LES ESPRITS
Nous avons de Venise appris Qu'il y revient certains Esprits Dont l'on ignore l'Origine :
Les uns d'humeur assez badine ,
235 Et les autres aussi méchans
Que de vrais Singes de trente ans.
Les Premiers, chérissans les Femmes, Sont sans-cesse à l'entour des Dames Et , comme des Esprits coquets ,
240 Leur apportent de beaux Bouquets , Mettent , d'une manière adrette , Tant soir que matin , leur Toilette , Et, mieux que des Femmes d'Atour, Vous les ajustent chaque jour.
245 Ils leur débitent des Fleurettes , Comme on fait dans les Amourettes, Et poussent mêmes des Soupirs , Comme s'ils avoient des Désirs ;
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Enfin , ils les serrent à Table ,
350 Et » si ce n'est pas une Fable , Us viennent mêmes , en leur Lit , Les cajoler pendant la Nuit
Les Maris n'en sont pas en Fête Et de cela gratent leur Tête ,
155 Les croyans Galans aSriens , Ou bien de fînancs Magiciens , Lesquels , leur causans la Berlue , Dérobent leurs Corps à leur vue , Pour les pouvoir cocufier
260 Sans redouter leur courroux fier.
Qui pourroit punir l'Amourette D'une gaillarde ^ayonnette ; Mais venons aux Esprits malins Qui font-là les maudits Lutins.
265 Ils ont un plaisir délectable
Sur-tout de vous troubler à Table , En vous arrachans Viande , Pain Et le Verre enfin de la main ; Ce qui, vraiment beaucoup inquiète
270 Les çrands Ennemis de la Diète.
La Nuit de même , à tout propos ,