‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 151 sur 247 · IV. SEMAINE · texte numérisé non relu

IV. SEMAINE

Du Jeudy 3. Mars 1667.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Vous ne nous disiez point , Sbioneur , Que Charles , Rot d'Espagne , espousoit vôtre Scbur

Et que • comme on estoit à Table ,

Un Courier Masqué , l'autre jour.

En avoit apporté les Articles en Cour.

Le party m'en semble sortable ;

Mais ce Courier-là , quel qu*il soit «

Fust-ce I'Ambassaobur d'Espagne »

Comme on sçait bien que ce l'estoit , N'estoit guère baslé de l'air de la campagne. La Mascarade est belle & tres-digne (le luy.

De tous les adroits d'aujourd'huy

Il n'est p>as le moins agréable ;

Je soobaitterois , par ma foy»

Pour l'amour de son jeune Roy,

Que la chose fiist véritable.

C'est r'appeUer le Carnaval De parier oes choses galantes Que fit lors ce Marquis de Fuentbs; Mais , Sbignxur , est-ce un si grand mal?

Je le rappeUerois franchement jusqu'à Pâques .

Si je croyois pouvoir en tirer tous les jours

De quoy fournir matière à mes petits discours. Un beau Pèlerin de Saint Jagques ,

Apres que le Courier eut repris son chemin .

69b 216. — Da 3. Man 1667 (Sohjshv).

Vint encor chez lb Rot, le bourdon à la main . Et quand , d'une voix sans égalle , Il en eut chanté la chanson En faisant quatre tours de Salle , 30 U sortit gravement de la mesme £açon.

En habit comme en miné il n'avoit rien de mince .

Il avoit dans son Port certain air de grandeur

Qui plaisoit au beau Sexe & gui gagnoit^son cœur. Et , pour tout dire ennn , mon Puhcb • )5 C'estoit encor l'AMBASSAinuE.

Peut-on s'empescher, je vous prk ; De publier à haute vois Une telle galanterie Qu'A peine feroient des François ?

40 Je doute qu'en cette occurence

Les plus galans & les plus fins De ceux qui font figure en France Fussent de meilleurs Pèlerins.

U faut que je vous parie encore 4> De Madame de Meklebour ^^KÎtoSS!^**

Qui , sous un autre habit , charma toute la Cour. Elle a bien du bonheur qu'il Caille qu'on l'adore ! Tel , sans cela, qui ne prend pas plaisir A se voir captif d'une fiere ^ Qui de libertez fait litière .

L'auroit là maudite à loisir.

La BouTEViLLB , jeune & belle • Ny Madame de Chasullom , Autrefois , dans cette saison , ^^ N'estoient pas plus charmantes qu elle.

Mille cœurs , qui n'en pouvoient mais .

Receurent d'elle mainte frasque.

Avouez qu'on ne vit jamais Une plus dangereuse & plus charmante Masque.

^ Nous pouvons changer de propos.

Le Comte de GaAMMOirr, enfin , a tant sceu plaire Par son esprit & ses bons moti Qu'il en a le Brevet d'affaire.

A la Cour on sçait ce que c'est ^ Rt qu'un si précieux Brevet

Est comme qui diroit une puissance entière De rire jprivément avec un Demi-Dieu Et de luy parier dans un lieu Où Ton manque peu de matière.

70 Mais allez en parier, sans dire tout cecy,

A des curieux de Province ?

C'est un pur hazard , mon beau Prikce . Si . de mille , un l'explique ainsi.

DJgitized by VjOOQ IC

697 2i6. — Du 3. Mars 1667 (Subugmy). 698

Louis a , dit-on , ùàt la Comtbssb sa Fbmmb 7$ Du Louvre la septième Damk,

Et , par ces extrêmes bontez , Il l'a mise en un rang d'une si haute game Qu'on n'y mit jusqu icy que des Divinitez. Elle en est bien une elle-mesme , ^ Si sur terre il en fut jamais ,

Et mes témoins sont ses attraits.

Mais trêve de raisons. Qui sera la huidéme ? Comme l'on croit qu'il faut que le nombre en soit pair Et que par conseauent il en tant encore une , '^ Mille gens la font attraper

A telle BBLLB Blonde , ou telle belle Brune ; Quant à moy, si j'estois de nôtre puissant Roy, J'en donnerois la place, & dés cette semaine , Car, s'il attend long-temps , je croy que , sur ma foy, ^ La Cour l'aura donnte k plus d'une douzaine.

Un Abbé vouhn , l'autre jour, Pensa perdre six cens pistolles Pour avoir dit un mot d'amour.

L'histoire est en peu de paroUes :

95 II avoir promis cet ar^nt

A certaine Beauté qui causoit son martire

Pour qu'elle se le laissât dire ; Mais , s'estant fait ouyr fdrt attentivement , Monsieur I'Abbé poupin dit que c'estoit pour rire *

*^ Et qu'il ne disoit point de mots si chèrement.

Dés le lendemain , cette Eklle, Confose de cet affiront-là , Croyant l'argent acquis pour elle »

En son absence le vola ; *^ Il fit un grand bruit de cela ,

La poursuivit en criminelle ; Mais Hnformation & le bruit qu'il en fit Ne luy put ramener que deux tiers de sa somme. On luy fit accorder, dit-on , en galant homme , 110 Que le reste payast le mot qu'il avoit dit.

A vous parler av^c fi-anchise , On n'aime guère un pareil tour ; » Mais aussi , Monsbi<h«bur , c est bien à gens d'EgUse A dire de tek mots d'amour.

* '^ LuBOMiRSKi , l'autre semaine ,

Estoit mort & firanc de souq^ ; Mais , si la chose estoit certaine , Il est ressuscité , Seionbur , dans celle-cy.

Un bruit courut enoM* qu'à la fin Warsovib '*• Voyœt diminuer de sa calamité

699 2^6* — Du 3. Mars 1667 (SoMiOMY).

Par un Traité de Trére amplement arresté

Avec l'EszAX db MosconnB ; Mais MoNsiBint m MAsmifc , que l'on attend ic^ Et qui vient demander du secours pour son Ihince , iS5 A mandé dans chaque Province

Que c'estoit une Faole aussi.

Ce triste & malheureux Empire «

Bien loin d'avoir tant de bonheur.

Par le Cosaque se deschire , i^o Sous l'Estendard du Giunb SsiGicEim.

Une Ambassade se prépare ,

Magnifique , éclatante & rare ,

Pour aller le crever d'honneur

Et le porter à la douceur.

IJ5 Cent Chariots ou davantage ,

Pour le train & tout l'équipage

Du superbe RiiKEiBCisi,

Qui pour cet effet est pai:ti ;

Mille personnes de mente « <4o Sans en conter les Estafiers

Et d'autres menus Officiers «

Composeront sa leste suitte ; Et cet Ambassadeur de pauvres Polonnois , Pour n'estre qu'envoyé d'un si piteux Emmre, >45 Porte là des presens si dignes des grands Kots

Que , si son Prince estoit au point qu'il se désire ,

Sans desordre & sans factieux

Et dans une Paix nécessaire ,

Je ne sçay comme il pourroit foire i5« Pour en fournir de plus fameux.

Le Paultim db Coiob, Leur autre Ambassàdeum vors les YsMiTisirs , De Venise , dit-on , descend en Italie « Pour chercher du secours chez les Princes Chresdens. ■5» Mais ces Princes jamais n'eurent tant de besogne

Et CucDiB , à mon sens » retient si fort l^ir bras Que j'ajr p«ur qu'ils ne puissent pas L'estendre jusques en PoLOWfB.

Cetteplace n'est point encor pour le Sultan . ite E;t le Grand Visa Ait bien beste

D'en promettre les clefis au péril de sa teste. Il pourroit bien la perdre avant qu'il fiit un an.

Il semble , cher Dauphin , que cette destinée Luy iasse déjà de la peur :

16$ Craignant de n'en pouvoir sortir à son honneur,

Il a Ml venir Femme , enfans à la Can6e , Pour n'avoir rien à perdre auprès du Grand Seigneur. Mais nous pourrons un jour discourir davantage

TOt 216. — Du 3. Mars 1667 (Sublight;. 709

De la Vieille Candie & de ses Ennemis ; >7o En attendant , Seigneur , <)ue le siège 7 soit mis ,

Parlons de nôtre voisinage.

Messieurs les Holulndois ne sont point satis£ùts De ce que , pour traitter de Paix , L'Anglois a fait choix de Là Haye.

ns lis appréhendent tout d'un Prince ingénieux :

Ce cnoix subit , dit-on , leur semble captieux Et sa civilité peu vraye.

Ce Prince , de sa part , s'est presque retracté; Et quand , dans son humeur civile • •«0 II nomma , dit-il , cette Ville ,

Ce n'estoit point pour foire le Traitté , Mais pour envoyer ^ns vers cette Republique Qui pussent convenir avecque les Estats D'un lieu neutre & plus pacifique *^ Pour y terminer leurs débats.

On adjoute à cette Nouvelle »

Que , l'autre jour, son Parlement Luy fit signer, Dieu scait comment , Une clause estrange & cruelle :

^^ I II accorde à ce Potentat

Que , tant que durera la guerre »

Il lèvera sur I'Angleteree Tout l'argent qu'il faudra pour le bien de l'Estat ; Mais ^ue , la Paix estant venue , ^^ Pour justifier sts projets ,

Il en sera comptable envers ses bons sujets. Chose telle , Sbioneur , s'est-elle jamais veue ? Si Messieurs les Estats avoient pesé cecy ? Ils croyroient ce Roy plus sincère ; ^ Mais , les choses allant ainsi ,

Jamais la Paix pour luy ne fut plus salutaire.

Je croy que nous l'aurons bien tôt •

Quoy qu'on soupçonne du contraire ;

Ciur cehiy qui la désespère ^^ N'est que le peuple seul, & le peuple est un sot.

Depuis ^uand pretend-il pénétrer les intrigues ? 11 devroit bien sçavoir qu'en matière de Ligues • De Trêves ou de Paix , ou d'affaires d'Estat, '

Nostre admirable Potentat

Accoutume aujourd'huy le Monde

A ne sçavoir point 9e$ projets

Que quand , sur la Terre & sur l'Onde .

Il en a £ait voir les effects.

>» Cir, le» cho«cs.

Page 1