme son confrère , Bon Renégat & Janissaire,
Autre part j'ay dit , ci-devant .
70 Qu'une Nouvelle du Levant N'étoit pas toujours l'Evangile :
Or celles qui sont de ce Stile Bien souvent le sont moins encor.
Ainsi , je ne faî point d'effort
75 Pour vous obliger k les croire ; Mais ce qui suit est vraie Histoire.
Les Candiots- Vénitiens , Des OroKANs Aim-CHHénENs Creusent très vaillamment les Tom- Ibes,
^A coups de Grenades, de Bombes Et de l'alti-tonnant Canon , Quand , pour s'acquérir du renom Et montrer une ame hardie , Ils les muguétent dans Candie ;
8j Ce qui rend lesdits Turcs-cornus Un tant soit peu plus retenus , Et fait que le Visik enrage De n'avoir point d'autre Avantage.
Les Majestez des Polonois 90 Se portent bien , à cette fois ; Leur DiÉTE (que le Ciel bénie !) Est ou sera bien-tôt finie .
Et le Moscovite a froté , En conséquence du TRArrÉ , 95 Monsieur le Cosaque rebelle , De manière égrillarde & belle.
Mab, parlons de sa Sainteté ,
Laissant toute autre Nouveauté.
Car c'est aujourd'huy la Matière
>o Dont la Chrestienté toute entière S'entretient avec plus de soin , Autant de près comme de loin .
Et dessus quoi chacun sans doute Est présentement k l'écoute.
>5 Le Quatorze Avril, constamment.
Elle dicta son Te^akent , Par lequel, pour le dire en somme.
Elle lèga certaine somme (Legs des plus justes & plus saints]
10 En faveur de ses Médecins , Et fît aussi quelqu'autre Grâce A ceux de sa Fauille Basse.
Le Quinze , ce Héros sacré , Se sentant du Mal atterré .
15 Receut le divin Viatique , D'une façon fort Catolique Et pleine de haute-vertu , Etant sur son Lit , tout vêtu , Qui vers le Ciel les mains extole ,
loAvec le Rochet & l'Etole.
Alors , ajant Dieu dans son Sein.
Il fit un Discours , en tadn , A tous ceux qui , sur l'Omoplate , Portent la vermeille Ecarlate ,
>i Et c'est à dire , en plus clairs mots . A tous les Seigneurs Cardinaux.
Et cette Harangue pieuse, Tres-élégante « vigoureuse , S'ètendant sur ce Teste-cy :
loSlC TRANSIT figura MuNDI ,
Signifiant qu'en peu d'espace La Gloire de ce Monde passe , Il dist merveille , en venté , Dessus cette Instabilité
15 Qui fait de toute la Nature Une passagÈre Figiire.
Puis . sur luy faisant un retour , Comme il se croyoit près du Jour Qn'il devoit aller rendre Comptt
|o Où jamais l'on ne se mécompte , Il fit un Examen exact De tout son grand Pontificat Et sentit beaucoup d'allégeance De conéire en sa Conscience
15 Qu'il n'avoit oncques souhaite Cette éminente Dignité , Ny fait d'Intrigue & de Cabale Pour avoir la Thyare Papale ; Qu'il n'avoit emplo^ non plus
« Les saints & sacrez Revenus
'^.OOQ
ï3i —Du i5. May 1667 (Robinet}.
Du grand TaÉsoa Apoctouqoe Que dans la louable Fabritjue De maint Temple & de maint Autel Pour la Gloike oe l'imuobtel , >i5 Ou pour la pieuse Assistance !De quoy chacun a conessance) Des Princes lesquels sont aux Mains Avec les MâcRÉANs Turcains Et qui signalent leur beau Zôle |«o Contre cette Race Infidèle ; Et qu'enân , si sa Sainteté Avoit mandé sa Parante , Ç'avott été sur les Instances Du Cou.iGK des Ehinsncbs >h Et même après un An complet.
Or , cet examen ainsi fait , 11 conjura ledit Collège D'élire un Pontife au Saint-Siège , Qui réparât son manquement 170 Dedans ce Sien Gouvernement i Puis , ayant baisé I'Evangu^ De façon bénigne & docile , Il leur donna , d'affection , A tous sa Bénédiction.
>7S La Nuit du Quinze au Seiziàme , Avec une douleur extrême , 11 fit des Calcub i^ureux 1 pisrm!' Mais , après , il se porta mieuit , Et même l'on dit que sa Fièvre 180 De beaucoup moins en parut mièvre.
C'est , par l'Ordinaire dernier .
Ce que rapporta le Courier Et, n'en sçachant pas davantage , Je m'en vais changer de ramage ii5 Et vous discourir d'un Tambour , Lequel bit un grand bruit en Coor.
C'est un Tambour incomparable , Et de Prix autant qu'admirable , Par plusieurs Dauphins enlassez
190 Qu'on y void )oUment tracez , Par divers belÛqueu* Trophées Dignes du Chant de mille Orphées , Par des Diadèmes fermez , Dont les Yeux demeurent charmez ,
'9f Le tout étant de I^erreries Sur de superbes Broderies , Avec des DicruNS , en Email , Expliquans ce riche Travail , Que vingt-cinq mille ècus on prise , 100 Si qu'on peut dire , sans méprise , Que jamais, jusques en ce jour .
On ne veid un pareil Tambour.
Aussi .pour vous dire l'Histoire , Ce riche Tambour a la gloire
30J D'être à nôtre Dauphin charmant .
Qui le sçait batre gentiment.
Et c'est le Régale , non mince , Que luy fait un autre beau PawcE , Sçavoir le Prince de Piémont ,
110 Séparé d'ici par maint Mont , Et de qui la petite Langue S'est expliquée en sa Harangue , Sur le Sujet de cet Envoy , Par un Marquis, en bonne foy ,
Le Uirquls d« B. Maurl», Prsmln Bicnjai du Duo de SiToje et ion BdtojA en oatts Cour
3'5 Fort spirituel & fort sage ,
Lequel des mieux fit son Message.
Or le Motif de ce Présent Si beau , si riche & si plaisant, Est qu'un Ministre de Savoye ,
La Comte Cirrocolo, Ambusulaar.
330 Avant qu'en reprendre la voye , Demandant à ce grand Dauphin .
Si brillant , si vif & si fin , Et qui tant d'Esprit fait parétre , Ce qu'au Prince , son jeune Maître ,
135 II desiroit mander par luy :
«, Rien », lui dît-il , « podr adjour-
» Sinon qu'un TAMBooRiLii'ENvoyE,»
Découvrant à lors cette joye Qu'il témoigne ordinairement
330 Quand on lui parle d' Armement , Et qui montre qu'un jour Bellonnb Sera sa plus chère Mignonne.
Ainsi , le Prince Savoyard , Quoi qu'il soit encor un Poupart ,
aj; Désirant , malgré son Enfance , Déjà plaire au Dauphin de France, L'a fait régaler du 'Tambour Qu'admire toute nôtre Cour, Avec la manière galante ,
340 Et mSmement toute éclatante , Dont toutes les Choses se font Par l'illustre Cour de Piémont.
Mais , à propos de Tambour , [Qu'est-ce?
J'oi sans cesse batre la Caisse , 145 Je ne voi qu'Armes & Drapeaux, Que Fantassins & que Chevaux ,
\..OiW
s3i. — Du iS. Maj 1667 (Robinbt).
L^squeli partent de cette Ville , Remplis d'une guerrière Bile , Et Loais même , avec sa Com , sjo S'en va partir au premier jour :
Ce n'est pas pour tirer aux Merles Et ni pour en&ler des Perles .
Je le gagerois , ma fby , bien ; Mais ne disons encore rien.
i» Le grand jour de Saintb Monique, Suivant sa pieuse Pratique , La Retne , si pleine d'attrais , Alla , pour l'honorer , exprés Aux AuouniKs portans Sandale ,
»6o Logez dans la r orSt Royale
Du beau Chatkau de SAnrr GsRiunt, Qui va de Monde être moins plein ; Et j'ay sceu que ce Père illustre , Digne de prescher au Balustrc , j^^gWSçavoir le Pérï Valent™ ,
Fit en Fntnfois , non en Latin , Bravement le PÀNiGYKiQiiE De ladite Saint* Monique.