i- Du 1. Juillet 1666 (SOBuomr
Ce vaillant Monaco , la semaine dernière , En ma présence raconta Cette aventure singulière.
Mais , Mâdamb , il la recita D'une si peu vaine manière Que j'enrageay presque , à mon tour, De le voir si modeste après un tel retour.
« J'aVOIS , dit-il , PERDU DE VBUB
> Le Comte de Guiche & mes gens , » Et, le feu me gagnant, d'une force imprbveue ,
» Je VIS UNE CHALOUPE & ME JETTAT DEDANS ;
» Mais , la cralouppe estant brisée ,
» Ma fuittb ne put pas aisée.
» J'enfonçay dans la Mer entre des mats rompus ; » Un grand froid m'y saisit , j'y demeuray perclus , » Et, sans un de mes gens qui me jetta la corde ,
» J'estois mort sans miséricorde.
» Il ME MIT dans un autre bord
» Ou je qiUS ENCOR ESTRB RICHE
» D'y trouver le Comte de Guiche
» Qui, Dieu merct, n'estoit pas mort. » Il parla fort encor de la grande victoire
Que gagnèrent les Holuindois ,
Mais j'en dis assez l'autre fois ;
Si quelqu'un en relit l'Histoire , Il verra que j'ay dit tout ce qu'il en faut croire. J'oubliay seulement qu'un Coureur Zelandois , Qui vit prés de Harwtts rentrer les Chefs Anglois
Avec le reste de leur monde ,
Dit avoir veu qu'à I'Amiral
Le Pavillon traînoit dans l'onde , D'où l'on juge la mort de Monk , leur General. Si l'on en croit Aiscu , prisonnier en Hollande ,
La certitude en sera grande ;
Il dit à Messieurs les Estats
Que, puisc|u'il l'avoit laissé prendre Sans estre à son signal accouru le défendre ,
Il estoit seur de son trespas,
Cela feroit pitié , Madame , D'entendre raconter au Chevauer Aiscu ,
Qui meurt de douleur en son ame ,
La &çon dont il fut vaincu.
Il pût dire un vers de Corneille :
« Que par fois l'un se brise ou l'autre s'est sauvé. >
Le pauvre Amiral a trouvé
Pour hiy l'aventure pareille.
Deux grands Vaisseaux moins mal-heureux
S'estoient rendus vers la Tamise
^^^ U Pkimcb Monaco.
'*M84<<# Et, sAiis^w Matblot qui mb PtUTA son Cnrorr mit di mot iAHs kbmbdb. [aide,
193 ^ Il trouTera dcdtns un moU Qp'en vint-il tous les jours quelque nduvta» mo- J'aurty ^ ce qu'il en fiiut croire, [noire,
iSg. — Du 1. Juillet i666 (Subught).
Par le mesme endroit dangereux
Qui fut la cause de sa prise , Et le sort en effet fut pour luy bien bourreau.
Son mal-heur est tres-remarquable
Qu'en pleine Mer un banc de sable
Long deux fois comme son Vaisseau
Ait pu Tarrester dans sa fuitte , Lorsqu'il n'avoit pas mesme une barque à sa suitte , Dans laquelle , faisant sauter son bord en l'air.
Il eut du moins pu s'en aller.
On a , dil-on , mené ce prisonnier de guerre
Dans le Chasteau de Lowestin ,
Jusques au jour que son Destin
Le pourra rendre à l'Angleterre.
Il n'y retournera , je croy, que par la Paix ,
Qu'on fera bien-tost , ou jamais.
Quelques Railleurs ont voulu rire En publiant que des Anglois , Comme pour nettover la Mer des Hollandois , Avoient mis des balais au cul de leur Navire ; Quelc^ue bien au'ils ayent réussi En mille & mille stratagèmes , Ils n'estoient pas si sots que d'apporter ainsi De quoy les bien fesser eux-mesmes.
Au reste , Monsieur de Rotter Demeure en Mer avec sa Flotte , Qui n'est point lasse d*en taster.
A l'heure que je parle , il trotte Et court à des exploits nouveaux Avec soixante autres Vaisseaux.
Je dirois bien encor qu'on preste Tout son argent fort volontiers
Et que dans les Estats on le jette à la teste Des trop fortunés chaipentiers Qui racommodent les Navires ; Que les Captifs n'en sont pas pires , Et sont nourris dans leur prison Comme Enfans de bonne Maison ;
Qu'on a pris le Bassa de Canou la Neuve ; Que ce Bassa tres-mal s'en treuve ,
Sa teste ayant esté portée autour du Camp ;
Que tous)ours sa Hautessb arme contre le Kam ; Qu'elle est toujours dans Andrinople ;
Que Monsieur de la Haye est dans Constanhnople
222 j1 L'ait arresté dedans sa fuitte.
224 A Où , disant tout sauter en l'air. 229 j4 Le rappelle dans l'Amolbtbru.
234 j1 de Hollandois.