XIV. SEMAINE
Du Jeudy nngt-sixiéme Aoust 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Ah I petit conteur de Fleurettes .
Je sçais vos pratiques secrettes ; Quelqu'un vous surprit , l'autre jour, ^ns le petit Parc de Vinceiins , Et vous y vit parler d'amour Avec les r uxes de ia Rsyme.
Vous estes donc de cette humeur.
Et de vous il faut qu'on se garde ?
Je vous asseure , Moksbigneor,
tfÎM^iHuafXIII. SCDuini
.yGOQl^lC
i63. — Du 36. Aoust 1666 (SuniQMY).
Que désormais j'y prendra^ garde Et que , si l'intrigue me nuit , Vous me verrez faire beau bruît.
Voyez-les toutefois , s'il vous en prend envie : De l'humeur dont je les counois ,
Vous les pourriez tenir au plus secret du Bois Que j'en serois sans jalousie , ^
Et , de l'air dont ces ObjeB dous Vivent toujours parmy le monde , Il n'est rien qui ne me réponde De leur sagesse avecque vous.
H^ bien , que dit-on du grand Homme
Qui depuis trois mois est uJé
Faire son Ambassade à Rome ?
De quel air en a-t'on parlé ,
D«iuis quelques jours , dans Vtncennes ? 11 ne perApas dans Rome entièrement ses peines. Car, tandis qu'à loisir je ne sçajr pas quels maux EKercent sur le Pape un pouvoir tyrannique Et reculent du Duc l'Audience publique , Il visite du moins Messieurs les Casduudx. On ne rendit jamais plus pompeuse visite :
Outre plus de trente Estafiers ,
On compte , sous deux Escuters ,
Vingt quatre Pages à sa Suitte.
Vous verrez , Piukce , assurément
Que la fâcheuse maladie
De qui la fine perfidie Promettoit d'accabler le Pape incessanunent , Par respect qu'elle aura pour un grand Roy de Frakcb ,
kt pour le bien du Monde aussi.
Pourra cesser enfin de l'affliger ainù , Afin qu'au Duc os Chaolnb il donne l'Audience.
Sçavez-Tous que quand , l'autre jour.
Je TOUS dis que de Broille entroît dans l'alliance
Du IniEMIER PRESmEKT DK FrANGK ,
Et que cela platsoit tout à fait à la Cour.
Ce PxEMiEK I^EsmKNT severe
S'en fit un sujet de colère î
■Il est , dit-on , de cette humeur ;
Il ne peut souffrir qu'on le loue ; Mais , deusse-je augmenter la vermeille couleur
Qui ne sied pas mal à sa joue ,
Ou soii mente finira Ou j'en fera^ l'EIcffie autant qu'il me plaira. Noatre condition , Pkincb , serait étrange .
" <* iloR naU. 1 49 0 C cet
)MD«|Mii)NitiMr*d«diM, |
i63. — Du 2fi. Aourt 1666 (SoBUGMt).
Aussi bien il vous comme à moy , Si la Fille du Ciel & le Fils d'un grand Roy Ne pouvoient à leur gré donner une louange ,
Et st nous ne pouvions parler
Sans que l'on nous vint controUer.
Pour voir avec regret que son Nom se publie ,
Que craint le premier Président?
11 n'a rien fait que de prudent :
Il met une fille accomplie Entre les bras vaillans d'un sage Cavalier,
Dont le courage est singulier, Et qu'un jour le Baston de General d'Armée ,
Que son Pebe toucboit du doit Quand II mourut , couvert de sans & de filmée , Pourra recompenser de tout ce qu on luy doit.
De son Estoc, une Noblesse
Ancienne, pure & sans foiblesse ,
Jointe à la haute probité Que tous les Lamoignons se conservent san9 tache , Est une assez charmante & grande qualité Pour en pouvoir parler sans qu'un homme S'en fAche. Sçachez donc qu'à la fin le contract est signé. Et que ce que te Roy vostre Père a donné
A cette Fille incomparable
En rend la Dot considérable.
On m'a dit que la pauvre Enfant , Quand ce fiit il son tour, ne signa qu'en tremblant ;
Cela n'est-il pas bien aimable ?
Brooxes doit estre fort content
D'une vertu si renierquable ;
On n'en trouve pas toujours tant.
Raillons-la toutefois d'une telle Innocence , Car, si l'amour n'a point causé son tremblement.
C'estoit avoir peur justement De se voir, quelque jour, Mireschalle de France.
Pour changer de propos , dites-^nuy, s'il vous plaist , Si le temps vous permet de voir la C<»nedîe. La MÉDECIN PAK FOxcB estaut beau comme il l'est ,
Il faut qu'il vous en prenne envie.
Rien au monde n'est si plaisant,
Ny si propre A vous bîre rire ,
Et je vous jure qu'A présent
Que je songe & vous en escrire
Le souvenir foit , sans le voir.
Que j'en ris de tout mon pouvoir.
MousRE, dit-on, ne l'appelle,
Qu'une petite Basatelle ; Mats cette bagatelle est d'un Esprit si fin
: toua kl Umoimon»
iOt1<^l
i63. — Du s6. Aoust 1666 (Scbuokv).
Que , s'il fuH qaa je vads le dît , L'estime qu'on en fait en une maladie Qui f^t que , daiu EHwia , tout coun au,M^ttciN.
On ne dit rien de la Hollamdb , Si ce n'est que toûjou» sa perte n'est pas grande , Et qu'elle est fort igais en tous les deux partis. En effet . les Ahcumb perdent plus de Navires , Mais . tenant à leur gré les Sots aasujeti* .
On ne croit pas qu'ils en soyent pires. Pour vous en dire îcy , tout &anc , mon seRÙInent, Les armes des Fkançois s'estant lA signalées , Les Flottes oe s'estoient asseurémeot mêlées
Que pour leur gloire seulement.
Ostez-ea l'action du fameux as Lomuink., Du vaillant de Coasun & du brave Cavois , Tout ce qu'y &t le vent ne vaudra pas la peine
Qulon le mette au rang des^xplois.
Si j'en veux croire une Nouvelle Que me dit hier un Flamant, RuiTER & Trohp prirent querelle Et se parlèrent aigrement Au sujet de cène bataille ; Mais ce Flamand, je croy, ne me dit rien qui vaille.
Ils dévoient se reiliettre en Mer
Dans cette semaine où nous sommes , Avec six-vingts Vaisseaux , montez des meilleurs hommes. Pour empesdier I'Anglois de pouvoir l'écumer. Dieu vetnlle qu'on se batte avècque tant de forte
Qu'après que l'ANGLors sera las
D'avoir la guerre sur les bras ,
La Kdx succède à ce divorce I
Chacun publie & haute vois
Que le POTONTAT S'ANGLGTXKItE
Avec Nous ne veut plus de guerre , Non plus qu'avec les Hollaksois.
Ce n est pourtant qu'un bruit vulgaire Qui peut-estre n'est pas trop vray ; Mais cependant je vous diray Que les Anclois pourraient pis hin.
On m'a dit que MoMSiKim Couktin , D«RS huit jours , partira de Pranci
"7 A roMrtir «n nwr.
11S ^ Dcdjiu II M
n.i,z.dbvG00l^lc
i63. — Du 36. Aousc 1666 (SuBuairr}.
Pour aller accorder l'Electevr Paiatik
Avec l'Elecizur db Matknce.
Confessez-moy, Dauphih charmant ,
Qu'à l'instant mesme qu'on le nomme ,
On se figure un honneste Homme ,
Un Homme de grand jugement
Et d'intelligence sublime ,
Et qui mente t^u'on l'estime
Conmie l'on fait incessamment.
Je l'ay veu quelquefois , sans me faire connoltre ,
Mais , en vérité , Monseigneur ,
Il n'eut besoin que de paroistre
Pour estre maistre de mon cœur.
Souffrons qu'il poursuive sa route
Et qu'il remplisse avec splendeur Près de ces Princes là son Nom d' Ambassadeur ;
Il les accordera sans doute , Car, de l'air dont il sçait ménager les espris , A moins que d' estre Anglois ou tout & faiff^irouche ,
Quand on seroît des plus aigris , U fout faire la paix dés qu'il ouvre la bouche.
Monsieur de Comastm , que j'ayme fort encor. Et que i'esdme un vray trésor D'intelligence & de mérites , Pour Marsal quine aussi ces lieux
Et s'en va pour son Prince en régler les limites ;
C'est son vray fait ; le Roy ne pouvoit choisir mieux.
Que cCt-on de I'Imperatrice ?
Si l'amour dans les Rois est comme en d'autres gens , L'Ehpereok doit trouver en fort bonne Justice
Tant de delays bien enrageans.
Elle est encore à Barcelonne ,
Où sa fièvre la tient toujours , Et l'on ne songe pas qu'un Espoux en personne Pourroit dans un moment en arrester le cours.
Allez , MoNSBiGNEnB , on se mocque , Et , s'il faut dire ter ce que j'ay dans le sein ,
Ce delay tellement me cbocque , Que je crois , sur nia fby, qu'on l'apporte à dessein. On a bit à FmAi. un ezcez de despence
Que rien n'a jamais e^alé :
Tout le monde s'est signalé
En nouvelle magnificence ;
Les Envoyez des Potentats
Y sont tous à croiser les bras ,
Et , quand ils se plaignent des peines
Qu'ils souffrent en l'attendant là ,
itomtnt. — 166 <f GtuMARTiii. | 184^ L'Em»mui 1 Final ■ (kit dm dcipcnec.
i63. — Du 26. Aouit 1666 (SuBLiaHT).
On leur allègue pour cela Seulement les fièvres quaitaines.
Mais laissons ce fiucbeux discours ; Vous aimerez mieux les Nouvelles Que je vous diray des amours Qu'Angely se fit dans Bkoxeixes.
.^Hir lors regnoit dans le Païs Une figure d'Amazonne :
Ses yeux estoicnt fon obéCs ,
Cent Héros de village adoroient sa personne ;
Mois , parce que la Dame avoît leu les Romaks , Et possedoit un attelage De six misérables Jumens , En vain tout Héros de village S'inçeroit de luy rendre hommage.
S'il n'égaloit Cmns ou bien quelque Aiunts ,
Fut-il des mieux parei: comme des plus hardis , On n'écoutoit point son langage.
A voir un orgueil si profond , Son maiT se pouvoit respondre
Qu'estant peu de Cntus qui pussent la semondre.
Sa femme de long-temps ne luy feroit foux bond ; Et la chose aurait esté telle Si le Marquis , la rencontrant , N'eut donné moyen à la Beixe ,
De croire qu'il estoit un Chevalier errant. La chose estoit assez croyable ,
Car il trouvoit comme eux le couvert sur la table , Dans les lieux les plus inconnus Estoit toujours des mieux venus Et n'approchoil point d'une Ville Qu'au bruit qui couroit de son Nom Le peuple n'en sortit par mille ,
AEBn de l'acueillir au signal du Canon.
La Dame ne pouvoit en trouver de plus digne , En cas qu'elle le voulut fier :
Il fut ■ dit-il , un jour entier
Avec Castbl Rodrigok à s'expliquer par signe ,
Hutost que se résoudre a parler le premier. Si tost veu donc , aussi-tost prise.
A plaire à son Héros sa sdence s'épuise ;
Elle prend l'habit d'homme & s'échape la nuit Pour l'aUer trouver jusqu'au ht.
Son mary suit ses pas & jette icux & flime ,
Et , prenant Angely pour Chevalier errant Qui venoit faire errer sa femme ,
Veut l'espée à la main vuider son différent.
Enfin , sans de l'argent qui calma sa furie
Et qui mit à la playe un soudain apparàl ,
I 3J7 yf vooloit.
i63. — Du s£. AouBt 1666 (Subuqht)- xao
Ancsly perissoit par la Chemlerie ,
Et pour se tnen frotter trouvoit U son pareil.
Je finis par une avanture
Arrivée au iiEEUt Karbara , L'esprit le plus joly qu'ait formÉ U Nature
Et que jamais Dikpk verra.
Dans un femeux combat qu'on y fait chaque ^nnée , A qui remponera le prix de* Vers François ,
II le rçnip>orta cette fois ,
Et , contre luy l'envie en estant deschalnée
Mais je vous en diray le reste un autre jour.
Car j'entens battre le tambour
Pour le gênerai Exercice Que le Roy va tantoit Eaire de sa Milice , Et je sçay qu'il est temps . Prikcb , de voua quitter Pour vous aonner celuv de pouvoir vous botter.
Allez , faites-y dies merveilles ,
Et monstrez-nous après disner
Qu'en teste de troupes pareilles Vous trouverez des lieux où vous pourrez régner.
DE SUBLIGNY
ndtlanu Ùnpiàut . inantU Pntiititf. Avu PHtiligt
La apuODr* tt tairtiu M M irtwott fw d»a A.~ BC plaeaK ià U iift.
(^ Li MuM (U Cour 1666 (voj. tamc I , col. 909) pp. loj-iil. a La Mm* DaupbiM 1667 — 119-lsB.
C U Muu Daupbine lé6S . — 119-1*8.}
LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[pak la ORAVETTE h MAYOLAS.] Du 19. Aoust 1666.
Madame , je viens de Vinceine , De voir le Roy, de voir la Reine , Aussi Monseigneur le Dauvin , Et les autres Dames enfin , 5 Avec grand nombre de Personnes , Prïnapales , belles & bonnes ,
Dont mes Vers , ainsi que de Vous , Recevant un acneil bien doux , De nouveau ce bon-beur anime , M Moa z^, mon sois & ma rime.
.yGoQi^lc
i&f- — ^'^ ^9- Aoust 1666 [Mayolas].
Le second , à ce coup , je pense , jo Eloit l'Electeur de Mayence ,
Je trouTC aaset bon de noter. De remarquer & de citer Q^e , dedans la ville de Cléves (Où les armes ont quelques trêves] ,
ij Et précizement au Château , Qui n'est pjts moins vaste que beau, On ât un superbe Bâtéme , Sans que la pompe en fut extrême , D'un Fils , aussi beau que l'Amour,
xiDont l'Electrice Br&ndebour Eloit n'oguéres acouchèe , Dans sa belle Couche couchée.
On avoit choizy pour ces fins Quatre fameux & grands Parains :
1; Le premier qu'en c^lieu je marque De Danemarc est le Monarque , Ou bien le Roy de Danemarc , Qui contient Biainte Isle & maint [Parc:
e coup ■deMt, Seigneur de mainte Ville & Bourg En suite le Duc de Neubourg , Qui fait justcmeat le troiziéme ; Gusf Le Duc d'HoLSTEiH le quatrième.
jj Quelt^u'un s'estimeroit heureux D'avoir pour Parain un seul d'eux.
Outre cela , l'on prit la peine D'avoir une double Maraîne :
Double veut dire en bon François
^Deux, qu'on pouroit compter pour [trois :
Kwiii** De Sm^EREH , grande Duchesse , De Sax^-Altembourg U Princesse.
Jugez si ce Fils bien-aymé Peut manquer d'être bien nommé.
4j Oa écrit que le Marquis Ville , En fait de guerre fort habille , Que le Sénat Vénitien Estime Cart & chérit bien , Encor qu'il manqua de fburage ,
je Tant pour les chevaux de bagage Que pour ceux de main, de combat, Après «vcHT iait le dégftt A l'entour de Candîe-neuve , Dequoy l'on a fort bonne preuve ,
5j Ne se serott pcnnt écarté Des murs de ladite Cité , Malgré tout cela , sans la pieadre Et saoa U réduire à se reaore , S'il n'ût cceu que. les Otomaos ,
60 Dans des Vaisseaux & bâtimans.
Ou , si vous voulez , des Galères Pleines de choses nécessaires , Sans uzer d'un plus long discours , N'eussent envoyé du secours , .
65 Et c'est U clauze claire & nette De sa glorieuse rétraite.
Le Particulier, le Public Vient de m'avertir qu'à Munie Le grand PrincbAlbkhtdeBavi£xes,
7oRemply de vertus singulières , Est mort en icelle Cîtè , Etant de tous fort régreté.
Chacun en montre sombre trogne , Sur-tout l'Electeur de Cologne ,
73 Car, éunt son fils bien chèiy, U en est fort triste & marry.
Aussi l'on fit , aux Jézuites , Pour luy, Obsèques non petites , Et quatre ou cinq divers Prélats
80 D'aÛer-U ne manquèrent pas , Ainsi que maint Seigneur âc Dfise , Afin d y prier pour son Ame.
Le grand jour du Patron du Rot, Qui fut trés-zélé pour la Foy,
85 On vit dans la Maizon Professe Paroltre une sEÛnie ajustesse Et les ornemens les plus beaux.
Parmy les fieurs & les fiambeaw , Les instrumens & la muzique
90 Faizoient un concert angéhqu^ ; Mais les prières & les voeux De ces prudens Religieux , Par leur fidèle & bon exem^e , Excitoient les cceurs dans ceTemple.
9; Le Révérend Père Sehin ,
Qui suit toujours le bon chemin , Vertueux & scientifique ,, Prononça le Panégiryque Du grand Monarque Saint-Louis ; looSes Eloges furent ouys Avec un plaizir incroyable .
Et l'Auditoire incomparable .
N'en paroissant pas moins charmé Que de son beau zèle enflftmé, 105 Louoit autant son éloquence Que son ardeur & sa science.
.yGoQi^lc
i64- — Du 39. Aoust 1666 (Mayouis).
. J'av sceu d'un vertueux Parent Et Magistrat fort aparent Qu'audit jour l'Abé de Foukille ,
itoQui sort d'une illustre Famille, Fils d'un Père vaillant Mortel , ^^^ Digne Lieutenant-Colonel , ^ST Soutint , d'une force infinie "•^ Des Thézes de Philosophie .
11$ Qu'il a dédiées au Roy,
Et les soutint bien , sur-ma-fby.
De Paris le grand Archévesque Et maint insigne & docte Evesque , Avec Ducs , Comtes & Marquis
iioEt cent Gens d'un mérite exquis , Autant de Robe que d'Epée , Avoit lors l'oreille ocupée A l'outr parler sçavamment Et résoudre chaque argument
■ 15 D'une manière si facile Et d'une façon si gentille Que, dans le Collège d'Karcour , Tous l'admirèrent en ce jour, Et son Epitre liminaire
ijo Qu'en Vers Latins il voulut foire.
. Monsieur, dans le Palais Royal , Ces jours passez , sentant le mal D'une fièvre que je croy tierce , Qui par tout sa rigueur exerce ,
>35 Fut le mesme jour vizité De nôtre auguste Majesté , De nôtre Prince magnifique, Qui chérit fort son Frère unique.
Madame , sa chère Moitié ,
140 Seul Objet de son amitié.
Ayant apris cette nouvelle Par quelque Messager fidelle .
Quita Coulombe promptement Et le vint voir dihgemment ,
■45 Car on doit quiter Père & Mère , Et la Sceur ainsi que le Frère , Alors qu'il s'a^t d'un Epoul Illustre, brave, aimable & doux.
A l'aspect de ses puissans charmes ,
i$o La âévre eut de teUes allarmes Que , diminuant son accez (I^us fâcheux que n'est un proçez) Et s'en étant bien repentie , La fièvre quita la partie.
I,; L'illustre & le fameux Voizm
Et chaque nouvel Echevio t
Ont prêté le serment fidelle . "
Pour leur Charge honorable & belle.
Entre les mains de nôtre Rot ,
160 Qui les receut en bel-aroy.
CADHAR'nN , Maître des Requestes , Une des plus habiles Testes , Fit un discours rare 6l parfait Sur cet agréable sujet ,
té5 Les prèzentant à ce Monarque , Qui my donna diverse marque Du plaizîr qu'il eut de l'ouïr Si parfaitement discourir.
Avec grâce , avec éloquence ,
170 Et non avec\noins de prudence.
Le manifique Abbè d'HABCounr , Dont le beau renom par tout court , Un pompeux Service a fait Eure , Pouç le défunt Prince son Père ,
175 Dans l'Abaye Saint Faron , Dont il est Abé & Patron ; Et Monsieur le Fàvke, en personne, Très-sçavant Docteur de Sorbonne , D'une oelle & bonne it^on
iSo Y fit la funèbre Oraizon.
De Meauz maint Magistrat illustre , Avec des Gens d'un très-beau lustre.
Et grand Peuple acoururent-l& , Aplaudissans à tout cela.
iSj Le Rot, dont l'humeur martiale Parott contente & joviale Parmy les armes & Soldats , Et l'apareil des grands combats , Fit à Vinceine la Revue
190 De sa Miûzon , très-bien pourvue .
Et , les observant à loizir.
Il eut un extrême plaizîr De trouver chaque Compagnie Aussi leste que bien fournie.
I9J Kaziior , selon nos souhaits , Avec ses Peuples est en paix ; Les Confèdèrez & RebeUes , Lassez des fatigues cruelles , Et de s'opozer au dessein
300 De leur Polonois Souverain .
Sont soumis ft ce qu'il déûre , Je puis l'assurer & le dire ,
■.vJ.vCoD^^lc
i6i4- — Du tg. Aoust 1666 (Mai
Après que leur Ambassadeur
A dit ft mon Roy ce bon-heur.
M$ Mais on craint que le Moscovite
Ne signe point a Trêve écrite.
Selon l'ordre & la volonté Et dessein de Sa Majesté , La résolution fut prize-
110 D'une utile & fcrande entreprize , De fidre un Havre & Port nouveau Pour métré à couvert maint Vaisseau, Prés Montpellier, au Cap^e-Cette , Et la choze vaut déjà faite.
iij Monsieur Tobbiif , digne Intendant, Non moins équitable qu'artknt .
Ayant receu de nôtre Sire Le mandement pour le construire ; Et , Monsieur Bezoks , lors absant .
iM En autre endroit le Rot servant , Ce premier donc , sur celte Terre , Fit pozer la première pierre , Qu'on poru solennelleqieat Et processionnellement.
iif On mit dessus une Médale Du Rot , qui ces six mots étale :
Ik uiPOR'nJOso TuTim LnroRE Rbx STRUxrr Portdm.
En François, cela sinî&e
1^ Qne notre Monarque édiâc Un Port de grande sûreté En un bord qui n'ût rien porté.
Au bruit de la mous'quetene Et de toute l'artillerie ,
}jj Des boëies & des tambours , Qui seroient entendus des sours , Des fanfares &. de trompétes , . Qui touchoient mille chansonnétes , Et du monde , en trés-bel aroy ,
no Qui crioit-U . vive is. Roy, Cette pierre fondamentale Fut pozée avec sa Médale.
Le grand Prélat de Montpelier, ^aïSSÎti
Plein d'un mérite singulier, 145 En cette illustre Compagnie
Ht toute la Cérémonie
Et , de la muzique assisté ,
Dit la Messe avec piété.
Une superbe architecture , 3JO Dont la vive & douce peinture
Ofroit aux yeux de ce côté
Une grande & belle cité ,
Reprézentoit sur toutes chozeS ,
Parmy les œillets & les rozes , 155 Une Êglize , un Temple sacré ,
Aussi vaste que bien paré
Des plus riches tapisseries -
Et des plus belles broderies ;
Le Portrait de sa Majesté , 160 Fidellement r^rézenté,
Paroissoit sur le frontispice
De cet éclatant 'édifice ,
Avec maintes inscriptions
Contenans ses perfections , 1^5 Entre deux colonnes de marbre
Plus hautes que le plus haut arbre.
Après cela , Monsieur Tdbriif,
Qui prend le soin de ce Port-neuf
Régala, sur quatre grand'tables , 170 Les Gens les plu& considérables.
Ce festin , suivy de concerts ,
De passe-temps & feux divers ,
Couronna la réjouyssance
De cet Ouvrage d'miportance , 175 Que les soins de cet Intendant
Rendent tout-à-fait éclatant.
Princesse digne de louange , Je vays un peu faire vandange.
J'ay patt uok Ouvrage, sans Bttorr,
aSo Du ra£zENT mois le VIN6T-&-H(in'.
rf Pmrii, Ci*T Ck. CImdull, Imb. i Ui., aux Arma Ju Xh, nu dt la HnektlH. Avtt Priv it
(Bibliiitb. de I'AtmiuI, B. L. iiSm — BlUioth. de M. lebiren Jimn de Rathicbild. — Ce dernier exempUtre porte U dite du jl *oi)t 1666 et le* idreue* luivinlcs : A Parit, Cktr C. Ckautitli, Imp. & Ut., Aa* Arma d» Ray, m it la HactulU. Avu Prniligt it Sa M. Et i Lyon . GU^ M. Maikttft. è S. Thema, fA^nm.)
ryGooV^lc
[Par Chailis, robinet.]
Du 29. Aoasi 1666.
Ayant vu , ces jours-ci , tant de fois les beaux Yeux De vôtre Héroïne adorable , Plus brillans que l'Astre des Cieux , Clion , vous devez faire une Lettre admirable. Ces Yeux , par qui l'Amour peut tout dessus les Coeurs , Mieux aussi qu'Apollon & mieux que les neuf Soeun,
Font couler le Sçavoir en l'Ame , Et ce que vous avez de Brillans & d'Attrais , Vous le devez vraiment & leur divine Flame . Comme le Dieu des Cceurs lui doit ses plus beaux Trais.
Ce qu'on écrit de la Pologne , Où l'on n'a que trop de besogne .
P^, Est que des Rebelles le Coc , Lequel . pour éluder le Choc
1; D'une Akmêe en ordre & complète , S'ébatoit à Cli^ne-Mussette , Vouloit de Nuit , non pas de Jour, Incendier le grand Faubourg De la Crré de Varsovie ,
10 Pour rendre son Ame assouvie En toutes sortes de fecons ; Mais , qu'ayant senti les frissons D'une appréhension extrême De venir se brûler lui-même
15 A la Chandelle , comme on dît , Tcut en suspens , tout interdit , n avoit surcis l'Entreprise , Pour éviter telle méprise , Et , mitigeant ce grand Transport ,
30 Réduit son éfroyaole effort
Au Sac de deux ou trois Villages. Là , ses Soldats aux faux courages , Par leurs Faits d'Armes plus qu'hu- [mains , Bâtirent maints pauvres Câlins,
3$ Quelque nombre en cocufiérent , De qui les Femmes ils forcèrent , Firent peur aux petits Enfans , Comme aux Poussins (ont les Milans, Prirent le Beurre &. le Fromage ,
4a Répandirent tout le Laitage ,
Occirent deux ou trois cents Chats En faveur de Messieurs les Rats , Tuèrent aussi trente Dogues, [gués.
Qui contr'eux faisoyent trop les Ro-
45 Firent , comme mauvais Garçons , Prisonniers Vaches & Moutons .
Dessus les Poules se jettérent.
Que fon vaillamment ils plumèrent.
Et , ne trouvans point de Quibus
50 Qu'ils auroyent aimé beaucoup plus.
Ainsi que des Sergents de Taule.
Qui raflent tout , vaille que vaille , Emportèrent des susdits Lieux Tout ce qui leur duisoit le mieux ,
a Et , de la sorte , avecque gloire Retournèrent, crians Victoire .
De leurs Eipl&is fiers & contans Comme d'illustru Capitani.
Brémen est en grande détresse , &>Car Vrangel, qui toujours la presse D'accepter une Garnison SuénoiSB dans sa Cloison , Par un étroit Blocus la serre.
Selon le stile de la Guerre; As Et l'on dit que ce Général , Qui ce Stile n'entend pas mal. Mais n'entend pas fort raillerie.
Mande sa grosse Artillerie Pour dans les formes l'assiéger
i65. — Du 29. Aoust 1666 (Robimct).
70 Et de ce Siégt ne bouger Qu'il ne l'ait à la an conquise Et soui le Joug Suédois mise.
Or des Dépotsz , cependant.
Avez un zélé tres-ordant ,
75SoUicitent dedans la Dîette , PtHir cette Ville fort inquiète.
Va électif & grand Secours :
Mais ils ne parlent qu'à des Sourds , Ou bien & Gens dans l'impuissance
bDe leur donner nulc,auistance , Et ces Messieurs les Députez Pourront retourner dépitez De n'avoir , en ce cas , pu faire Sinon que de l'eau toute claire.
I5 Comme à présent sa Sainteté Songe & cultiver sa Santé (Qu'en bon Chrëtien je lui souhaite, Ainai qu'à moy, pleine & parfaite , Si quelques ans qu'elle a de plus
)aNe rendent mes Vœux supernus}.
L'illustre Ambassadkur de France , En attendant son Audiaoce , Visite tes Rouges Chapeaux , C'est à dire les Caildinauz I jjCotnposans le Sac3i£ Collée; I Ce qu'il fait avec un Cortège
' De SIX vingts Carrosses vitrez ,
I Plus que des Alcdvcs dorez ,
Outre dix autres de sa Suite
MoPour les Personnes de mérite , Et, bref, son Carrosse du Corps, Tout eo deuil , dedans & dehors , Oti, pour dire la chose en somme, Plusieurs rares Prélats de Roue
10} L'accompagnent incessamment Et tout-à-faît civilement ; Au surplus , à ses deux Portières On void deux douzaines entières De ces Gens, de Trousses vestus ,
iioQui sont par fois un peu testus ; Et des Estafiers bien cinquante, Aîoii qu'un Mémoire le chante.
Marchent , & derrière & devant , Et tous un bel ordre suivant.
115 D'autre cOtè, l'AnBASSASKicE ^*^ A U Pkincesse Bérénice ^ A rendu sa visite aussi ,
Et, pour la bien-^seance , ainsi Devoit la rendre à chaque Dahe
ixi[S'eiUN)d de U plus haute game).
Où , sçacfaant, le cas est tnen clair.
Faire les choses du bel air.
On l'aura beaucoup admirée Et , sans aucun doute , honorée :
135 Oui , l'en mettrois la main au feu , Car je conois la Dame un peu.
On écrit de la mSme Ville Que le Seigneur Pkincb Pahproxe A fait banqueroute aux N^vans ,
130 N'ayant que quatre fois onze ans.
Par un coup de Fièvre maligne Qui de ses Jours trancha la Ligne.
U a fait quantité de Legs "
Qui, bonne foy, ne sont point laîda,
ijj Siçavoir : la Primooénitdre , Suivant l'ordre de la Nature , Au Premier nay de ses deux Ftu , Comme le Pape Innocent i>ix L'avoit lui-même instituée
140 Et soigneusement statuée;
Item , deux beaux cent mille écus , Legs qui ne craint point un refus , A deux de ses Filles alnèes , Qui sont, ce dit-on, très-bien nées;
14; Iteh , à leur Cadette Sœur , Soixante mille , pour le seur.
Outre Diamans , Carcans , Perles , Plus grosses que des yeux de Merles, Dont, avant son triste départ.
ijoA chacune il donna sa part; Iteh, pour sa Famille basse, Qui les prendra de bonne grâce Quand elle les verra comptans , Trois mille Ecus, jaunes ou blancs;
ijj Item , à Disburs cI'Antiphoines , Qui sont Augustiniens Moines , Six mil cinq cent, ni plus ni moins.
Qu'ils prendront av£c de grands Item, huit mille aux JésorrEs, [soins;
i«o Qui sont de sages Casuites ;
Item , au Pape, un grand Tableau , D'un Dessein exquis & fort beau ; Item (car bien fou qui s'oublie . , Et ce serott grande folie] ,
i$5 Une grosse somme d'argent Pour le besoin, certes urgent, Qu'auroit son Ame , au Puroatoiki .
Afin de passer à la Gloibb ,
i6f. — Du ag. Aoust 1666 (RoBMïr).
aSs
Alias dans le Paud» , 170 De Messes & DiFRonwDu.
En Lakodeooc, au Caf de Cette, Où la Mer en grondant se jene , On desseigne un Port des plus beaux Pour mettre à couvert les Vaisseaux
175 De Commerce & non pas de Guerre.
N'aguére , la PxEiuiKE Piebke (Car tout a son commancemcat] Fut mise solennellement Par les beaux soins d'un Personnage,
iSoL'un des habiles de son ftge.
Et de la Province Ihteniunt , Pour le Roy plein d'un zélé ardant Comme tous ceux de sa Famille , Où ce louable Zélé briUe,
iS} Et, vous disant ion nom , Tûbeuf ,
' Je ne vous diray rien de neuf.
Le SiEDK de Besoms , son CoLLieoE , Qui ne parêt vraiment pas Bègue Alors qu'il harangue aux Estats
190 Pour la Perle des Potentats , Faisant admirer son Génie , Eust de cette Cérémonie Avec lui partagé le soin , N'eust été qu'il étoit plus loin ,
19J Où quelque tres-notable Affaire Requeroit'Son fin ministère.
Au reste , Tubeuf ât des mieux , Remplissant la Place de deux.
Et rien jamais dans son Principe ,
100 Sans qu'à fiater je m'émancipe , Ne fut plus beau , plus solennel , Et digne d'un Los éternel.
En ce Lieu désert & stérile , Il parut une vaste ViUe
3o) Qu'en trois Semaines seulement.
Ainsi que par Enchantement, On avoit construite à merveille , Avec une Eglise pareille , nD«ato Où le Prélat de Montteluer, '•'°*1 Suivi du Clergé Secouer .
Commença la Cérémonie Avec Musique & Symphonie , Présens des millions de Gens , A venir Ift tous diligens .
ai5Rev«nans a lors de Beaocairb, D'une Foire tres-populaire , Et qui furent ravis bien fort De la nouveauté de ce Port.
En suite , à ,quatre grandes Tables
iioOn ât des Chères délectables .
Des Chères qui , je vous promets ,
Ailleurs ne se veirent jamais ;
Et puis * pour comble de Délices .
De Jouxtes & Feux d'artifices ïijOn eufles Divertissemens ,
Qui sembloyent des Enchantemens.
Mais il faudrait , pour tout écrire ,
Un gros Livre ici vous transcrire ,
Qui contient la Relation »jo De cène éclatante Action ,
Et qui d'un admirable zélé
Est le grand & rare Modèle.
Certaine Fièvre , l'autre Jour, A Monsieur ^nsi faire sa cour;
335 Mais , recevant mal sa Visite , La Dame gagna la guérite Sans qu'on eût le temps, tout de bon.
De scaroir seulement son nom.
Le Roy, vainement, prit la peine
340 Deux fois de venir de Vinceine Pour l'apprendre; Elle avoit fait flus.
Et , d^uis, ne rétourna plus ; Dequoi , fut-Elle Quarte , Tierce , Quotidienne , ou Dddble-Tierce ,
14J On lui baise humblement les mains.
Et, de par Dieu, de par ses Saints On la supplie & la conjure De ne faire jamais figure Dans le Sano de nos Dehi-Dibux ,
15a Les chers Objets de tous nos Vœux.
Jeudy. les pimpantes Muices , Qui de Louis font les Délices , Crurent aux Yeux de la Cour Dedans son verdoyant Séjour, vi««m
3$; Si pompeusement ajustées Et martialement montées Qu'on eût dit d'autant de Césars .
Ou mémement de petits Mars.
Dessus tout, les Grands Mousqde- [tairss ,
360 Si frians d'Exploîs militaires , En Buâes neufs & manches d'cHT, Avec les Plumes au Castor, [tent Passoyent ce que les Romans chan- De leurs Héros qui nous enchantent.
165 L'Ahbassadbdr des Polohois ,
i65. — Du 29. Aoust 1666 (Robinet).
Qui sçait très-bien parler PrançoU.i Vieat d'asseurer ndtre Grand Sihb (Et c'est une Nouvelle A dire Sons le moindre recardement] 70 Que la Paix est présentement ' I^dans son Pays asseurée.
Ce qui vraiment si fort m'agrée Que je vais borner Ik dessus
Mes petits Vermisseaux , ou bien ou
[mal conceus.
ï75 Le vinçt-huit Août les a vus ndtre Pour avBir l'honneur de paraître Aux Yeux d'une Divinité Qui ravit tout par sa Beauté.
'A Ptrii, Ckti F- Uugnit, m itU Harpt, ma Irm Kâb. Av*e PrMUgt i» R
LA MUSE DE LA COUR
XPas PBRDOU di SUBtlONY.]