XXII. SEMAINE
• Du vingt-uniesme Octobre 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Quand tous paitistes de VmcanmBS
Pour retourner à Saint GERMAm ,
Mon cœur vous suivit en chemin.
Ne l'y vîtes-vous pas qui traversoit les plaines 5 Et oui passoit mesme avec vous
Le Bac que Ton passe à Chatous ?
Peut-estre , parmy le grand nombre
Qui vous suit ormnairement , Ne Tavez-vous pu voir assez distinctement , 10 Car, quand vous allez loin , il est mesme un peu sombre.
Quoy qu'il en soit . il vous suivit :
Plus d'une personne le vit.
Il est avecque vous encore ,
Et , si vous ne Yj trouvez pas 15 Dans quelque com de vos appas
Ou dans vostre Esprit qu'il adore ,
Allez visiter un moment
Vostre Mareschalle fidelle ;
Elle l'aura certainement :
20 Lors qu'il n'est point chez vous , c'est qu'il est avec elle.
Que faites-vous à Saint Germain?
Vous y voit-on aussi les armes à la main ? Sans doute , car ce sont des charmes Pour vous tres-puissans que les Armes. *
25 Mais qu'y disent les curieux?
Y prise-t'on du Roy la tendresse Royale Du soin qu'elle a des mal-heureux , Comme on fait dans sa Capitale ?
Je voudrois , Prince , sur ma foy, 30 Que pour un jour ou deux vous fussiez invisible ,
Afin d'aller ainsi , s'il vous estoit possible , Dans les lieux difFerens où l'on parle du Roy ; Vous auriez le plaisir qu'au moins , sans complaisance ,
B C portent iimpUment XXI. Semaine. | 13 ^ Il est metme chex fotit encore.
397 1^- •— Du »K Octobre 1666 (Subugkt.) JqS
On diroit son avis mesme en vostre présence. 35 Dés qu'on sceut par queUe bonté
Et de quelle tendre manière Il avoit fait agir sa libéralité Pour les Pbsuferbz qui sont sur la FaoNnsiut^
Vous croyez assez que Paris 40 Mit ce bon Roy sur le tapis.
Selon qu'on s'y trouva sensible .
Chacun en dit son sentiment ,
Et c'est ce qu'estant invisible
Vous auriez appris plaisamment.
45 Hé ! que vous ririez , mon beau Pautcs ,
D'entendre ainsi louer le plus grand de nos Rois ^ Ou par un. Artisan, ou par un bon Bourgeois ,
Ou par un Noble de Province!
L'un dit : « quand n. isTorr pettt, so » Cb bon naturel vut prbdit ; »
L'autre : « il est, parbleu, grand Monarque ; »
L'autre dit : « en voila la marque ; >
Un autre boit à sa santé ,
Un autre jure une Mordienne 55 Qu'il a , jusqu'à la mort, une épée au costé
Pour le servir, quoy qu'u avienne ; Et , tout présentement , une fille des champs
Me demande , quand je le nomme ,
S'il est fait comme d'autres gens , 60 Ou s'il est un Géant, puisqu'il est si grand Homme.
Vous me direz que ces propos
Sont ridicules aux oreilles ;
Mais qu'heureux est un grand Héros ^ Quand il donne matière à des choses pareilles 1
De quelque forme que chez soy, Pour ignorant qu'il soit , un peuple le figure • Il en a toujours fait assez bien la peinture
Quand il dit qu'il est un t)on Roy.
Madame de Vfvonne , à la fin arrivée , 70 Cher Dauphin , n'enraçera pas ,
Et Monsieur son Mary, depuis qu'elle est lavée , Ptut , sans estre mordu , visiter ses appas. C'eust esté vrayment grand dommage Que cette Dame eût eu la rage , 75 Car, comme on l'aime tendrement ,
Il est seur qu'en cette occurrence Elle eutt dans le mesme moment.
Fait enrager toute la France.
Dites-luy, si vous la voyez , 80 Qu'elle vous conte la Nouvelle
^9 A Vous oe doutes pas qne Paiis. I 68 À Qiuindil croit ,
40 ># Ni l'ait bien mia. 1 74 Qjic cette Belle.
6j ji Mm bcttjr toâjenn «s Heroo. |
399 ^^ ''-* Du ai. Octobre 1666 (Scbugnt.) 400
Des Marchamm Indibns noyez.
C'est au Vu qu'arriva cette affaire cruelle , Et, comme elle revient iraischement de nos Ports, Qui dans ceux du Vu mesme ont leurs correspondances , 85 EUe aura pu sçavoir toutes ses circonstances
Par les gens mesme de dehors.
De mon costé, pour vous en dire Tout ce que j'en sçais à la fois , Voicy ce qu'on vient de m'écrire, 90 Du septième jour de ce mois.
Le Vli fut attaqué d'une tempeste horrible Et la Mer de long-temps n'y parut si terrible ; Le choc endommagea quantité de Vaisseaux , . Sans parler de celuy de TInde Orientale 9t Qui , comme il abordoit , se mit en cent morceaux.
Dans cette bourasque fisitale , De tous les passagers , Marchands ou Matelots , Qui dans ce Vaisseau se trouvèrent , La {>luspart périt sous les flots , 100 Et vingt & deux seuls se sauvèrent.
Encore fallut-il qu'ils eussent le secours D'une Femme Indienne , à mon gré Femme forte ,
Qui nagea de si bonne sorte Que , seule , d'onze ou douze elle sauva les joxirs. 105 Ce ne seroit jamais Madame de Vivonne
Qui feroit un coup si nouveau , Car, qui crie au voleur quand on la met dans l'eau , Est bien loin d'en sauver personne.,
A Propos d'eau , DAUPmN , quand je songe à cela . 110 Celles de Bourbon sont plaisantes.
Quelles pestes d'eaux sont-ce là Qui ramènent icy nos Beautez languissantes ? Mademoiseixe d'Hoquingour En est revenue à la Cour 1 15 Mourir de psirrE Veroixb ,
Et cela veut dire y laisser Un regret tel qu'on peut penser Et que. rien du tout ne console.
Madame de Crequy souffre dans ses appas , 110 Depuis qu'elle en a beu , pareille maladie ,
Hormis qu'elle n'en mourra pas , Ou la Mort seroit bien hardie.
Ce mal tient encor sans pitié Le beau Chevalier de Loraine , > 125 Qui se verra réduit la semaine prochaine
A ne prendre plus que le quart ou moitié Des cœurs qu'il gagnoit à centaine.
Cette peste , en un mot , se craint pour les Beautez ,
109 Â d'eaux. I 120 /f A son retour aussi , pveille Biftbdte.
1 19 y^ Souffrt «n ses deux appas. | 1 38 y^ Et l'en le craint enfin pour tootct Im Beautet.
401 184. — Du 21. Octobre 1666 (Subuony. 409
Beauté femelle ou Beauté mâle , 110 Qu'on a veu boire des santez
De cette eau claire & minérale.
Le Médecin qui se mesla
D'ordonner ce breuvage-là (Je vay l'injurier, mais le sujet m'y pousse ) 1)5 Fut bien un Médecin d'eau douce.
Le Duc de NonmonsTnER est mort.
N'attendez pas que je vous die Le genre de sa maladie ; On m*a dit seulement qu'il a finy son sort ; 140 Qu'on perd un Seigneur d'importance ,
Remply de zèle pour la France , Et de qui la rare valeur A servy mille fois son Prince avec chaleur.
Peut-estre cda vous attriste ?
145 Mais voicy, tout à l'improviste ,
Une Nouvelle du retour Du Comte db Soissons en Cour.
Il chassera cette tristesse , Ramenant avec luy sa charmante Coittessb. 150 Vous la verrez bien-tost avec tous ses attraits ,
Si déjà prés de vous elle ne s'est rendue , Et pour moy, qui l'ay déjà veue , J'ay trouvé qu'elle estoit plus belle que jamais.
Il se fit grand bruit , à Valbnce , ■55 Le sixième du mois courant;
De ça , de là , le Peuple errant Y cria tout le jour avecque violence.
Chacun , dés le matin , courut à son quartier Pour y prendre viste les armes ; rto Les Ponts-levis par les Portiers
V Furent mesme haussez , ainsi qu'en temps d'alarmes. L'EvBSQUB y quitta son Palais Pour faire le tour de la Ville Et pour mettre l'ordre & la Paix >^5 Dans la confusion civile.
Apres , le CLBttoé s'assembla Et fit un corps considérable , Qui par les Rbgulibrs enfin se redoubla , Et qui fit dans la suite un effet admirable. '70 Lors , le Peuple . avec grand éclat ,
Courut , enseignes déployées »
A la rencontre du Prblat ,
'3>-i54 Ces deux vers sont itrierposés dam A. | Qtoi chassera cette tristesse
136 A BC KAtMOtiSTira. | Avecques hij revient Madamk la CoMTBSsr.
i4T-»49 A De Monsiiur li Comti à la Cour, |
4o3 184. •- Da SI. Octobre t666 (Sublignt.) 404
Avec armes à feu qui fumt employées.
On n'entendit plus que les cous 175 Que tonnoit la Mousqueterie ;
On n'entendit plus que crierie.
Que gens demandans grâce humblement à genous , Que tambours » fifres & fanferes Et que choses encor plus rares.
180 Quoy ? je vous voy tout estonné.
Vous croyez peut-estre , mon Prince , Avoir déjà perdu tout vostre Dauphin^ Et que vos Ennemis sont dans cette Province? Mais soyez-en désabusé.
185 Toute cette grande tempeste
N'est qu'un portrait d'un jour de feste Que Valencb a solemnisé »
Qu'une Procession faite en cérémonie De la Translation du Corps de Sàun Romadi , 190 Dont le dernier Légat fit offre en son chemin
Aux FnxBS de Sainte Marie , Et j'ay crû que » patiemment , Vous vous verriez conter cette Magnificence» Parce qu'on a toujours quelque contentement 1^ A sçavoir ce que fait I'Evbsqux db Vaianci. P^*"** ^ coŒtoj
Venons aux Estats Houlanimis > Qui chez eux jouent à coupe-teste.
Ils firent decoler Buat l'onze du mois. Mais d'une façon fort honneste.
aoo On le tira de la prison .
Suivv de toute sa Maison ; En deuil , de fin drap de Hollande • On avoit tendu l'échafaut.
Depuis le bas jusques en haut , 205 Pour rendre la pompe plus graode ,
Et puis on le put voir à pié , Au milieu des troupes en haye • Avancer gravement & sans estre lié Jusqu'à la place de la Haye.
aïo Buat ne fiit que mal-heureux
Et Victime de Politique.
Au reste , Prince , entre nous-deux • N'admirerez-vous pas l'honneur dont on se pique Et les traitemçns obligeans a 15 Qu'on fait dans ce paîs en decolant les gens ?
Cela me remet en mémoire Ce aue j'ouis dire , à Lyon , A certain plaisant fat remply de vaine gloire. Qui • voyant pendre un homme avec procession , aao Pour ces honneurs estoit si tendre
197 BC «oep-Uate. — * aoo ^ m prison. | ai 1 ^ Pour avoir fait le Politî^vit.
4oS 184. — Du ai. Octobre 1666 (Subuont). 406
Que , charmé d'avoir veu cela , n me disoit qu'il trouvoit là Du plaisir à se faire pendre.
Venise a de l'affliction 225 De ce que les Tîntes de Dulcine
. Prirent , le mois passé , le Coxtb de Sabine »
L'un de ses Généraux de réputation.
Il alloit commander l'Armée en Dalmatie ,
Avec son fils unique & l'un de ses Neveux , 230 Y âdsant conduire avec eux
La solde des Soldats & force argenterie.
Un grand coup de tempeste, écartant son vaisseau ,
Le jettant sur la coste , ayda fort à sa prise ,
Et ces Damnez pendards coupent , d'un coup si beau , 235 L'un des meilleurs bras de Venise.
Finirons-nous icjr nos entretiens divers ? Non . je sçais encore une chose Que je dirois par tout en prose Si je ne la disois en vers.
340 L'autre jour, dans les Glrmelites
Que l'on appelle du Bouloy , Presens , dit-on . la Reyne & le Frère du Roy , PouGNAC prit l'habit qui sied mieux aux hermites Qu'à des filles de qualité M5 Qui , comme elle , ont de la beauté.
Je l'aurois pu voir sans colère Se donner à ce Monastère Si Monsieur de ComcmoB alors n'eut point presché ; JS2itoS^cS2S!i Mais qui n'en seroit point fasché ?
>5o On souhaitoit, dit-on , qu'eue restât au monde ,
Et l'on choisit tout justement, Pour la porter plus fort à son détachement , Une grande Eloquence, une vertu profonde , Un homme scavant de tout point, >55 Qui change comme II veut les épines en roses
Et qui me feroit croire , en un mot , toutes choses , Hors me persuader que je ne l'ayme point.
A Péris, Cke^ AliXândrê Laulm, au cûùê dêlmnu DmpMiu, dtwmt U PomUuntf, Avêc PriviUgê
334 A MaU cet pendardt sans doute ont pris d'un i 149 A Mais, pour n'en pas mentir, c*ttt ce qui
[coup si beau | [m'a fàsché.
Trente mille hommes à VmiSB. | La iignature de foMtenr et T adresse du libraire ne
u trouvent que dans A. — BC placent ici la date.
(A La Muse de Couf 1666 (vojr. tome I. col. 909), pp. 171-1S0. B La Muse Dauphine 1667 — 191-301.
C La Musc Daupliiat ié68 — 192-301.)
iffl ,408
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charibs ROBINET ]
Du 24. Octobre 1666.
Exerçant pour Vous mon Génie »
Héroïne aux yeux si brillans , Que ne puis-)e enfanter des Vers aussi coulans Que les rredons du Luth de la belle Uranie , ii«iSlîJc£inpfé 5 Qui vous enchantoit l'autre soir
Dedans vôtre pompeux Manoir ?
Que ses beaux doigts sont volubiles !
O Dieux , qu'ils pincent hardiment Les Ner& mélodieux de ce rare Instrument I 10 Elle 7 feroit leçon aux Maîtres plus habiles.
Les Cordes parlent sous ses mains Et font des effets plus qu'humains.
Ce sont vos Oracles , Princesse , Qu'avecque soin j'ay recueillis , 15 Et j'ay pour Caution de ce qu'ici je dis
Le digne Epous aussi de vostre illustre Altesse , Lequel fixé constamment fiit Sur Uranie & sur son Luth.
C'estoit bien assez pour sa gloire ao D'avoir deux tels Approbateurs ,
Que l'on preféreroit à cent Admirateurs , Mais vingt Beautez encor étoient de l'Auditoire , Et des Seigneurs en quantité , Tous enchantez , en vérité.
25 Moy, vray friand de Symphonie ,
J'eusse voulu , pour l'ouïr mieux , N'être qu'Oreille alors comme Argus fut tout yeux , Tant j'étois transporté de sa douce harmonie • Qui seule de vingt Instrumens 30 Valoit les Accords plus charmans.
Jugez , donc , Auguste Héroïne , Si j'en avois assez de deux , Puisqu'en ce même temps le Poète aux blons cheveux Me faisoit part des Tons de sa Muze divine ,
i85. — Du 24. Octobre 1666 (Robinet).
Me disant deux de ses Sonnets, Aussi forts & galans que nets.
Ali I que ne sui-je Camarade
Et d'Apollon & des Neuf Sœurs ?
Ouy , que n'i^-je , en un mot » leurs exquises Faveurs Ainsi que ce Odant & fameux Benserade ?
Comme Uranie & comme Luy,
Je vous ravirois aujourd'hujr.
Mais , 6 Princesse débonnaire, Daignez pourtant m'ouïr en mon stile ordinaire.
L*im s or l'ambrasament d« Londres, et raotre sur la guiiison de ICadasM da Ladre, par Monsieur Bsprlt.
45 Par un bien juste Suplément , Je dois dire historiquement Que vous payâtes Uranie I^ une faveur infinie , En touchant de vos blanches mains
yo Le plus grandi de vos Clavecins , D'une manière si sçavante , Si noble & si passionnante , Qu'on fîit en peine qui des deux , Avoit, dans son Jeu, fait le mieux.
55 Je sortis bien à la mal'heure , Princesse , de vôtre Demeure Pour ainsi perdre le meilleur I
* Ah ! que je pesté de bon cœur Contre la Fortune cruelle
60 Lors que j'appris cette Nouvelle , Vous remettant en propre Main Ma Dép^cHs, le lendemain I
Veuillent les Dieux qu'en cette Epî- Par d, par là, quelque Chapitre [tre,
65 Vous ait diverae un moment , Tandis que si commodément Et comme une belle AccoccHés , En vôtre Chaise bien couchée , On vous portoit sur le chemin
70 Qui conduit droit à Saint Germain , Où Ton avoit porté de même
La BsiXE PORTE-DUDÊMB.
3^36 Us deux somntU dont parle Rçbhui u irowwut dans le Recueil de Pièces galantes en Prose 9c en Vers de Madame la Comtesse de la Suze, ete. {sMT la Copie : à Paris, Cke^ Gabriel Qftinet \HoUê»de']y KL Dc. Lzamii, in-ia), I, 26>-263. u priwuer perte : A Monsieur Esprit» sur la perison de Madame de Ludre, ei n*est accom- ^egni d^oMome signature; le second, qui n*a tesArt litre que le mot Sonnet, est signé : Bim- UUDI. La dernière pièce n*a pas été recueillie ^<n les Œuvres de Monsieur de Bensserade (A Péris, Che^ Charles de Ser^, m. oc. xcvii, 3 vol. tn-ia) ; la première 5> trouve au contraire^ sous ^ tOre suivant : A Monsieur Esprit, Premier Medcdo de Monsieur (I, 275).
On ne peut dire aux Curieux Rien qui leur puisse plaire mieux :
75 C'est leur annoncer les Grossbssbs De nos deux Premières Princbssb^, Et leur faire voir qu'à l'envi , Dont tout François se sent ravi , Elle provignent leurs Lionâbs
go Si belles & si fortunées , Et travaillent , sans nul repos , A nous construire des Hbros Pour les Appuis de la Couronne , Qui d'un si noble Ceu ravonne
g^ Sur l'auguste Front de Loxns Que nos yeux en sont éblouis.
De SnacBRKN le Duc & Prince Qui , ce dit-on , n'a rien de mince , A Clbve épousa , l'autre jour ,
90 Un di^e Objet de son amour, Sçavoir la Princesse d'ORENOB , Aussi belle qu'un petit Ange , Du moins la Rime vous le dit.
L'Electeur de Brandebouro fit
95 Le Bancjuet de ces Epousailles , De manière à faire gog^es.
Ce Festin fut suivi du Bal , Où l'on ne s'exerça pas mal , Et , quand la minuit fut venue ,
100 Heure à bien d'autres Plaisirs due , On conduisit finalement Le Couple en son Appartement, Paré d'un Ameublement riche , Dont nôtre Roy, qui n'est pas chiche.
105 Mais magnifique tout à foit , Ainsi qu'un Monarque parfait , Avoit régalé I'Electrice.
Là donc , tout se trouvant propice Aux Epous jeunes & frians ,
1 10 Ils abandonnèrent leurs sens
Aux chers Ebats qui, lors qu'on s'ai- Causent une Douceur extrême, [me,
FrlnoesM Mtrie
i85. «^ Du t4. OcDotee 1666 (Rohmct). 412
Et ecmmoca de totes Brigues Et de criaûnelles Intrigues ,
165 A , par Sentence en Holandois , Seati poor une bonne fois AJbatre sa Teste infidelle.
Et voUa certe un beau Modèle Pour tout mal-beureux TaADrroa ,
170 Car tôt 4m tard tel est son Sort.
L'ExptRCTjR , impatiamsient * Attend ce fortuné moment
115 Dans le mois successeur d'OcsùucB^ Et , s'il est jusques-là fort sobre , Il scaura se récompenser, (Du moins je l'ose ainsi penser).
Et son Amour la garde bonne
1 20 A cette charmante Personne , Qui le fait jeûner si long^teiops , Malgré tous ses désirs preesans*
Cependant , par un noble zélé , i^DW les EnN^Bs de la Belle ,
135 Les Etkts se sont cottisez , Sdoa qu'ils se trouvent aises.
L'EMPfRE , ayant plus de Finance , Donne une Somme d'importance , Sçavotr deux cent mille Florins ;
1 50 La HoNoan { bors-mis les chagrins Qui Itt^.sont restez de la Guerre) Gayemest vingt-quatre en desserre ; La BoiriûiE avecque plaisir Cent cin(|oante en prétend fournir,
135 Et la Saisis & I'Autrichb , L'une A l'antre étant assez rû£e , En veulent débourcer deux cent , Pmt égaàt moitié s'entend ;
La CAKUtTHIB & MORAYIE •
140 Par «se tres^ouable envie • En donnent* en fort bon aloy, La preoiiére trense , je crojr.
Et raotre juaques à soixante ; Le TraOL en of&e 5|uarante«
145 Sur lujr la Stikie enchérit De dix* à œ que Ton m'a dit , Et , poor achever, la Province Qui de toutes est la plus mince , Sçavoîdr k Provzhcb de Ceain ,
150 En dure vingt de son Ecria.
Or, si vous entendez le stile « Par tout vcms jouterez mille • Puis« si^iptttant enfin le tout De l'un lusques à l'autre bout ,
155 Vous verrez que la belle Dame Ne manauera pas, sur mon ame , D'Epingles ni de Camions , Ni • bref, de toutes les façons , fit son Efods , sans qui je compte ,
160 Doit sçavoir si je me mécompte.
A la fin • le sieoe du Buat,
La maie Petite Vérole , Poursuivant son funeste Rôle , A précipité le Trépas D'une jeune Source d'Appas , 175 D'une charmante CHANomBssB ; Vous en maudirez la Tygresse , Sçachans que c'est, pour trancher
[court, Mademoiselle d'Hooquingouict.
Nôtre CoirrBssE de Vivonnb , 180 Qui craignoit la Rage felonne , Des Flots Marins est de retour.
Comme devant digne d'amour.
Et (que la Mer en soit benîte I ) Pour la Peur Elle s'en void quite.
185 L'aimable & sage Polkmac , fu»
Désirant ftiir le Trie-Trac (ne . ^
De la Pompe A Grandeur Mondai-^ Comme a tait l'illustre d'AiiDBNNE , d« ro Se consacra n'agnére à Dieu ,
190 Ce m'a-t'on dit, au mesme Lieu , ^ Cachant dessous" le premier Voile àt u Ses yeux plus brillans qu'une Etoile,** ^ Avec tous ses autres Attrais , Pour n'en plus décocher les Trab ,
195 Par une Flâme sainte fit pure Et qui dans tous les Siéaes dure , Qu'au cœur d'un Immortel Amant, Qui n'aime pas moins constamment.
Un Prélat, sur cette matière ï^'JJ
aooPrit agréablement carrière ; cg*
La RrvNE, son charmant Daufin, ^m Monsieur & vous , Madame , enfin . ^ L'ouistes , & par conséquence chd»
Il lujr falloit de l'Eloquence.
205 En ce Convent, deux purs après, Vous allâtes encor exprés A la nn » le siedr ou duat. Pour voiler une autre Novice , ^nti
Etant pris sans vcffd, cooune un fat, | Qui de cet obligeant office
i85. — Du 24. Octobre 1666 (Robinst).
Ressentit sans doute, en son cœur,
310 Une ravissante douceur.
Et TAuM ÔNiER de Vôtre Altesse , Poli , docte & plein de Sagesse , ^^ Encor qu'il soit toujours Testu , riJhM Y fit merveille. Je Fay sceu ifalSI^, Du Tour du susdit Monastère ,
Qui me parloit comme eust pu fiûre Une Personne ayant esprit , Et d'abord cela me surprit : [racle ? € Comment donc, » di-je» « quel Mi-
2so> Ce Tour cache-t'il un Oracle ?
9 Est-il d'un Géms animé ? [mé , > Quoy qu'il en soit, j'en suis char- » Et je voudrois toujours Tenten-
[dre. »
A la fin , on me fit comprendre Que Madame Remenecour &toit derrière iceluy Tour , Et que c'estoit là comme aux Grilles Parloient d'Illec les chastes Filles , Sans qu'on les veist aucunement.
330 Mais sus ! achevons promptement
La Parque, qui nos jours contrôle, ^ A depuis peu mis sur son Rôle Certain ControUeur Général Qu'on peut dire l'Original ,
235 Ou l'Exemplaire & le Modèle, D*un Officier bon & fidèle , Car c'est , & de nom & d'efifet , Monsieur le Général Parfau.
Ledit Défunt , ce n'est pas conte ,
J49 Etant sur l'examen d'un Compte , En santé , dans son Cabinet, Une Voix , d'un ton clair & net, (0 la surprenante Merveille 1 ) Tout à coup luy frape l'Oreille.
345 II écoute , & la même Voix Répète son nom par trois fois.
A chaque fois qu elle redouble »
Il est surpris d un J>rofond trouble, Et , sans qu'il devine pourquoy,
350 Ce trouble se chaude en éfroy.
Il frissonne , il devient tout blême ; Mais, enfin, rentiant en luy-même.
Après s'être un peu r'asseuré, A son tour, d'un ton asseurè : [le , »
255 » Quelle est cette Voix qui m'appel- Ce dit-il , < & que me veut-elle? »
Puis de son Cabinet il sort.
Cherche par tout , crie assez fort , Mais, las I hélas 1 il pert sa peine
360 Et toute sa recherche est vaine :
Il ne void rien , nul ne répond.
Alors , dans un respect profond , Il se prosterne contre Terre , Il étend s^ mains , il les serre ,
265 Puis les élevé vers les Cieux Et dit , en y tournant les yeux :
« AuTHEUR de la Machine Ronde , » J'adore ta Bonté profonde.
» Lors aue mon Oncle trépassa
S70 » Une Voix sa mort annonça ; » Cette autre sonne ma Retraite.
» Grand Dieu, ta volonté soit faite 1 » En suite , il fit en bon Chrétien , Puis» ayant mis l'ordre à son Bien,
375 Tel qu'il le jugeoit nécessaire , Il vécut à son ordinaire.
Or, environ huit jours après , Il a de FiivRR (]^uelque accès, Et puis elle devient si forte
3S0 Qu en douze îours elle l'emporte.
Heureux Sort d'estre ainsi prévu 1 C'est le vray Trépas d'un Elu.
Altesse Illustre , Belle & Sage , J'ajr rempli ma troisième page.
Et Je n'y puis ajouter rien , Si ce n'est que je suis vôtre humble Historien.
De Paris , le vingt-troisième Du Mois Tantipènultième.
^ Pans, Cks^ P. Mnputt. rut de U H»rp4 , aux trois Rots. Ave PriviUg* du Roy,
(ERMioth. Dit., U^, 22. Réf. -^ BibKoHi. Maartne, 996. At. . BibUoth. dt M. le bMVfi J«nM4e IUUncWM.)
LA MUSE DE LA COUR
[ Par PERDOU db SUBLIGNY. ]
XXIIL SEMAINE.
Du vingt-huitiesme Octobre 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
J'aporens , de moment en moment , Qu'à Èàjwt Gbriuin , malgré la pluye , Le temps coule si doucement , Qu'en ce lieu pas un ne s'erinuye.
^ Dans cet estât , je crois assez
Que tous mes contes ramassez Ne vaudront pas les jeux où vostre temps s'employe. Accordez-leur pourtant un moment d'entretien : S'ils n'augmentent pas vostre joye , 10 Du moins ils n'y gasteront rien.
Tandis qu'à la Cour on se joue , Vous apprendrez , DAUPmN sans prix , Qu'on ne comptera plus la boue Entre les raretez que l'on voit à Paris. 1^ De tout temps , on vit cent obstacles
Au dessein de les nettoyer, Et , quelque invention qu'on ait sceu dé|)loyer, On ne le pouvoit pas , disoit-on , sans miracles* Or, je ne sçay si par effet M Monsieur Deetta , que je nomme.
Est quelque chose plus qb'un homme , Mais Monsieur' DsFrrA l'a fait.
Pour en parler avec Justice, Cela dépendoit du bon chois aj Que devoit faire un de nos Roys
Des Ministres de la Pouce , Et cela dépendoit aussi D'avoir des Defitas qui se missent en peine D'entreprendre l'aflaire ainsi , 30 Et Ton n'en trouve pas quatorze à la douzaine.
BC pùrtenisHi^Um^XXlUSeinûnt. 1 16 i< le nettoyer.
7 i< que U C«ir foot d^p%«» l 20 A DefBtt.
417 ^^- *~ I)u ^^* Octobre 1666 (Subligny). 418
Lors que , par un choix, solemnel , Le Roy le déclara Lieutenant Criminel , Il fit d'un mot ou deux cent choses solemnelles : Il donna la chasse aux Filoux , 35 Et, purgeant tous les lieux affectez aux Donzblles,
Il fit miséricorde à cent mille jaloux. A la Cour vous estes en proye A mille plaisirs differens , Mais vous en auriez de plus grands 40 Si vous voyez les tours de ces Filles de joye.
On ne se trompoit pas, autrefois, tout-a-£eiit
En disant que le plus habile Ne pouvoit sans miracle en purger cette Ville : Asseurément il s'en est fait.
45 Chacun sçait que , sans un prodige ,
Quand une fille, par mal-heur, S'est laissé voler une fleur Qui ne revient jamais parce qu'elle est sans tige ; Chacun sçait , dis-je , dans la Cour, 50 Qu'à cette fleur perdue il n'est point de retour.
Et pourtant , dans cette avanture , L'ombre du moindre des Sergens , Plus puissante <}ue la Nature , La rendoit par jour à cinq cens , 55 Et la plus pleine de malice
Eut osé prouver en Justice Qu'elle n'avoit jamais perdu Ce qu'elle avoit cent fois vendu.
On dira que c'estoit l'entendre 60 Et c|u'on ne perd rien à bien vendre ,
Mais trêve de subtilité :
Je croy qu'à prouver le contraire Nv Magistrat nv Commissaire N auroient pas ae facilité , 65 Car tout le Chastellet sans doute
En telle affaire ne voit goûte.
Mais changeons un peu de discours.
Il nous est revenu de Home ,
Depuis environ douze jours , 70 Un Duc vrayment bien galant homme ,
Je vous parle , Dauphin , de Monsieur de Nevers . En qui j'ay retrouvé mille charmes divers".
Son retour rejouit la France ,
Et j'en voy toute l'apparence.
Sçavez-vous, cependant, que je tremble de J)eur
Que , pour peu qu en France il séjourne ,
Il ne feille enfin par mal-heur
Qu'en Italie il s'en retourne.
J'ay déjà cent fois assisté ,
{4-36 A II puff ea PkrU de Filoux | Et tit miséricorde
11 doniM la chaste aux Donxbllbs | 78-86 A Qp'à Rome mesme il s'en retourne