‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 176 sur 247 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Mais 9 à la fin de cette Lettre .

Pour le Public il me faut mettre Que 9 demain , la Troupe du Rot,

390 Remontant en tres-bel arroy.

Donne une Pièce toute neuve»

Qui porte pour Titre 1& Veuve , Mais Veuve à la Mode & du Temps.

Sans doute , les IntelUgens

295 Concevront ce que je veux dire ; Si donc ils ont dessein de rire , Qu'ils aillent au Palais Royal^ Et, foy de Relateur loyal , Je croy, sans que je me méconte ,

300 Qu'ils pourront y trouver leur

[compte • Et les Comédiens aussi , [souci.

Si d'aller en bon nombre ils prennent le

A Paris , Chs^ F. Mugtutj ruê de la Harpe , aux Trois Rois. Avec PriviUgt dm Rojf,

Biblioth. ntt., Lc^. la. Rés. — Bibliolh. Mazarine , 39^. Ai.

— Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 11802.

— Biblioth. de M. le baron Jamet de Rothschild.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.J

Du i5. May 1667.

Ma Fidèle Clion, sus, profitons des Feux Que nous avons repris d^ns les divins yeux De l'auguste Héroïne Henriette-Marie :

Les plus beaux qu'inspirent Phœbus, Disôns-le sans cajolerie , Sont , au prix , des Feux de bibus.

Oui , j'abjure aujourd'huy ce qu'en croid l'Univers ; C'est une vieille Erreur de nos faiseurs de Vers , Que , pour estre Sçavant , il £Eiut qu'on le réclame. TJn seul Trait de ces Yeux , qui font le plein Pouvoir

Du Dieu qui régne par la Flâme , Inspire cent fois plus d'Esprit & de Sçavoir.

Quand , après quelque absence , enfin je les revoy Et qu'un de leurs Aspects se glisse jusqu'à moy , J'en ressens aussi-tôt les effets dans ma Verve Et mes Rimes vont d'un tel air , Que ce n'est point malgré Minerve Que je fai ma Veine couler.

Mais c'est assez , Clion, c'est assez préluder ; Nos Historiques Vers se veulent déborder Sur les divers Sujets que m'offrent mes Tablettes.

Laissons les jaser promtement;

Ils s'en vont tailler des Bavettes ,

Peut-estre , assez gaillardement.

25 Un tout firais ponu Messus , Le<|uel encor seize ans n'a pas , Mais oui montre beaucoup d^audace, Dans le Levant, a pris la place De cet autre impertmant rat ,

30 Qui s'est enfin fait Renégat.

Ce jeune Cadet , ou Jocrice , En Messimi encor Novice ^ Est si grand, oue GARiïANTnAS Passeroit sous l'un de ses Bras ,

)5 Ou du moins, comme dit l'Histoire, Le dernier Géant de la Foire.

Ce plus grand donc des Messias A dans les Yeux certains Eclats

De vive & brillante lumière, 40 Qui rompent , dit-on , en Visière , A ceux lesquels , tout ébaudis , Se rencontrent assez hardis Pour l'oser regarder en Face.

Il est Blondin , a bonne grâce , 45 II parle fort benignement Et, pourtant , souverainement ; Il ^ pique de Prophétie , Et , soit noire ou blanche Magie , Les fodes et crédules Jdifs 50 En sont si fortement séduits , Ainsi qu'ils l'ont été des autres , Qu'il a plus de cent mille Apôtres •

a3i. — Du i5. May 1667 'Rosmurj.

Lesquels , le suivans aujourd'huy , Viennent à Smirne avecque luy ,

55 Crians au'il faut que la Turquie Sa tres-numble Esclave se die , Car , comme son Prédécesseur , Il a la Monarchie à cœur , Et voudroit bien que la Fortune

60 Lui soumit celle de la Lune.

Mais on dit que le Grand Seigneur, Comme il y va de son honneur , A donné par tout si bon ordre Que le Galant n'y pourra mordre ,

65 Et qu'ayant bien fait le Badin , Ce grand Messias & Blondin , Deviendra , comme son confrère , Bon Renégat & Janissaire,

Autre part j'ay dit , ci-devant , 70 Qu'une Nouvelle du Levant

N'étoit pas toujours TEvangîle ;

Or celles qui sont de ce Stile

Bien souvent le sont moins encor.

Ainsi , je ne fai point d'effort 75 Pour vous obliger à les croire ;

Mais ce qui suit est vraie Histoire.

Les CANDiOTs-VÉNrriENs , Des Otomans ANn-CHRériENs Creusent très vaillamment les Tom-

fbes,

^ A coups de Grenades , de Bombes Et de l'alti-tonnant Canon ^ Quand , pour s'acquérir du renom Et montrer une ame hardie , Ils les muguétent dans Candie ;

85 Ce qui rend lesdits Turcs-cornus Un tant soit peu plus retenus , Et fEÛt que le Visir enrage De n'avoir point d'autre Avantage.

Les Majestez des Polonois 90 Se portent bien , à cette fois ; Leur DiÉTE (que le Ciel bénie !] Est ou sera bien-tôt finie , Et le Moscovite a froté , En conséquence du Traité , 95 Monsieur le Cosaque rebelle , De manière égrillarde & belle.

Mais, parlons de sa Sainteté ,

Laissant toute autre Nouveauté, Car c'est aujourd'huy la Matière

100 Dont la Chrestienté toute entière S'entretient avec plus de soin , Autant de prés comme de loin , Et dessus quoi chacun sans doute Est présentement à l'écoute.

105 Le Quatorze Avril, constamment.

Elle dicta son Testament , Par lequel , pour le dire en somme.

Elle léga certaine somme (Legs des plus justes & plus saints)

i ïo En faveur de ses Médecins , Et fit aussi quelqu'autre Grâce A ceux de sa Famille Basse.

Le Quinze , ce Héros sacré , Se sentant du Mal atterré »

H 5 Receut le divin Viatique , D'une façon fort Catolique Et pleine de haute-vertu , Etant sur son Lit , tout vêtu , Qui vers le Ciel les mains extolc.

120 Avec le Rochet & TEtole.

Alors , ayant Dieu dans son Sein.

Il fit un Discours , en latin , A tous ceux qui , sur l'Omoplate , Portent la vermeille Ecarlate ,

125 Et c'est à dire , en plus clairs motz , A tous les Seigneurs Cardinaux.

Et cette Harangue pieuse, Tres-élégante & vigoureuse , S'étendant sur ce Texte-cy :

«30 Sic TRANsrr figura Mundi , Signifiant qu'en peu d'espace La Gloire de ce Monde passe , Il dist merveille , en venté .

Dessus cette Instabilité

^3^ Qui fait de toute la Nature Une passagère Figure.

Pms , sur luy faisant un retour , Comme il se croyoit près du Jour Qu'il devoit aller rendre Compte

140 Où jamais l'on ne se mécompte.

Il fit un Examen exact De tout son grand Pontificat Et sentit beaucoup d'allégeance De conètre en sa Conscience

145 Qu'il n'avoit oncques souhaité Cette éminente Dignité , Ny fait d'Intrigue & de Cabale Pour avoir la Thyare Papale ; Qu'il n'ayoit employé non plus

150 Les saints & sacrez Revenus

23i —Du i5. May 1667 (Robinet).

Do grand Trésor Apostouqub Que dans la louable Fabricjue De maint Temple & de maint Autel Pour la Glooie de l'immortel ,

»55 Ou pour la pieuse Assistance De quoy chacun a conessance| Des Princes lesquels sont aux Mains Avec les Mécréàns Turcains Et qui signalent leur beau Zèle

160 Contre cette Race Infidèle ; Et q^u'enfin , si sa Sainteté Avoit mandé sa Parante , Ç'avoit été sur les Instances Du Collège des Eminences

>^5 Et même après un An complet.

Or , cet examen ainsi fait , 11 conjura ledit Courge D'élire un Pontife au Saint-Siège , Qui réparât son manquement

170 Dedans ce Sien Gouvernement ; Puis , ayant baisé I'Evangile De foçon bénigne & docile , Il leur donna , d'affection , A tous sa Bénédiction.

175 La Nuit du Quinze au Seizième , Avec une douleur extrême , Il fit des Calculs rigoureux ; ^^"' Mais , après , il se porta mieux , Et même l'on dit que sa Fièvre

180 De beaucoup moins en parut mièvre.

C'est , par l'Ordinaire dernier , Ce que rapporta le Courier Et, n'en sçachant pas davantage , Je m'en vais changer de ramage

«85 Et vous discourir d'un Tambour , Lequel fait un grand bruit en Cour.

C'est un Tambour incomparable , Et de Prix autant qu'admirable , Par plusieurs Dauphins enlassez

»9oQu on y void Joliment tracez , Par divers belliqueux Trophées Dignes du Chant de mille Orphées , Par des Diadèmes fermez , Dont les Yeux demeurent charmez ,

»95 Le tout étant de Pierreries Sur de superbes Broderies , Avec des Dictums , en Email , Expli(|uans ce riche Travail , Que vingt-cinq mille écus on prise ,

200 Si qu'on j>eut dire , sans méprise , Que jamais, jusques en ce jour ,

On ne veid un pareil Tambour.

Aussi , pour vous dire l'Histoire , Ce riche Tambour a la gloire

305 D'être à nôtre Dauphin charmant .

Qui le scait batre gentiment»

Et c'est le Régale , non mince , Que luy fait un autre beau Prince , Sçavoir le Prince de Piémont ,

3 10 Séparé d'ici par maint Mont , Et de qui la petite Langue S'est expliquée en sa Harangue , Sur le Sujet de cet Envoy , Par un Marquis , en bonne foy ,

Le Marquis de S. Maurice, Premier Bscoyer du Duo de Savoye et son Envoyé en cette Conr

a 15 Fort spirituel & fort sage ,

Lequel des mieux fit son Message.

Or le Motif de ce Présent Si beau , si riche & si plaidant , Est qu'un Ministre de SaVoye ,

Le Comte Garrocoio, Ambassadeur.

aao Avant qu'en reprendre la voye, Demandant à ce grand Dauphin , Si brillant . si vif & si fin , Et qui tant d'Esprit fait parétre , Ce qu'au Prince , son jeune Maitre ,

335 II desiroit mander par luy :

« Rien ». lui dit-il , « pour aujour-

[d'huy, » Sinon qu'un Tambour il M'ENvoyE,»

Découvrant à lors cette joye Qu'il témoigne ordinairement

330 Quand on lui parle d* Armement , Et qui montre qu'un jour Bellonne Sera sa plus chère Mignonne.

Ainsi , le Prince Savoyard , Quoi qu'il soit encor un Poupart ,

935 Désirant , malgré son Enfance , Déjà plaire au Dauphin de France, L'a fait régaler du Tambour Qu'admire toute nôtre Cour , Avec la manière galante ,

340 Et mêmement toute éclatante , Dont toutes les Choses se font Par l'illustre Cour de Piémont.

Mais, à propos de Tambour, [Qu'est-ce ?

J'oi sans cesse batre la Caisse , «45 Je ne vol qu'Armes & Drapeaux , Que Fantassins & que Chevaux ,

23i. — Du i5. M«7 1667 (RoBOfBTj.

Leaquds partent de cette Ville , Remplis aune guerrière Bile , Et Louis même , avec sa Cour , «50 S'en va partir au premier jour :

Ce n'est pas pour tirer aux Merles Et ni pour enfiler des Perles .

Je le gagerob » ma foy , bien ; Mais ne disons encore rien.

255 Le grand jour de Saintb Monique , Suivant sa jneuse Pratique , La Retne , si pleine d'attrais , Alla , pour l'honorer , exprés Aux AuGUsnNs portans Sandale »

360 Logez dans la Forêt Royale

Du beau Château de Saint Germain, Qui va de Monde être moins plein ; Et j'ay sceu que ce Père illustre , Digne de prescher au Balustre »

de rordi» Sçavoir le Père Valentin ,

Fit en François , non en Latin , Bravenîent le Panégyrique De ladite Sainte Monique.

Page 1