‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 99 sur 247 · XXI. SEMAINE · texte numérisé non relu

XXI. SEMAINE

Du quatorziesme Octobre 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

. Dieu-mercy, je n'ay plus la fièvre.

Le coup de pistolet que , d'un air martial , Elle vous vit tirer l'autre jour, à cheval ,

La fit fuir plus viste qu'un lièvre.

L'excellent Monsieur du Moulin ,

Qui m'en vit le lendemain quitte , ^

A crû toutefois . cher Dauphin , Que son secret tout seul avoit causé sa fuite ,

Et je ne veux pas amoindrir

La gloire de ce fameux homme

Qui Medeqn d'Amiens se nomme ; Mais sans le pistollet j'en eusse pu mourir. Vous fistes grande peur à Maman Mareschalle En luy criant : « a vous ! » quand le coup s'entendit. Gardez de la tuer ; elle est . sans contredit ,

Une personne sans égale ,

Et nous chercherions plus d'un an Devant que de trouver une telle Maman.

Vous estiez , dit-on , bien superbe

Sur ce charmant petit cheval Qui , sous un grand Dauphin faisant le Bucephal ,

B C porHnt timpiiment 3U(. Semaine.

377 iSs. — * Du 14. Octobre 1666 (Sobuony). 378

N'estoit (|u'un pied plus haut que Therbe. Vous &isiez encor des leçons Touchant vos pistolets, qui plaisoient à merveilles, 25 Et disiez qu'un cheval , outre ceux des arçons ,

Pouvoit commodément en porter aux oreilles. C'estoit bien foire honte aux Escujers fomeux Qui n'avoie'nt pu trouver ce secret d'importance I Allez , MoH Prince , avant qu'il soit un an ou deux , » Vous en verrez la mode en France.

Mais parlons du Papa , le meilleur de nos Rois. Bbnserade est en vogue , Prince ; Le Sonnet qu'il fit autre-fois Passe de Province en Province 35 Et jusques, chez ses Envieux ,

A toute heure on n'y fait qu'entendre :

« Ah I NOUS NB'SÇAVIONS PAS QUE LE ROY FUT SI TENDRE ;

» Quel Trésor n'est-ce pas pour tous les mal-hburbux ? » Sçavez-vous pour (quelle avanture ¥> Je fais cette digression ?

Louis estoit allé voir la Manufacture Des Points de nôtre Nation ; On luy vint donner un mémoire De plusieurs pauvres Prisonniers 45 Détenus pour quelques deniers

Dans la Prison de sainct Magloire ; Son cœur Royal en fut touché Et , laissant agir sa tendresse , Paye le créancier, qui se désintéresse , y» Et veut que chacun d'eux soit soudain relâché.

Premier Président de Thoulouse »

Berthier de Mont-rave , où gis-tu ?

Ta prompte mort fut bien jalouse Du plaisir qu'à présent ta grande Âme auroit eu.: )i On m'a dit mille fois le présage admirable

Que tu fis, estant à la Cour , Dés que tu sceus }'heure & le jour Qu'estoit né ce Monarque aimable.

Ravy dans Textaze à demy, ^ J'ay sceu cent fois qu'on t'ouit dire

A I'Abbé Lucas , ton Amy, Que , quand le grand Louis seroit né sans Empire ,

La force de son Ascendant »

Qui dans le plein midy luy fit voir la lumière » *5 Par un destin tout évident ,

L'auroit couronné Roy d'une ou d'autre manière. Tu verrois maintenant ses qualitez de Roy Qui n'estoientque dans ton idée ;

^^'^Cn^unumisupprmusdûiu BC.

379 ' iS^* -^ I>ti i4* Octobre 1666 (SimuoNT). 38o

Tu verrois par luv seul la. terre possédée , 70 Car c'est la posséder que d'en estre Teffroy;

Tu publierois encor qu'enfin sa destinée Seroit tellement enchaisnée A des bon-heurs perpétuels Que , quand il pourroit mesme éprouver quelque orage , 75 II tireroit dequoy s'agrandir d'avantage

Des desordres les plus cruels.

Mais vous démangez des nouvelles»

Je le voy bien , Dauphin charmant ; Encore , de grâce , un moment 80 Et vous en apprendrez de belles.

Laissez moy dire encore à nos Peujples François Ce que je croy leur devoir aire.

Patience pour quelques mois , Peuples , & vous serez sous un fort doux Empire 85 Louis est fier, jeune , vaillant ,

Actif, robuste , vigilant , Pénétrant & grand Politique ; Il aime l'honneur & s'en pique , Il est puissant & tres-heureiu »

90 II est juste , bon , généreux ,

Et nous venons mesme d'apprendue Qu'aux mal-heureux son cœur est tendre : Sous un semblaUe Potentat On doit avoir ce qu'on souhaite.

9^ Laissez-le guérir vostre Estât»

Vous sçaurez ce que c'est qu'une santé parfaite.

Vous a-t'on dit , Dauphin charmant , Que , cette dernière semaine , Le fier Gendarme Trois Fontaine ,00 Eut sa grâce assez galamment?

Comme k Prévost des Gend'armes AUoit le dégrader des armes Pour l'exiler, conformément A l'Arrest prononcé de son bannissement ^ 105 Arnva Monsieur de la Sais ,

Sujet tres-innocent de ce qui s'estoit fait. Qui luy dit que le Rot, par sa bonté Royale , Luy raisoit grâce tt>ut-à-fait.

Quelque temps après , le Roy mesme , ,0 Luy vint dire luy-mesme aussi

Que ce brave la Sale , avec instance extrême, L'avoit cent fois prié de la luy faire ainsi ; Qu'il luy devoit toute sa grâce , Et qu'au reste il reprit sa place , , ,^ Adjoustant ces mots : « va » siçrs moy»

» Et cioY QUE j'auray soin de toy. »

L'envie ne fût pas mon vice

^-9S j1 Cela soit dit tufllMmment. | On m'ipprend que , cette temaiiic

38t i8a. — Du 14. Octobre 1666 (Svbuony). 38i

Et je voy sans regret Tuais Fontaihb content ; Mais je voudrois, .sans préjudice , >o Que le Roy m'en eut dit autant.

On dit qu'une aimable Personne , Dont le mal va vous allarmer, Partit ces jours nassez pour aller à la Mer : C'est la Comtesse de VnroNNE.

125 Elle est de ces femmes sans pris

Qui choississent plutost , dans le siècle où nous sommes , D'aimer des chiens que d'autres hommes, En l'absence de leurs Maris.

Elle en aimoit un à l'extrême , 130 Qu'elle mitonnoit dans son lit

Avec plus de soin qu'elk-mesmc .

Et cet enragé la mordit. En vérité , Dauphin , l'on ne sçait comment fkire : Aimez un homme , il peut changer ; 135 Un chien vous peut mettre en dan^r ;

Et, de quelque façon qu'on fasse cette anaire , On court risque d'en enrager.

Rien n'est plus vray, sur ma parole , Et voicy l'exemple tout frais 140 De l'illustre AmcA Bonarolle ,

Qui , peut-estre , en enrage à présent pour jamais. Je vous parle . Dauphin , d\ine VBNmENNE Qu'on CNDuvoit appeller une aimable Chrestienne Et dont les yeux, à tout moment, 145 Prenoierit un cœur très hardiment.

Elle estoit Noble de Venise , Quant aux escus femme de bien ; Quant au reste , je n'en dis rien , A cause qu'un Galant Itr^ donnoit sa chemise. 150 On dit qu^elle aimoit ce Galant ,

Et mesme d'un feu violent Et tel qu'enfin le veut Venise ôu I'Itaue , Où , n'estant pas des plus permis De faire impunément fofie , 155 On aime ainsi , dit-on, ^eux qu'on s'est fait amis ;

Encor ce que je dis n'est-il que pour les femmes , *

Car pour les hommes, Dieu-mercy, Y pouvant sans péril se prendre en d'autre fiâmes , Ils y sont inconstans autant ou plus qu'icy, 160 Celuy dont je parle , le {}reuve.

Il fut inconstant , & si bien , . Qu'Anna n'estant pas à l'épreuve D'un changement tel que le sien , Elle en cacha si mal sa haine & sa colère

tièA Pouvurtiidlemeiit.

383 i82. *- Du 14. Octobre 1666 (Subuont). 384

165 Que le SIEUR Bonarollb apprit toute l'afhire.

On se doute , je croy, de ce ou'il fit après ; Il choisit un poignard ou le nt faire exprés , Et dans le sem dolent de sa femme inndelle Fit une blessure mortelle.

170 Ce procédé seroit condamnable à Paris ,

On y plaindroit fort cette Dame ; Mais , comme dans Venise il sied bien aux Maris , On n'y dit rien , sinon : « Dieu veuille avoir son ame I »

Ailleurs tous les VENmsNs 175 Ne tuent pas ainsi leurs femmes ,

Mais plutost jettent feux & ââmes A battre en leur païs les Turcs comme des chiens.

Cette Nation tre»-damnée .

Estant fiere dans la Cannée 180 D'avoir veu le siège levé

De devant la Neufve-Candie ,

Et par un secours arrivé

Se rendant deux fois plus hardie ,

Entreprit , dit-on , un beau jour 185 D'attaquer la Vieille à son tour.

On l'y receut de bonnevgrace

Avec grande joye & bon feu ,

Et si bon que, n'estant pas jeu , On y coucha du moios mille Turcs sur la place , 190 Y tuant encor à plaisir

Un des Neveux du Grand Visu^. .

Un autre que moy pourroit dire

Que ce grand Visir , prenant feu En apprenant la Mort de Monsieur son Neveu , 19$ Aura beau sujet de maudire ;

Mais j'ayme mieux n'avancer rien.

Pour peu qu'un Turc ait d'opulence ,

Il luy naist je ne sçay combien

De Neveux de cette importance ; 300 Et , comme il faudroit du loisir

Pour connoistre une graine en tant de gens féconde ,

Peut-estre que le grand Visir

N'a jamais sceu qu'il fut au monde.

Ce grand Ottoman est toujours ao5 A Thebes, avec son armée ,

Et mainte Ville est allumée , Ne sçachant en quel lieu ce torrent prendra cours. On ne sçait si la Dalmatie , Si Cerigo , Cepralonie , aïo Ou Zante en doit estre l'Objet.

Douze mille Chevaux font sa Cavallerie , Vin^ & deux mille Turcs forment l'Infanterie Et doivent en tout cas commencer le Projet.

170 5 C conidaninable.

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385 i82. — Du 14. Octobre 1666 (Subliont). 386

Au reste , j'ay sceu la Nouvelle 315 Que l'Amiral Rutter . incommodé de l'Eau

Qui rend sa langueur plus cruelle , Partit pour Amsterdam , de la Meuse, en bateau. Les EsTATS ont mis en sa place Le Pensionnaire de Wrr , sjo Sous lequel la Flotte obéit

Jusques au jour qu'elle repasse.

Elle tient encore les flots , Et la Flotte de I'Angleterre , Qui , malgré le mal-heur qui se mesle en sa guerre , 1S5 Met encor son espoir en ses bons Matelots ,

Plus fiere que ses infortunes , Veut sortir encor de ses Dunes.

Je luy conseille , toutefois , De retourner plutost au fond de la Tamise v

330 Jusqu'à ce que sa Ville en estât se soit mise

De la remettre en Mer une seconde fois ,

Car, dans un destin si funeste , Elle feroit tres-mal de jouer de son reste. Je finis & ne dy plus rien , 335 Sinon que Brème est assiégée ,

i Mais qu'elle se defFendra bien

Avant que Wrangel l'ait rangée, Et qu'on dit que . dans peu de jours , Elle attend un puissant secours.

240 Adieu donc , Dauphin que j'adore ;

Mon sang s'échauffe en écrivant , Et je craindrois cju'en poursuivant Ma Fièvre ne revmt encore

A ParH . Cke^ Alexandre Lesselm , au coin de la rue Dauphine , devant le Pûnt-4teuf. Avec Privilège

ExTRAiCT DU Privilège du Roy.

Par Lettres Patentes du Roy signées & scellées du grand Sceau de cire jaune, en datte du quatorziesme Avril 1666, il est permis [roy, tome I, col, po$,)

916 Cr vers m. dans B C 221 A Dcttotitqui.

La signature de Fauteur, l'adresse du Libraire et /'Extraict du Privilège ne se trouvent que dans A. — B C placent ici la date

{A La Mu8c de Cour 1666 (voy. tome I. col. 909) pp. 165-172. B La Muse Dauphine 1667 — 185-191.

C La Muse Dauphine 1668 -- 185 191.)

St7

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Chaklis ROBINET.]

Du 17. Octobre 1666.

Objet brillant & glorieux Pour qui je feds rouler la Presse , Je doi préparer vôtre Altesse A prendre tout son Sérieux , Car je débute , en cette Epître , Certainement par un Chapitre Qui sera plein de gravité.

Mais je suis prié de le mettre , Et même l'on a crû ^ue vôtre Pieté

Le pourroit bien permettre.

Ha Gtvofo

Madame , je n*en doute point ,

Je n'ay nule peine à le croire

Et je sçai que vous faites gloire

De vous signaler sur ce Point ;

Mais je dis , moy, que ces Matières

Ne sont nulement Gazetiéres

Et qu'on doit les traiter ailleurs.

Nonobstant pourtant tout scrupule , Et quoi qu'en puissent dire & maints & maints Lecteurs , La chose va passer sans plus long Préambule.

A Rote , au Cumàt des Picards , Qui la pluspart sont de francs Gars , Et de (Conscience sans fraude, Hors-mis qu'ils ont la teste chaude , Un Soldat de la Garnison Etant, ce dit-on, sans raison Condamné , par un fâcheux rôle , De faire en 1 Air la capriole , Une Dahe de probité Et d'une haute pieté , Bien instruite de son Affaire , Lui fit prendre le Scapxjlairs , Dont l'on ne peut trop la louer.

Et l'obligea de se vouer, 15 Tenant lors en sa main un Ciei^e, Avec confiance à la Vierge.

En suite . cet Infortuné Sans grâce au Sv^)plice est mené .

Et le Carnifex , certe habile

40 Autant (qu'aucun d'une autre Ville , Fait si bien sur lui son devoir Que mort à tous il le fait voir.

De plus , le pauvre Corps demeure Au>Bois funeste plus d'une heure ,

45 Tandis que , pour entièrement Exécuter son Jugement, On s'en va quenr une Claye (Cette circonstance est tres-vraye ) Four le traîner par la Cité

50 En Duéliste détesté , Puis le jetter à la Voirie , Où finit la Cérémonie.

Néantmoins , trois heures après , Quelques Soldats allans exprés

55 Pour lui donner la Sépulture ( O la merveilleuse Avantorel)

i83. — Du 17, Oaobre 1666 (Robinet).

Apperçoîveot dans ce moment Encore en Lui du mouvement , Et, dedans le plus proche Giste 6» Le portant ensemble au plus viste , Il n est pas là si-tôt saigné Qu'à la Vie il est ramené ; Et, dés le lendemain , Dimanche , Ayant pris sa Chemise blanche , 65 II fut à la Messe , en santé , Comme si de rien n'eust esté.

Chacun là dessus l'apostrophe , Notaire. Avocat. Philosophe, Officier. Soldat & Bourgeois , 70 L'interroge cent A cent fois , DiMoBt Et , lui , répond que nôtre Dame , ^^"^ Que toujours depuis il réclame , Etant entrée en sa Prison , Comme il étoit en Oraison 75 Et revêtu du Scapulaire , L'avoit, d'une voix haute & claire , Asseuré qu'il n'en mourroit point.

On dît même que, sur ce iPoint ,

^ Dont je croi que le Prêche endesve ,

IJ2S? ^ PuisJi'n d'AMiENS & Glandssve *gjj»- L'ont exactement entendu , '^ Et le Miracle reconnu.

On 4crit encor • de Corbis , Qu'un ^uvantable Incendie »

85 Qui s'en alloit mettre en Tisons D'un bout à l'autre les Maisons , S'étoit éteint aussi» n'aguére, Par la Vertu du Scapulaire Qu'un SojJUT de cette Crré

9oAvoit dans les fiâmes jette , Et qui fut , après l'Avanture , Retrouvé mêmes en nature.

Je le croy, mais le croira-t'on Chez nos Messieurs de Charenton

95 Et parmi nos fortes Cervelles ?

Diable-zot . ouida , bagatelles !

Mais . à çropos d'embrasement , On va travailler promtement ( De cela >e puis vous répondre )

100 A remettre sur les pieds Londre , Et bien plus belle , en vérité , Qu'elle n'a point encor été.

Tout sera de Pierre & de Bri(|ue , Tant pour fûre à tel Feu la nique

105 Que pour la potnpQ & pour l'éclat ,

Et c'est de quoi l'on fait état Dans une tres-ample Ordonnance , Où çarêt beaucoup de prudance , Ainsi que beaucoup de bonté ,

1 10 De I'Angucane Majesté

Pour ses Peuples, dans leur desastre.

Qu'on attribue à ce faux Astre , A ce grand Comète dernier , Dont l'Aspect flamboyant & fier

1 15 Lorgnoitplus qu'aucune autre Terre Tout le Canton de l' Angleterre.

Quoi qu'il en soit , je suis d'avis ( Et de bon cœur ceci je dis ) Que , pour r'édifier à l'aise

lao Cette Ville qu'on void en braise Et pour en mieux trouver les fi-ais , L'Anglois fiasse avec nous la Paix , Y compris , afin qu'on l'entende , / Nos chers Alliez de Holands.

laj Mais , sur ce , j'entends certain bruit Qui , bonne foy, me réjouit ; Oui , j'en tire un aimable augure Qu'on pourra cette Paix conclure Et que , cessans d'être Ennemis ,

130 Nous vivrons enfin bons Amis.

A regret je vais vous apprendre

Qu'une Belle à rendre un Cœur ten-

Fut-il Turc ou je ne sçai Qui [dre ,

(C'est la Duchesse de Créqui , 135 De tant de doux Appas pourvue ],

Est des Eaux tres-mal revenue ,

Avec ce Mal des plus malins ' *V5^?

Lequel déteint les plus beaux Teints.

Quelle funeste Compagnie I 140 A quoi, dites-moy, je vous prie ,

Pensiez-vous lors , beau petit Dieu ,

Qui la suiviez en chaque Lieu ,

D'avoir laissé libre passage

A ce Mal sur son beau Visage ?

145 Ah! du moins . mon petit Amour,

Si vous voulez plaire à la Cour ,

Prenez garde que rien ne reste

De ce Mal cruel & funeste ;

Défendez-en sur tout ses Yeux , 150 Où vôtre Feu brilloit des mieux ,

En Ami , je vous le conseille ,

Comme aussi sa Bouche vermeille

Et si petite que rien plus ;

Enfin , sans discours superflus , 155 Défendez-en tout son Visage ,

Ou Ton fera contre vous rage ,

i83. — Du 17. Octobre 1666 (Robinet).

S'il lui manque un seul des Appas Qu'elle eut avant ce fâcheux cas »

Et s'il &ut que l'on dise d'Elle 160 Qu'auparavant Elle étoit Belle.

Mais partageons nôtre Soucy :

J'en dois une partie aussi Au beau Chbvaubr de Lorraine , Qu'on m'a dit être en même peine.

165 Ha I quelle Disgrâce pour Luy !

Quel Déplaisir & quel Ennuy, S'il faut qu'après sa Maladie On chante la Palinodie , lioMtoor Et jiue r Apollon de la Cour , Bensêrade Qui douue Rux Vers un si beau tour, En £asse en sa noble Ecriture Une moins flateuse Peinture I Mais si la chose arrive enfin »

Plusieurs rendront grâce au Destin

1/5 D'une telle Métamorphose , Et vous en devinez la cause.

C'est qu'il faisoit trop de Jalons , Et que , tant Galans comme Epous, N'étoyent jamais en asseurance

180 Contre son aimable influance.

En foule viennent les Mal-heurs Et les tristes Sujets de Pleurs.

J'en vais dire un dont je frissonne :

C'est que Madame de Vivonne

185 A vu son beau Corps outragé Par son petit Chien enragé , Si que la belle Désolée Est à la Mer bien viste allée Pour y plonçer tous ses Appas

190 Et se garentir d'un Trépas, Des Trépas le plus redoutable.

Ainsi que le plus éfroyable. .

Les Dieux l'en gardent par bonté Et veillent qu'en pleine Santé ,

195 Pour nous épargner bien des larmes, Ayant à nud montré ses Charmes Aux Néréides & Trotons , Promptement nous la revoyons !

L'autre Jour, nôtre belle Reyne , aoo Dans le Petit Parc de Vincenne Ayant assamblé les Beautez Qui sont toujours a ses cotez , Les fit danser sur les Fleurettes ,

Au Concert des douces Muzettes .

205 Et la charmante de Tonssi ,

Déjà de maints Cœurs le Souci , it um De ses beaux Pieds fit des Mervdlies^^giS Qui passèrent pour nompareilles.

Jugez ce que ne feront pas

a 10 Ses Yeux & ses autres Appas.

Hier, nos deux Portr-Couronnbs, Qui sont d'admirables Personnes , Prirent ensemble le Chemin De leur Château de Saint-Germain , ai5 Et Monsieur avecque Madame , Bien assortis de Corps & d'Ame , Vinrent id dans leur Palais , Où bien-tôt les voir je m'en vais.

Un certain Collecteur de Taille,

S20 Ayant Femme de belle taille Et de visage assez mignon , En étoit Jalons tout de bon , Comme un Gueux l'est de sa Besace, La suivant par tout à la trace.

aa5 Néantmoins I'Offiobr fiscal , Féru de cet Objet rural , Lui poussant par fois des Fleurettes, Fit tant dedans ses amourettes Qu'elle voulut bien , par pitié ,

330 De son mal prendre la moitié Et souffrir, en cette Avanture , Qu'ensemble ils en fissent la Cure.

Mais . désirans , d'un soin pareil , Poser le premier Appareil ;

3^5 D'un Onguent, non miton-mitaine, Ains excellent , chose certaine .

Pour la Brûlure de l'Amour, Il se passa maint & maint jour Sans que Madame la Fortune

240 A leur dessein fut opportune ,

L'Epous, plus clair-voyant qu'Ajtous Avec tous ses cent yeux aigus , Empeschant , par sa Vigilance , Qu'ils entrassent en Conférance.

245 f^^s enfin l'Officier fiscal ,

Ne pouvant plus souffrir son mal , Qu'un si long-temps rendoit extrê- S'avisa de ce Stratagème. [me,

A minuit , l'Amoureux menteur

250 Va heurter chez le Collecteur Et finement luy fisdt entendre

ÎJÎ

i83. — Da 17. Octobre 1666 (Robinbt).

Qu'an Tel a dessein de le prendre »

Et ce Tel est l'un des Huissiers Chargez de faire Prisonniers

235 Ceux qu'on employé à la Collecte»

A qui leur Race est fort suspecte.

Le pauvre Diable épouvanté , Croyant que c*est la vérité , Sans croupir au Lit davantage ,

160 Déniche viste du Village , Un pied nud & l'autre chaussé , Et presqu'à demi trépassé , Tant il craint de jouer le rôle D'un Homme logé dans la Geôle.

165 Cependant, le Donneur d'avis Et la Collectrice , ravis De pouvoir commancer leur Cure , Y travaillent selon Nature , [mieux ; N'en doutez point, tout de leur

170 Mais , foin I le Destin , envieux Des plaisirs naissans de ce Couple , Au doux Manège alors si souple , Ne les laisse guère durer.

Et les en vient ainsi sevrer.

^5 Le susdit Sergent de la Taille, Avant toute nuit fait gogaille , oïïme , dans ^ belle humeur ,

D'aller chercher le Collecteur, Deux heure» avant que 1' Aurore

280 Eust fait le Point du Jour éclore , Afin de ne le manquer pas.

Il y va donc tout de ce pas , Et d'abord , avec sa Cohorte , Ayant mis bas la foible Porte ,

283 Tout de plein-pied s'avance au Lit Et du Vice-Epous se saisit.

Le Gaillard a beau se défendre Et lui fiedre le Cas entendre , Comme de Nuit tous Chats sont gris,

290 Pour Dupe à son tour il est pris , Et , sans qu'on lui fasse de grâce , Pour s'être ainsi mis en la place Du pauvre cornu Collecteur, Il faut que de belle hauteur

293 II paye ] dont bien on le raille ) / Son Plaisir furtif & la Taille, A cet effet , il est , dit-on , Encor coffré dans la Prison , Où contre qui voudra je gage

300 Qu'il a bien changé de langage , Et qu'il n'y dit pas , comme nous ,

Que les Puusirs dérobez sont bien dous.

Celui qui m'est permis , d'écrire à ma Princesse , Me comble tous les jours de gloire & de liesse.

305 J'ay fait cette Légende , en remuant les doigts ,

Justement au milieu du dixième des Mois. 300 kkm$amppUd.

A Paris, Càt^ F» Mnguit, rm$ d€ la Harpe, aux trois Rois. Avec Privilège du Roy,

(Biblîot. ntt., Le», 22. Rés. — Biblioth. Mixarine, 296. A^.- — Biblioth. de M. le baron Jtmes de Rothschild.)

LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU db SUBLIGNY.J

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