Du 16. Juillet 1667 (Roiinbt
Qui dans l'Honneur cherche ton
[compte, Allant dans ces lieux comme au Mail, <tas^ Poussa tellement le Travail 155 Qu'il en a mérité la gloire D'avoir avancé la victoire.
CapitetM On ajoute que d'ApREMOrrr , Réttoent Faisant ce ^ue les Vaillans font , Otfdes Y montra si bien son courage , 160 Passant le fossé même à nage , Que le Monarque , justement , L'a pourvu du Commandement De la susdite Place prise , Ce qui montre comme on le prise.
J-J^ Dés que cette Ville & son Fort Eurent suby la loy du Sort , Qui les range à l'obéissance Du brillant Héaos de la France , Monsieur le Maréchal d'Aumont,
170 Qui, sans faire le Rodomont, Sçait à jubé mettre une Place , Quoy qu'elle die & qu'elle fasse , /dla faire sommer Courtrat De vouloir imiter Dooay,
175 Non en faisant la meurtrière , D'une façon aussi guerrière , Mais en se soumettant au Roy Prestement & de bonne foy.
Le dix , on ouvrit la Tranchée .
180 Dont , témoignant être fâchée , Elle gronda par son canon.
Mais cessa-t'on pour cela ? non. On continua sa cariére D'une belle & verte manière ;
185 Et j'oserois bien protester
Qu'on la &it maintenant chanter, C'est-à-dire , en stile de Guerre , Parier de se rendre belle-erre.
Peut-être en est-ce déjà fait
190 Et que , selon nôtre souhait , Avant qu'avoir finy ma Lettre , J'auray l'alaigresse d'y mettre Que ces Postes rimans en av, Sçavoir: Courtray, Douay, Tournav,
195 Sont sous le légitime Empire De nôtre victorieux Sire.
En atendant ce bon avis , Changeons maintenant de devis.
Le Conseil du Roy Cathouque ,
soo De Finance un peu famélique , Ce qui luy cause en ce temps-cy.
Avec raison , profond soucy, A son recours à Gens de Banque , Tandis que son Pérou luy manque:
205 Et l'on dît (jue les plus hardis Quelques milions ont fournis , Qu'on destine à Castel-Rodrkhje .
Afin qu'il puisse , avec l'Intrigue .
Aréter ces trop vastes Pas
a 10 Que nous faisons aux Pays-Bas.
Mais je dis en cette ocurance , Que son intrigue & sa finance Sont au dessous ; en bonne foy.
De I'Etoile de nôtre Rot.
215 J'ay sceu que l'on a vu, n'aguére, Le sien en noble habit de guerre , Id est de pié-en-cap armé , Et qu'étant ainsi gendarmé , 11 écouta plusi^irs Harangues
220 Qu'on luy fit , en diverses Langues, Sur sa parfaite guérison :
Mais je puis dire avec raison Que son beau petit Equipage N'étonnera pas le courage
335 Des Nôtres , si loin de Madrid , Et ce Point est sans contredit.
On tient qu'à présent la Pologicb A sur les bras moins de besogne ; Mais son Roy, par juste amitié ,
230 Pleure sa Défunte Momé , Avec une telle amertume Que dans son deuil il se consume.
L'autre-jour, pour le consoler.
On hazarda de luy parler
«35 D'en prendre promptementun'autre; Mais, mon cher Lecteur, c'est la
[vôtre:
Il rompit les chiens brusquement Et , sanglotant amèrement , Parla de retraite Claustrale.
MoO la forte amour conjugale , De qui la cendre du Tombeau Ne peut éteindre le Flambeau !
Le Premier Vunt , en Candie , Son espérance congédie U5 Et se trouve tout rebuté
240* — Du i6. Juillet 1667 (Robqœt).
A r^ard de la fprand'GrrÉ • Qu'il croyoit tenir dans sa manche (Vray comme il est demain Diman- Aussi-tôt qu'il ariva-là , [che]
330 Au lieu, pourtant, que le voila Encor rêveur sur sa Conqueste , Qui n'est pas pour luy viande preste.
Le bruit trôte plus que jamais Qu'à Brbdà l'on a fait la Paix.
35> Que cela soit , à la bonne-heure ! Ravy j'en suis , ou que je meure , Car toujours parler de Combats Et de Prises , ô quel tracas 1
Si l'EsPÀONB m'en vouloit croire, 360 L'on verroit dedans mon Histoire , Bien-tôt , son Acomodement.
Elle n'a sinon , promtement , Qu'à donner à nôtre grand Soie Ce qu'avec droit d'EUe il désire.
265 Hé quoy 1 faut-il tant de façons ! Mais sus • vttement finissons.
Jouant rautre-«emaine aux cartes, Je sceus que le fameux Dbscartes , Dont le nom propre étoit René
370 Et que l'on voit , de fait , renay En maint Sectateur & maint Livre , Qui le font sans-cesse revivre , Avoit été pompeusement Mis en son nouveau Monument ,
375 Dans cet éminent Monastère Où maint grand Miracle s'opère , En vertu du glorieux Nom De la Bergère de renom Que Geneviève l'on appelé.
iSo L'Assemblée en ce Lieu fut belle Et toute plaine de Sçavans Des plus célèbres de ce temps , Qui , je pense , par Syllogismes Et , peut-être , par Aphonsmes ,
285 En Latin & Grec mémement , Prièrent pour luy doctement.
Je pourois , si bien je suppute , Ajouter : avéque dispute , Et c'est comme , selon mon gré ,
390 Tout Docte doit-être enterré.
Adieu, Clion , fais ta retraite :
Voila ma Missive complète.
A Paris, Chê^Ch.
Le seize de Juillet icelle je finis , Disant pour ce Défunt un franc De Profunms.
Ckêmmlt, tmp. ^ Ub., rue de la Hachette, aux Armes du Ray. Avec Priv, de
(Biblioth. nat., U^ is. Rés. — Biblioth. Manrio«, 396 A3.)
LBTTRB EN VERS A MADAME
[Ear Charlis robinet.]
Du 23. Juillet 1667.
D'où me vient ce brusque réveil.
Et qui trouble en mes yeux le cher Dieu du Sommeil
Au point qu'il est plus agréable , Et qu'enfin , retirant ses Pavots si pesans ,
Dans une extase délectable ,
919 241. — Du a3. Juillet 1667 (Romkvt). 910
Il lakse le madn réêusdter nos Sens ,
Si bien que de la Mort il n'est plus lors le Frère ,
Mais de mille douceurs le déliaeuz Père !
Ah ! c'est toy, ma noble Clion .
te Et des grâces je dois t'en rendre un milion ;
C'est toj, di-je , qui me réveilles , Et qui , par un charmant & tres-digne souci , Dés que l'on voit du Jour les naissantes merveilles , Le Samedy, me dit ainsi :
15 Sus , debout , & reprens une nouvelle Flâme !
Sçais-tu pas qu'aufourd'huj tes soins sont à Madame ?
Oui , je le scais , & ce beau N<Mn .
Sur qui de plus en plus s'établit mon Renom, M'entousiasme & me transporte.
90 Ça donc , viste , prenons encre , {Hume ât papier.
Et rimons de si bonne sorte Que nous puissions remplir nôtre petit Cahier, Sans 7 rien recevoir qui ne soit digne d'EUe Et d'aller passer Montre en sa belle Ruelle.
25 Le pénultième Samed^,
Comme l'Astre du Jour, fort loin de son Midy, Etaldt au Couchant beaucoup plus d'écarlate Qu'il n'en faudroit vraiment à tous les Cardinaux Pour en couvrir leur omoplate 30 Et pour se fiûre des Chapeaux ,
Le brillant Phoenix des Monarques , Loms , qui montre à mille marques Qu'il est le Fils chérj des Dieux , Vinst voir le beau Philipe & l'illustre Henriette , 15 Comme aussi l'Héroïne , en Appas si complette ,
Qu'ont produite'leurs nobles Feux.
Leur Palais , dedans ce moment , Fit voir tous les Plaisirs dont il est l'élément , Afin d'avoir l'honneur de charmer ce Grand Sire 40 Et de ravir son cœur au Démon des Combats ,
Qui l'a rangé sous son Empire Et luy parêt seul plein d'appas.
Le beau Dieu des Cœtirs & les Grâces Semèrent par-tout sur ses traces 45 Leurs enchantemens plus puissans ;
Mais la Glooœ , à ses yeux alors toujours présente , Luy paroissoit ; hélas I si belle & si plaisante Qu'à peine èfleuroyent-ils ses sens.
Dés le lendemain , le Héros; 10 Avec cette Déesse aux belliqueux Travaux ,
goâ 241. — Du 23. Juillet 1667 (Robinkt). 922
Partit de cât Edbn , malgré tous ses doux charmes . Pour aller entasser Lauriers dessus Lauriers .
A la Tête de ses Gens-<l'armes ,
Dont il fait de si grands Guerriers , 55 Et Phiupe , trois jours en suite ,
De ce même lieu prit la fuite ,
En forçant d'invincibles Nœuds , Des Nœuds les plus charmans qu'ait formé THyménée . Pour suivre de Louis l'illustre Destinée 60 Et pour prendre encor part à ses Ejqploîs fameux.
Ce Potentat , qu'il faut qu'on aime ou que l'on craigne , A fait grand accueil , dans Compiégnb , A I'Abbé RosnGuosi , Qui sera Cardinal y sans doute , à bonne enseigne , 65 Etant digne Neveu de ce grand Pape cy,
Prédit par Malachib & non par Nostraiumb , Ainsi que je le mis ailleurs , en fausse Game.
Au Cours le Rot le conduisit ,
Dans le Carefour des huit Routes ,
70 Où le Cerf çot^rsuiw n'a , ma fcqr, pas les goûtes ,
Et la Collation royalement s'v fit ,
Au son des Instrumens dont les fines merveilles
Cependant chatouilloyent l'Ame par les ordlles.
Nôtre excellente Reyne êtoit au même Lieu , 75 Avec son Dauphin admirable ,
Plus beau (jue l'Enfant adorable Qui fait crier les cœurs au feu ;
Et je ne scay combien de Bdles , ,
Qm trouvant peu d'Ames rebelles , So Escortoyent ses rares appas.
Ainsi le Neveu du Pontife Conut qu'on pouvoit dire , & sans être apocrife , Que la Cour des Framçois sa pareille n'a pas.
11 est maintenant à Pabis , 85 Chez nôtre Grand Prieur de France :
Dieu sçait si ce Seigneur à si belle dépense Le peut traiter à juste prix I Non , non , comme il se pique D'être un vray Magnifique , 90 II le régale , en bonne foy,
Comme chez-luy feroit le Rot.
Au reste , il voit comme l'on aime Son Oncle , couronné du Triple Diadème ; Il voit comme par-tout on fût pour luy des feux , 95 Et qu'avec une joye extrême
Nos cris s'en vont , jusques aux Cieux ,
9^3 341- — I^ >3. Juillet 1667 (Romnrrj. 934
Dire que TEsprit S. a remply U>us nos vœux En donnant à l'Eoutx un Chbf si glorieux.
Jamais on n'avoit vu , dedans les Villes nôtres» - 100 Pour aucun SuocsssEim du Prince des Apôtres ,
Ny de semblables Feux , nj de pareils transports ; Toutes nos bonnes gens , tusques dessus les Ports , Y dansèrent autour, aux cnansons , tant que terre, Ainsi qu'à la S. Jean , ou comme à la S. PnERRE ; 105 Et mêmes quelques-uns , dessus un air tout neuf.
En chantoient en l'honneur de ce grand Clément neuf
Mais revenons à nôtre Auguste , A ce cher Dncu-DONNi , Fils de Louis le Juste. Avant que retourner en son Camp glorieux , 110 II est allé mener dans les Places conquises ,
Pour en être deux fois ainsi Victorieux , Un Objet souverain sur toutes les Franchises
Et qui le rendit de son cœur, Cy-devant , malgré Mars > le tout puissant Vainqueur. 1 15 Vous entendez sans nule peine
Que je veux dire nôtre Reine.
Après , il ira , que je cro^.
Apprendre aux Gens opiniâtres Et qui voudroient , comme à Courtray, 190 Faire encor les acariâtres ,
Qu'à ses yeux cela n'est pas bon :
Que l'on peut bien . en son absence , Faire un peu plus de résistance , Mais , pour en sa présence , non.
13$ Après cent bizarres Nouvelles ,
Qui partageoient maintes cervelles ,
On a sceu qu'enfin , pour le vray.
Nous avions réduit ce Courtrat
Et sa CrrADXLLB si bonne , i|o Citadelle à la Gasstonne ,
Où sept cent Sgarabonbardos ,
Prenans nos Gens pour des Bados ,
Entreprenoient de se défendre ,
Quand la Ville eut daigné se rendre.
ti5 Mais nôtre Maréchal d*AuicoNT,
Sur ce Procédé rodomont , Faisant , de son canon , sortir Boulets & fiâmes
Et4es menaçant mémement De faire , en ce moment , 140 Exposer Mesdames leurs Femmes
A rendroit qu'ils tiroient sur nous ,
Aussi-tôt ils filèrent doux
Et dirent , changeans de langage
Et de leur félon procédé :
145 « Tenez , nous vous cédons le IX ,
925 241. — Du 23. Juillet 1667 (Robinet). 926
» Sans le dhputer daTantage. »
Or le DA , sans rien commenter,
Etoit ladite Citadelle ; Donc, comme de la Ville , on fut se saisir d'elle , i$o Et c'est ainsi qu'on vient de me le raconter.
En deux jours , tout au phis , on termina l'Afaire , Et je blftmois à tort ces Espagnols rendus
D'avoir trop foit les entendus;
Vrayment , ib ne pouvoient moins foire.
155 Quant au grand Duc de Roanez ,
Qui £edt tant parler de ses Fais 1 Il n'est pas encor mort une fois en sa vie , Quoy oue déjà deux fois , ce disoit un faux On , Par une pure calomnie , i6o II eut été tué d'un Boulet de canon.
Car, ainsi qu'à Courtray, vous sçavez bien qu'à Furnb Cet On vouloit encor qu'on préparât une Urne Pour les Cendres de ce Héros.
Hé 1 demeurez donc en repos , 16$ Belle & digne Moitié de ce grand Capitaine ,
Car il s'immortalise, à tel point par ses Fais Que c'est une chose certaine Qu'il ne peut mourir désormais.
Au reste , nos chers Volontaires .
170 Frians des hazards militaires
Plus que des douceurs de la Cour,
Les vont rechercher chaque jour.
Le Duc d'Engdyen , Guemer de Tyge ,
Et brave au dernier point, vous di-je , 175 Comme aussi le Duc de Ek>uiLLON ,
Dont le sang boult à gros bouilloii
Quand il faut faire un Exploit d'Armes ,
Lequel a pour luy mille charmes ,
Ayant appris , auprès du Roy, 180 Qu'on avoit de chacun commandé la Brigade ,
Us parurent en désarroy
Et, par une noble boutade ,
Ils 1 allèrent (je vous dy vray)
Rejoindre , sans aucun délay.
189 D'Armagnac , de son Père ayant toujours l'idée . Quoy oue la sienne alors ne fut pas commandée .
Partit, avec célérité Aussi, d'auprès sa Majesté , Et ces ardans d'aller, ces Braves pleins de zelle
190 L'évitèrent , bonne-foy, belle.
Ik pensèrent , dit-on , être pris au colet
Par de certains Bateurs d'estrade , Lesquels auroient pu , sans bravade
16a prépara
9^7 H^' — ^^ ^3* Juillet 1667 (RoBiMEi^. 918
Se vanter d'ayoir bit un beau coup de filet.
195 L'Empbreur Cedsoit des Levées
Pour envoyer aux Pa&^Bas ;
Mais il ne prétend plus qu'elles soient achevées ,
Quoy qu'à Dom-Rodrigo cela ne plaise pas.
Il ne veut • ce dit-il , songer cette Campagne 300 Qu'à divertir des mieux son illustre compagne
Et s'ébaudir luy-même avec ses doux Appas.
Or moy, Charles Petit , & non pas Charlbmagnb ,
Je luy sçay fort bon gré de prendSre ses ébas ,
Sans se vouloir mêkr de nos petits débats : ao5 ' Il trouvera bien plus soo compte à l'un qu'à lautre .
Et c'est-là , du moins , l'avis nôtre.
Cependant , Messieurs les Ibères , Se voyans sur les Bras un bon nombre d'Afaires
g BUT on dit que les Portugais étendent , dessus nouveaux frais ,
Leur venir £ûre encore niche) ,
Ont enfin au Conseil d'Etat
Fait revenir Don Juam d'AtrnucHE ,
Avec honneur & grand éclat; ti5 Même , après c^te belle Scène ,
Le Sieur Marqihs de Caracas
De Madrid vite a détalé
Et devers sa débile Armée ,
Par ces Portugais allarmée , aao Vaille-que- vaille , il est allé.
Mais c*est assez parler de Guerre ; Parlons de la Pahl d'Angleterre Avec Nous & les Holando».
Grâces au Ciel , elle est signée ,
Adieu , guerrière Destinée , Adieu , tous belliqueux ExplcMs :
Nôtre Discorde est terminée.
Je m'en vay finir promptement 230 Par un funeste Evénement ,
Dont je dois faire en mon Epitre , Depuis fort long-temps , un chapitre.
Les Croies de la Jalousie & de l'Amour.
Une Dame du Languedoc , ^^SSï?
A qui maints Appas êtoient hoc , 235 Etoit , par maie Destinée ,
L'Epouse trop infortunée
253 U mam dé U msrqmsu de Grmgê M 4té ajûtûi m margt, pêr me mam An temps, sur tixm^*^^
9^ 24^. — Du 23. Juilltt 1667 (Robwkt). 930
De l'un de ces Argus Ocheux
Qu'on nomme Marys ombrageux.
MO Quoy donc que cette illustre Belle ,
Ce m'a-t'on dit • luy fût fidelle ,
Comme il en craignoit, pour son Chef,
Sans cesse le Cornu mécnef ,
A tel point cette frénésie J45 S'auffmenta dans sa fantaisie,
Qu'il condud de mettre au Tombeau
Un Objet si rare & si beau.
Quelle épouvantable manie,
Quelle rage & quelle insanie , 250 En un mot, quel aveuglement!
Et depuis quand donc & comment
Une Belle est-elle coupable
Par la raison qu'elle est aimable?
Et doit-elle perdre le jour a55 Pour ce qu'elle est digne d'amour ?
Ce Jaloux , dans ses rêveries ,
Poussé de toutes les Furies,
A ses deux Frères a recours
Pour éteindre de si beaux jours , s6o Et ceux-cy, d'une ame inhumaine ,
Poussez d'un mouvement de haine ,
Veulent bien être us Boureaux.
Juste Ciel ! où sont vos careaux ,
Alors que ces Crimes insignes 365 En paressent à tous si dignes ?
L Histoire porte que tous deux
S'étoient pris dedans les beaux yeux
De cette cnarmante Victime ,
Et que , leur flâme illégitime aTo N'ayant pu passer dans son coeur.
Ils avoient condud dans le leur
De l'immoler à leur colère.
Ainsi donc , pour se satisfaire ,
Servans le Jaloux sans raison , 1175 J^'un luy fait prendre du Poison
Et , comme un Remède contraire
L'empêche de pouvoir rien faire ,
L'autre , Carmfex inhumain ,
Luy plonge un fer dedans le sein , sSo Et d'Amour ce franc Sacrilège
Fait couler, dessus de la nège ,
Un Corail liquide à grands flots.
Mais , pour tout cure en quatre mots»
Comme sa meurtrière Dague , 285 En faisant cinq fois zague , zague ,
N'a pas sceu réduire au Trépas
Ce Recueil de charmans Appas ,
Une déloyale Mégère ,
De ces bons Fils la digne Mère , 390 Vient promptement à leur secours
93 1 241- — Du a3. Juillet 1667 (Robinbt). çlt
Et , par de séducteurs discours Ayant croApé l'Infortunée, Enfin tranche sa Deetinée Par un funeste Lavement.
295 O quel étrange Evénement I
D'horreur j'en sens gkcer ma Veine , Et je ne puis dtter qu'à peine.
Je finb cette Lettre , en Juillet , le vin^-trois , Frissonnant jusqu'au bout des dcMgts.
A Paris, Cfu^ Ch. CfUmmU, Iw^. à Uh., rmêitU Htekeite, aux Armes èa Ray. AvtcPriviUgtd^ S M.
(Biblioth. nat., Le*, 22. R&. - Biblioth. Mazarine, 296. A^.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Cnarli» ROBINET.]
Du 3o Juillet 1667.
Agréée , ô claires Nayades , Agréez , ô vertes Drvades , Agréez , vous , ô belles Fleurs , Prez émaillez , légers Zéphires , 5 Oysillons de toutes couleurs •
Qui sçavez concerter & sans Luts & sans Lyres ;
O VOU&, Plaisirs , ô vous • Délices, Petits Amours , heureux complices Qui charmez ma Divinité , 10 Agréez que mon humble Rime ,
Dans vôtre Palais enchanté , Luy rende à l'ordinaire un Tribut légitime.
Vous l'entretenez à toute heure En cette charmante Demeure ^ 19 Pendant la Nuit , pendant le Jour ;
Agréez que , chaque semaine • J'aye un seul moment , à mon tour.
Où , tout comblé de gloire , aussi je l'entretienne
Ah ! je juge à vôtre silence 30 Que vous soufrez cette licence.
Je vous en baise à tous les mains
933 24^. — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 9)4
Et je Tais anrec allégresse , Par des Vers quelques quinze-vingts.
Dire ce que je scais à sa brillante Altesse.
35 Madame , en premier lieu , j'ay sceu
(Ce qu'on sçaura bien-tôt à Rome)
Que le Neveu du trés-Saint Homme ,
Personnage plein de vertu , Fut Dimanche à S. Clou visiter Vôtre Altesse • 30 Et qu'il fut comblé de liesse
De voir un si charmant Palais
Et , plus encor, d'en voir l'Hôtesse.
Si f&:onde en brillans Atraits Que jamais la Nature , en sa plus grand'largesse • 15 N'en mit tant en aucun des plus rares Objets.
Il veid pareillement cette jeune Merveille , Cette Grâce encor en Bouton , Qui quelque jour aussi n'aura point de pareille , Et des Appas de qui l'Amour sera glouton : 40 C est vôtre mignonne d'iNFANTE,
Si brillante & si triomphante , Dont les Atraits déjà font tant les entendus Que l'on peut assurer, sans que trop on les vante , Que tous cœurs devant eux seront des cœurs perdus ; 45 Et l'on n'ignore pas , adorable Héroïne ,
Que c'est à leur égard un beau Droit d'Origine.
Mais revenons au Cardinal
Dont je parlois d'abord en ce premier chapitre •
Car Rospiouosi de cet éminent Titre 50 Peut déjà faire capital.
Ce Personnage donc à Pourpre , sans que j'erre ,
A vu pareillement la Reyne d' Angleterre ,
NompareiUe en vertu , nompareîlle en bonté.
Aux soins de qui , je croy, 1 on doit une partie 55 Du grand & solennel Tratté
Par qui dessus nos Mers toute Guerre est finie.
Ce Monsieur Rospiouosi , Se promenant par-tout icy , Aux Gobelins alla , n'aguére , te Et fut ravy par la visière
De tout ce qu'on fait en ce Lieu Par Tordre de Louis , nôtre visible Dieu.
Mais , à propos de luy, son Oncle le Saint Père » Qui de tant de vertus , ce dit-on , est orné 65 Qu'il soutiendra des mieux son divin Caractère ,
Fut dernièrement couronné. Le« Juin
Etant dessus un Trône, on luy mit la Thyare ,
935 242, — Du 3o. Juillet 1667 (Robinit). 936
Thyarc à triple rang , sans-doute d'un Prix rare, Et la chose se fit avec solennité.
70 Mais , à vous parler franc , certaine circonstance En ce lieu m'eut déplu , dessus ma conscience , Et trésHpeu tout le reste en ce cas m'eut flaté.
Un Maître des Cérémonies
(En telle rencontre infinies], 75 Ajoutant trop de celles-cy,
Vinst avec une Cane & certaine filasse ,
Et luy dit , de mauvaise-jn-ace »
Y métant lors le Feu : « Saint-Rére , c'est ainsy
» Que la Gloire du Monde passe :
80 » Sic TRANsrr Gloru Mundi. »
Le plaisant Compliment à faire
Dans une telle occasion I
Et quelle Grandeur, tout-de-bon ,
Entendant ces mots , pourroit plaire ?
85 Mais le Cardinal Barberin ,
Pour dissiper tout le chagrin Dont ce beau compliment pouvoit être la cause , Alla faire cet autre à l'auguste Clément , Et que je mets en Vers comme il le fit en Prose : 90 « Saint-Pére , puissiez-vous vivre très-longuement I » Tout le Sacre Collège à l'envy le désire. » Hé ! voila , de par-Dieu , comment il falloit dire.
Messire le Premier visir , Voyant qu'il y va de sa Teste 95 Si la vieille Candie enfin n'est sa Conqueste, Selon du Grand-Seigneur l'impérieux désir A fait la belle Tantative ; Mais la Place , un peu trop rétive , Se rit de tous ses vains éforts , 100 Quoy Qu'il ait une Armée ample & non point chetîve» Et divisée en trois grands Cori)s.
Ainsi , je crains qu'il n'ait fort mal pris ses mesures , Quand, de l'autre Candie ayant fait des masures, g^
11 a dit à ses Gens que la vieille Cité vm^
105 Devoit être leur Domicile ; ^Smi
Car, à dire la vérité , Elle pourroit bien être à ce point incivile De les laisser dehors long-temps Tous coucher au beau clair de Lune , 1 10 Dûssent-ils en avoir , par mauvaise fortune , Forte fluxion sur les dents.
En tel cas , le Visir, plus qu'eux encor à plaindre , En auroit bien une autre à craindre , Qui dessus son cou pouroit choir.
1 15 C'est une fluxion funeste ,
Qui coupe cent fois mieux que le plus fin rasoir ; Mais le Lecteur m'entend ae reste.
937 M^- — Du 3o. Juillet 1667 (Robinbt). 938
Laissons-là ces laids Musulmans ; Discourons d'Objets tous charmans :
lao Parlons de nôtre grand Monarque ,
Parlons de sa digne Moitié , Où tant de grâces l'on remarque , Qui peuvent mériter toute son amitié ; Parlons du cher Pmups encore, 115 Plus aimable cent fois que l'Amant de l'Aurore ,
Et de l'Illustre Montpensibk , Qui sçait si bien mêler & le doux & le fier.
Toute cette brillante Troupe , Qu'accompagne à présent la Gloire , Amour & Mars , i)o Ayant par-tout le vent en poupe ,
Visite en divers lieux les Forts & les Remparts
Que , par Préludes de Campagne , Nôtre parfait Héros a gagnez sur 1 Espagne , Et-là , par-tout , THÉRézE étalant ses Appas , 155 Far eux encor elle regagne
Tout ce qu'il a conquis dedans les PaIs-Bas.
Ayant fait dans Arras , n'açuére , son Entrée • Où , fort peu s'en falut , elle fut adorée , Elle s'est fait voir à Douay, 140 Et • comme on la trouva si belle ,
Cette Université s'écria d'un cœur gay,
Par le mouvement d'un beau zelle , Qu'elle ne vouloit plus enseigner d'autres Loix Que celles de TiiéRésE & du plus grand des Rois.
145 On devoit , au sortir de cette docte Ville ,
En aller prendre un'autre , importante , dit-on , Car de dire assiéger » c'est la vieille chanson , Et qui discourt ainsi passe pour mal-habile. Je sçay bien que du moins Courtrat 150 Vous diroit qu'il est vray
Qu'il vaut bien mieux dire aller prendre. Voudriez-vous qu'à parler elle vinst vous aprendreî
Mais , à propos , sa Gambon Fut terriblement atrapée 155 Dans sa Capitulation ;
Jamais nule , jamais , ne fut si bien dupée. Comme elle eut oublié de faire stipuler Par où vers Oudenarde elle devoit aller, On vous la promena de terrible importance , 160 Car on dit qu'elle fit dix fois plus de chemin Qu'elle n'en eust fait d'assurance :
ni
9S9 14^. — Du 3o. Juillet 1667 (Robuctt). 940
Je pensois TEsPAOïtOL un tant soh peu plus fin.
Avant que d'achever ma Lettre , Je dois encor un mot y mettre 165 De ce qui se passe à Paris ,
Et cela pourra bien réveiller les Esprits.
La Pouce est toujours exacte au dernier point ; Elle ne se relâche point :
Jugez-en , s'il vous plaît , par ce que je vay dire. 17» Vous pourez bien vous en sourire ,
Mais vous en conclurez , & selon mon souhait , Qu'il ne faut pas vrayment que nôtre Bourgeoisie
Nonchalamment oublie De tenir son Devant , soir & matin , fort net.
175 Vous conessez assez rAiné des deux Corneilles ,
Qui , pour vos chers plaisirs , produit tant de merveilles ; Hé-bien 1 cet Homme-là , mal^é son Apollon , Fut n'aguére cité devant cette Police ,
Ainsi qu'un petit Violon , 180 Et réduit , en un mot , à se trouver en Lice
Pour quelques Pailles seulement
Qu'un trop vigilant Commissaire
Rencontra fortuitement
Tout devant sa Porte cochére.
iSf O jugez un peu quel airont !
Corneille , en son Cothurne , êtoit au Double-Mont
Quand il fut cité de la sorte , Et , de peur qu'une Amande honnist tous ses Lauriers,
Prenant sa Muse pour escorte ,
190 II vint, comme le vent , au lieu des Haidoyers ;
Mais il plaida si bien sa Cause , Soit en oeaux Vers ou franche Prose , Qu'en termes gracieux la Police luy dit : « La Paille tourne à vôtre gloire ;
191 » Allez , grand Corneille , u sufit. »
Mais de la Paille il faut vous raconter l'Histcûre , Afin que vous scachiez comment Elle étoit à sa gloire en cet événement. Sçachez donc qu'un aes Fils de ce grand Personnage 300 . Se mêle , comme luy, de cueillir des Lauriers , Mais de ceux qu'aiment les Guerriers Et qu'on va moissonner au milieu du Carnage. Or ce jeune Cadet , à Douay Oeûsant voir Qu'il sçait des mieux remplir le belliqueux Devoir, ao5 D'un mousquet Espagnol ,'au talon , receut niche , Et niche qm le fit aller à doche-pié ,
ffi 24** ^- Du 3o. Juillet 1667 (Robinbt), 94a
Si bien qu'en ce moment» étant estropié , Il falut , quoy qu'il dist sur ce cas cent fois briche, Toute sa bravoure cesser a 10 Et venir à Paris pour se faire penser.
Or ce fut un Brancart qui • dans cette Avanture • Luy servit de voiture , Etant de paille bien garny, Et , comme il entra chez son Père , ai5 II s'en fit un peu de litière :
Voila tout le Récit fioy, Qui fait voir à la Bourgeoisie ({1 est bon que je le redie) Qu'il faut • comme par-cy-devant • aao Qu'elle ait soin de tenir toujours net son Devant.
Je n'ay plus qu*une Historiette , Et puis )e date ma Gazbttb. '
L'ardaktb Jaix>iisie.
Une Femme est jalouse ausai^bien qu'un Mary. Il est vray que la chose est moins 4 l'ordinaire ; 135 Mais aussi quel charivary I
Une Lionne a moins de bile &^de colère. N'aguere , une telle Junon .
Dont je dois taire icy le nom , Sçachant que son Epous volage ajo Alloit porter ses Droits ailleurs ,
Tous les plus beaux & les meilleurs , Voicy ce qu'elle fit dans sa jalouse rage : Elle dressa, dit-on , un Bûcher sous son Ut , Et , comme le mal-heureux homme 335 Y ronfloit en son premier somme ,
Le feu , tout soudain , elle y mit ; Puis elle même aussi se couche , Pour brûler avec luy tout ainsi qu'une souche , Suivant le beau dessein X40 Qu'elle couvoit de longue-main.
Le feu donc , à ses vœux trop & trop favorable , A pénétré bien-tôt & plume $ matelats Et tiré du sommeil le pauvre misérable , Qui se sent pris sans verd & griller dans les draps. 345 Ignorant d'où provient ce fatal Incendie ,
Il se levé en sur-saut ; au feu soudain il crie ; Mais » las I sa jalouse Morné , Qui veut ,' par éfet d'amitié , Qu'avec elle ce feu promptement le consume , 350 Le retient & lui dit ce qu'icy met ma plume :
« PeRPU>E , IL FAUT BRULER DEDANS CE FEU VANGBUR » Qu'EXPRis VIENT d'aLLUMER LA JUSTE JaLOUSIE
» Dont mon amb est saisie ;
943 HS. ^- Du 3o. Juillet 1667 (Ronm). ^
» Il faut qu'avec im mibn il kbioioiie tom ocsur , 355 » Il faut... » — « Il faut, » repart TEpoux, tout en fureur De se sentir griller la fesse.
Et s'arachant des bras de sa fiére Tygresse • € Il faut qu'en es brasibe tu miûlbs , s'il te plaist ;
» Ma» je DESIRE , MOY, ME SAUVER DE SA FLAME. »6o » OUT, JE LE VEUX , ô BONNE LaME ,
» Malgré ton rigoureux Arrest. »
Mais » las I il conte sans son hôte ; Sa Femme, en son transport , de la moitié trop caute , Dessus eux a fermé la pc^e à double tour, 965 Et s'il veut échaper de cet ardant Bissêtre , . Faut que ce soit par la fenêtre Et que , s'il ne brûle en ce jour, Il ait le cou cassé par fortune d'Amour. Quelle diantre d'alternative 170 Où contre luy le Sort également estrive Et luy montre un trépas certain !
Mais , quelque rigoureux que semble ce Destin , En même temps qu il le menace , Il luy fieut ^ace , »75 En soufrant qu'il soit secouru
Par uii favorable in-fromptu ; Car, IN-PROMPTU , son Voisinage Vinst métré la porte dedahs , Malgré , dit-on même , les dens sSo De sa Femme» au félon courage.
Qui , pour l'empécber, fsdsoit rage ; Et , dés que l'huys est abatu , Le Mary, de très-grand courage , S'enfuit tout comme si , selon que dit l'Adage , 9$5 II avoit eu le feu au eu.
L*histoire dit que de la flfime Aussi l'on retira la Femme , Ayant plus de mal que de peur.
Car, helas 1 la pauvre Femelle 290 A peine de ce feu la chaleur sentoit-ellç • Tant de sa jalousie elle sentoit l'ardeur ; Et vous pouvez juger, sans que je vous le die , Si ce n'étoit pas-là I'Ardante Jalousie.
Grande Altesse , daignez , de vôtre air gradeux , »95 Acueillir cette mienne Lettre ,
Qu'en vos charmantes mains on doit demain remètre , Car je l'ay vrayment faite exprés pour vos beaux yeux.
Nous étions dans le sept des jours Caniculaires , Alors que j'achevay ces Carmes drculaires.
APOSTILE.
100 Quiconque portera les yeux
Dessus ce petit ApostUe ,
94$ 24s. -^ Du 3o. Juillet 1667 (Roknbt). ' 946
Que Ton adresse aux Curieux ,
Dehors & dedans cette Tille,
Sçaura , s'il ne le scavoit pas , J05 Que des Lettres au Rot, oont l'on foit très grand cas ,
Et qu'on nomme Histoirb Rotalb , i« ^^dt
S'impriment du bet^ & . certes , comme il faut ^f^
iCrojtz en ma Muzb loyale) ,
Chez le même Charles Chkmault 510 Où l'on presse à présent les côtes à la Lettre
Qu'à Madame f écris , comme l'on voit , en Métré ;
Et , si de son Hostel vous êtes en soucv,
En Prose , cy-dessous , tout joignant , le voicy :
A Pttrh , ChêT Ch. Ckêmmlt, Imp. à Ub., me de la Huchette , Aux Armes du Roy, Avu PriviUgê de S. M.
(Biblioth. nat., Lc^, 2a. Rea — Biblioth. Mazarine, 396. A3.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 6. Aoust 1667.
Belle Proicbsse , un Imposteur rJ^i^
Au|oard'liuy me met hors de game ; de
U faut que je l'avoue , il me £edt perdre cœur, ^ *
Et je n'ay ni vigueur ni ââme.
5 Vous avez encor dans YEspnt
Toutes les choses qu'il vous dit ; Il ocupe encor vos oreilles Depuis le dernier jour qu'il vous raisonna tant . Et , quand je ferois des merveilles , ro Autant , je m'en assure , en emporte le vent.
Hélas 1 vous avez écouté Avec plaisir» avéque jove, Ce que le Séducteur devant Vous a conté , Et de me faire ouir je ne sçay plus de voye. 15 Mais quoy ? qui ne l'^outeroit
Et qu est-ce ^u'il ne séduiroit , Quand il est mstruit par Moubrs?
Hélas 1 Madame , hélas 1 tout viendra l'écouter; U aura de chacun l'oreille toute entière , »o Et d'avoir charmé tout il poura se vanter.
Dés-bier , en foule on le veid , Et je croy que long-tempt on le iperra de même ;
947 ^4^- — Du 6. Aouit 1667 (Rommst). $4^
On se fidt étoufer pour ouir ce âa'il dk , Et Ton le paje mieux qu'un Préch^ir de Giréme. 15 Princesse , agréez néantmoins
De ma Clion les petits soins ; Daignez luy donner audiance :
Je puis vous assurer qu'elle fait de son mîeiiz Pour plaire à vôtre Esprit , qui n'est qu'Intelligence $0 Et qm brille de pair avec vos divins yeux.
Aujourd'huy j'ar tant de matiént Qu'à peine deux Lettres entières Sufiroient pour la contenir.
Fussent-elles plus que pleniéres ; 19 Mais à-bout il en faut venir.
Le moven que je m'en propose , C'est aavoir recours à k Irose , Qui sçait des mieux l'art d'abréger :
Et puis c'est Quelquefois une agréable chose 40 Que d'ainsi mélanger
La Prose avec la Rime , Quand des deux un peu l'on s'escrime.
Le Roy des Sarmathes est, sans mentir, tout-à-fait digne de pitié. L'espérance du repos dont il se flate de temps en temps est aussi tôt détruite, ou 45 par ses Sujets rebelles, comme- les Cosaques, ou par de mauvais voisins, comme les Tartares. Ces derniers se prop<»ent encor d'entrer dans la Pologne au nombre de 40,000, sous deux Cheii qui a9pt deux étranges Garnemeos.
C'est le Bassa de Silistrie
Et le Seigneur Sultan Galga , ÏÏS,%Î^"
50 Qui dessus ce d^sein plein d'atroce fime
Tiennent -conseil il Rusava.
L'Ambassadeur de Tartarie ,
Désirant palier cela ,
Dit , mais c'est pure raiUerie , 55 Que ces maudits Tartares-là
Ne sont que gens^ à volerie ,
Que le Grand-Kam , & cérÊKA ,
Ni peu , ni prou , n'aprouve mie ;
Mais , sur ce point . ouy-da , ouy-da.
60 On sçait à peu près ce que l'on doit croire , & l'on ne doute point que ces Malins ne se laissent du moins emporter à leur grand Mobile.
Ce grand Mobile c'est la Portie , Laquelle , comtne on tient , les porte A ces projets d'inicpitét 65 Mais , sur ce , le Ciel réconforte
Cazimir, car, en vérité , Sans cjue ce Sort l'outrage encore de la sorte , C'étoit assez du mal de sa vuiduité ; Comme dit l'Axiome , à qui je me rapporte , 70 Mal dessus mal n'est pas santé.
949 H^' — Du 6. Aoust 1667 (RoBmBx). gSo
Nôtre glorieux Héros , qui ne veut pas que ses Armes soient moins utiles au secours de ses Alliez qu'à l'augmentation de ses Conquestes , avoit résolu d'en envoyer une partie à ce Monaraue persécuté : Mais l'Assemblée des Electeurs & Princes de TEmpire, qui dévoient donner passage à ses Troupes, 75 a répondu (je ne sçay si c'est sincèrement] que rien ne pressoit si fort en Pologne qu'il exigeât de luy une si prompte Assistance »
Et qu'elle suplioit ainsi Sa Majesté D'en demeurer à ce beau «elle , Qui faisoit éclater sa générosité 80 Et la devoit couvrir d une gloire immortelle.
Vous devinerez ce qu'il vous plaira là-dessus , âc moy j*ajoÛteray que
Les Députez de l'Empereur ,
Ainsi que ceux de tous les Princes ,
Tant des phia Grands que des plus minces , 85 Ont tous promis , en Gens-d'honneur,
Suivant le Munstérien Pacte ,
Authentique & solennel Acte ,
De n'envoyer aux Pays-Bas , Où l'Ibère est ainsi , ma foy, percé fort bas , 90 Aucun Secours , quel qu1l puisse être.
Après cela , direz-vous pas Que Louis des D^ns en tous Lieux est le Maître?
Au reste , ce Résultat fot passé sur la demande que fit en son nom, dans cette Assemblée , le sieur de Gaumont, Gentilhomme ordinaire de Sa Majesté & son Député en ce Lieu-là, ce qui suffit pour luy donner un caractère glorieux A le faire compter parmy les Personnes que le Prince a distinguées.
THÉaiSE , au sortir de Douay, Fut aussi visiter Toumay, Et ces Citez firent merveilles .
100 On le peut dire , en vérité ,
Pour ténroigner leur zelle à cette Majesté , Dont les grâces sont sans pareilles.
Elles semèrent son chemin De Roses & de Lys , d'Oillets &, de Jasmin , 105 Et chaque rue alors semUoit un beau Parterre ,
Où le Printemps avoit , d'une prodigue main , Epanché les trésors qu'à sa Flore il desserre.
Les mêmes rues êtoient aussi toutes tapissées, & l'on ne découvroit
qu'agréables spectacles de tous cotez, ainsi qu'aux Triomphes des Conquérans.
110 Aussi, cette Auguste Princesse étoit-elle conquérante d'autant de cœurs
Qu'elle avoit de Spectateurs de ses divins charmes , de manière qu'on ne luy evoit pas moins qu'aux Vainqueurs les plus célèbres.
93i 243. — Du 6. Aoust 1667 (Romtvr). 95)
D'abord sept jeunes Cavalières , Qui represeotoient des Vertus , 1 1 s Mais toutes plus douces qn'aiistéres •
Et si charmantes que rien plus , "N^nrent à ses Appas rendre un profond hommage. Toutes luj presentans , d'un air modeste dt sage. Le nombre aussi de sept Lauriers , t»o Comme autant d'honorables marques
Des principaux Exploits guerriers Qu'a fidts en leurs Pays le plus grand des Monarques.
Plus avant 9 cette belle Princesse rencontra un superbe Chariot, oll l'Asie, l'Affirique, l'Amérique & l'Europe paressoient soumises aux belli- 1S5 queux Destins de la France ; & au milieu êtoit, sur un Dauphin mouvant, un Arion , qui , après avoir salué la charmante Héroïne , chanta un Rèdt sur les Victoires de nôtre Héros , dont toute la belle Cour demeura presque enchantée.
Après un spectacle si beau , I jo On en découvrit un nouveau ,
Qui n'étoit pas moins admirable.
C'étoit un lar^ & long Vaisseau ,
D'un artifice mcomparable ;
Là se montroit la Piété , 1 35 Debout , avec la Charité •
Qui dignement apostro[diérent
Du Grand Louis la hUjEni ,
Et très-bien luy représentèrent
L'èfroyable captivité 140 Des Cnrètiens chez la Cent profane
Que l'on nom^ie Mahomètane.
Cette Harangue tendoit» pour fiiciliter le passage aux Mathurins qui s'employent à la délivrance de ces malheureux Captifo , à persuader au Roy la Conqueste de l'Isle de S. Jacques , & , par un merveilleux artifice , elle parut 145 en même temps comme réduite , & la Victoire en étoit annoncée par les fanfares des Clairons & le bruit des Tambours , qui formoient un Concert tout-à-£edt convenable au Sujet.
Enfin , deux Géans , hauts de cinquante coudées , Qui des plus grands ainsi passoient toutes idées , 150 Se firent voir en bel-arroy.
Et , par cette hauteur, designoient la puissance De nôtre incomparable Roy Et la grandeur de nôtre France.
Hé bien ! se peut-il rien voir de plus galand que la magnificence de nos 155 nouveaux François , & ne diroit-on pas qu'ils n'ont jamais fait autre chose que préparer des Entrées à des Victorieux , aussi biiUans & aussi augustes que leurs nouveaux Souverains?
Est-il rien plus plaisant aussy Que de faire ainsi des Conquestes»
953 ' 245- — Du 6. Aoust 1667 (Robinbt). 954
160 Et de trouver par-tout ainsy
Des jeux , des ébats & des Festes ?
En bonne-fby, si mes Avis
Etoient dignes d'être suivis ,
Nôtre charmant Seighbur & Sire 16$ Prendroit incessamment de nouvelles Citez
Et » se divertissant , étendroit son Empire
Au Pays-Bas de tous câtez.
Mais il n'est vrayment pas besoin de luy donner des Avis sur ce sujet. Ce brillant Potentat n est que trop ardant à la victoire. A peine a-t*il pu donner
190 quelques jours à ces Entrées de la Reine , qu'après l'avoir fait reconduire à Arras , il s'est remis à la teste de son Armée , & qu'Oudenarde a sceu de ses nouvelles de plus prés qu'elle ne l'auroit souhaité. Je veux dire la Garnison , car, pour les Habitans, il n'auront pas esté moins charmez de se voir sous la Domination Françoise que ceux des autres Villes , qui sont leurs Ainez dans
17$ cette bonne fortune.
Ce n'en fut pas , dit-on , pour un bon dejûner, Et jamais on ne fût en besogne si vite. En vain elle voulut tant-soit-peu lanterner : En six heures au plus elle qmta son gîte ; 180 J'entens ladite Garnison ,
De qui le Gouverneur & les Soldats , dit-on , Furent faits Prisonniers de Guerre.
C'est donc un nouveau Te Deum Et nouveau Feu par tout, sur la Françoise Terre.
185 On dit que deux cens Egrillards , SiSSde uS
Pour gagner quelque renommée , Quitans de Lite les Remparts »
Quand Louis rejoignit sa triomphante Armée , Vouloient , en qualité de petits Fanfarons , 190 Surprendre aux environs
Un grand Corps de seize Gens-d' Armes. Gens ^àmm da Roy Us n'agissoient pas en Poltrons , Et c'étoit-là sans doute un fameux Exploit d'armes :
Mais on ne leur souffrit pas l'honneur d'une belle Action , & nos Volon- 19$ taires» par une étrange jalousie de la gloire de ces Messieurs , leur coururent sus & achevèrent de les mener batans chez eux , avec 80 Gens d'Armes survenus au secours de leurs Compagnons.
Monsieur le Duc , en ce rencontre , Faisant de sa valeur une nouvelle montre, 300 A la teste de tout, les poursuivit fort loin
Et , de leur hardiesse étant tout en colère , En força du moins trois de mordre la poussière. J'ay de ce que je dy maint illustre Témoin ,
Car le Duc de Bouillon , qui est des premiers de toutes les belles Parties, êtoit
343 • — Du 6. AouBt 1667 (Robimst).
das QMS tfAMMS»
et les deux soins
BiuMIneetBrisadier
deoette Comp^cnte
205de celle-là et j signala admiraUemeot bien la glorieuse braroure , ain» que le Comte d'Armagnac , le Marquis de Coaquin , les Comtes du Lude & de Nogent , les Marquis d'Albret • de Cbamilly & de Montaterre , & je ne sçay combien d'autres qui firent les petits Lions en cette occasion.
D'autre part . le Duc de Soubise , aïo Qui n'a point du tout face bize , .
Comme aussi le Marquis d'Iliers
Et , bref, le Sieur de oaint Maurice,
Montra qu'il n'étoit point Novice
Dans le noble Champ des Lauriers , 215 Et vous rossa les deux cens Maîtres
En petits Valets portes-guêtres.
J'av appris du Havre de Grâce que la première pierre de la Plate forme d*un Bassin v a esté mise par un M^ Manœuvre le plus galand du monde. Sa Règle étoit de bois d'Inde, garnie de Fleurs de Lys d'argent, sa Truelle, aaoaussi d'argent cizelé , son Tablier , de peau de senteur, doublé de satin, & son Mortier, détrempé avec des Essences dans un Vase doré , garny de fleurs par dessus. Jamais Apollon , quand il fit ce Métier, ne fut si joliment ajusté que l'étoit cet admirable Masson « qui est le cher favory de ses doaes Soeurs.
aa5
Devinez qui ce pouvoit être ; Vous le devinez sans h^ban , C'étoit le Duc de Saint Agnan , En toutes choses si grand Maistre.
N'aguére on en vid , à seize ans ,
Un Grand dans la Philosophie ,
Et l'on n'avoit vu de long-temps Un si franc Nouriçon de la belle Sopnie. C'étoit le Fils Atné de l'illustre Colbert ,
Qui l'Etat toujours si bien sert.
Et l'un des Ecoliers de nos fauneux Jésuites ;
Je dis tout en disant cela:
L'on conêt ces grands Casultes.
Au reste, à cette Thése-là, On ne veid que des Gens des plus rares mérites.
M' le PriM» de CkMidd 7 etoit, aveo M' rArahBfr««« de Paris, le CbeooeUer de Prmnoe, le Premier PrMdent <te PtrlemcBt, les autrei PrMdeoem llorttfir et tew le» prindpeux de la Robbe.
LeSOJametUaoattnt
Théna, en leor Golége deCaennoot.
[JeMi-BapUste GoOMt
Mais , sus , achevons promptement Par un risible Evénement.
Le Loup de chair de veau , ou l'amoureuse Gu^rison.
Un Galand , féru d'une Belle , Se consumoit d'amour pour elle ,
245 Sans qu'à sa peine elle eust égard Et qu^l y prist aucune part.
Quoy qu'en.beau stile a'Elégie , Il luy dîst I
; avec énergie •
240 vifible.