Du 10. Juillet i666 (Robinet
330 Donna l'ordre, en Personne même , Pour établir leur Campement, Ce qui se fit si promptement Qu'on veid à l'instant mille Tantes, Dont plusieurs estoyent éclatantes ,
335 Former comme une Ville ou Bourg; Et , dessus le déclin du Jour, Ces Troupes firent trois décharges , Par Escadrons fort beaux & larges , Puis le Roy les veid défiler
330 Auparavant que s'en aller.
Le lendemain , ce digne Sire , Comme -on a daigné me l'écrire , Reprit ce Divertissement Et régala royalement Fles ,
335 Monsieur , Madame & maintes Bel- Qui , faisans un peu les Cruelles , Paressoyent là sous le Hamois Des Amazones d'autres-fois.
Ce fut au beau «milieu des Tantes
340 Que ces friandes Combatantes Trouvèrent dequoy festiner Et des mieux coUationner, Dans un gay Salon de Feuillée , Avec symmétrie assamblée
345 Par le fameux Vigarani , Et le Tout de Lustres garni.
Après la Chère grande & belle , On fit sonner le Boute-selle Et l'on revint toute la Nuit ,
350 Non pas sans doute à petit bruit , Au Camp que nôtre auguste Reyw e , Cette divine Souveraine , Avoit, pour donner son Cadeau , Fait faire aussi prés le Château.
355 Car, à la fin de la journée , Qui fut encore terminée Par l'Exercice Martial ^ Des mêmes Troupes à Cheval , Et qui se fit , pour l'amour d'Elle ,
360 Avec grande addressè & grand zélé , Ainsi que pour son beau Dauphin Qui mérite un amour sans fiii , Elle fit un si grand Régale A toute la Troupe Royale
365 Que Banquetans & Spectateurs Furent ensemble Admirateurs , Et dirent qu'après Chère telle Il falloit qu'on tirât l'échelle.
Je n'en veux nulement douter, 370 Et , sur ce , je m'en vais dater, A dessein de r'ouvrir ma Veine Pour ma belle Patronne, à l'Octave çro-
[chaine.
Le dixième Juillet ceci fut achevé Sans avoir grandement resvé.
A Paris, Chê^ F. Muguet , rue de U Harpe, aux trois Rois. Avec Privilège du Rojf,
(Biblioth. tut., U^, 33. Rés. — Biblioth. Maurine , 296, A>. — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 1 1803.)
LA MUSE DE LA COUR
[Pa« PERDOU de SUBLIGNY.]