‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 119 sur 247 · XXVIII. SEMAINE · texte numérisé non relu

XXVIII. SEMAINE

Du Jcudy dcuxiesmc Décembre 1666 , à onze heures du soir.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Bon jour, mon beau petit Amant, Comment vous va cette semaine?

J'ay haste & vay, sans complhnent.

Vous parler de ce qui m'ametne.

5 Tirez-moy d'abord du soucy

Que depuis peu de jours me cause Un fâcheux omit qui court icy.

Si j'en croy le monde qui cause , Et qui met les gens au cercueil ,0 Dés le moindre mal qui les presse.

La Rbtne de Pologne a fait perte d'un œil : Pcut-estre assez la Cour en elle s'intéresse Pour demander souvent Testât de sa santé. En sçavez-vous la vérité ? 15 On rassure fort dans le monde ,

Mais , s'il est vray, Prince , admirons Le caprice des fiuctions.

Les yeux d'une coquette blonde Qui font désespérer mon pauvre amy Maupou 30 Et qui le rendent pis que fou

Eviteront plustost un accident semblable , Comme ils viennent de faire après cent maux soufferts . Que ceux d'une Reine adorable Qui ne se sont jamais ouverts S5 Que pour guérir les maux d'un peuple misérable.

Ce peuple , par moy bien nommé , Peuple tout remply de misère , Est , m'a-t'on dit , encor armé Contre son Roy, d'une horrible manière : ^o Cela n'est-il pas bien fâcheux ,

Que les Polonois belliqueux N'eussent esté vaincus jamais en guerre ouverte , S'ils n'eussent trouvé pour leur perte

BC portent simpltMint XXVIÎ. Semaine. | 29 Â Contre son meilleur Roy.

5i7 ' 196. — Du 2. Décembre 1666 (Suujgiit). 5 18

Leurs propres ennemis en eux ?

15 Dieu sçait si le fin MoscovrrB

Fera comme il faut ses choux gras De la division maudite Qui les remet dans l'embarras.

Il a condud la Paix avecque la Suéde 40 Comme la Suéde a voulu ,

Mais au Diable s'il a conclu Avec eux , qu'il a veus rebrouillez sans remède. Ce n'est pas toutefois qu'un de leurs Généraux, Le Sieur Dorezensko , bien vite 4t Ne se soit mis aux champs contre le MoscovrrB ,

Avecque cent mille Chevaux ( Et cent mille Chevaux s'appellent quelque chose ) ,

Pour répondre à ses Ennemis ; Mais cent mille brouillez , quoy que l'on se propose . 9^ N'en valent pas cent bien unis.

Je vous parfois de la Subdb.

Quelque vaillance que possède Son grand Gekeral d'aujourd'huy, [wninjai]

Br£me n'est pas morceau pour luy ; » Aussi quitte-t'il cette place

Et va l'abandonner, dit-on , de bonne grâce. Bien-tost son différend doit estre terminé Et le traitté de paix signé.

Il aura raison de le faire , ^ Car Brème a de tels habitans ,

Qu'autant vaudroit avoir afaire A presque tous les Allemans.

On escrit de la ville mesme Que ces habitans sont bien fiers , ^ Et qu'allant en party, leurs meilleurs Cavaliers

Ont surpris un Convoy qu'ils ont mené dans Brème ; Que les Députez Holiandois Ont obtenu des Suédois Trêve de coups pour trois semaines, T^ Et qu'on espère dans ce temps ,

Si les bonnes raisons ne demeurent pas vaines. Rendre les deux partis également contens.

On conçoit la mesme espérance Des differens du Palatin 75 Avec l'Electeur de Mayence ,

Que va régler Monsieur Courtin.

44 BC DouvziMO. | 63 ^ Aux plus fieffez def Allbmans.

55 acquitte il. \ 66 B C Brme.

5i9 196- — Du 2. Décembre 1666 Subugnt). 5ao

Ils ont fidt cessation d'armes »

Aussi bien que les Suédois , En suitte d'un combat qui se fit l'autre mois» 80 Oix le Palatin eut de cruelles allarmes.

Nous n'avons parlé que fort peu,

Jusques icy, de cette guerre Que nous n'estimions pas des grandes de la terre ;

Mais , mon Prince , ce n'est pas jeu , 85 Et , lors que vous sçaurez l'histoure

De ce combat que ie vous dy, Vous trouverez que c'est le coup le plus hardy Qui se soit de long-temps trouvé sur mon mémoire.

L'Electeur Palatin voulant » le mois passé , 90 Assiéger un Chasteau de l'Evesque de Spire ,

Par deux Princes Lorrains fut soudain repoussé ; Mais ce n'est pas encor ce que je vous veux dire. Ces Princes , dés le mesme jour Luy voulant rendre le retour, 95 Commandèrent un gentil-homme,

Qui Monsieur de Salin se nomme , Pour en investir un de ce mesme Electeur ; Ce gentilhomme fit ce qu'il crût nécessaire Pour cette entreprise d'honneur, 100 Et c'est là le récit que je prétens vous faire.

Quand , l'ayant investy, ce brave se (ut mis

Entre le camp des ennemis

Et le chemin creux du village , '

Comme il observoit leurs desseins los Pendant que le Chasteau , pris avec avantage ,

S'attaqueroit par les Lorrains , Cent-cinquante Dragons de l'armée ennemie

Et cent Mousquetaires encor, Commandez par Chauvet, leur gênerai Major, 110 Vinrent fondre sur luy» tous remplis de fiine ;

L'Electeur mesme s'avança ,

Suivy d'un nombre de Noolesse

Qui fit aue Saun rebroussa :

Il pouvoit reculer sans honte & sans foiblesse , 1 15 N'ayant alors pour tout appuy.

Que quarante nommes avec luy;

Mais pourtant ce lut par addresse :

Il recula pour mieux sauter ;

Ce ne fut que pour se poster 120 Dans le chemin creux du village ,

Oti , tout à coup tournant visage

Et chargeant ses fiers Ennemis ,

Il eut pour luy tout l'avantage

Que I'Èlbctbur s'estoit promis.

85 /i Vous a-t'on raconté Thittoire. | 93 yl Les Lorrains.

87 A C'est bien le coup le plus hardy. 1 1 13 yl Qmî tout d*abord le

91 ^ Par les Lorains fut repoussé. I 114^ Salih put reculer.

521 196. — Du %. Décembre 1666 (Subught). 533

115 U de£St à platte couture

Et ses Gardes & ses Dragons , Ses Braves & ses Escadrons.

Deux CoiTTES ont pery mesme dans Tavanture , Dont l'un Anglois , l'autre Allbmant , 1)0 ' Combattoient , dit-on , vaillamment.

Chauvbt, General de l'armée , Qui peu de jours devant , au quartier de Zbskain , Avoit fait tout trembler sous les coups de sa main , A la victoire accoustumée , 135 Y receut un coup dans le bras

vQui pourra bien aussi luy causer le trépas. Et , cette victoire gaignée , Saun revint vers le Chasteau , Où l'attaque par luy fiit encore donnée 140 Et luy fit un sujet de Triomphe nouveau.

Le prétexte du Roy de France , Qui demanda la surseance Entre Messieurs les Electeurs , Tandis qu'on agiroit par ses Ambassadeurs , U) Au Palatin fut favqrable.

S'il ne s'en fut servy comme il fit sur le champ , Le brave de Salin , fier d'un succez semblable . L'auroit esté forcer au milieu de son camp.

C'en est là-dessus assez dire ; 150 Discourons des autres aussi.

Tous les Electeurs de I'Empire Ne se querellent pas ainsi, Et , tandis que l'un veut combattre , L'autre ne cherche qu'à s'ébatre.

i5> Je vous dis . je croy, l'autre fois ,

Ce qu'on fit chez le Roy Danois Durant la pompeuse journée Que le Prince de Saxe en épousa l'aisnée. On a recommencé , dit-on , sur nouveaux frais »*o Et l'on y fait une dépence

Plus somptueuse que jamais Pour conduire ce Prince avec magnificence. Il s'embar(^ua , le dernier mois , Avec son aimable Compagne , »65 Pour retourner en Allemagne ,

Et l'on dit qu'elle a bien regretté les Danois. Mais ce n'est pas estre avisée :

Je ne pleiu-eray nullement , Si jamais je suis Epousés , »7o Lorsque l'on me fera mettre la voile au vent.

L'Impératrice enfin , malgré le sort contraire . . Arrivera bien-tost au Siège Impérial.

Que Dieu la préserve de mal !

'^170 Ces quâire virs sent supprimés imis BC. | 173 i^ Hé ! que Dieu la garde de mal.

5a3 196. — Du 3. Décembre 1666 (Scbugny). H4

Après un an , mon Prihcb, il est temps de le faire.

175 Le General de TArchipbl,

Qui croise la Mer pour Venise ,

A £ût une fort belle prise

Dessus son Ennemy mortel.

Par une action tres-hardie , 180 II a pris sept grands Basdmens,

De douze que les Ottomans

Pretendoient passer en Candis .

Et , pour des Exploits si nouveaux

Il n'avoit rien que huit vaisseaux.

185 Mais sans raison , Dauphin aimable .

J'appelle nouveaux ces Explois ;

A peine ay-je conté six mois

Depuis qu'il en fit un semblable.

Si l'on en croit le grand Vism , 1^ Nous verrons la prochaine année

Messieurs les Candiots soumb à la Canéb ; Mais tel n'est pas nostre plaisir.

Et je croy plutost , au contraire , Que • si tous les apprests nouveaux 193 Qu'à ce dessein l'on pourra faire

N'y peuvent mieux passer que les douze Vaisseaux , On poiu-ra voir la mesme année Les Candiots dans la CANis.

Ouy, si les Turcs font de grands frais »oo Pour entreprendre la Candie ,

Venise , quoy que l'on en die , Sera pour lors aussi plus forte que jamais. L'amour aue chacun porte à cette Republique Et tes prodigues traittemens 205 Dont son noble Sénat se picque

Envers ses généreux Amans (Car Venise en cela n'eut jamais de seconde] Luy respond au besoin du bras de tout le monde.

Le Duc DE Saint-Aignan est , dit-on , de retour aïo Poiu- passer l'Hyver à la Cour ;

La Cour en est donc bien contente , Car Saint-Aignan est son Amour.

En le voyant au premier jour, Dites-luy que je suis sa tres-humble servante.

315 ^ Loches , aussi bien qu'à Tours ,

On fait encore tous les jours

Pour son fils des Pompes funèbres.

Ah I bon Dieu , que je Ji'ay chery ,

Ce jeune Héros de Sert, 230 Qui devoit égaler bién-tost les plus célèbres 1

5)5 196. — Du 2. Décembre 1666 (Sobliont). 5^6

N'en dites rien au Duc, qui l'aimoit tendrement ,

Ou dites , au mesme moment ,

Que , dans Loches , un BARNABrrE Y fit une Oraison pour cet Illustre Mort , 225 Qui répondoit si bien à son rare mérite.

Que cela puisse au moins le résoudre à son sort I

Quand nous parlons de ce bon Père ,

Il me souvi^it , à ce propos , '

Qu'icy le Reugionnairb 2^ A furieusement un Barnabfte à dos.

On dit que Dom Thomas du Chesne ,

Le Supérieur de Paris ,

Ne leur en a seulement pris

Que deux la dernière semaine.

M> Je n'auray pas le démenty

De ma dernière Prophétie .

Et , devant que finit sa vie , Ce Dom Thomas sans doute aura tout converty.

Adieu ; j*ay si mal à la teste MO Que je ne sçais où me tourner

Et que le mal icy m'arreste.

On ordonne de me saigner,

Mais je suis peu pour la saignée ;

J'ajrme mieux prendre du Katê , M5 Qui guérit en moins d'un AvÉ ,

Quand le reste ne peut guérir en une année.

Ce mot de Kavé vous surprend :

C'est une liqueur Arabesque ,

Ou bien , si vous voulez , Turqubsque , '5« Que dans le Levant chacun prend ;

On s'en sert en Affrique , on s'en sert en Asie ,

Elle a passé dans I'Italie ,

En Hollande & chez les Anglois ,

Où l'on la trouve fort utile ; >55 Et des Arméniens , qui sont en cette ville ,

L'apportent encore aux François.

Sa vertu n'a point de pareille ,

Tout le monde s'en apperçoit , Et siu- tout pour la femme elle opère merveille ^ Quand c'est le mary qui le boit.

Lp^'^ ' ^^ AUxanàre Ltsselin , au coin ds la rue Dmiphime , disant le Pont-neuf, Avec Privilège

^ ^putMre de fauteur et tadresu du libraire ne se trouvent que dans A — BC placent ici la date '40 A Q^e j> nç gçjy pag ^(, tourner.

{A La Muse de Conr 1666 (voy. tome l , col. 909) , pp. 231-32S. B La Muse Dauphine 1667 ~ 353-361.

C La Muse Dauphine 1668 — 352-161.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET]

Du 5. Décembre i666.

Beau Pôle que toujours regarde ma Clion ,.

Lors qu'elle r entre en sa Carrière ,

Astre de sa Protection

Dont elle adore la Lumière , Illustre Composé du cher Sang de nos Dieux , Dont le Nom triomphant . dont le Nom glorieux Guide en cent & cent lieux mes Historiques Rimes ; Grande Altesse , si di^e & d'Hommage & d'Amour, Par bonté daignez voir si celles de ce Jour Passeront à la Montre ainsi que légitimes.

Il faut que je dise , parbleu . Tout en fin & beau premier lieu , Ouy, les Nouvelles de I'Egole, Et , sans que je fiche la Cole ,

15 C'est de Celle des Médecins, Les Bien-Aimez des Gens mal-sains.

Jeudy donc , & sans parentése , On y soûtenoit une Thèse , Dont le Sujet est curieux ,

30 A sçavoir : qui l'on conêt mieux .

D'une Vierge ou Femelle enceinte?

Question (jui n'est pas succinte, Et sur qui le Raisonnement Rencontre à s'étendre amplement.

15 J ay vu le Plan de ce Problême , Tant en Latin comme en Grec même, Proposé par le Sieur Guérin , Et |e l'ay lu sans nul chagrin , Contenant mainte beUe chose,

30 Qu'ici pourtant dire je n'ose , Quoy que tout soit , il est certain , L'Ouvrage d'un Ouvrier Divin , Ou de l'admirable Nature , Qui de Luy prend sa Tablature.

35 On y montre , dans le Début , Quel de Celle-cy fut le But , Rendant la Femme si charmante , Si mignonne & si ravissante , Et Ton dit que ce fut exprés

40 Pour inspirer par ses Attrais

A l'HoMME cette ardeur féconde Par qui se conserve le Monde.

On clit qu'aussi , de son côté , Elle a le cœur fort emporté

45 Dans ce Dessein de la Nature , Et de là l'on ose conclure Qu'il n'est pas de Vierges beaucoup.

Et qu'à grand'peine, encor un coup, On en trocuveroit Onze mille

50 Comme Celles de l'ancien stile , C'est-à-dire Vierges de cœur, [teur.

Car, c'est comme on l'entend , Lec-

De là l'on passe sur les Signes Ausquels les Médecins insignes,

55 Les peuvent conêtre aisément , Mais on n'en convient nulement , Pource que souvent la Nature Rend ces Signes pleins d'imposture.

En suite on examine aussi ,

60 Ce qu'il faut que j'ajoute Ici Sans le moindre terme oui blesse , Toutes les Marques de (jrossesse .

Et , comme la Nature à lors Se peint mieux dedans les Dehors.

65 Le Proposant croid bien conclure :

Que LA Grossesse est moins obscure Que non pas la VœGiNrré , Et c'est , je croy, la Vérité.

Ainsi le gaillard Diogéne

7oReconût, sans aucune peine,

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