‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 112 sur 247 · XXVI. SEMAINE · texte numérisé non relu

XXVI. SEMAINE

Du Jeudy dix-huidesme Novembre 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

On dit qu'à SAmr-GBitMAiif , cet Hvver, l'on demeure : MoMSiEUR Valot l'ordonne & c'est MoNSiBm Valot. Je laisse bàrt & ne dis mot ; Je yoj bkn qu'on veut qoe je meure.

5 • J'en mourray , Prince , par ma foy ,

Mais je verray mourir tout Paris avec moy. Monsieur Valot vrayment parle bien à son aise • A cause qu'il est à la Cour ; S'il estoit seulement un jour 10 Loin de son Roy» ne luy déplaise ,

Ou qu'il fut à Paris , contraint de s'y tenir. Il n'empescheroit pas le Roy d'y revenir. Passe , Dourtant , Seigneur , si la chose est utile * Que le Roy suive son Conseil :

1) C'est peu que de perdre une ville

Pour la santé d'un Monaraue pareil.

Cela nuit toutesfois au Corps de Médecine ; Sa réputation va tomber en ruine , Car voila , dira-f on , comme les Médecins , 20 Qu'on croit les plus pleins de sciences

Sont des villes les assassins Avec leurs belles Ordonnances.

Le Louvre neuf est achevé .

Purifié , chauffé , lavé , a$ D'un air qui me feroit envie

D'y demeurer toute ma vie.

J'en reviens , & je l'ay trouvé

Si superbe et si magnifique

Que |e ne coriviendray jamais )o Que l'on puisse voir des Palais

D'une plus pompeuse fabrique.

B C portent simplement XXV. Semaine. 1 35 >f II l'est d'un air au moins qui me feroit envie.

I j1 on demeure. 1 37 j1 Et, de plus, j'en reviens et mes veux l'ont

23 W Le Louvre du jardin est si bien achevé. | [\

477 19^* — Du 18. NoTcmbre 1666 (Sdbugnt). 478

Le Rot n'a peut-estre songé ,

En faisant ce lieu de délice ,

Qu'à se voir proprement loçé , )5 Comme en enet c'est la justice ,

Tandis qu'au prochain renouveau

On achèvera le Chasteau ,

Mais il a fait plus qu'il ne pense :

Bien-tost Paris , s'u plaist aux Cieux , 40 Luy va devoir le firuit d'une horrible dépense

Que viendront faire dans ces lieux

Cent mille estrangers curieux.

A propos du Chasteau du Louvre,

Sçavez-vous le funeste sort Du vieil Abbé Brunsau » qu'on estimoit si fort 7 De quel rempart , bon Dieu , faut-il que l'on se couvre

Si le Louvre ne suffit pas

A nous sauver d'assassinas ?

Lundy, quinzième de Novembre, En plain jour, trois voleurs montèrent dans sa chambre.

Le tuèrent de treize cous Et, sans que le couvreur dessus la couverture Arresta par ses cris ces Barbares Filous , Ils auroient profité de cette conjoncture ,

Emporté ce qu'ils auroient pu ,

Sans qu'on en eut jamais rien sceu.

On les suivit à l'heure mesme ;

L'un fut pris , Tautre fut sauvé , Et l'autre , s'échapant d'une vitesse extrême , De uois coups de mousquets tomba sur le pavé.

Helas I ils ont osté la vie,

PsLT ce coup de témérité ,

A celuy que mesme l'Envie Trouva digne tousjours de l'immortalité.

Dites au Roy, Dauphin atmablb , Dites à ce grand Roy qu'il revienne à Paris ,

Car de tels desseins ne sont pris Que quand on ne voit pas ce Prince redoutable.

Quelqu'un de Saint Gbrmain vient de me rapporter Que l'on vous y prépare un assez doux spectacle , Et , cela supposé , ce n'est pas grand miracle

Que vous ne le puissiez quitter.

Un Balet se propose où , dit-on , l'on employé

Trois troupes de Comédiens ,

De François & d'Italiens , Qui par trois niPROMPrus y mesleront la joye. On y fera des jeux dont 1 art vous surprendra Et, pour le couper court, tout ce que l'on voudra.

Mais , quel qu'en soit tout l'artifice.

Je 'gagé que , si le sujet

479 ^9^* — ^u ^S* Novembre 1666 (Subuqnt).

Des Impromptos A du Ballet Ne roule point sur U Police (Je veux dire sur ceux qu'elle met en soucy). Vous n'y rirez pas tant que nous faisons icy.

85 Nous rions , Monseigneur » c'est la venté pure ,

Car, qu'il soit véritable ou non Que la Police soit d'une telle nature

Qu'elle reforme jusqu'au Nom Et jusqu'aux qualitez de Marquis & de Comte , 90 Quand on n'a jamais eu Comtez ny Marquisats;

Soit qu'il soit vray» comme on le conte , Qu'on aille régler les estats , Ordonner pour les uns la soye , Pour d'autres le ras de Cbalons , 95 Et qu'on deffende ençor tous les faux cheveux blonds.

Nous avons le plaisir ïé plus grand qui se voye.

De vray, ce que produit , en de certains Espris , Cette drainte-là dans Pajus Est un vray regale à vous &ire , 100 Et ce qu'il font pour se soustraire

A ce cruel Examen-là Vaut encor plus que tout cela.

Tel qui fit voir une couronne Sur sa chaise jusqu'à présent , 105 Et qui craint que quelque plaisant

Ou quelque Nlaistresse friponne Ne luy reproche à chaque pas D'avoir fait le Marquis quand il ne l'estoit pas , Croyant les Estrangers exempts de la Police, 110 Aprend bien viste l'Allemand,

L Italien ou le Flamand , Afin de le parler pour lors à la Justice Et de se conserver, à l'insceu de l'Edit , Ce oui le fait ajrmer ou trouver du crédit. 1 15 Le dessein n'est pas sot , car, au siècle où nous sommes ,

Je remarque à tous les momens Que la meilleure part de ces faux Gentils-hommes Sont faits comme des Allemans.

Un autre ainsi , selon sa teste, I90 Cherche quel(^ue defFaitte honneste

Pour s'en servir dans l'embarras , Mais , ce que je n'oubliray pas^ C'est ce qu'à déjà fait une sotte Artisanne Qui , d'une Damoiselle ayant porté l'esut ,

lOj BC Tel qu'il. I lao BC Chercher.

104 BC Sur la duUe. | 123 ^ Une noble Artisanne.

48» 19». — Du i8. Novembre 1666 (Subuoht). 482

115 Craignoit qu'on ne la condamnât

A n'avoir plus nom que Dame Annb.

La belle le portoit fort haut , A ce qu'en dit beaucoup de monde , Et , comme une taupe estant blonde .

130 Ne trouvoit en soy de deffaut

Que d'estre femme d'un Ktaut.

La chose est rude aussi quand on est de famille Et de fait , parlant par honneur, Cette Dam B Anne , Monseigneur , IJ5 D'un Savetier estoit la fille.

Pleine donc d'indignation Qu'au jour de Saint Crespin les vallets de la feste Vinssent, par leurs bouquets . luj remettre en la teste L'honneur de son extraction, 140 Qu'avilissoit bien fort ( n'est-il pas vray, mon Prince ?)

De ce mary Pitaut le rang un peu trop mince , Dame Anne, se croyant riche d un Favory Qui , sans ce fin Pitaut , la feroit Damoiselle , Le suplia pour l'amour d'elle >45 De tuer un si sot mary.

Cet homme ^ Monseigneur . promit de l'en deffaire ; Mais il n'estoit aucunement Homicide ny sanguinaire , Et, luy promettant chaudement 15» De l'en dépescher pour luy plaire ,

Se réserva secrettement De le ressusciter auand il voudroit le faire. L'Espoux estoit absent ; il proposa d'abord De s'en deffaire par Magie , 155 Et la Dame en tomba d'accord ,

Trouvant cette recepte encore plus jolie. Mais il faudroit vous faire voir, Pour vous bien plaire à cette histoire . Dame Anne lisant le grimoire :

'^ Vous admireriez le pouvoir

Que l'ambition a sur ces petites femmes , Quand elle est une fois maîtresse de leurs âmes. Le galant guoguenard , voulant s'en divertir Et luy faire valoir la chose , '^5 Luy oit qu'il faloît , sans sorjîr,

Jeûner trois jours entiers & , seule , en chambre close , A la foible lueur des charbons seulement, Travailler elle-mesme à cet enchantement. Ainsi , Prince , vous l'eussiez veue '7^ Dans cet estât & toute nue ,

Marmottant & faisant posture de Calot

Pour paistrir un morceau de cire , Suivant ce qu'avoit dit son Galant mot à mot , Tandis que , voyant tout par un trou , sans rien dire , '75 Luy-mesme , avec l'Espoux fi-aischement retourné,

1^ jl ][*J"^ *«>" jour» & e I 169 <^ De sorte que vous reuttiei veue .

483 192. -* Du 18. Noirembr» 1666 (Subughy). 484

S'estoufifoit à force de rire.

Mais l'Espoux en rioit comme rit un damné.

Sa femme estant déjà punie D'avoir ainsi jeune trois jours sans rien manger, 180 C'estoit pourtant , ce semble , asses pour le Tanger

D une telle friponnerie ; Mais un mary ne4)eut passer cela si doux : Il veut bien autrement se vangtf d'une inisme.

Il conjure dans son courroux 1S5 Le feint amoureux de sa femme

De pousser jusqu'au bout le faux enchantement. Feint de partir encor dans le mesme moment » Et , dés le lendemain; une lettre est écrite • Qui chante que TEspoux est mort de mort subite. 190 Dâmb Anne en pleure d'aise & croit son Fâvory

Prest à la dérober aux rigueurs de Police ; Mais , pendant que l'on feint de pleurer le Mary,

il revient se faire justice.

Il se cache secrettement

195 Dans un coin de l'appartement ;

La Vefve vient coucher, le Galant en nielle

L'entretient jusques à Hiinmt :

Le Mary lors se montre & fait beaucoup de bruit , Et, comme il n'est si sot qui n'ait un peiè d'esprit, 200 Tue en mesme temps la chandelle,

Et, tandis (jue de peur elle tient le Galant , Qui dit qu'il ne voit rien , luy parle & la rassure ,

Le Pitaust , d'un bras violent ,

Bat la quaisse sur sa fressure , 205 Et , pour se vanger en Espous ,

La rend toute noire de cous.

Enfin , pendant deux nuits entières ,

Il luy donna ks Estrivieres , Jusqu'à ce que, croyant avoir fr^pé trop fort aïo Pour qu'elle crût encor qu'en effet il fat Hiort,

Et que , voyant venir deux Pères

A dessein de le conjurer,

Le mort se mit à déclarer

La pure teneur des affaires.

215 Vous n'avez pas à SAiNt-Gsuam ,

Quoy que vous ayez des merveilles ,

D'actes ny de scènes pareilles ,

Ou bien l'on les fait à la main ;

Mais Jamais il ne fut d'histoire 230 Plus ndelle que celle-cy,

Ny qui soit plus nouvelle aussi , Et l'on doit , Monseigneur , d'autant plutost la croire Que , si Dame Anne enfin la Usoit en passant. Elle en seroit.la preuve encore en rougissant.

183 /t L'infldelle Amant de sa femme. | 199 Cà vers m. dsnsÂ.

196 y^ & le Galant prés d'elle. [bruit. 203 ^ le Mary.

19> A Le Mary dans un drap se montre et fait du \ 210 A Pour qu'elle eut dans l'esprit.

4lS 193. — Du 18. Novembre 1666 (Subugny). 486

235 Brisons-là : sçavez-TOUs ce que c'est qu'un Chasteau

Que l'on appelle Caprarollb ?

Un amy m'en écnt & me donne parolle Qu'en toute I'Itaub il n'est rien de plus beau. Pendant ^ue le Pape , encor jaune 3^ Du maudit mal qui le tenoit ,

Dans un des siens se promenoit , Le Duc DB Parme en fit un prest au Duc db Chaunb , Et cet Ambassadeur y fut se divertir

Suivj d'une Cour si nombreuse 135 Que je vous diray, sans mentir,

Que celle d'aucuns Rois est beaucoup moins pompeuse. Avouez-moy , Dauphin , que cela soutient bien La Royalle fierté de nostre Très Chrestibn . Aussi , ce Duc j sçait gagner les bonnes grâces ; 14Û Soit qu'il marche ou vive chez soy,

Il y dépense comme un Roj.

Mais venons au Chasteau , qui, dit-on , a cinq faces ; C'est un Palais d'Armide & plus charmant encor ; Chaque département est tout seul un trésor, U5 Et , ce que l'on ne voit qu'en fort peu de contrées ,

La Cour est toute ronde & les chambres carrées. D'ailleurs il est basti sur l'horrible penchant

D'une haute & belle Montagne , D'où l'œil des cinq costec peut courir la campagne , >^ Toujours dans un plaisir également touchant.

Je compare ses promenades , Ses fécondes Eaux , ses cascades , A celles que Monsieur , Frère unique du Roy, A fait faire à Satnt-Cloud chez soy.

>55 II le voudra bien , que je pense ,

Car la comparaison n'yiera point de tort,

S'il est vray cjue , sans complaisance , L'art se voit en ce Heu dans son dernier effort.

Peste soit de Dame Anne & de son origine , Qui m'empesche d'escrire icy la chasse aux Dains

Oli , par son adresse divine , Nostre Duc a sans doute étonné des Romains. Rien ne meritoit tant de i^'exercer la veine Et n'estoit, dit-on , plus charmant.

^ Mais k papier finit ; jusqu'à l'autre semaine ,

Adieu , Prince , sans compliment.

de SUBLIGNY.

i.V*'^' ^*^ Alexandre Usseltn , an corn de la me Danphine , devant le Pmt-^uv^. Avec Privilège

H7 A denas l'afireux penchant. 1 La signature de routeur et Fadresse du libraire ne

I se irouvenl que dans A. ^^ BC placent ici la date

(A U Muse de Cour 1666 (voy. tome \, col. 909), pp. 205-212. B La Muse Dauptûne 1667 ^ 232-241.

C La Musc Daophine 166S ^ 232-241.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charlis ROBINET.]

Du ai. Novembre 1666.

Illustre & complette Héroïne»

Qui de la Gloire la plus fine Faites briller vôtre Renom , Voici le bout de la Semaine , Et c'est à dire tout de bon Qu'il me feut derechef ouvrir pour vous ma Veine.

Mais que cet Opportbt m'agrée 1 Que la Muze , à vous consacrée , En sent de jojre & de plaisir !

Par Phœbus , il a mille charmes Qui de nous se viennent saisir Et nous rendent féconds en nouveaux petits Carmes I

Vous le voyez , Grande Henriette , Car, y compris l'Historiette , Nous passons souvent les trois cent • Et , sans trop oser me promettre , Vous en aurez , je pense, autant , Avant la fin du Jour, dans la présente Lettre.

L'Empereur , selon son devoir, Pense sans cesse à recevoir De la belle & la bonne sorte Sa charmante & digne Consorte , Faisant presser les grands Apprests , Qu'on ne fait pas à petits Frais , Pour la Pompe de son Entrée , Qui sera beaucoup admirée.

On répète aussi des Balets Des plus plaisans & plus folets , Dont les Danseurs , sans raillerie , Sont bien nourris à l'Ecurie , Car lesdits Baladins nouveaux Sont de fringans & beaux chevaux.

D'ailleurs , cet Impérial Sire , Qui , certe , avec raison désire ,

55 Par des soins sages & prudens , De prévenir des Accidans Qui ne seroyentpas bagatelles , Fait entrer des Troupes nouvelles Dans sa CAPrrALB Crrâ ,

40 Car, à dire la vérité , Comme , pour voir ses Alaigresses , Il vient Gens de toutes espèces Et de tous les Cantons humains , On y pourroit jouer des Mains

45 Et , par une Trame rusée , Luy soustraire son Epousée.

Or ce seroit à tous les deux Un Accidant des plus fâcheux , D'estre ainsi , par un Sort austère ,

50 Encor exclus du doux Mystère

Tins

Page 1