L'AVANTURE DU PISTOLET
Prés de PomsRS , la bonne Ville Où d'Hommes l'on compte cent
195 Une Fille de grand'Maison [mille* Fait demeure en toute saison , Non dans quelque méchant repaire.
Mais dans un Château qu'eut son Aux environs de ce Séjour [Pére.
200 Règne une Colline à l'entour, La plus charmante qu'on veit onc-
[ques.
iSg. — Du 7. Novembre 1666 (Robinet).
Avec quantité de Spelunques
Et de grands & profonds Réduis ,
Dont les Habitans du Pays
305 Firent jadis leurs DomicUes Dans le temps des Guerres Civiles , Pour éviter des Garnemens Les trop barbares traitemens.
La Belle , sans nul artifice ,
210 Ainsi que sans nule malice, Ayant toujours fermement crû Qu'il sufnsoit de la Vertu I\>ur son Escorte & sa Compagne , Et qu'avec elle , à la Campagne ,
si5Dans les Cavernes , dans les Bois , En un mot , dans tous les endrois Elle seroit en assurance , Dans cette pleine confiance , Elle alloit Ûl souvent exprés ,
230 Toute seule , prendre le Frais , Où , n'ayant qu*une DamoiseÛe Et quelque Laquais avec Elle , Souvent aussi certain Plaisant Gentil-homme, ou tel so;^ disant ,
115 Lequel la voyoit d'ordinaire, L'accompagnoit , & sans mystère L'Innocente acceptoit sa main , Tout ainsi que d'un bon voisin.
Or, un jour. Elle luy propose ,
230 Je ne sçay pas pour quelle cause , De luy montrer comme il fallet Faire le Coup de PistoUet.
Luy s'offre de la satisfaire Et , sans que la Chose il diffère ,
235 Le lendemain , au même lieu U porte dequoy faire feu , Et la conduit dans ces Cavernes , Sous prétextes à Balivernes, niec donc , luy faisant Leçon ,
240 n luy montre, de la façon.
Soit Arme à Chien ou bien à Roue, Qu'on charge , amorce , couche en Comment se lâche le Déclin [joue. Et, bref, comment l'on tire enfin.
245 Elle l'observe , Elle l'imite , Et fort bien même s'en aquite ; Mais , las I ici finit le Jeu.
Car, de cette Arme faisant feu , Elle achevé aussi par ses charmes
250 De le mettre à bien d'autres Armes , Et le Maître , Ribaut maudit ,
Tout à coup en ces mots luy dit En se prosternant devant Elle :
€ Ah ! {e meurs, charmante Isabelle,
355 » Ah 1 je meurs d'amour & pour
[vous!
» Daignez, par un cœur tendre &
[doux, • » Souffrir donc ce que toute belle » Doit souffrir quand on meurt
[pour Elle. # A peine a-t'il dit, l'Insolent ,
360 Qu'il fait le devoir d'Assaillant , Et cette Belle , bien surprise De sa téméraire entreprise , A beau , pour calmer sa fureur, Luy parler avecque douceur
365 Et même asseurer cet Infâme Qu'elle veut répondre à sa flâme Et la couronner par l'Hymen , Au lieu de luy répondre Amen , U persiste en son insolence
270 Et veut luy faire violence.
Il luy garote les deux Bras , Si bien que ses plus chers Appas Sont tous prés d'être les Victimes De ses ardeurs illégitimes.
275 Mais Dieu permit qu'à ses Clameurs Des Gens d'illec , ou Voyageurs , Devers ces Grotes accoururent Et si viste la secoururent Que le Brutal se veid sevré
280 Du Bonbon d'Amour plus sucré , Et réduira prendre la fuite , Mais dans laquelle il n'est pas quite Du châtiment que » tôt ou tard , On doit à semblable PaiUard.
285 Cependant , Belles Ingénues * Qui voyez ces Déconvenues , Comptez moins sur vôtre Vertu , Dedans un Siècle si tortu ; Gardez-vous, dans vos Promenades,
290 D*aller avec tels Camarades , Et sur tout de les requérir.
Quand vous voudrez vous aguerrir, De vous montrer, fut-ce pour rire , Comment un Pistolet se tire,
295 Car ainsi l'on peut donner jour A quelque Qui pro Quo d' Amour , Et faire, en regardant vos Charmes, Penser à tirer d'autres Armes.
Dans Paris , qu'on tient net toujours , A ces Rimes je donné cours ,
455 iBg. — Du 7. Novembre 1666 (Robinet). 456
Un ou deux jours après S. Charle Borromée , De qui j'ai le beau Nom mais non la Renommée.
A Paris , Cki^ F, Mugiut, nu de ia Harpe f aux Trois Rm, Avec Privilège du R&y,
(Biblioth Nat. Le*, 22. Rés. — Biblioth. Mtxirine, 296. A*. — Bîblioth. de l'Arsenal, B. L. 1 1802. ^ Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)
LA MUSE DE LA COUR
IPAt PERDOU M SUBLIGMY.]