‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 198 sur 247 · PICE · texte numérisé non relu

PICE

» Il convient faire un Sacrifice » (Car c'bst-la l'une de nos loix]

» De CE QUI, SUR vous, PoftTE Croix, » Soit Argent, Chapelet, ou Livre,

270» Qu'aux Espiots noirs il faut qu'on

[livre.

» Item , Monsieur Pluton prétend » Qu'on vous plonge dans cet Etang » Trois fois, nud comme on vient au

[Monde , » Et, pour n'avoir plus rien d'dc-

[monde ,

275 » Que vous soyez, sur vôtre chair , » Etrillé jusqu'au sang tout clair , » Depuis les piez jusqu'à la Teste. »

Mais , hélas 1 à tout il s'apreste , Dans l'espoir lourdaut & grossier

280 D'être aussi-tôt Maître Sorcier Et de pouvoir alors tout faire , En vertu de son Caractère.

Le voila donc trois fois baigné , Puis , comme un mal-moriginé ,

385 Fessé de sanglante manière , Avec les tours de Gibecière , Lesquels , en pareils cas , sont faits Afin d'atraper les Niais.

Apres , Il vient prendre son Arme

290 Et , seur de la vertu du Charme , Court , le Pistolet à la main , Pour exécuter son Dessein.

Mais, helasi le mal-heureux Hère, Visible comme est la Lumière

295 A tout œil sain & bien ouvert , Se trouve ma-foy, pris sans vert.

Etant près de tuer son Homme , Pour vous dire la chose en somme , Il est vu de plusieurs Témoins ;

300 On vous luv serre les deux poings , In garcere l'on vous le traine ; Et la Potence , ou bien la Chaîne .

Attend , par un digne succez ,

L'invisible visible, enfin de sonProcez.

291 Cour.

983 34^. — Du 20. Aoust 1667 (Robinet). 984

W Héroync , en tout accomplie , Adieu, c'en est assez, car ma Feuille [est remplie.

Lors (yxe je fis ces tels-quels Vers.

Nous avions d'Août les deux tiers.

ÂPêHs, Chê^Ch.Cksiumlt, Imp. & Lib., rue deU HwekOU, Aux ArmisdmRoy. AvecPrml.é€S. M.

(Biblîotfa. lut. Lc^, 22. Rét. — Biblioth. Maxarine, 296. A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.] Du 28. Aoust 1667.

Quand je prens la Plume pour vous , Madams , en vérité , je brûle de bien faire , Car quel sort peut être plus doux Que d'avoir l'honneur de Vous plaire , 5 A Vous de qui TAme & le Corps

Sont les plus beaux Recueils des préaeux Trésors

Et du Ciel & de la Naturel Mais , hélas ! aujourd'huy toute ma noble ardeur S'éteint dans une froide & sombre Sépulture , 10 Où la Mort d'un Amy vient d'entraîner mon Cœur.

Rien comme un Amy n'est exquis ; C'est presque le Phœnix , dont l'on n'a que l'Image , Et , le perdant, l'on pert un Trésor d'un tel prix Qu'on ne sçauroit jamais réparer ce dommage.

15 Pardonnez-donc à mon ennuy.

Si je vous parés sombre en ma Lettre aujourd'huy»

Belle & débonnaire Héroïne , Et dai^ez , en faveur d'un Intime au Cercueil , Souffrir que je vous offre une Epitre chagrine ,

ao Où ma Cflion & moy nous paressions en dueil.

Le dix-huit , devant Lile on ouvrit la Tranchée . la loot Dont elle pesta tout-de-bon , Et par le bruit de son Canon Parut sensiblement touchée ; 35 Mais elle eut pourtant beau pester

Et par son Canon tempester , Il n'en fut ny plus ny moins , certe , Et même, l'on poussa le Travail assez loin, mfuéêiêOxi^'^'^

985 246. — Du 28. Âoust 1667 (Robinet). 986

Tant de Nous les Dieux prennent soin , )o Sans aucune notable perte ,

Car dessus le Terrain il ne demeura oas Seulement quatre ou cinq Solaats.

On dit que le canon , quand il fit son Prélude, Aux seules Plumes en voulut , 35 Et que l'heureux CoirrB du Ludb

Pour un grand Bouquet quite en fut , Avéque deux ou trois Compagnons de Fortune

A qui la grâce ftit commune • Et qui , je pense , à Mars en firent compliment. 40 C'étoit, ma foy, l'êchaper belle,

Et je croy qu'une faveur telle Valoit bien un Remerctment

Pour moy, j'aimerois bien semblables gentillesses De ce canon de nos Loois , > Et je voudrois que leur Explois

Se pussent terminer à de telles Prouesses ; Mais il n'en Va pas ainsi, non , Car, dans ses progrez , ce Canon Vous fracassa la cuisse à certain Volontaire , 50 Et deux Cadets trés-valeureux ,

Y montrans ce qu'ils sçavoient faire , £n eurent» ce dit-on, pour une Jambe entr'eux.

Un Boulet , plus funeste au Sieur de Banbbvuxb » Le prit au dessous du menton , 55 De façon peu galante & beaucoup incivile:

Il le priva de teste en un din-d'oeil, dit-on. D'autres Boulets , aussi mal sages , Emportèrent à deux beaux Pages (N'étoit-ce pas dommage?) ou la jambe ou le bras 60 Je puis dire , selon l'Adage ,

En ce triste & funeste cas , Que les voila tous hors de Page.

La Garnison , le lendemain , Ayant vu de quel air le Régiment des Gardes , 6$ Où l'on voit peu d'Ames couardes ,

Gagnoit à grands pas le Terrain ,

S'avisa de sortir soudain ,

Avec de la Cavalerie

Et même de l'Infenterie ; 70 Mais ce oetit éfort fut vain ,

Et nos Gardes , avec furie ,

Ayans en teste de Pradbl

Comme Lieutenant-Colonel ,

987 ^' — ^^ ^^' Aoost 1667 (Robinbt), 988

En firent une raillerie , 75 Vous les poussant si vertement

Qu'ils regagnèrent prestement , Crainte des coups , leur Palissade Maudissans courageusement Leur trop imprudente boutade.

$0 Pourtant , comme , le jour suivant,

Ils vii^nt nos Gens plus avant

Et bien prés de la Contrescarpe ,

Tous surpris & tous consternez ,

Et le pauvre esprit en écharpe 85 De se voir de si prés bornez ,

Laissans la crainte puérile ,

Ils se piquèrent derechef,

De fiure une Action virile ; Mais cela li'aboutit qu'à leur second méchef , 90 Car telle fut m Repartie,

Dans cette nouvelle Sortie , Qu'il leur convint encor de retourner en bref,

Mais non pas , certe , en même nombre.

On en fit plusieurs Prisonniers, 95 Et l'on en envoya dans le Royaume sombre ,

Pour y porter l'Avis de nos Explois guerriers.

Ainsi l'on se vengea , tant de la mort d'un Garde , Tué dans cette occasion

D'un franc coup de canon , et non de halebarde , 100 Que , principalement , de la contusion

Dont un cher Chevalier (car, là , nul ne s'excepte)

A la teste avoit fait très-Âcheuse recepte ,

Mais en se signalant en ce Lieu plus que six ,

Ainsi que le vouloit son Nom de du Plessis , 105 Nom des plus dignes de mémoire ,

Et que le Duc son Pérb a rendu plein de gloire.

Mais , à projpos de Chevalier, De Fourbin , faisant aussi montre De son noble courage en la même rencontre , 110 Eut part au Douaire coûtumier

Et sentit d'une Mousquetade , Au col , la fâcheuse Incartade.

Pour èpiloguer le Discours De nôtre beau Siège de Lile , 1 15 Nous le devons lever, pour entrer, dans la Ville •

Avant qu'Août ait fait son cours , Quoy qu'on ait-là , sans en rabatre , De quatre Nations les Guerriers à combatre »

989 246. — Du 28. Aoust 1667 (Robinet). 990

Outre , dit-on , certains Cariins lao Qui , craignans fort les Funérailles ,

Se cachent , pour tirer, derrière des murailles , Comme de malheureux Câlins.

Ces divers Combatans , que Lilb donc enserre , Sont Irlandois d'Irlande , Anglois de l'Angleterre , 125 Et , bref, des Espagnols & des Nàpoutains ,

Les plus intéressez dans la présente guerre , Et dans Lile les plus matins.

Mais pour cela que vous en semble ?

Ne s^it-on pas que nos Destins 1^ Feroient vaincre à Louis tous les Peuples ensemble ?

Cet infatigable Héros , Que par-tout Monsieur accompagne , Avec la Gloire , leur Compagne , A de nuit & de jour le Harnois sur le dos. 135 Luy seul , plus que tous les Siens , veille ,

Et c'est ennn une merveille De voir ce Roy laborieux , A la fois General , Soldat & Capitaine , Si friand des Dangers & si dur à la peine , M40 Pour être à juste Titre un Roy victorieux.

Ah ! qu'un si grand & rare Exemple A tout Guerrier qui le contemple Inspire d'audace & de cœur ; Et qu'il ne faut pas qu'on s'étonne 145 Si chacun , aux côte^ de ce digne Vainqueur,

A l'envy se signale au Métier de Bellone !

Mais Phiupes , bien mieux que tous , Reçoit l'impression de ce puissant Mobile , Et , pfus beau que l'Amour , aussi bien que plus doux, 150 On le voit intrépide ainsi qu'un autre AcmLE.

Comment ! cet aimable Héros , Qui mérite un immortel los , Ayant l'Ame un peu trop hardie , Il visita dernièrement 19) Des Gardes & de Picardie

La Tranchée , aussi froidement Qu'il auroit &it ses Promenades Parmy les Fleurs & les Cascades Du beau Jardin de son Saint Clou.

160 Mais la comparaison n'est aucunement bonne ,

Ou que je me casse le cou , Car je defirois bien sa Royale I^rsonnb De pouvoir, en ce Lieu charmant»

991 ^4^- — Du 28. Aoust 1667 (Roknbt). 993

Se promener si froidement »

165 Et |e croj que Ton peut m*entendre

Sans qu'il mille plus amplement M'expliquer sur ce Point pour le fedre comprendre.

Mais je ne vous av pas dit tout.

Ce Prince , allant à la Tranchée • 170 SV rendit en plein jour, & non point par le bout ;

Mais, sans peur de la Parque, en ce Lieu retranchée.

Il voulut passer par dessus

Et tout à découvert , de plus ,

Essuyant , dedans ces Passades , 175 Deux centainer de Mousquetades.

Hé-bien I quel Nouriçon de Mars

Feroit mieux la barbe aux Hazars ?

Ah I pour Phojpbs j'ay la Fièvre ;

Mais , parlant de Fiéinre , à propos ,

180 N'aguere , elle a bien fait la mièvre

Dedans le noble Sang de cet autre Héros ,

Sçavoir Monsieur le Duc, si propre aux beaux travaux

O qu'il aura bien eu la chèvre De s'être vu contraint k jouir d'un repos 1S5 Qui de maints beaux Explois le sévre ,

Dont il auroit accru son los 1 Mais , avéque son Sang étant mal assortie , Elle en a mit enfin un Branle de sortie , Et ce jeune Guerrier 190 ' Retournera bien-tôt se charger de Laurier.

Ainsi , sans nous en mettre en peine , Dessus d'autres Objets répandons nôtre Veine.

Qu'il s'en présente deux , l'un & l'autre charmant 1 Qu'ils sont dignes qu'on les admire!

195 ^ Que de Cœurs ils seront l'Aimant

Et qu'ils auront par-tout d'empire I C'est nôtre DAUPmN glorieux Qu'on void aussi beau que sa Mérb , Et qui sera Victorieux ,

aoo Quelque jour, comme l'est son P£rs ;

C'est Madame sa jeune SœuR, Qui , quelque-jour, par ses grands charmes , Répandra par-4out des AUarmes Et de cent Demy-Dieux enflftmera le cœur.

«09 Or, ce Prince & cette Pruccessb

Ayans Compiégne enfin quité.

Sont t pour nous combler de liesse , Venus prendre Logis proche cette Cité.

ao^ Reprendra.

993 346. — Du 28. Aoust 1667 (Robinet). 994

Maisons est Theureux Domicile aïo Où ces beaux Anges sont gîtez ,

Attendant que nos Majestbz Reviennent hyverner en cette grande Ville, Certe le plus digne Séjour D*Elles & de leur belle Coim.

315 Mais j'ay deux mots encor à dire

Du beau r ils de notre Grand Sirb.

A CoMPiéGNE , avant qu'en partir,

Il fut chez les Sçavans Ignacbs

Fort noblement se divertir aao A visiter leurs belles Classes.

Je dis belles , car, en ce Jour,

Les Ecoliers y faisoient montre

De leur Sçavoir tout à l'entour ;

Si bien que , dans cette Rencontre , JS5 On j vovoit par-tout maintes Inscriptions ,

Maints Epigrammes , maints Emblèmes ,

Maintes Dévises , maints Poëmes

Et , bref, maintes Descriptions ,

En langue Grégeoise & Latine , 2^ Où , d'une manière assez fine •

Etoient habilement déduits ,

Avec l'aide de la Peinture

Et même de l'Architecture ,

Tous les beaux Explois de Louis.

1^5 Parmy tant de magnificences ,

Notre DAUpmN diarmant Etoit dépeint trés-dignement , Tout environné des Soencbs , Lesquelles le félicitoient 840 Et , par ordre, complimentoient

Sur les Progrez qu'u fait chez-EUes , Ainsi (|u'il en donna des preuves assez belles, Car il interpréta d'admirable façon Chaque Latine Inscription , J45 Et répondit enfin de même ,

Certe avec une mce exûiéme , A mainte belle Question , Mettant tout le Ccmllégr en admiration.

Illustre PÉRiGNY, que de gloire à vos Veilles , M^SSiSî «50 A qui l'on doit tant de merveilles I u Duipuii

A cette Epitre je mets fin , Certainement , par une Histoire La plus digne de mon chagrin , Et qui sent mieux mon humeur noire.

995 24^* — I^ 28. Aoust 1667 (Robinet). 996

Page 1