‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 105 sur 247 · XXIV. SEMAINE · texte numérisé non relu

XXIV. SEMAINE

Du Jeudj quatriesme Novembre 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Ou sont les morceaux délicats Qui me viendront de vostre chasse?

Je sçay. Prince , ce qui se passe Et je ne vous en quitte pas.

J'envoye un de mes plus fideiies Pour sçavoir combien de perdrix Et de lièvres vous avez pns

Et jusqu'à son retour je diray des Nouvelles ; Mais si , revenant par hazart »

Il m'asseure que cet Autonne La Saint Hubert ait esté bonne ,

Prepare^vous de grâce à m'en donner ma part.

J'oubliay , l'autre jour , à vous dire l'Entrée Que Monsieur de Coeslin fit dans son Evesché, Et si , comme il se peut , vous en fiistes fasché ,

De mon costé j'en fus outrée.

J'oubliois , en effet , quelque chose de beau ,

De surprenant et de nouveau.

Orléans n'est pas fait de cette seule année ,

Et je croy que jusqu'àujourd'huy On a pu voir entrer de ses Prélats chez luy Avec pompe superbe & tres-bien ordonnée ;

Mais je gageray bien aussi

Qu'ils n égaloient pas celuy cy, Sans vous parler» Seigneur des choses remarcjuables Qui formoient dans ces lieux des spectacles divers ,

Sans conter trois mille coupables Dont on le vit briser les chaînes & les fers ,

BCporUnisimpUmêmt. XXI 11. Semaine.

14 A Coatlin.

35-53 j4 Sans vous parler des Allegrestea Q)i'on avoit le jour qu'il entra , Sans tous parier de deux Ducnisais Qfie tout le monde y rencontra ,

Des CoASLms , des SdLUS , leurs Epoux remar- Ny des autres Parens divers ; (quables. Sans songer seulement aux trois mille oeupableo Dont on le vit briser les chaisncs êc les fers , Et que je qualifie heureuse conjonctnre BMir rtndre an nom finnea à ta net lotnre ;

4)7 iS8. — I>u 4. Noirembre 1666 (Sonjoinr).

Et que je qualifie heureuse conjoncture 30 Pour rendre un nom fameux à la race future 9

Je diray seulement qu'OnLÉANS , autrefois ,

Receut avec magnificence De tres-fameuz Prélats de la main de ses Roys ; Qu'il en eut qui vivoient dans la mesme innocence , 35 Mais qui , néz parmy la splendeur

Et n'ignorant pas leur ^andpur, Aient eu , sans le briguer, un si superbe titre ,

C'est, sans oftencer les Prelas Qui peuvent justement souhaitter une Mitre , io Ce qm ne se trouvera pas.

Madame de Sulu, de qui l'éclat extrême Recommande assez bien les lieux où l'on la voit ,

A cette Pompe se trouvoit;

Madame de Cobsun de mesme.

Mais , en parlant de ces Beautez ,

Je ne vous force pas à croire Qu'on les ait là veu rendre autant de libertés Que ce digne Prélat en rendit dans sa gloire :

Elles ont l'esprit excellent

Et la vertu la plus profonde , Mais d'accorder. Seigneur , des libertés au monde ,

Ce n'est pas bien-là leur talent.

Ce n'est point encor là tout ce que je veux dire , Et, puisque nous en avons lieu ,

Apres le sérieux il nous faut un peu rire : On le peut sans offenser Dieu.

On dit que , parmy les trois mille Qui se rendirent tout exprés Dans les Prisons de cette Ville Pour estre absous à peu de frais , L'on vit rendre grâce à la Crosse Huit ou neuf cens Roux dangereux , Six cens borgnes , deux cens boiteux ,

Et presque encor autant de relevez en bosse. Avouez , Prince , ingénument , Qu'à voir ce que je viens de dire ,

Sans fous ptrler de tout cela Et de tout ce que l'on fit là De superbe & de magnifique, Qpi , comme je n'en doute pas , Sttrpesaoit , dit-on, d'une pique

>•« ce qu'on awit fait pour les autres Prblats , Je ne regarde que luy-mesnt.

Estiviex-Tous, Daufhui , que j'ayme , QM'OuiAiis jusques aujourdliuy

^ •■ ^Ique Prblat qui fut semblible à luy ? J'en parleray sans complaisance :

Je cnj qa'il en eut autres fois ^ tre^-fameux sens d'autres Roys

Et qui regloient leurs moeurs sur la mesme inno-

[cence « Mais qu'il en eut jamais qui, néz dans la splen-

Et n'ignorant pas leur grandeur, [deur Aient eu, sans le briguer, un é superbe tlltre. Je vous diray cccy sans choquer les Prelas Qmî peuvent justement souhaitter une mitre : Cela ne se trouvera pas.

40 ^ C Cela ne se trouvera paf .

53 j1 J'en veux dire.

61 j4 remercier la Crosse.

65 ^ Or avoues moy franchement.

439 iS8. — Oa 4. Nofemiire 1666 (Sobuont). 44A

Ne fu8t-<e que dévotement , Vous n'auriez jamais pu tous empescher de rire ? Monsieur d'Orleaks fut sérieux k ce point 70 Que toutefois il n'en rit point.

Je trouve encor sur mon mémoire

Une assez remarquable histoire , Dont je vous priverois avec peu de raison.

Ceux que diverses infortunes 75 Obligeoient d'aller en prison

Ne S7 rendoient pas pour des prunes :

C'estoit pour différents forfaits , Et voicy, MoNSBiGNBUR , ceux qu'un d*eux avoit faits Il faut sçavoir d'abord que c'est un Gentil-homme Adroit » galant, bien fait & tres-spirituel , Et le plus fin qui soit d'icy jusques à Rome.

Il soupçonnoit Monsieur un tel

D'aller , de toute sa puissance , Consoler sa Momé souvent de son absence , S5 Et ce Monsieur un tel se le croyoit permis

Parce qu'estant amy tout luy sembloit justice , Et qu'on ne reçoit guère aussi ce bon office

Que de ses plus proches amis.

Or il soupçonnoit un Mystère 90 Qui n'estolt pas sans fondement ;

Mais sa femme , dans cette affaire ,

N'agissoit pas bien rondement :

Plus par Monsieur un tel elle estoit consolée , Qui manquoit rarement à ce secret devoir , 95 Plus elle se plaignoit comme une écervelée

Que ce Monsieur un tel ne la ^noit plus voir.

Cela mettoit au desespoir

Un Gentil-homme assez honneste , Qui sentoit déjà bien qu'il en avoit en teste 100 Plus qu'il n'en desiroit avoir.

Il flatte sa femme & l'embrasse ,

Luy promet de faire venir

Monsieur un tel l'entretenir, Et , dés le jour suivant , comme allant à la chasse , 105 II l'apperçoit entrer chez luy secrètement

Pour aller consoler sa femme.

Il y revient soudainement ,

Monte à la Chambre de Madame ,

Fureté tout l'appartement, no Et, plein d'une fureur cruelle

De voir qu'u hayt si fort à la voir seulement ,

Qu'il entre dans sa chambre & ne soit point prés d'elle.

Rongeant son frain , grinçant les dens ,

Il cherche , et, ne voyant qu'un coffre 1 15 Que le hazard k ses yeux offre ,

6S j4 d'en rire. I 89 A miftere.

77 A différent (bifatt. j 91 '^ Mais la Dame.

7S A Ce qu'un d'eiix aroit hit.

44* ' i88. — Du 4. Norembre 1666 (Subugny). 443

Croit que MoitsiEim on tbl est sans doute dedans

Et , pour le punir tout sur l'heurje

De la colère & de l'ennuy Qu'il donnoit à sa femme en venant peu chez luy, ijo L'enferme dans ce coffre afin qu'il y demeure.

La Dame en tremble de frayeur,

Mais cela radoucit Monsieur.

Il ne dit rien qui luy déplaise ,

Ne luy parle que de beau temps 125 Et , pour laisser dormir Monsieur tel à son aise ,

La meine à la campagne avecque tous ses gens. Cependant eUe croit que , par un coup de Maître , Le Galant s'est enfin sauvé par la fenestre ; Ce penser assez doux rappelle ses attrais. iio Mais on revient trois jours après ,

Et, comme l'on sentit, en entrant dans la chambre,

Une odeur plus forte que l'ambre , On chercha , l'on ouvrit le coT&e en question : On vit Monsieur Tel mort en meschante posture , 135 Et le mary, blasmé d'une telle action ,

S'excusa de telle avanture.

Or , on parla diversement

De ce que je viens de vous dire ;

Les Amans plaignirent l'Amant, 140 Les Maris n en nrent que rire.

J'ay d'autres contes à mon chois Dont nous pourrions causer ensemble.

Mais il vaudra mieux , ce me semble , Les garder pour une autre fois.

145 Mon Messager revient m'apporter la Nouvelle

De la Chasse de saint Hubert.

Elle estoit , m'a-fon dit , fort belle ,. Mais les Veneurs ont bien souffert.

L'humidité , le vent , leur donna peu de joye ; i$o Ce fut bien fait à vous que de n'y pas aller.

Car tel , qui poursuivoit sa proye , Se vit luy-mesme en proye aux injures de l'air. Que je dise au Roy le semblable , Mon discours ser^T mal receu , IS5 Car c'est un Prince infatigable

Qui ne s'en sera pas seulement apperceu ; Ce que i'ay dit pourtant n'est pas moins véritable Quoy qu il en soit revenu guay, J'en sçais qui , d'avoir fatigué , 160 Se sont presque donnez au DiaUe

Que font vos Dames , dites-moi ?

n  dcMot rheure.

131 ^ fort proche de U Chambre.

132 J plus fioe <|iie r«nbre.

MI-144 ^ M«U je feray mieui, ce me aemble ,

De lea remettre à d'autres foia.

15 1-152 >4 Car ceux qui poursuivoieut leur proye Furent en proye eux-metmc aux injurta de l'air 156 j4 point.

1S8. — Du 4. NotemlNre 1666 (Suiuonv).

On dit que ndcre paksant Roy Leur donna , Tautre jour , un bal de conséquence ;

Mais dansent-elles en cadence Apres avoir esté prés d'un an siuis danser ?

Pour moy , je ne l'osois penser, Et cependant on dit qu'elles firent menreiUes.

Entre nous , Dauphin plein d'appas ,

Quand les Dames font de faux pas,

Ce n'est guère par les oreille.

Voyez-lrous , depuis son retour ,

Le Comte d'Auvergnb à la Cour?

Je le croy, car cette semaine ,

Je le lâs, qu'il partoit d'icy,

Et son oncle le grand Turenns ,

Pour voir Louis & vous aussi.

Qu'aureas-vous dît de sa personne?

Vous l'aurez veu frais , gros fit gras :

Mais l'embon-point n'empesche pas

Que, s'il faut donner, il ne donne ,

Et si vous le £Eiisiez parler

De ce qu'il a fsât en Hongrie

Où l'on le vit se signaler ,

Vous verriez si c'est flatterie.

Vos braves Dauphins , l'an passé , Eurent prés du vieux bois leur part de sa victoire ; Demandez-leur un peu s'ils eurent de la gloire Quand le Munsterien fut par luy repoussé Et qu'U quitta , voyant un tel Pnnce en colère , Deux chasteaux usurpez dessus sa Belle-Mere.

Peut-estre l'accuserez-vous^ D'avoir esté long-temps sans revoir sa patrie ?

Mais pardonnons-luv, je vous prie :

On sçait qu'il est l'illustre Espous

D'une Princesse jeune & belle ,

Et l'absence est un peu cruelle Quand il faut quitter Bergue & des charmes si dous : Du moins c'est ma pensée et c'est sans raillerie.

Comme tout peut-estre icy bas ,

S'il arrive qu'on nous marie , Ne fût-ce qu'un moment je ne vous quitte pas.

On parle encor du faux Mbssib Que depuis peu le grand Visir Avoit sauvé pour son plaisir, Encor qu'il eust troublé la moitié de I'Asie. Lassé de le voir sans raison , Et de ses sottises nouvelles ,

162-163 ^ ^^ ^^ 4"^ l'autre jour le Roy Leur fit un bal de contequenoe

169 Â éfê ftux fm,

1^3-196 A Mais , outre que, dopais la ruerre de Les EsTATS le choisirent lotts [Homoiue,

Sêbbhi]

Pour Chef de leuâr Ctvalerie , Le secret est qu'il est l' espous D'une pRwcisst jeune ai helle Et que Pâbsenoe est fort cruelle.

44i 188. — Du 4. Narembre 1666 (SuBuomr . 446

On l'a remis daot ia prison , A ce qu'on dit, aux Darxumnbxxjbs »

110 Et , si le Grand Sqltan persiste en son humeur.

Le Prophète bien-tost ne sera qu'un rameur.

Le Grand Visir est fort en peine :

La Peste est par tout dans son camp Et fait là mourir sur le champ Les meilleurs soldats à centaine.

On compte qu'en deux mois de temps Il a perdu , par cette peste , Dix mille braves combattans De trente qu'il avoit dans un estât fort leste. 330 Le Sultan est en peine aussi , de son costé ,

D'un fort grand peuple révolté.

De ceux qui continent la Perse.

Une secte en est le sujet :

Un Bassa mécontent en conduit le projet , as5 Et le Messie encore alloit à la traverse

Et pour croistre le remuement , Lors que l'on s'en saisit fort politiquement.

On dit je ne sçay quoy de la paix de Venise , Mais je n en trouve pas la Nouvelle de mise. 130 Le Chancelier Ballarini ,

Son Ambassadeur à la Porte , Dit que le grand Visir s'y porte Et que le grand Seigneur ne diroit pas nanny. Il a quitté Constantinople , >i5 Pour se rendre dans Andrwople ,

Sur l'ordre du mesme Visir ; Mais , qu'à loisir on luy propose Et qu'on la conclue à loisir, Il me reste à dire autre chose.

^ Le Traitté de Bremen est fait

Et le Suédois satisfait .

Du moins asseure-t'on bien fort cette Nouvelle.

Entre-nous, je la crois aussi Et , dés que j'apperceus liguer pour sa querelle , >45 Je me doutay tousjours qu'il en iroit ainsi.

A Dieu , je vous attends sans faute Pour le vingtième de ce mois.

Amenez avec vous le plus puissant des Roys , Avec cette Maman de qui l'ame est si haute. '» Vous ne sçauriez vous figurer

Avec quel excez d'allégresse Et quelles marques de tendresse

447 1^- — Du 4. NoTembre 1666 (Subugny) 44B

Paris attend ce bien qu'on luy fait espérer. Tout j rit déjà par avance t55 Et gouste le plaisir de revoir son grand Roy,

Mais, s'il trompe cette Espérance , C'est fait de Paris & de moy.

A Paris , Che^ jtUxandre Lessdm , au com de la nu Daupkme , ^divtmt U Paalme^. Avu PrivUige dm Roy.

La dgiuUmrt et tadresse du libraire ne se trouvent que dam A. — BC placent ici la date*

(A La Muge de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) , pp. 189-196. B La Mute Dauphine 1667 — 3i»-a3i.

C La Mufe Dauphine 1668 ^~ si»-siai.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Pak Chaklbs robinet.]

Du 7. Novembre 1666.

Par deux ou trois mots de harangue , Jeune & belle Divinité Digne de l'Immortalité .

Ma Clion , derechef, vient de vous prendre langue ; 5 Elle vient , Ô son cher Support ,

Prendre de vous un Passe[K>rt Pour ses Productions nouvelles.

C'est luv qui luy porte Bon-heur Et qui Uit qu'avec tant d'honneur 10 On l'écoute aujourd'hui dans les belles Ruelles.

€ Ah ! c'est la Muse de Madame , »

Dit-on , € qui nous vient visiter ; » Paix-là , chut ! il &ut l'écouter, » Car elle doit avoir esprit, brillant & flâme.

15 » Cette Princesse , » ajoute-t'on ,

« A le Goût fin , a le Goût bon , » Elle n'est rien qu'Intelligence;

» U faut , donc , nécessairement »

Vous voyez leur Raisonnement ,

30 Madame , & quelle en est pour moy la conséquence.

Je sçay que fausse elle peut estre , Quoy que les Principes soyent vrais ;

449 189. — Du 7. Novembre 1666 (RoBmsT).

Nulement je n'en doute , mais Par une telle Erreur je voy ma gloire accrestre. t5 Ah ! daignez donc , par vôtre Aveu ,

La faire durer tant soit peu.

Que vous en chaut , Grande Princesse ?

Cela ne vous fait du tout rien ,

Et mcfy, j'en reçois quelque Bien.

io Mais c'est trop sur ce Point arrêter Vôtre Altesse :

Cessant de préambuUser,

Je vais viste nouvelliser.

Tay sccu qu^en vôtre propre

f Chambre , Qui ne sent rien que Musc &

fqu'Ambre ,

^Le Concoiiri ftit beau • VeBdFedy, A dix heures après Midy ; Que nos deux Tbstbs Couhonn^bs , De tant de gloire environnées, Y trainérenf toute la Cour ,

40 Et qu'à l'éclat d'un nouveau Jour, Que maints grands Lustras allumé-

[rent Et que les Miroirs redouUérent , D se fit force galans Pas Par plusieurs Objets pleins d'appas,

45 Qui sçavent , dans la belle Dance , Obsenrer très-bien la Cadance.

Mais j'ignore de ces Beautez Tant les Nom» <^e les Qualitez , Avec les autres circonstances

50 Et ravissantes dépendances De ce riant & pompeux Bal , Ce qui foit (de quoy je veux mal A mon Relateur peu fidelle ) Qa'id je ne bas oue d'une aile

55 Et que je tire le Rideau Asseurément sur le plus beau.

Je n'en sçaurois presque plus dire Du Bal qui, chez nôtre cher SniE , Se fit aussi » le lendemain ;

6©Jc m'en grate la teste en vain ; En vain j'en murmure & rechigne Contre la Fortune maligne :

Il me faut croquer le Marmot Etn'en dire aux Lecteurs qu'un mot.

65 La Sale estoit fort décorée Et comme en plein Jour éclairée.

Louis , Grand en toutes façons ,

Menant Madame db Soissons , Fut du Bal le premier Mobile ,

70 Et s'y fit voir non moins habile Qu'à tenir, en grand Potentat, Les nobles Rbsnss de I'Estat. Tout le reste , entrant en Cadance , Marcha sur ses pas dans la Dance ,

75 Emporté par le mouvement De son Mobile si charmant , Et qui , chaque jour, d'autre sorte , Par son impression si forte , Régie les Mouvemens divers

8a Des EsTATs de tout l'Univers.

Entre les belles Balladmes , Toutes brillantes & poupines , La jeune Grâce de Toussy

Y parut, non oossi cossi, 85 Mais comme une jeune Merveille ,

Dont les Pieds , réglez par l'Oreille , Qu'elle a fine adnurablement , Se déméloyent d'un air charmant.

Une autre jeune Demoiselle 90 Aussi tres-aimable & tres-beUe (C'est Mademoiselle Colbert) Pareillement, d'un Pied expert,

Y fit des Pas, sans vous rien feindre, A peindre, s'ils se pouvoyent peindre.

95 Mais elle a bien a'autres Talens Qui sont beaucoup plus excellens , Et qui rendront la Destinée Trop heureuse & trop fortunée De Celuy qu'un Nœud saint & doux

100 Fera quelque Jour son Epous.

Au reste , un Superbe Régale D'une façon toute Royale Ledit grand Bal assaisonna , Et mon mémoire finit là.

105 Mais voila comment I'Alaioresse Débusque à la fin la Tristesse , Qui faisoit un sombre Séjour, Depuis long-temps , de nôtre Cour

POIed*'

laMaré-

•haledela

Mothe

iSg- — Du 7. Novembre 1666 (Robimst).

lePoio- 00b

C'est vainement que le Sarmathe Chez luy d'un long Repos se fiate.

Las ! par un Sort trop inhumain , Toujours il y reste un Levain De la RÉBELUOM détruite , Par qui cette Hydre est reproduite.

1 15 Les Soldats & les Officiers , Faute de toucher des Deniers , En tous Lieux courent au Pillage , Ib ataquent , brûlent , font rage Et r'entrent mêmes , ce dit-on ,

1 20 Dans leur Confédération ,

Que l'on peut nommer I'Aluange De la Révolte , que je pense.

La Noblesse, d'une autre part , Levant la Creste & TEtendart,

125 Taille aussi nouvelle Besogne A la mal-heureuse Pologne , Sans avoir pitié de son Roy Qui , dans ce triste desarroy.

S'est vu contraint, sans nule grâce,

i^De quiter un Plaisir de Chasse , Que , sur la foy de ses Destins , Qui ne sont que de francs Lutins Et qui pour luy n'ont aucun tendre, Le bon Prince estoitallé prendre,

135 Comme l'un des Fruits de la Paix ' Qu'il pensoit avoir désormais.

Mais, dedans ce nouvel Orage, LuBOMiRSRi parêt bien sage Et n'est soubçonné nulement

140 D'un si mutin Emportement :

Souhaitons-luy, sur l'apparance , Le beau Don de Persévérance.

L'Empereur, pour sauver Brémen, Qui souf&oit un rude Examen ,

145 Avoit conjuré divers Princes , Les plus puissans à, les plus minces, De la secourir au plutôt Contre les Troupes du Roy Goth ; Mais le bruit court que le beau Sire

150 (On vient du moins de me le dire) N'a pris tout ce soin-là qu'en vain , Et qu'enfin , jpar une autre Main Pleine de gloire & de puissance , Brémen verra sa Délivrance.

155 Je prévoy donc qu'en ce moment Il ne pense certainement Qu'à cette belle Impératrice Qu'un Astre, à ses souhais propice.

Devers luy conduit à grands pas.

160 Car elle a quité les Estats Du Milanez, après les Festes, Que les plus éminentes Testes Luy firent par tout à l'envi , Dequoi son cœur étoit ravi ,

165 Et sans cesse avecque sa Troupb , Ayant le Vent d' Amour en poupe , Elle s'avance devers luy Pour finir son pénible ennuy.

Ne demandez plus des nouvelles 170 Des trois Fotes ; en dépit d'elles Et de leurs belliqueux transports , Elles sont toutes dans leurs Ports , Et doivent y faire leurs poses Jusques en la Saison des Roses :

175 Pendant quoy, peut-estre , la Paix , Selon les plus justes souhais »

Bannira d'entr'elles la Guerre Qui trouble TEau , l'Air & la Terre.

Messieurs les Estats Généraux ,

180 Pacifiques & martiaux ,

Ont , d'une façon authentique , Fait Réponse au Roy Britanique .

Que , comme luy, de leur côté , Ils sont prests d'entendre au Traité,

185 Et mêmement de le conclure D'une manière honneste & sûre ; Si bien qu'il n'avoit , de par Dieu , Qu'à se déclarer sur le Lieu; Que , sans chercher de Rime en

190 Ils désireroyent être neutre, [eutre. Mais achevons diligemment Par un nouvel Evénement.

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