‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 46 sur 247 · VIII' SEMAINE · texte numérisé non relu

VIII' SEMAINE

Du Jeudy quinzième Juillet 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Je ne vous vis pas Vendredy , Comme j'avois promis Jeudy, Car, j'eus beau vous dire & beau £aire , Vous voulûtes absolument Estre en personne au Campement Avecque le Roy vostre Père , Et j'en eusse parlé, je croy, A <^ui l'avoit veu mieux que moy ; Mais , après tout , que vous en semble ? Les gens du, Roy sont-ils çalans ? Et croyez vous que ces Vaillans, Estant neuf ou dix mille ensemble , Fussent capables d'estonner Ceux qui voudroient trop raisonner ?

A vous en dire avec franchise Et nettement ce que j'en crois , S'il s'agissoit d'une entreprise , Ils n'en feroient point à deux fois.

On m'a dit ce qu'ils observèrent Dans leurs Exercices divers Et l'ordre auquel ils se trouvèrent ,

Soit à FoNTAiNE-BLEAU , soit auprés de Trevers.

D'abord , un vray Dragon , dont l'audace est connue ,

A la teste de tous , occupoit l'avenue , Comme pour la garde du Camp , Et c'est Peguillin qu'on le nomme.

Je raisonnay fort sur le champ

Quand je sceus que c'étoit ce Maistre Gentilhomme , Et dis , au nom de Pequillin :

L'Adage n'est plus qu'une beste , Qui dit (^u'en queue est le venin :

Il est maintenant à la teste.

S'il sçavoit ce que j'ay dit là , Il seroit peut-estre en colère ; Mais dequoy serviroit cela ?

K pêrkai ùmtpUmunt VII. Semaine.

55 145. — Du i5. Juillet 1666 (Subugnt). 56

Je ne pretens pas luy déplaire :

Il n'est qu'un venin en effet , Et le plus dangereux que la Nature ait fait.

On se plaint dans quelques ruelles 40 Que quelques cœurs atteints en sont prests à mourir.

Et , SI l'Estat avoit à vanger des querelles , On en verroit encor nos Ennemis périr.

Mais passons. La Cavalerie

Qui sert à la Garde du Roy , 45 , Et qui seule est égale à soy,

Estoit sur une ligne, en posture aguerrie ;

Rien ne sentoit mieux la grandeur

D'un si redoutable Monarque.

La pom]>e , la taille , l'ardeur 50 De cent jeunes Seigneurs de marque.

Qui sont les Gardes de son Corps , Pour tous les Estrangers estoient de vrays trésors ;

Mais les Broilles , dit-on , entr'autres

Y paroissoient superbement.

55 Les vites-vous , Dauphin charmant ?

Toujours ceux de leur race ont secondé les Nostres ,

Et je croy bien , entre nous deux ,

Qu'on fera quelque chose d'eux.

Ce beau Monde avoit bonne grâce 60 A camper avec la cuirace ,

Et c'estoit un objet fort beau

Que de voir tant d'Illustres Gardes

Avec les diverses coquardes

Qu'ils portoient tous à leur chappeau.

65 On m'a rapporté que les Tentes ,

Toutes de diverses façons , Estoient de la couleur des plumes différentes

Qui distinguoient les Escadrons ;

Qu'elles estoient fort bien rangées 70 Et la pluspart bien ouvragées ;

Que la Tente du Roy, toute pleine au dedans

De bijoux & de broderie ,

Avoit esté prise en Hongrie

Sur un Bassa des Ottomans , 75 Et que son Altesse Royale

En avoit une encor qui n'avoit point d'égale.

Pour la vostre aussi , Monseigneur ,

Vous pûtes vous en faire honneur ,

Car, comme vous estiez tres-leste , 80 Je croy que sou éclat a deu répondre au reste.

Une Tente servoit à deux communément , Assez souvent à trois , à (quatre rarement ; Et chacun à ses frais faisoit son tripotage

Et faisoit aller au Fourage.

85 Que j'aurois eu là de plaisir

De me voir au nombre des Belles

5a ^ estoient li de vrais sorts. 1 67 W Et toutes de couleur des plumes différentes.

53 A Msis les Broouo. — 66 ^ Estoient de. | 76 ^ C encore.

ff 143. — Du iS. Juillet 1666 (SuBUGKT). 5S

Que Loms armt sceu choisir, Pour aller au Camp arec Elles 1 Si j'eusse eu sur vous ce pouvoir, 90 Si j'avois un Amant comme il faudroit qm j'eusse ,

J*aurois esté par tout , vous m'eussiez fait tout voir. Et rien ne se feroit , Paincb , que je n'y fusse* On n'avoit pas dreué cle Fort, Et le bruit en couroit à tort ; 95 Seulement , pour plaire à la Rbuie

Qui voulut voir un Campement , Le Roy, qui vit qu'un armement Ne se tiendroit par là que d'autant en haleine. Fit mettre tout son Monde en ordre de combat 110 Devant cette Reine admirable ,

Et c'est ce qu'en luv seul on trouve incomparable Que jusqu'en ses plaisirs il pense à son Estât. Il fit au beau Sexe un regale Dans la campagne de Trevbrs , 10$ Sous de riants feuillages vers

Qu'on avoit adjustez en Sale , Et puis il hasta son retour , Le lendemain matin , dés la pointe du jour. Mais on dit que , piquant cent pas devant ces Belles no Qui voyoient défiler les Trouppes après Elles ,

Sans soucy de se voir mouiller , A cheval (|u'il estoit marchant en diligence , Il tmt un Conseil d'importance Avecque Monsieur le Tellier.

11; Hélas I on a tout sceu , mon Pkhhce ,

On en a deviné fort bien le résultat , Et l'on s'en va sçavoir de Province en Province Qu'il veut du Monde entier ne faire qu'un Estât. fapprens d'une Nimphe gue j aime I» Que vous n'allastes pas au premier Campement ,

Mais en revanche aussi vous fustes doublement A celuy ^ue l'on fit dans Fontaine-Bleau mesme. Rien n'estoit si charmant que vous :

Vous aviez endossé les armes , nj Vous portiez un Buffle dessous

Et vous marchiez ainsi , suivy de vos Gens-d'armes ,

Monté sur un cheval encor A housse d'écarlatte & {presque toute d'or. De plaisir je serois pasmée 130 En vous voyant dans cet estât ,

Et sur tout vous m'eussiez charmée A vous voir saluer nostre grand Potentat, Car vous le fistes de l'espée Mieux que n'auroit âdt un Pompée.

'n On admira vos gens de l'un à l'autre bout ,

Et vos Chevaux-Légers sur-tout.

Que dittes vous de la Recreue Qu'en a fait Monsieur de Louvoy ?

^^kpMwu. I 104^ Dedans la plaine.

59 14^* — Du i5. Juillet 1666 (Subught). 60

Ces GROSSES BARBES là me donnent de l'ef&oy ;

140 Je sens à leur portrait mon ame toute émue : ^

Où les avoit-il peschez tous

Si fort égaux en taille , en mine ?

Il n'en est jpas un d'eux qui ne soit plein de cous

Et dont le regard n'extermine.

145 Quand on les voit comme cela ,

Toussans ferme & marchants d'un air fier à l'extrême • Il n'est qui (jue ce soit qui ne dise en soy-mesme Qu'on ne fait pas souvent la barbe à ces gens-là. Rien n'estoit^en effet plus terrible & plus leste 150 Que leurs chevaux pareils , leurs buffles & le reste.

Du soin du Marquis de Louvoy

L'on ne pouvoit pas mieux attendre , C'est son fait de choisir de bons Soldats au Rot ,

Et ceux ^u'il donne , on les peut prendre. 155 Je croirois trop vous ennuyer

Si j'en disois autant du reste :

Tout estoit beau , tout estoit leste ,

Et tout ne se pouvoit payer.

Parlons maintenant de la guerre.

160 On me donne avis d' Angleterre

Que MoNK est mort certainement.

D'autant (|ue depuis sa déroute Il ne paroist aucunement ; Mais ce # d'autant que > là fait enfin que j'en doute. 165 Ces Peuples sont bastis d'une estrange façon

Et , dés qu'ils ont en fantaisie Quelque ridicule soupçon , Il leur dure autant que la vie.

Parce au'on leur deffend de visiter le Port, 170 ils veulent que tout y soit mort ,

Et je pense , Dieu me pardonne , Que , s'il leur revenoit une pauvre personne De ceux que leur soupçon croit estre anéantis , Dans leur bisarrerie extrême , 175 Pour n'en estre pas démentis ,

Ils la tueroient de leurs mains mesme.

On sçait enfin , SeigKKur , que nos braves Soldats , Dans l'IsLE saint Christophe , ont mis I'Anglois à bas. Comme depuis la guerre ils faisoient sentinelle , 180 Si-tost qu'ils sceurent la Nouvelle

Des ordres qu'avoient les Anglois D'y massacrer tous les François , Ces derniers s'eschauffans la bile • Au Conseil il fut arresté 185 Que l'on mettroit par toute I'Isle

141 Â BC ÀToiM'il. — 15a A moins. 1 De ceux que leur soupçon croit estre anéantis, 158 ^ Et ne se pouvoit pas payer. 1 Qji'en leur bisarerie extrême. 172-174^ S'ils revoyaient quelque personne | 177^ On sçait enfin que nos Soldats.

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