‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 54 sur 247 · Du 35. Juillet 1666 (Matolas · texte numérisé non relu

Du 35. Juillet 1666 (Matolas

Le lendemain , cette Ezcélence , Avec grande magnificence ,

145 Entra dans la belle Cité Où prézide Sa Sainteté , Dans le Carosse dia&ne Du Très-Grand Duc de Bracciane , Et les Cardinaux Ursini,^

ISO Antoine, Retz, Maldachini, Dans le susdit char se trouvèrent , Civilement l'acompagnérent .

Jouyssans de son entre^en , Jusqu'au Palais Farnézien ,

155 Où pluzieurs Personnes allèrent Et a abord le complimentèrent De la part du Pape susdit , A quoy fort bien il répondit ; Ce qui marque bien aue la France

160 Et Kome sont d'intelligence.

Vous trouverez icy d'abord , Que Monsieur Catelan est mort.

DTorck la Royale Duchesse A fait un Prince avec liesse.

165 Plus que jamais , les Suédois Sont d'acord avec les François , Car qui toque l'un , toque l'autre.

Pour leur plaizir & pour le nôtre, Nouveau Traité fiit , l'autre-jour,

170 Renouvelé par nôtre Cour, De sorte que , si l'Angleterre Avoit pensé qu'icelle Terre Seroit fort dans son intérêt , Elle se méprend , s'il luy plaît ,

.75 Et peut , suivant ce que l'on conte , Le rayer de dessus son compte.

La Reine Christine à Hambour Fera peut-être long séjour.

Ardante & rude fièvre tierce , 180 Dont je hays fort le commerce , Pourquoy faut-il que ton ardeur Mal-à-propos trouble le cœur De la nouvelle Impératrice ?

C'est uzer de trop de malice , i%5 Au point de son^ebarquement ,

148 trtê i$t supfiii.

De cauzer son retardement , Et la conduire dans Valance , Ou quelqu'autre lieu de plaizance , Pour respirer un air plus sain

190 Que celuy du bord I)énien.

Amour seul , au lieu de ta flfime , Devoit echaufer sa belle Ame.

Lors-que l'Empereur le sçaura , De regret je croy qu'il moura,

195 Si sa prompte convalêcence Ne r'anime son espérance.

Ceux d'Alger sont bien avec nous.

Et députent deux Chiaoux Vers Sa Majesté Très-Chrêtienne ,

300 Qui par-tout la paix nous moyenne.

Mais , pour plus grande sûreté De leur bonne fidélité , Us amènent vingt-&-cinq Dames , Soient honnêtes Filles ou Femmes ,

305 Que le destin trop inhumain Avoit fait tomber en leur main , Avec serment , avec promesse De nous rendre avec allégresse Les autres que l'hostilité

a 10 Retenoit en captivité ,

Jeuftes , vieilles , laides ou belles.

Mais, rompant leurs chaînes cruelles.

Quelque (Japtive, à l'œil vainqueur.

Peut-être enchaînera maint cœur,

315 Et , sortant de son esclavage , En métra bien dans le servage.

Je déclare fort franchement Que Monsieur l'Abbé Talemant , Qui n'a pas moins d'intelligence

230 Que de génie & d'éloquence ,

Au Calvaire , Jeudy dernier, ^^

Fit son Sermon , le beau premier, A l'honneur de la Madelaine ; Et , l'Eçlize étant toute plaine

335 De son illustre parenté Et Personnes de qualité , On trouva qu'il fit des merveilles , Charma les cœurs & les oreilles , Tant par sa belle expression

330 Que grâce & modération.

Madame D'Orléans Douairière Y tenoit la place première ; L'écoutant atentivement , Elle le loua hautement.

149* — I>u a5. Juillet 1666 (Matolas).

2j5Cliacim voit, par ce qu'il sçait fiûre , Qu'il est digne Fils de son Père ; S'il ravit au premier discours , Que fiera-t'il dans quelques jours ?

J'aprens, d'un noble Major-dôme, 14» Que le puissant Duc de Vandôme Chemine fidrt diligemment Vers son vaste Gouvernement , Où sa prézence est beaucoup chère Et peut-être aussi nécessaire.

^45 Princesse, quand d'honnêtes-gens»

Non moins habiles qu'obligeans , Me viennent conjurer de métré Quelques articles dans ma Lettre , Soit vieux ou nouveaux, sans délais

250 Et sans intérêt je le iais.

Ecrit la veille de S. Jacques , Justement trois mois après Pasqubs.

A Paris, Ckê^ Ch. Ckmumlt, iw^. à Lib., aux Armis du Kcy, rutitla Huchitte. Avec Priv. éU Sa M,

(Bîblîotfa. de rAraenal, B. L. 1 1800. — Biblioth. de M. le btron James de Rothachild, — Ce dernier exemplaire porte la date du 17 juillet et les adresses suivantes : À Paris, Ckê^ Ch, Ckmumlt, Imp. & Ub,, aux Apim dm Rcy, rm de la HnckitU, Avêc Priv. d€ Sa Majesté. Et à Lfon, Chi^ M. MaOtavet, à S. Thomas d^Aqam,)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Chaelis ROBINET.]

Du 25. Juillet 1666.

Demain , dit-on, ou dés ce Jour,

I^ Royale & brillante Altesse

Pour qui je fais rouller la Presse

Doit arriver en ce Séjour.

O Dieux , l'agréable Nouvelle I

Je n'en sçay point une plus belle ,

Ni que j'aye aussi plus à cœur.

Je verray ma granae Patronne • Dont le Nom de TOubly rendra le mien vainqueur ! Ah 1 c'est un heur pour moy plus cher qu'une Couronne.

Taschons donc de bien régaler

Cette Héroïne merveilleuse ,

Et qu'en vain la plua orgueilleuse

Prétendroit pouvoir égaler.

Muse , prenez un gai visage , '

Mettez tout, vous dis-je, en usage

Afin de plaire à ses beaux Yeux ,

Et faites si bien qu'elle voye Que , lors que vous sentez leur approche en ces lieux , Vous n'en avez pas moins qu'un noble excez de joye.

i5o. — Du 25. Juillet 1666 (Robinet).

On doit tenir ce qu'on promet , Alors que l'Honneur le permet.

Or , aujourd'huy, bien d'avantage , La Piété mesme m'engaçe

35 A tenir ce que j'ay promis Ces jours derniers , sbmbl & bis.

Je m*en vais donc y satisfaire Puisque la chose est nécessaire , Et voici , Lecteur, ce que c'est ;

30 Daignez le lire , s'il vous plaît.

Le Mercredi pénultième Et de ce mois le quatorzième , Au Grand Convent des Cordeliers , Qui vivent en bons Réguliers ,

'35 Dans leur vaste & belle Clôture, On fit de Saint Bonnaventurb, Avec éclat & pieté , La célèbre Solennité.

Un Acte de Théologie ,

40 Non pas sans beaucoup d'énergie ,

Y fut , ledit jour, soutenu Selon son divin Contenu ,

Qui n'ètoit pas un Sujet mince , Et les Pérès de la Province 45 Qui de ce Saint portent le nom

Y présidèrent , ce dit-on.

La Compagnie estoit illustre ,

Et de Prélats d'un très-grand lustre, De Philosophes , d'Orateurs ,

50 Et sur tout d' Abbez & Docteurs De la Maison de la Sorbonne , Qui certe en tels Hommes foisonne Et reçoit , pour maintes raisons , Ce Saint au rang de ses Patrons ,

55 Ayant mesme , autresfois, chez elle (Voyez donc si juste est son zèle) Pris le cher Bonnet de Docteur.

Au surplus , un digne Orateur , S'il en fut jamais un au Monde ,

60 Et dont l'Eloquence féconde Lui trace à la Gloire un chemin , JasQitd A sçavoir le Père Semin , Fit l'Eloge , d'une manière Qui ravit l'Assistance entière ,

65 Car on ne pouvoit Éaire mieux , Et six fois cent Religieux , De divers Ordres , s'y trouvèrent , Qui tous en extase admirèrent , Avec le reste du Concours ,

70 Un si docte & si beau Discours.

Dès long-temps, du conte on vous De la noble Infante de Perse, [berce Que l'on voit en cette Cité , Sans qu'aucun vous ait récité

7^ Cette curieuse Avanture ; Mais je vais, dans mon Ecriture »

En faire la narration , Dessus la Déposition De cette excellente Pucelle ,

80 Ainsi qu'Historien fidelle.

Chut, donc, car. je commance ici De vous narrer l'Histoire ainsi :

De PisE certain Gentilhomme , Lequel Nicolini se nomme ,

85 S'estant pour un meurtre esquivé Et chez le Persien sauvé, Comme il avoit , hors cette tare , Les qualitez d'un Homme rare , Ayant des Lettres & du cœur ,

90 On l'y choisit pour Gouverneur Des propres Fils du Roy de Perse , Sans concurrance ni traverse ; Ainsi la Fortune , en ce jour, Fit son coup , mais voici TAmour.

95 Dans les yeux de la Gouvernante De nôtre Persienne Infante En un tel point il s'embrasa Et fit si bien qu'il l'épousa , Et , dans son amoureuse jrvresse •

100 II l'enlevé avec la Princesse Qui n'avoit encor que trois ans , Et tous ses joyaux & carquans.

AiQsi , tout transporté de joye.

Il marche , avec si belle Proye,

105 Dix jours & dix nuits par les Bois , Bien plus viste qu'en Taupinois , Afin de dérober sa Fuite A la plus exacte Poursuite.

Il s'embarque après sur la Mer

1 10 Qui lors , ne montrant rien d'amer, Sembloit à la jeune Héroïne Faire carresse & bonne mine , S'humiliant sous le Vaisseau Lequel luy servoit de Berceau ,

1 15 Et n'admettant , dans son empire , De tous les vents , que le zèphire Pour aider l'Art des Matelots A la conduire sur ses Flots.

Mais, bien-tost, de maussades Hères,

lao Ecumeurs Turcains & Corsaires , Suivant les Décrets du Destin , En vinrent faire leur Butin.

Ml

i5o. «« Du 25. Juillet 1666 (Robinet).

A deux mois de là, Ceux de Malthe, Les ayans contrains de £ûre halte ,

195 Reprirent ce c[u'ils avoient pris , Et ^ pour un je ne sçay quel prix ,

* A des Napoutains cédèrent La Princesse qu'ils enlevèrent.

Laissans aller ses Ravisseurs , iji Dignes des Foudres punisseurs.

Or, ceux-ci , l'ayant recouvrée , Ils la firent . chose asseurée , AViENNB christianiser, On, pour mieux dire , baptiser ;

135 Et ce fut rEMPEREUx lui-même Qui dessus les Fonts de Baptême La nomma certe dignement Et tout à fait royalement , Lui donnant le nom triple & riche

140 De VALÉftE- Auguste-d'Austriche.

Alors , ses Parens putati6 fParens pour Elle bien chétîfs ! ) En Hongrie la transportèrent , Et cinq ans mesme y demeurèrent,

145 Chez le Duc Picolomini ; Mais , le susdit terme fini , La Parque, fort exterminante , Extermina la Gouvernante , Qui lors à TInpante s'ouvrif

150 Et tout son Sort lui découvrit.

Ce que pût donc cette Princesse,

2;^ En une si tendre jeunesse ;

». Put de se jetter , à Presbouro , Dans un religieux Séjour ;

r55Mûs, comme la Supérieure Mourut , pour elle à la mal-heure , Et NicouNi mesme aussi , Sans s'abandonner au souci D'une Ame rempante & vulgaire , jioSe sentant un cœur militaire , Un beau jour, dessous nôtre habit.

Dont toujours on la travestit , EUe prit la route d'EsPAGNE , Pour y faire quelque Campagne.

i^Mais , y manquant d'occasion , Elle changea de Région , Ayant été là deux années , Et nos Daines les Destinées L'entraînèrent en Portugal, rjiOd , d'un cœur vaillant & royal , EOe Ëitigua ses doux charmes , Dix-huit mois entiers , sous les Ar- Faisant le belliqueux Métier [mes , Comme le plus fameux Guerrier.

i;5Ensuîte . elle veîd I'Itaue ,

VéalUans

Et , saos qu'ici rien j'en oublie ,

Servit ces grands Répubucains

Qui font enrager les Turcains.

Maïs quoi I cette Race infidelle 180 Fit derechef son Butin d'Elle ,

L'ayant, par un cruel méchef ,

Navrée à la main , voire au chef»

Et chez cette Engeance chétive

L'Héroïne un an fut captive , 185 Tant que de généreux (Chrétiens

La tirèrent de leurs liens.

Elle vint lors devant Pavie ,

Par une belle & noble envie

De s'y signaler bravement , 190 Ce qu'elle fit, non pas vraiment

Sans des blesseures glorieuses,

Aussi bien que tres-angoisseuses ,

A la Cuisse , à la Jambs , au Bras ,

Tousendrois, je croi , plein d'appas.

195 Puis elle veid (toujours en Homme),

Encor Venise , Gène & Rome ,

Et là (Dieux I quel injuste Sort ,

Et qu'en pareil cas il a tort 1 )

Cette rare & jeune Amazone , aoo Qu'on devoit servir sur un Trône ,

Ses Inférieures servit ;

à VtntM , «iDe sarrH dBox us 1b «cnon AogeU SagnU ; à Oeima , deax ans auMi , la 9cnora Maria aSoMà , et, à Roma . aUa tot doaz Bola anpiaa la DaohQBaa SaveUi, qal lay donna de qnoy niie loi son voyage.

Mais enfin, elle se rendit ,

Au mois de May , dans cette Ville , ^•^

A présent donc le cher Azilb

205 De deux fameux Infortunez Que la Fortune a détrônez , Sçavoir, cette Persienne illustre , Qui n'est qu'en son cinquième lus- Et le brave Prince Otoman ; [tre,

a 10 Dont l'on pourroit sortablement Un digne Mariage faire , Si celuy-ci n'estoit pas Père ; o c

Car un Sort dur & rigoureux D'un mesme air les traite tous deux.

Jacobin

215 De Madrid court une nouvelle Qui , las I mettra bien en cervelle Nôtre amoureux Impérator.

Il ne tient pas TInfante encor :

Non , car certaine Tierce Fièvre ,

220 Qui dans son beau sang fait la miè* La tient à Dénia , dit-on , fvre ,

Ce qui, pour tous deux, n'est pas bon.

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i5o. — Du aS. Juillet 1666 (R(»inbt].

Les Portugais , vers Atamonte , N'ont pas des mieux trouvé leur

[compte , 325 ^^ i^ Tavois fort bien prédit.

Un si brusque accueil on leur fit • Qu'aussi-tost ils se retirèrent De ce Lieu, qu'ils s'en approchèrent.

Les Anglois & les Holandois - S30 S'apprêtent à nouveaux Explois ; Mais on m'a dit que la Suéde

g^iEu veuille que cela succède 1) e mesle de les desarmer Et de les porter à s'aimer a35 Comme bons Voisins & Confrères.

Si je VOIS clair dans les Affaires , Nous serons moitié de l'Accord , Et j'en seray joyeux bien fort.

A LoNDRE on a grande alaigresse , ^o Car dToRK la belle Duchesse A mis n'aguére au Monde un Fils , Heureusement , à jour préfix.

Pourquoi sa Belle-Sœur, la Reyne, Ne prend-elle pas même peine ?

245 Ce Frutt d' Hymen seroit bien doux Et pour Elle & pour son Epoux , Et, certainement, elle est d'âge A prendre là dessus courage :

Nature point ne luy défaut ; 350 Mais , si par hazard il lui faut , En ce cas , donner quelque Emule , Le voici , sans nul Fréambule.

On m'écrit , & c'est de Dordrech,

8 'un Tronc de nerfe & d'os tout sec, ne Femelle Octogénaire ,

"" Ayant repris goust au Mystère , A si noblement opéré Que , malgré Nature ou bon gré , Avant les trois quarts d'une Année ,

a6o Cette Amoureuse surannée A mis en lumière un Garçon , Tel qu'il seroit de la fiiçon De quelque Epouse printanniére.

Qui commance à prendre carrière.

265 Or, pour dire la vérité , Une telle Fécondité Condamne l'oisive Nature En toute jeune Créature , Et je prétend luy faire voir

270 En cet Exemple son devoir.

Un Ambassadeur de Pologne , Que l'on dit avoir bonne trogne , Est au Climat de nôtre Cour , Et je croi qu'il doit , en ce jour , 275 Y faire une moult belle Entrée , Qui par nous sera bien narrée.

A présent , trêve de caquet ; Je m en vais fermer mon Paquet.

Deux jours après la Madelaine 280 Je fis cette Epître assez pleine.

Ghai

Poj

j4 Paris, Chi^ F, Muguti, rue de la Harpe , aux trots Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Maurine, 296. A^. — Biblioth. de l'Artenal, B. L. 11802.)

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LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU db SUBLIGNY.]

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