LA JALOUSIE AFFAMÉE
155 La Jalousie , o justes Cieux »
A des transports bien furieux I
C'est une étrange frénésie ;
Je le montrois dernièrement
Dans un certain Evénement 160 Que je nommois , je croy, Tardante Jalousie.
Mais voicy la Passe-outre encor, Et je pense qu'en cet essor Toute sa rage est consommée.
Icj, par un norrible effet , 265 Eue dévore son Objet ,
Et je puis la nommer Jalousie AFFAMiE.
Une jeune Femme, en Anjou , Avoit un Epous un peu fou , Qui luy mettoit martel en teste , 270 Faisant comme maints Emportez
Qui travaillent de tous cotez Et font , chez eux , chommer & mainte & mainte Feste.
Elle , aimant le Travail aussi , S'ennuyoit de se voir ainsi 175 Les bras croisez , toujours obive »
Et , tant le soir que le matin , Conjuroit son fâcheux Destin Sur cela , mais en vain , d'une voix trés-plaintive.
Voyant donc , par un sort fatal , s8o Que sans remède étoit son mal ,
Elle se porte à la vangeance , Et conclud (quel transport jalons 1) Enfin de manger son Epous , Pour en avoir ainsi la pleine jouissance.
185 Dés le soir , sa perfide main
Luy plonge un poignard dans le sein
Et , par une horrible furie ,
Sans en avoir aucune horreur,
D'abord tire & mange son cœur 290 Et tout ce qui pouvoit causer sa jalousie.
Quant au reste , le lendemain , Elle en fait , dit-on , un festin Plus cruel (Jue celuy d*Oreste , Qui fit coucher TAstre du Jour, S95 Ne pouvant achever son tour
Tant il avoit d*horreur d*un Repas si funeste
997 ^4^' — Du 28. Aoust 1667 (Robinet). 998
Les Parens elle y convia , Mais l'un des Mets les éfroja:
C'étoit de son Mary la teste Qu'elle avoit placée au milieu.
Ah I quel triste Objet , juste Dieu , 300 Et pour les Conviez quelle funèbre Feste I
Le surplus , vous le devinez.
Ces Conviez , bien consternez , Font arrêter la Conviante , Et chez l'équitable Thémis Ï05 Son Procez en état est mis ,
Et, dans Tair, elle en dance une triste Courante
Princesse , vous sçavez ce que je vous ay dit , Que j'avois l'esprit interdit; Ainsi je suis digne d'excuse', 310 Si ma CuoN icy parét tant soit peu buse.
Je fis , en Août le vingt-sept , Cette belle Légende , & comment? Dieu le sçait.
jf Pmris . Cher C. CJUmamlt, imp. &Ub.,ru$delu Huduth, aux ArmêS du Roy. AvêC PrktiUiê de Su MujaU,
(Biblioth. nat. Le', 22. Rét. — Biblioth. Maxarine, 296. A3.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 4. Septembre 1667.
Notre Muze , vôtre humble Ancelle , Ne manque point , tous les huit jours , Princesse qui valez la plus belle Immortelle , De redonner pour vous naissance à ses Discours , Et, bien loin qu'elle s'en ennuyé , Il faut tout franc que je vous die Qu'elle voudroit sans-cesse être dans cet Employ.
Mais la chose est aisée à croire , Et Ton verroit ce zélé en tout autre qu'en moy ; ^ Sur les Nouvelles donc poursuivons notre Histoire.