‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 229 sur 247 · Du 26. Novembre 1667 (Roboikt · texte numérisé non relu

Du 26. Novembre 1667 (Roboikt

Qu'il soit batu par nos François.

Qu'il 7 songe , c'est son afaire ; Et moy, je m'en vais , sans mystère, 345 Finir par un Evénement

Qu'on me conta dernièrement.

Le Cartel sans éfbt.

Un Quidam , qui -tranchoit du

[Brave Comme un Espagnol de port grave, Et tirant sur l'air fanfiu'on ,

350 Soit qu'il fût Comte ou fût Baron , Ayant, pour matière légère, Fait un autre appeller, n'aguère , Pour se batre , vers Bagnokt , A coups d'Epèe & Pistolet ,

355 Et, ce dit-on , à cheval même , Celui-ci , sans parêtre blême , Receut gayement le Cartel , Qui luy fut porté par un tel , Et fit • en souriant , réponse

260 Que fort lui plaisoit la Semonce.

Le Fier-à-Bras ne manque point, Etant équipé de tout point [George, Et monté comme un vrai Saint- De se trouver au Coupe-Gorge ;

3é5 Et l'autre , non moins ponctuel , Au temps & lieu de leur Duel Se rend aussi , je vous assure , Mais sur une pire Monture Que la Monture à Dom-Guicbot ,

170 Qui n'alloit le pas ni le trot , Avec un Pistolet de Baie ,

Une Bréte rouillée & sale , Et, tant seulement d'un côté , Un méchant Eperon croté ,

375 Sans avoir Bote ni Botine :

Hé bien, n'avoit-il pas grande mine ?

Or, faisant beaucoup l'étonné De voir ce grand Déterminé , Il l'apostrophe en ce langage.

280 « Ho, hol Monsieur, quel Équipagel » Je vous jure , par le Soleil , » Que- je suis peu vôtre pareil , » Et que je ne scaurois me batre » Si vous ne voulez en rabatre.

385 » A pied, s'il vous plaît, batons-

nousl »

— « Je le veux aussi bien que vous, » Dit ce Capitan Matamore , Qui n'êtoit rien qu'une Pécore , <i Mais, sur mon Dieu, je ne le puis,

190 » Etant bote comme je suis. »

€ Hé bien , » dit l'autre, d'Ame caûte, » Je veux bien vous tirer la Bote. » Il y consent, & celui-ci , Qui n'attendoit rien que ceci

295 Pour lui jouer un tour à rire , Seulement a demi la tire Et , le laissant désespéré D'être de la sorte empêtré , Sur son Cheval monte au plus vîte

300 Et , tout franc , gagne la guérite.

En Novembre , le vingt-&-six , Je fis ces Vers , étant assis , Pour son Altesse HBNsiETTB-AimB , Plus adorable que Diane.

 Paris, chei Ch, ChenmUt, tmp, à Ub,, mê iê U HnebtiU, Avêc Prmligt iê Se Majesté.

(Bibltoth. nat.. Le*, 23..Ré«: — Biblioth. Maurine, 296 A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par CHARLBf ROBINET.]

Du 3. Décembre 1667.

O Toy qui , chaque Jour, fois un brillant. . . . .^ Biooac ,

Phœbu8 , dont les Rajons sont si chauds dans V Afpriqub,

Fais couler dans mes Vers ta divine Musique ,

Et les rends , en un mot . polis & sans Mic-mac.

Fais que , jusques aux Lieux d'où nous vient le. . . Tabac ,

On en trouve la Rime & belle & Poutique,

Et que le grand Objet pour qui je les £s Brique

S'en puisse divertir, non Ab noc& abhac.

Bel Astre , des Jours courts le lumineux RBMéDB ,

Cher Fils du Ravisseur de l'EnÉant Ganinébe,

Inspire , inspire moy mille jolis Rébus.

Phœbus, si tu le fais, en mangeant mon Eclanchb,

J'en bois à ta santé six coups • demain Ddcanche ;

Oui , je te le promets , foy d'Autheur de Bnus.

'5 Samedy, Monsieur &<■ Madame, Si bien unis de Corps & d'Ame , Et dont les beaux Individus De tant d* Appas sont revêtus , Fêtoyérent , d'un charmant stile ,

ao Dedans leur pompeux Domicile , Nos visibles Divinitez , A sçavoir les deux Majestez.

Pour Prélude , la Symphonie , Sans faux ton ni cacopnonie ,

>^ Les ravit , ainsi qu'autrefois , A peu prés. Monsieur Saint François Fut ravi d'un Concert céleste ; Et , sans railler, je vous proteste , A part la Musique des Cieux ,

50 Que rien n'est plus mélodieux Qu'êtoit cette douce Harmonie Et merveilleuse Symphonie , Que conduisoit le Sieur Richard , Qui devroit devenir Richard

35 Par la Symphonique Science, Où l'on peut dire , en conscience ,

Qu'il est un moderne Amphion ,

Un autre Orphée , un Arion ;

Mais les anaens Épithetes 40 Des Musiciens , Peintres , PoStes ,

Sont, quant à la pluspart d'entr'cux.

De bons Biberons & de Gueux.

Après ce musical Régale ,

En Galerie , & non en Sale , 45 Pleine de Miroirs & Bufets ,

Qui pour rien n'ont pas été faits ,

Et , ce soir-là , plus éclairée

Que n'est pas la Voûte azurée

Pendant les plus seraines Nuits , 50 Par ses Flambeaux épanouis

Et ses éclatantes Etoiles ,

Pénétrans les nocturnes toiles ;

En ce Lieu , di-je , de Boybr ,

Digne d'un étemel loyer»

55 On ouit un Poëme tragique ,

Dont la Rime est riche, énergique

Et pleine d'élévation ;

Je puis sans adulation

En avancer ce que j'avance ,

éoEt son Renom qui me devance En peut faire concevoir plus.

Pour le reste , comme je fus Avec un peu trop de Paresse Et chez 1 une & chez l'autre Altbssb,

65 Je me trouvé si mal posté Que je ne pus , en vérité , Lorgner la Troupe Théâtrale ; Mais ce n'étoit pas la Royale , Ni , je vous en donne ma foy,

70 Pareillement celle du Roy.

En suite» dans une Anti-chambre, Qui sentoit la Civette & l'Ambre , Les Escarpins on exerça , C'est comme dire qu'on dança ;

75 Et le Bal s'échauffa de sorte , Du moins comme on mêle rapporte (Car, pour |noy, je n'en estois pas] , Qu'en figurant toujours des Pas , La Nuit , lors belle claire-brune ,

80 Car il faisoit grand clair-de-Lune , Arriva dedans son Milieu.

Alors , je pense , en autre Lieu L'on alla faire , sans scrupule .

Ample & magnifique Crapule ,

85 Et , chacun ayant de tout-point Très-bien rembourré son Pourpoint D'une quantité de viandes , Qui des Bouches archi-friandes , Sont , non pas sans frais & sans

[coûts ,

90 Tous les jours les nouveaux Ragoûts, RoY, Rbtne & toute la Séquelle , Tant Jouvenceau que Jouvencelle , Alla , de jour, & non de nuit , Trouver Dimanche dans son lit.

95 Mais, ce Dimanche, par mon ame, Il £Edut bien changer de game , Car, comme il étoit de l'Avant Le premier, qui marche devant , Il fallut , en cette journée ,

100 Ouir prêcher, l'apres-dinée , Sur le grand Jour du Jugement, Entretien de peu d'açrément Et qui (la chose est bien certaine) Trouble fort toute ame mondaine.

105 DoM CônE , le grand GéNÉRAL , Dessus ce sujet si Moral , Discourut , en citant maint Père , Tout-à-fisdt de noble manière ,

a6ô. — Du 3. Décembre 1667 (Robinet).

Et , par ses beaux raisonnemens

110 Et ses merveilleux Argumens, Tous cimentez d'une doctrine Energique autant que divine , Fit voir le bec-jaune , en ce jour.

Aux Esprits forts de nôtre Cour ,

115 Qui ne croyent ni Dieu ni Diable Et prennent tout pour une Fable.

Ouy, je croy que, par ce qu'il dit , Sans nul doute , il les contbndit ; Mais sçavoir si leur conscience

130 En fut portée à repentance :

Je puis dire , sans rien d'absurd , Que ce n'est pas un cas trop sûr.

Mais que ce rare Evangeliste Marche toujours dessus sa piste ,

125 Et fasse pendant ces Avans

Toujours de ces Discours sçavans ; Peut-être qu'un de ses beaux Prêches Convertira de ces Revêches , Et peut-être que non , aussi ;

130 Mais qu'il en soit hors de soucy.

Car, comme à Dieu seul il veut plaire. Il en recevra le salaire.

Le Lecteur pourra s'étonner De me voir ainsi sermonner,

135 Et dire , en m'envoyant au Peautre, Que je fai bien le bon Apôtre; Mais je l'avertis que voia Vra/ment le temps d'agir ainsi , Puis qu'il plaît à nôtre Saint-PéRB ,

140 Chef de l'Église nôtre Mérb , De nous donner un Jubilé , Par qui le Pécheur, plus brouillé Avec son adorable Maître , Peut dans sa Grâce se remettre ,

145 S'il veut , pleinement , pour jamais , Sans aucun Si , ni Car, ni Mais.

On en publie Ici la Bule , Où l'on void , dans le Préambule , Les beaux Motifis ^u'a Clément keuf

150 D'accorder ce Jubilé neuf; Et de nôtre Prélat, si sage Et si merveilleux Personnage , On y void joint le Mandement , Qui nous prescrit fidellement

■55 Ce qu'en tel cas il nous faut faire. Lecteur, suivons ce Formulaire Pour devenir tous Gens-de-Bien ,

iio3

a6o. — Du 3. Decraabre 1667 (Robinbtj*

Et , ce faisant , nous ferons bien.

Ledit grand Prélat Perefixe ,

léo Par un Ordre solide & fixe , Et , bref , émané de ses mains , Défend à ses Diocésains D'acheter, ni lire , ni suivre Du Port Royal un certain Livre ,

165 Où Ton croid avoir nullement *J^^ Traduit le Nouveau Testament .

Quoy qu'on voye qu'avec emphase On n'ait fait qu'un beau Paraphrase, Au lieu d'une Traduction

170 De la naïve Diction. [baise

Pour moy, très-fort les mains je Au Port-Royal , ainsi qu'à Bése , Et ^u'à Calvin & qu'à Luther ; Et je dis , tout net & tout clair,

175 Que , certe , il est certaines choses Qui doivent être Lettres closes

Et des NOU-MB-TANOÉRÉ

A l'Esprit le plus éclairé , Et que sinistre est la méthode

180 Dq vouloir tout mettre à la mode.

Ainsi je signe , avec Séguier , ^Sur ce Point pieux Chanceuer , L'Arrest du Conseil donné contre ; Et qu'on sçache, en cette rencontre,

185 Que je veux éviter le Sort D'aller faire Naufrage au Port.

Lundy dernier, de compte juste, Dedans nôtre Sénat auguste , On ouyt deux rares Discours

190 Qui n'étoient pas d'à tous les jours : L'un de ce Personnage insijBrne , Son Premier Présidant si digne Et de si célèbre renom , Sçavoir Monsieur de Lamoignon ,

195 L dutre de cet excellent Homme Qui n'a point , d'ici jusqu'à Rome , En EloGuence son égal , Talon , l'Avocat Général.

Or, le Sujet ou la matière ,

itoo Sur (jui tous deux prirent carrière Aussi dignement que jamais , Etoit l'Ouverture des Plaids.

Mardy, le Bal , la Comédie Et la Chère & la Mélodie ,

205 Continuèrent chez le Rot De parétre en fort .bel-arroy.

La belle Dame Renommée N'étoit pas des mieux informée Quand , n'aguére , elle rapporta

210 Ce que Clion vous raconta Touchant le Siège de Candie , Et faut au'ici je m'en dédie ; Car les derniers Avis . enfin , Dont j'ay l'esprit assez chagrin .

ai s Disent que la Cent Otomane, Cornue ainsi que l'est Diane , Et Monsieur son PREMiBRr-VisiR , Ainsi donc plein d'un grand loisir, Tient encor bon contre la Place .

220 Malgré disgrâce sur disgrâce , Qui rend leurs efforts sans .vertu , Ainsi que du Cogne-Festu.

On nous assure que I'Espagnb.

Craignant la prochaine Campagne , 225 Commence de rendre la Paix Le cher Objet de sts souhaits , Et de vouloir avec la France Rentrer en bonne intelligence.

Elle fait bien , il est certain , 230 De mettre de l'eau dans son vin , Et le Parti qu'elle va prendre

g)n le peut aisément comprendre) érobera bien des lauriers A nos redoutables Guerriers.

235 Ce n'est pas pourtant chose faite ; Je feray plus d'une Gazette Avant qu'on en arrive là ; Mais laissons ce Chapitre-là.

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