VIII' SEMAINE
Du Jeudy quinzième Juillet 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Je ne vous vis pas Vendredy , Comme j'avois promis Jeudy, Car, j'eus beau vous dire & beau £aire , Vous voulûtes absolument Estre en personne au Campement Avecque le Roy vostre Père , Et j'en eusse parlé, je croy, A <^ui l'avoit veu mieux que moy ; Mais , après tout , que vous en semble ? Les gens du, Roy sont-ils çalans ? Et croyez vous que ces Vaillans, Estant neuf ou dix mille ensemble , Fussent capables d'estonner Ceux qui voudroient trop raisonner ?
A vous en dire avec franchise Et nettement ce que j'en crois , S'il s'agissoit d'une entreprise , Ils n'en feroient point à deux fois.
On m'a dit ce qu'ils observèrent Dans leurs Exercices divers Et l'ordre auquel ils se trouvèrent ,
Soit à FoNTAiNE-BLEAU , soit auprés de Trevers.
D'abord , un vray Dragon , dont l'audace est connue ,
A la teste de tous , occupoit l'avenue , Comme pour la garde du Camp , Et c'est Peguillin qu'on le nomme.
Je raisonnay fort sur le champ
Quand je sceus que c'étoit ce Maistre Gentilhomme , Et dis , au nom de Pequillin :
L'Adage n'est plus qu'une beste , Qui dit (^u'en queue est le venin :
Il est maintenant à la teste.
S'il sçavoit ce que j'ay dit là , Il seroit peut-estre en colère ; Mais dequoy serviroit cela ?
K pêrkai ùmtpUmunt VII. Semaine.
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Je ne pretens pas luy déplaire :
Il n'est qu'un venin en effet , Et le plus dangereux que la Nature ait fait.
On se plaint dans quelques ruelles 40 Que quelques cœurs atteints en sont prests à mourir.
Et , SI l'Estat avoit à vanger des querelles , On en verroit encor nos Ennemis périr.
Mais passons. La Cavalerie
Qui sert à la Garde du Roy , 45 , Et qui seule est égale à soy,
Estoit sur une ligne, en posture aguerrie ;
Rien ne sentoit mieux la grandeur
D'un si redoutable Monarque.
La pom]>e , la taille , l'ardeur 50 De cent jeunes Seigneurs de marque.
Qui sont les Gardes de son Corps , Pour tous les Estrangers estoient de vrays trésors ;
Mais les Broilles , dit-on , entr'autres
Y paroissoient superbement.
55 Les vites-vous , Dauphin charmant ?
Toujours ceux de leur race ont secondé les Nostres ,
Et je croy bien , entre nous deux ,
Qu'on fera quelque chose d'eux.
Ce beau Monde avoit bonne grâce 60 A camper avec la cuirace ,
Et c'estoit un objet fort beau
Que de voir tant d'Illustres Gardes
Avec les diverses coquardes
Qu'ils portoient tous à leur chappeau.
65 On m'a rapporté que les Tentes ,
Toutes de diverses façons , Estoient de la couleur des plumes différentes
Qui distinguoient les Escadrons ;
Qu'elles estoient fort bien rangées 70 Et la pluspart bien ouvragées ;
Que la Tente du Roy, toute pleine au dedans
De bijoux & de broderie ,
Avoit esté prise en Hongrie
Sur un Bassa des Ottomans , 75 Et que son Altesse Royale
En avoit une encor qui n'avoit point d'égale.
Pour la vostre aussi , Monseigneur ,
Vous pûtes vous en faire honneur ,
Car, comme vous estiez tres-leste , 80 Je croy que sou éclat a deu répondre au reste.
Une Tente servoit à deux communément , Assez souvent à trois , à (quatre rarement ; Et chacun à ses frais faisoit son tripotage
Et faisoit aller au Fourage.
85 Que j'aurois eu là de plaisir
De me voir au nombre des Belles
5a ^ estoient li de vrais sorts. 1 67 W Et toutes de couleur des plumes différentes.
53 A Msis les Broouo. — 66 ^ Estoient de. | 76 ^ C encore.
ff 143. — Du iS. Juillet 1666 (SuBUGKT). 5S
Que Loms armt sceu choisir, Pour aller au Camp arec Elles 1 Si j'eusse eu sur vous ce pouvoir, 90 Si j'avois un Amant comme il faudroit qm j'eusse ,
J*aurois esté par tout , vous m'eussiez fait tout voir. Et rien ne se feroit , Paincb , que je n'y fusse* On n'avoit pas dreué cle Fort, Et le bruit en couroit à tort ; 95 Seulement , pour plaire à la Rbuie
Qui voulut voir un Campement , Le Roy, qui vit qu'un armement Ne se tiendroit par là que d'autant en haleine. Fit mettre tout son Monde en ordre de combat 110 Devant cette Reine admirable ,
Et c'est ce qu'en luv seul on trouve incomparable Que jusqu'en ses plaisirs il pense à son Estât. Il fit au beau Sexe un regale Dans la campagne de Trevbrs , 10$ Sous de riants feuillages vers
Qu'on avoit adjustez en Sale , Et puis il hasta son retour , Le lendemain matin , dés la pointe du jour. Mais on dit que , piquant cent pas devant ces Belles no Qui voyoient défiler les Trouppes après Elles ,
Sans soucy de se voir mouiller , A cheval (|u'il estoit marchant en diligence , Il tmt un Conseil d'importance Avecque Monsieur le Tellier.
11; Hélas I on a tout sceu , mon Pkhhce ,
On en a deviné fort bien le résultat , Et l'on s'en va sçavoir de Province en Province Qu'il veut du Monde entier ne faire qu'un Estât. fapprens d'une Nimphe gue j aime I» Que vous n'allastes pas au premier Campement ,
Mais en revanche aussi vous fustes doublement A celuy ^ue l'on fit dans Fontaine-Bleau mesme. Rien n'estoit si charmant que vous :
Vous aviez endossé les armes , nj Vous portiez un Buffle dessous
Et vous marchiez ainsi , suivy de vos Gens-d'armes ,
Monté sur un cheval encor A housse d'écarlatte & {presque toute d'or. De plaisir je serois pasmée 130 En vous voyant dans cet estât ,
Et sur tout vous m'eussiez charmée A vous voir saluer nostre grand Potentat, Car vous le fistes de l'espée Mieux que n'auroit âdt un Pompée.
'n On admira vos gens de l'un à l'autre bout ,
Et vos Chevaux-Légers sur-tout.
Que dittes vous de la Recreue Qu'en a fait Monsieur de Louvoy ?
^^kpMwu. I 104^ Dedans la plaine.
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Ces GROSSES BARBES là me donnent de l'ef&oy ;
140 Je sens à leur portrait mon ame toute émue : ^
Où les avoit-il peschez tous
Si fort égaux en taille , en mine ?
Il n'en est jpas un d'eux qui ne soit plein de cous
Et dont le regard n'extermine.
145 Quand on les voit comme cela ,
Toussans ferme & marchants d'un air fier à l'extrême • Il n'est qui (jue ce soit qui ne dise en soy-mesme Qu'on ne fait pas souvent la barbe à ces gens-là. Rien n'estoit^en effet plus terrible & plus leste 150 Que leurs chevaux pareils , leurs buffles & le reste.
Du soin du Marquis de Louvoy
L'on ne pouvoit pas mieux attendre , C'est son fait de choisir de bons Soldats au Rot ,
Et ceux ^u'il donne , on les peut prendre. 155 Je croirois trop vous ennuyer
Si j'en disois autant du reste :
Tout estoit beau , tout estoit leste ,
Et tout ne se pouvoit payer.
Parlons maintenant de la guerre.
160 On me donne avis d' Angleterre
Que MoNK est mort certainement.
D'autant (|ue depuis sa déroute Il ne paroist aucunement ; Mais ce # d'autant que > là fait enfin que j'en doute. 165 Ces Peuples sont bastis d'une estrange façon
Et , dés qu'ils ont en fantaisie Quelque ridicule soupçon , Il leur dure autant que la vie.
Parce au'on leur deffend de visiter le Port, 170 ils veulent que tout y soit mort ,
Et je pense , Dieu me pardonne , Que , s'il leur revenoit une pauvre personne De ceux que leur soupçon croit estre anéantis , Dans leur bisarrerie extrême , 175 Pour n'en estre pas démentis ,
Ils la tueroient de leurs mains mesme.
On sçait enfin , SeigKKur , que nos braves Soldats , Dans l'IsLE saint Christophe , ont mis I'Anglois à bas. Comme depuis la guerre ils faisoient sentinelle , 180 Si-tost qu'ils sceurent la Nouvelle
Des ordres qu'avoient les Anglois D'y massacrer tous les François , Ces derniers s'eschauffans la bile • Au Conseil il fut arresté 185 Que l'on mettroit par toute I'Isle
141 Â BC ÀToiM'il. — 15a A moins. 1 De ceux que leur soupçon croit estre anéantis, 158 ^ Et ne se pouvoit pas payer. 1 Qji'en leur bisarerie extrême. 172-174^ S'ils revoyaient quelque personne | 177^ On sçait enfin que nos Soldats.