Du 6. Aoust 1667 (Robinet
O SELLB OrPRISE, EN QUI LES DlBUX
Ont mis leurs Dons plus précieux, Cruelle, hélas! sous vôtre empire, Depuis tant de temps , je soupire ;
> Je songe noit & jour a vous ,
» Je fay l'esclave a vos genous , 255 » Je me plain , je me désespère , » Je ne sçay plus tantôt que paire ,
> Et. de langueur, depuis deux ans, » Je tombe a la fin sur les dents ; » Avec tout ce tendre langage , v
260 II ne peut âécbir son courage , Ny mitiger la cruauté De cette superbe Beauté Qui tourne , au contraire , en risée Les vœux de son ame embrasée.
265 Mais , par un plaisant coup du De sa prison enfin ri sort , [Sort , Rompt ses Fers & sent que son Ame Est exempte de toute flâme , Et , cher Lecteur, voicy comment.
270 Un beau matin , le triste Amant , Voulant auprès de sa Rétive Faire encor une tantative .
Tout transporté , tout interdit , Va la surprendre au chaud du lit ,
275 Où jamais il ne Tavoit vue.
La Soubrette , mal entendue , Ou le Trotin , fcaref , l'un des deux , Laissant monter cet Amoureux , D'abord qu'il entre dans la chambre,
280 II sent autre chose que l'ambre , Et , plus il est prés du Dortoir, Plus il a besoin d'un mouchoir, Tant cette odeur, un peu trop forte,
Le prend au nez d'étrange sorte.
285 Mais , tirant le rideau du lit , Ou sa belle Geôlière git , Justes Dieux, quelle est sa surprise De voir un Spectre au lieu d'Orphise, Exalant l'odeur d'un Tombeau I
290 Car, sous un loup de chair de veau. Qui sentoit comme la charogne , Elle cachoit sa noble trogne , Comme on peut penser, à dessein D'humecter & polir son tein.
295 Elle , bien décontenancée Et contre ses Gens couroucée • Ne sçait que dire à son Amant Sur ce risible acoûtrement.
Voulant parler, elle marmote
300 Et s'explique en confuse note , Luy disant qu'elle hait le Fard Et qu'elle n'a mis ce Placard Qu'à cause de quelcjue élevure , Ou bien , que sçay-je ? égratignure.
305 Mais l'Amant , lors tout éfaré De voir ce visage emplâtre , Et, qui plus est , suffoqué même Par cette puanteur extrême , Se retire , sans compliment ,
310 En fusant un ferme Serment Que jamais la charmante Orphise Ne r'atrapera sa franchise.
O que d'Amans seroient guéris Des maux que leur font leurs Cypris,
315 Leurs Philys & leurs Amarantes, Dessus le midy si charmantes.
Si , conmie ce pauvre David , Ils pouvoient les surprendre au Nid !
3ao
Je fis , le (}uatre Août , ces Historiques Pftges Pour un Objet Royal qui vaut tous nos Hommages.
A Paru, Cké^ Ch. Chtmnlt, Imp. à Ub., me de la HucketU; Amx Armes du Roy. Ave Primlége de S, M.
(Biblioth. nat., U^, aa, KéB. — Biblioth. Maurine, 296, A3.)
959 Sfio
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pak CRAKLifl ROBINET.] Du i3. Aoust 1667.
Le bon vent soufle dans nos Voiles , En dépit de quelques Jalons , Et nos fiavorables Etoiles, O ma chère Clion , leur donnent du dessous. 5 Mais , sans nous expliquer à présent davantage ,
A qui nous le devons préparons nôtre Hommage , Et de Tair-le plus gay que nous ayons fait voir. Ah I que je sens ma Verne en ce moment fertile » Et qu'il me doit être facile 10 De m'aquiter de mon devoir!
Ouy, mon adorable Patronne , Digne , par vos beaux Attribua , De la plus brillante Couronne , Je vay trancher pour Vous , en un mot , du Phâms ; 15 Je sens dessous mes pies ployer tout le Parnasse.
Mais , justes Dieux , quelle est aujourd'hui mon audace I Ah I PamcBssB , excusez l'éfet de mon transport : Ma joye , en son excez , me rendoit téméraire. Je ne me promets rien , je remets tout au Sort » 9o Et je croi plus sagement fiedre.
L'Empereur , touché de pitié Pour le Roy de Pologne, en son triste veuvage » Luy propose , dit-on , une illustre Moitié , Et mêmes de son Parentage ; t5 Mais cette marque d'amitié
Luy parât un c^el outrage , Tant sa belle Défunte est toujours dans son coeur Et tant de son Trépas est grande sa douleur.
Certain bruit avoit couru même 30 Qu'il vouloit déposer l'éclatant Diadème ^
Qui , sans Elle , à présent , luy sembloit odieux ,
Et qu'il avoit dessein d'achever sa cariére
En quelqu'un de ces sacres Lieux
Où , pendant tout le jour & la nuit toute entière ,
j5 On peut entretenir conmierce avec les Dieux.
Mais ce n'étoit qu'un bruit frivole,
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Semé par des Esprits malins
Qui , le semant , avoyent leurs fins ,
Je vous en donne ma parole ; 40 Et des NoNCBs de Sandomik , puotati
En ayant audit CAzncm Osé parler, dit-on , de feçon indiscrète , Ils furent obligez de palinodier.
C'est-à-dire , s'il faut que ce mot s'interprète , De changer de langage & de s'humilier, Demandans , en un mot, une douce indulgence
Pour leur discours plein d'indécence.
Loin tout penser des Pays-Bas ,
On ne songe qu'à ses ébas , 50 Comme ailleurs je l'ay dit , chez I'Empémeur Ignace.
Le douze du mois expiré ,
Où la Naissance se retrace De cet illustre Objet, de son cœur adoré , LiBpéntfiMfl*tppiii0iteigaantt.
Et la Perle des Marguerites , iteison dapitiMBM
55 On fit merveille aux Favorites.
Le lendemain , sur nouveaux frais ,
Pour mieux honorer ses mérites , Un Balet , à cheval » fut dancé tout exprés ,
Lequel plût fort à ses Atrais.
60 Son Epous^ conduisant une sienne Quadrille ,
Y faisoit, ce dit-on , flores ,
Car, en de pareils Jours , il brille.
Le Prince Charle , allant après
Avec une autre longue File , ^ Atiroit sur lui maints aspects ;
Et leurs Baladins qu'on étrille ,
La plus-part tous jeunes Genetz ,
Pour faire honneur à la Castille, >
Dansèrent comme des Cadetz.
70 On a dancé , devant l'ancienne Canimb ,
Ma-foy, bien un autre Balet; Je ne croy vraiment pas que le Visir en rie Et qu'ily trouve rien de tant soit peu folet. C'est qu'avec de certaines Mines , 75 Et je ne scay quelles Machines
Candie a rait caprioler De ses Gens plus de quatre mile , Je pense , demy-lieue en Tair :
Ne fut-ce pas un tour habile ?
80 Mais l'on ajoute encor de plus ,
Ce qui rend ce Vism au dernier point Camus , Qu'ayant , par six endroits , fait donner à la Place
. Un second & terrible Assaut , H se trouva si mal de cet excez d'audace 85 Que douze mille encor des Siens firent le saut.
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Et rendirent Tesprit à Mahom , leur Prophète. Apres quov, plein de rage autant comme penaut. Il leva le Piquet & fit promte retraite. - ^- - Voyez en quel endroit ses Gens 90 Pourront élire Domicile,
Et par quel fâcheux contretemps Il fit imprudemment démolir l'autre Ville ; candie
Voyez comme , après ce beau coup , • Il pourra garantir son cou 95 : ' . ^c 1a foudre qui le menace !
Mais , sans trop m'en mettre en souci , A Rome promtement je passe , Sans neantmoins bouger d'icy.
Clament Neuf y fait , d'importance , 100 Toutes Papales Fonctions ,
Et montre dans ses Actions Grande vigueur & vigilance.
N'aguére , il a donné sa première Audiance A nôtre brave AiÔassadeur , 105 Et de manière , en conscience ,
Qui fait voir que les Lys sont gravez dans son coeur.
A I'Eminence de Vendôme , Avant qu'elle sortist de Rome , Il a donné pareillement 1 10 Le Chapeau de couleur de rose.
Ce Prince ainsi , présentement .
Est un franc Cardinal indubitablement ,
Sans qu'il luy manque aucune chose-
Le sage Rospiguosi , 1 15 Par-tout en odeur de Saint-Homme ,
Qui partit l'autre-îour si satisfait d'icy, S'avance tant qu'il peut vers ledit lieu de Rome, Et j'ay sceu qu'il y porte un précieux Pourtrait : Il vaut vingt mille Écus , & même davantage ; 120 C'est , de nôtre Grand Sire ; un Présent à lui fait .
Où l'on void , trait pour tirait , Son auguste Visage.
A propos , aux Villes conquises.
On veut avoir par-tout ce cher Pourtrait du Roy : 135 Elles l'auront aussi , je croy.
Et d'une Main des plus exquises Ou plus expertes au grand Art De peindre un Ai^xandre, un Pompée , un César ; Mais , sans trop dire du Roy nôtre , 130 Ne vaut-il pas & l'un & l'autre?
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Ayant campé , dit-on , un jour.
Proche la Ville de Dbrmonde , , La Garnison , croyant se voir prise à son tour De ses Ecluses fit tout autour courir l'Onde ; 155 Mais , elle avoit pour lors le plus grand tort du Monde :
Louis ne pensoit pas à luy faire l'honneur De se rendre alors son Vainqueur , Et , s'il l'eût entrepris , sans faire de miracle • Il l'eût mise à Jubé , malgré ce vain obstacle. 140 Mais LiLE , en ce moment , étoit tout son Objet ,
Et, fut-ce Lile inaccessible, Rien à Louis n'est impossible :
S'il la youloit avoir, c'en seroit bien-tôt fait.
Monsieur le Duc , Vaillant de Race , 145 A donc investy cette Place .
Avéque deux mille Chevaux
Que ce brave Prince commande ,
Et cette Armée , aux grands Travaux
Et de Sièges si friande , 150 Dont, pour vous dire tout en bref,
Le MARécHAL d'Aumont est Chef.
Le Monarque . avec son Armée
Par tout à vaincre acoûtumée ,
Aussi-tôt marcha sur leurs pas , 155 Avé:|ue Phiupes de France ,
Ce jeune Héros plein d'Apas.
Ainsi , selon toute apparance ,
Au premier Jour nous apprendrons
Que Lile humblement s'est rendue ; 160 Te Deum nous en chanterons
Et par-tout nôtre joye en sera répandue.
En attendant un tel Avis , Sur un autre sujet nous sommes tous ravis : C'est sur la guerison charmante 165 De nôtre Dauphin précieux ,
Dont une Fièvre trop for&nte Insultoit le sang glorieux.
Grâce à maint célèbre Hypocrate
(A qui Dieu sauve foye & rate !)
Et 1 ' '"
170 Et grâce à la Nature aussy,
La galante a auité ce plus beau sang du Monde , Et , pour renare la joye entre nous sans seconde , On nous doit ramener le jeune Prince icy.
L'aimable Iris ainsi le mande ifÉd0iBoiMa0H.D.
175 En son agréable Légende ;
Elle adjoûte de plus que, des Gens Espagnols»
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Etans venus chercher, assez loin de CoMKiGNE ,
Je croy, des nids de Rossignols (O Dieux! £aut-41 encor qu'en ce ueu Ton les craigne?) iSo Ils ont fait sur le teint d une jeune Phylis uad«noiiaDeM.D
PâUr une moisson de Lys , Craignant d*étre par eux pour un Rossi^ol prise. Mais quoy? s'ils enlevoyent un Butin si charmant. Ce seroit , que je pense , avec dîcernement,, 185 Et non point par telle méprise.
La Reine est toujours dans Aéras , Où cette excellente Princesse Est presque en Prières sans cesse Pour les progrès du Roy dedans les Pays-Bas.
190 A propos , vous sçaurez , sans que je goguenarde ,
Qu'on s empara d'ALOsr, ayant pris Oodenarde dSïoSSé Et que cette Alost-là , tres-civile aux François , deoenam, Les receut de plein pié chez elle , B?riéra
Sans vouloir avec eux avoir nule querelle. ^^ ^•***^
195 Ils l'en devroit aimer plus qu'un'autre cent fois. •
Je vous ay cy-devant parlé d'un Maître Moyne, Qui vouloit CouuouRE aux Ennemis livrer. Hé bien I ce Galand-là , d'une £içon idoine,' A receu le garot & s'est senti serrer, aoo De fort bel air, à la Luette
Par strangulation étréte.
Achevant de Gazetiser, Car c'est assez nouvelliser.
Il faut que pour la fin , je die , 905 Qu'au çrand Collège de Clemcont,
Où , mieux que sur le Double-Mont, On trouve l'Encyclopédie , On a distribué , Jeudy dernier, les Prix
Dont nôtre Grand Porte-Couronne , 310 Une fois tous les ans, guerdonne
Les jeunes Cicérons, oui sont les mieux apris. Cela fat précédé d'un Poëme Tragique , Contenant d'ANDRONic le Martyre autentique , Sous I'Empéreur Diocletien ; 215 Et les Etudians , revêtus à merveille ,
Vous le récitèrent si bien Que de tous les Latins ils charmèrent l'oreille. Ce noble Divertissement Etoit , avéque bien-séance , 230 Mêlé fort agréablement
D*un beau ëalet de VInnocenci,