XXIX. SEMAINE
Du Jeudy neufiesme Décembre 1666, à onze heures du soir.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Vos Danseurs font-ils des merveilles ?
Vous enchante-t'on les oreilles Par les airs du Ballet nouveau ?
En un mot tout en est-il beau?
s Je meurs de déplaisir de n*y pouvoir pas estre ,
Car bien du monde , icy, qui pense s'y connoistre , Dit que Tartifice en surprend Et que le Spectacle en est grand.
Dansez , Seigneur , dansez , menez joyeuse vie '0 Tandis que vous avez & l'argent & le temps ;
Quand vous aurez vescu cent ans, Vous prendrez , s'il le faut , de la mélancolie.
Quand , le sixième de ce mois , On nomma le Dtjc de Valois , 15 J'esperois vous voir au Baptesme
BC portent ùmpltment XXIX. Semaine (sU» au Ueu de XXViU).
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/ Où le Rot se trouva luy-mesme ;
gui vous empescha d'^ venir t qui vous a pu retenir?
Il ne man^uoit que vous à la Cérémonie 'o Qui se fit alors en ces lieux ,
Pour y rendre la Compagnie Tout à fût complette à mes yeux.
Tout le Pal4I8 Royal estoit remplv de Monde Qui demandoit au Ciel, d'une arcieur sans seconde , 95 Que ce mystère tout puissant
Guerist le Prince languissant.
Mais , Dieu , que ma surprise eut lors de violence Quand ce jeune Sang de nos Dieux Pria l'EvESQUE de Valence (dmm de OMue)
10 Qu'il le baptisast viste afin qu'il en jfust mieux.
L'Ëouse ne sçauroit attendre Qu'un incomparable soutien De qui , dans un ftge si tendre , Se pressa tant d'estre chrestien.
35 D'Anguien , l'illustre fik du foudre de la Guerre .
Le nomma sur les Fonds pour le Rot d'Angleterre , Et la Reytie des Montpensiers ( Je parle de Mademoiselle , Que je ne scavois pas qui bxt en ces quartiers) 40 Représenta Thérèse A le nomma poiir elle.
Charles Phiuppes de Bourbon Sera désormais son grand Nom.
Depeschez-vous de croistre • Prince , Afin que , marchant siu* vos pas , 45 Ce grand Nom vous seconde en beaucoup de combas
Et vous vaille par fois lé gain d'une Province.
Vous direz que je parle icy Comme si par sa maladie Ce Pringe n'estoit pas en danger de sa vie : 50 Vous direz vray, Seigneur ; il ne l'est pas aussi.
Quelques sourdes que soient les fieres destinées , EUès entendent trop les vœux oue les François Font pour la guerison de leur Duc de Valois , Pour ne luy donner pas un grand nombre d'années. 55 A tous le moins , hier, il estoit déjà mieux :
Ses dents heureusement percées Rappelloient déjà dans ses yeux Les oeautez qui s'estoient passées .
Et , franc des cruek acddens 60 Qui pouvoient luy fiiire la guerre ,
Ce beau Prince , malgré .ses dents , Doit vivre un siècle sur la Terre.
)3 A A110UIEK.
S); 198. — Do 9* Décembre 1666 (Subuony). 538
Pleut-il dans vostre Saint-Gbemain ?
Dites le moy, je vous supplie.
65 II fait à Paris une plure
A noyer tout le genre humain.
Outre cela , certain vent donne ,
Qui , je pense , de tous les Vens
A l'haleine la plus friponne ;• Et les effets les phis pUdsans.
Par une bourasque impreveue ,
Il abbattit insolemment
Vingt femmes hier dans la rue , Mais si preste, mon Princb , & si mignonement « 7) Et d'une s^etrie & si juste & si ronde
Qu'il sembloit que ces femmes-là
Eussent estudié cela
Pour faire Mirer tout le Monde.
Il pleut beaucoup à Romb aussi.
80 Je sçais pour Nouvelles certaines
Que , le mois de Novembre , il y plut trois semaines
Aussi fort qu'il fit hier icy ; Que le Duc d'Albuqoerqub , en se rendant à Gbnbs , En fut jusqu'à tel point encor incommodé H Que , les eaux ravageant les chemins & les plaines •
Son carrosse en fut inondé.
Qu'il y perdit trousse & toillette Et, malgré son soin diligent, Qu'il vit par la ravine emporter sa cassette 90 Avec six mille onces d'argent.
Un autre auroit pesté contre la Destinée Et juré mille fois comme une ame damnée
Contre la pluye & le Torrent ; Mais ce mal-heur au Duc parut indiffèrent 9) Et cela pour le sort ne fut psoprement faire ,
Contre un Duc comme hiy , que de l'eau toute claire
Si ce Duc n'est déjà sur Mer, Il partira bien-tost de Gens Et vers Madra fera ramer ^ Pour aller rejoindre sa Retnb.
On dit aussi que le Sénat De la Génoise Republique , Sçachant que I'Emperbur se pique De ce Qu'il n'a point fait estât '^ D'envoyer à MnjiN deux de ses Gentils-hommes
Pour faire à sa Momi d'honnestes complimens ,
Et sur tout • dit-on , dans un temps Si cérémonieux que le temps où nous sommes ,
^^ jcvomenprie | io6^P6urfiûreàMMomipoiirlorideteorapUiii«iM.
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A résolu de députer, 110 Pour toutes choses niotàtr.
Prés de cette grande Couronne.
Or, riNFANTB aymant peu de se voir haranguer, Quoy que pour son excuse il Iuy TeuiUe ^S^uer,
Sa raison , je crojr, sera bonne.
115 Mais à propos , coon beau DAUPinN •
On dit de cette Ihferatucb ,
Que la bonne Pkincbssb enfin
Je vous le dis sans songer à malke^ Mais rEicFBRBim quitte secrettement I30 Sa bonne ville de Vibicnb
Pour Taller quelquefois saluer dans la sienne ; Je ne la plains plus tant vrayment.
On m'escrit que , pour son entrée , Que je remis au jour de l'An las Dés qu'EUe arriva à Milan ,
Tant de Pompe à Vienne est enfin préparée Qu'on croit indubitablement Que l'effet en sera charmant.
C'est ce que vaut la paix de BaéiiE , i|o Qui donne du loisir à ce jeune EifraREUR.
Sçavez-vous à la fin que Wkanckl , de Iny-méme , A de toute la guerre arresté la fureur?
La Paix n'est plus irrésolue :
Du vingt-sïs de Novembre eUe est enfin condue , 135 Et , tant du costé des Bourgeois
Que de la part des Suédois , Tous ceux qui desiroient la guerre Ne la font plus qu'à coups de verre.
On ne sçait pas encor Quelles conditions 140 Dans ce nouveau traitté aoivent estre observées ;
Toutefois Brème est libre & ses possessions
Luy sont toutes restituées.
Et la ville doit rendre hommage dans trois mois Au Monarque des Suédois 145 Pour les terres au'elle possède ,
Qui relèvent de la Suéoe.
Voila les Hooxandois guéris De ce qu'ils craignoient pour L'Oosmiss , Car, si Wranoel eut pu suivre son entreprise , 150 Tout son quartier d'Hyver y devoit estre pris ,
Cela s'entend , aussi , s'il eust esté possible ;
1 18 i^ A veu., •• je vous le dis etc. | 1 19 ^ enfin quitte.
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Mais on dit qu'un Chef Hoilandois , Qui valoit bien les Suédois , Luy rendoit le paflb par tout innaccessible.
i$$ Lorsoue je vous dis , l'autre mois ,
Que la Flotte preste en Hollani»
Pour retourner contre TAnolois
Seroit effirojablement grande ,
Je ne mentis que d'un vaisseau , 160 Et ce Chef-d'œuvre de ses Flottes
En aura sans ses Galuottbs
Cent cinquante- neuf dessus l'eau.
Les peuples Hollandois, qu'un pareil avantage
Rend aussi fiers que des Lyons , 16) Ont accordé , de bon coura^,
A Messieurs les Estats quatorze millions
Pour les frais de cet équipage.
Jusqu'au moindre des Habitans
Qui sont maintenant en Hollande I/O II n'en est pas aussi , m'a-fon dit , qui n'attende
Impatiemment le Printemps.
Tous déjà triomphent dans Tame
Et s'imaginent déjà voir
Une Flotte ennemie en flame <75 Et qui tombe dans leur pouvoir.
Les Juifs seuls 7 meurent de honte ,
De ce que , trop légèrement »
Leur dévotion un peu prompte Crût en un Messus qui s'est tait Ottoman. ^^ En venté , Seigneur , on a dit des folies
De cet homme jusqu'aujourd'huy,
Qui n'avoient qu'un bien foible appuy ;
Et la venté , pour les pluyes ,
A le naturel délicat '^5 De n'oser, sans estre vestue ,
Aborder un autre climat
Ny passer la Mer toute nue.
Ce RoY des Juifs si renomipé ^^sSbhr ^
Et si diversement nommé , '
^^ Et qu'on disoit le Chef de douze cent mille hommes ,
Dont on ne pouvoit pas comprendre quatre mots , N'estoit qu'un de ces fins qui . rencontrant des sots (Qui ne sont qu'au Levant dans le temps où nous sommes) , Se font passer partout pour ce qu'ils ne sont pas » '^5 Pour attraper quelques repas.
Il trouva dans Albicandrie
•«aCune.
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Des femmes de la Juifverie Qui , comme il n'estoit pas de mine à faire peur. Qu'il avoit de l'esprit & de belles parties , 900 Luy voulurent faire l'honneur
De croire qu'il estoit l'homme des Prophéties.
Il ne fut étourdy ny fou :
Il n'avoit ny maille ny sou
Et • profitant de leur sottise , 205 II courut ainsi le païs ,
Trouvant par tout la table mise
Aux dépens des JuiCi se* amis.
Quand le Grand-Seigneur l'eut fait prendre Et Qu'il l'eut menacé de l'empaler tout vif ^ aïo Au Diable s'il voulut estre encor un Roy Juif 1
Il sceut , pour lors , bien s'en denendre
Et c'est icy le plus plaisant
Mais pardonnez-moy, cher Amant, Si je n'achevé pas présentement l'Hbtoire. 915 Un coup de foudre inopiné ,
Qui vient de me fraper quand je ne l'osais croire ,
Rend mon pauvre esprit estonné
Et suspend toute ma mémoire.
Fiez-vous à l'injuste sort , 320 Après ce que je viens de mettre
Au commencement de ma Lettre 1
Le Beau Duc de Valois est mort ,
Malgré les belles apparences
Qui remplissoient , hier au soir, 395 Tous ceux qui furent pour le voir
De cent âateuses espérances;
Et , malgré le bruit qui courut ,
Hier au soir mesmes il mourut.
Helas 1 quelles rudes allarmes 9J0 Pour le beau Couple infortuné
Dont ce petit PRmcB estoit né 1
Combien versera-t'il de larmes ?
Ce que le monde avoit de dous
Et de plus charmant après vous 9^5 Et ce qu'avoit fait la Nature
De plus illustre & de plus beau
A pery dans cette avanture
Et s'enferme dans le tombeau !
Le Rot vient d'arriver pour consoler son Frkre : 940 Je ne sçay s'il le pourra faire ,
Car on dit que Madame & Lmr
Sont accaUez de leur ennuy.
Cependant , pardonnez à mes inquiétudes ,
Si , disant tout ce que j'ay dit , 145 ^^ ^^^ ^y PÛ &ire un redt
Qui vous porte des coups trop rudes.
Moy-mesme, en un si grand mal-heur, '
99S A mctme.
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Je succombe sous la douleur.
Adieu , Pmncb ; si j'en suis creue , 150 On ne nommera plus les Neveux de nos Rots
Du funeste Nom de Valois , Puisqu'il semble aujourd'buy qu'un pareil nom les tue. Nous n'avons encor eu que deux Ducs de ce Nom ,
Depuis que le sang de Bourbon s5) Sur le Trône des Lys est plus craint qu'un tonnerre ,
Et tous les deux n'ont fait que passer sur la terre. Que mes avis , Seigneur , ne soient point superflus ,
Et que l'on ne s'en serve plus 1
 Nris, Ckê^ AlêMmdrt LusêUm , am c^ de Unu Dmtpkàiê , éêvmU U PotOtiêMf. A^êc Fnciiéit *%.
150 i C Ob ne me nommera plut. | 257 A pas.
UûgtMiiirê de tmlmr 0 tadresu du iihrairê né u irowveat fM dâm A. * BC plëcmticiU déOi.
{A La Mnae de Cour 1666 (vqy. tome 1 , col. 909), pp. 229-236. B La Mnae Dauphioe 1667 — 262-271.
C La Mnae Danphlne 1668 — 262-271.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[PAt Charlis robinet.]
Du 12. Décembre 1666.
Clion , pour aujourd'buy laisse en paix son Altesse; Que luy [K>urrois-tu dire en sa sombre tristesse ? La Nature & le Ciel tous seuls , en ce moment , Peuvent l'entretenir avec quelque agrément : L'une par des Soupirs dans son cœur la soulage , En dissipant ainsi la douleur qui l'outrage , Et l'autre» en luv montrant que cet aimable Eu&nt Qu'il luy vient d'enlever est chez luy triomfant . Et luy jurant aussi par ses Astres propices Que » si de son Hymen il a pris ces Prémices , U les réparera par plus d'un autre Fils Que l'on verra vieillir sur la Tyge des Lys. Ledssons donc avec eux l'Illustre Désolée , Qui ne peut que par eux estre bien consolée , Et, cependant , Salut au bien-veillant Lecteur ; Je l'apostrophe seul en ce cuisant mal-heun Et pour luy seul je fais d'abord , en cette Epistre , De ce Lys trépassé le lugubre Chapitre.
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