‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 56 sur 247 · A MaU qo*importe ? il sçait son affaire · texte numérisé non relu

A MaU qo*importe ? il sçait son affaire

Et n'est pas un Princb ordinaire.

Jamais, quand un Hbkos comme luy tient son rang, L41 Couronne ne manque à tous ceui de son sang.

107 ^^^* — ^ ^9* J^ûllet 1666 (Subuont). io8

30 Une nouvelle qui fût rire

Les ennemis de nos Estats !

Apres qu'en cent £uneux combats Le grand Comte d'Haroourt a conservé sa vie , Le grand Comte D'HiLROOURT est mort d'ApponjsxiB. 35 La mort, qui ne Festonna pas

Et qui devant sts yeux n'osoit jamais paroistre Que quand elle partoit de grands cous de son bras , N'osa le prendre aussi qu'en traistre.

C'estoit rinevitable sort 40 De celuy qui cent fois a fait trembler la terre ,

Et qu'on reconnoissoit pour un Foudre de guerre , De faire encor peur à la Mort.

Laissons en parler nos Histoires , Et disons de luy seulement .

45 Qu'if va porter au Jugement

Moins de péchez que de Viaoires.

On dit aussi que Biscàras En mesme jour passa le pas.

Peut-estre que je vous estonne 50 * De vous dire ainsi qu'il est mort ?

Mais je vous avertis d'abort Que je n'ayme à tuer p^isonne Et que rien ne m oblige à le fiaire mourir , ^

Si la fièvre en son lict ne l'a pas ûdt périr. 55 Vous , aue chaque jour l'on révère

Et que Von va voir chaque jour Apres qu'on a paru chez le Roy Vostre Père , Vous pourrez vdir s'il manque à vous faire sa Cour. Mais , s'il est mort de fièvre chaude , 60 Comme m'a dit un Raisonneur ,

La Mort , qui l'a surpris ailleurs qu'au lit d'honneur. N'est • sur ma iby, qu'une Maraude.

Si , comme je le croy, vous estes curieux De sçavoir ce que fait le Comte de VnroNNE , 65 II fait le Diable à quatre & donne

Sur tout ce qui s'offre à ses yeux.

Encore , depuis peu , sa valeur fortunée Trouva , fort à oropos, quatre Vaisseaux Anglois Dans la Mer Méditerranée, 70 Qu'à la âiveur d'un calme il prit tous à la fois.

Avec un peu de temps , nous en apprendrons d'autres , Car, de toute façon , personne, chez autruy.

Quand on a ^erre avec les Nôtres , Ne cueille des Lauriers plus grassement que luy.

75 J'apprens une galanterie

^9A A U fin Dc l*a prit qu'en trtiitre. | 75 galtntrie.

41 j1 11 estoit d'un Foudre-de^guerre.

u) i5i. — Du ag. Juillet 1666 (Subugny). 110

Qu*a fiûte MoNsiBim de Munster ,

Qui lûerite qu'on la publie ,

Et que je vay vous raconter.

Cet EvESQUE , durant ses guerres , lo Avoit pris , dans quelques combats

Qui s'estoient donnez sur ses terres

Quelques OfiSders des Estats ,

Et , comme , par faveur tres-grande , U eut dit à l'un d'eux » dont Brasser est le nom , I) Qu'il pouvoit choisir sa prison

Et qu'en riant ce Chef eut choisi la Hollande ,

Il le renvoya sans rançon , A la charge pourtant qu'après quelques semaines

Il viendroit reprendre ses chaînes.

90 Pendant ce temps , on fit la Paix ;

Mais , quoy que l'on cessast d'ensanglanter la Terre , Les contraires partis n'estans pas satisfaits , On y retint encor les prisonniers de guerre. Ainsi dy retourner Brasser fut obligé , 9$ Suivant qu'il s'estoit engagé ;

U le fit , & sa Destinée , Luy faisant rencontrer ce Prince en son chemin , Pour prix d'avoir tenu sa parole donnée . U en revint encor les presens à la main, iflo Cet effet n'est pas ordinaire ,

Et% lorsque ce Prélat dans son Camp se trouvoit , On avoit bien raison de dire qu'il sçavoit

Autre chose que son Bréviaire.

Naples ne se peignit pas mal w$ Quand il prit autrefois un cheval pour ses Armes :

Il est en effet , un Cheval Pour qui le frein n'a point de charmes , Car ses peuples à tous momens , T font de nouveaux remuemens.

«» Mais d'où peut en venir la faute ?

Elst-ce que l'on luy tient la bride un peu trop haute? L'Espagnol est pourtant assez bon Escuyer

Et ne sçait pas mal son mestier.

Ah I Prince , si Loms en faisoit le manège , "5 Loin d'en porter la charge avecque de l'ennuy,

Ce grand Cheval , tout nier d'un si beau Privilège , N'iroit qu'à courbettes sous luy.

Par Lettre del'ABBé-DES-RocHEs , J'apprens qu'ayant sceu les approches UB De Chaulnbs , nostre Ambassadeur ,

Le Cardinal Antoine . avec un Equipage

Ml A kfoh dans de petits combats 1 88-89 A Et galamment pour sii semaines

Fait prbonnier, dessus ses terres. 1 Luy permit d'y porter ses chaînes.

^^5 ^ II cot dit à BiussEt de choisir sa prison. | 96 A mais sa Destinée.

iii i5i. — Du 29. Juillet 1666 (SuBUGmr). 112

Fort convenable à sa grandeur, Fut bien loin au devant de ce grand Personnage ;

Qu'en suitte ce Duc fut conduit , I3Ç ' Avec grande pompe & grand bruit ,

Dans un Palais plus beau que n'estoient ceux d'ARiuDE , Où les Romains , sçacbant <^ue nos braves François Se ÊEÛsoient depuis peu servir en Piramide , Luy firent un festin digne des plus grands Roys.

130 De l'Angleterre l'on me mande

Que la disette de Soldats

S'y rencontre par tout si grande

Que , pour combattre les Estats ,

Les Commissaires des Levées 135 Furent contraints , dans une nuit •

D'aller prendre jusques au lit

Deux nulles {>ersonnes privées.

Vous pouvez juger, Monseigneur ,

Si cela fit de la Rumeur 1 140 Les femmes en sont enragées ,

Et , se tenant fort outragées

Qu'on leur ait osté des Maris ,

La pluspart nouveaux & chéris ,

Jurent • en jeunes Mariées , 145 De laisser de leur rage à Londres des témoins ,

Si l'on ne les rend , tout au moins ,

Encore pour quelques nuitées.

Je ne dis pas qu'un beau matin

Elles ne mssent ce desordre 150 Et qu'elles ne donnent enfin

Aux Anglois du fil à retordre.

Mais , pour éviter leur courroux ,

Si les MiLORDs m'en vouloient croire .

On les embarqueroit avecque leurs Espoux, 155 Et cela causeroit peut-estre leur victoire.

L'interest que chacune auroit

De conserver celuy qu'elle aîme ,

Les mettant en fureur extrême ,

Sans doute les seconderoit.

160 Aussi bien , au siècle où nous sommes .

On éprouve assez chac^ue jour

Qu'en des combats faits par amour

Une femme tueroit dix hommes.

Un vaisseau Suédois , chargé de plusieurs Mats 165 Pour le service d' Angleterre ,

Tombant entre les mains des Troupes des Estats , Crût estre pris de bonne guerre ;

i6o-i6| A Et l'on sçait qu'au tiède où noui som- 1 Pir l'Amour dont il est chtriné ,

Lort que le cœur est animé fmea , | Une femme tueroit dis hommes.

ii3 i5i. — Du 29. Juittet 1666 (Subugnt). 1 14

Mais le généreux de Roiter , Qui crût que , pour venir contre ui HoLLàNDOiSE , 170 Ce grand secours pourroit haster

Le départ de la Flotte Anoloise ,

Bien loin de l'avoir arresté , Traita son CAPrrAiNE avec magnificence

Et luy donna la liberté 173 D'aller à Londre en diligence ;

Je ne sçaj si les Holiandois

Qui demeurent dans les Provinces Ont sceu qu'il a beu mesme à la santé des Pbinces

Et des Amiraux des Anolois.

ito II dit encore au Capîtaime

D'assurer ses fiers Ennemis

Que , quand ils voudroient qu'en Mer pleine

Le passage leur fut permis,

Loin de boucher leur avenue , it5 II reculeroit à leur veue ,

Et, qu'afin qu'on ne doutât point Qu'il n'attendit leur FixnrB avec ardeur extrême ,

Pour la reparer de tout point ,

Il leur redonnoit ces Masts mesme.

190 Je ne sçay si Rotter est certain de courir 1

A quelque victoire nouvelle ;

Mais , Prince , je puisse mourir

Si la bravoure n'en est belle !

Le vent , s'opposant au dessein 19$ Qu'avoient les Hollandois de mettre pied à terre ,

Sauve un beau coup à l'Angleterre , Qu'elle alloit avoir dans le sein.

Cela confirme ma pensée De croire que , doresnavant , m Depuis la bataille passée ,

Le bon-heur des Anolois ne sera que du vent.

Je vous dis l'autre fois , je pense , Que l'on croyoit qu'on se oatit ; Mais , quoy qu'un pescheur en ait dit , »$ Je n'y voy pas trop d'asseurance.

Peut-estre ignorez-vous que je fus au Sermon Que Monsieur Tallemant fit de la pénitence ? Envoyez dire en vostre nom , De grâce , qu'on le recommence.

JH Vous n'avez entendu jamais rien de charmant

Comme ce Monsieur Tallemant.

f« j /\^ ..^...^ A^AmnM I '88-189 -<^ Pour la préparer de tout point ,

ti» J 211*4 ocamnM, jl j^^ jonnoit les Mata de ces Suédois mesme.

^ »«»« « ce. I 193 i^ La bravoure m'en semble belle.

ii5 i5i. — Du 29. Juillet 1666 (Subugmt). ii6

C'est la première ibis qu'il entre dans la chaire ;

Mais Cornbuxb , qui l'entendit

Prescher en homme txtr'ordinaire , 215 Dit pour luy les deux Vers que son Cm avoit dit :

Qu'a dbux pois ses parsils ne ss font pas connoistrb

Et pour leurs coups d'essat veulent des coups de Maistre.

Il n'employa , dans son discours.

Qu'amour tout jpur âc pures fiâmes , 320 Et je ne doute pas qu'il n'ait gagné plus d'ames

Qu'il n'eut fait , sans prescher, Te reste de ses jours.

Il £aut aussi que l'on confesse Qu'à voir ainsi parler contre la vanité

Un jeune homme de qualité , 335 Qu'à le voir déplorer, avec tant de tendresse ,

Ce que le monde à Dieu fait d'infidélité ,

C'est , Monseigneur , un bien doux charme

Et qui puissamment nous desarme.

Mais je n'ay pas dessein de vous faire un Sermon 330 Pour dire que luy-mesme en fit un au Calvaire ,

Devant la Divine Allençon ,

Qui , comme moy, ne s'en peut taire.

Je dis seulement , ppur finir, Que , si la Magdelaine , en son discours bien peinte , 335 Pouvoit plus grande devenir ,

Il l'eut faite sans doute une plus grande Sainte.

Au reste • fûtes-moy donner mon passe-port :

En dépit de toute la guerre ,

Quelque curieux d'ANGLBTERRB 340 Veut que j'aille chez luy publier vostre sort.

N'en appréhendez pas d'intrigue ,

D'intelligence , ny de ligue ; Je vay, tous les Jeudys , chez tous les Potentats

Qui sont voisins de nos Estats , 345 Où , tranchant fort de l'entendue ,

Je dis à Messieurs leurs Agens

Que c'est de la peine perdue Que de chercher en France à séduire des gens ,

Et que, les secrets d'importance 3>o N'estant sceus que du Roy seulement, aujourd'huy.

Pour y former intelligence ,

Il faut que ce soit avec luy.

A Pétris, Che^ AUxamdre Lttselin, au fin de la me Dauphme, dewmt le Pont «irvf. Avec Privilège du Roy,

2^2 A* fît s'en pût taire. | L'adresse du libraire ne se trouve que dans A,

} ^ BC plaeeni ici la date.

{A La Mute de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) , pp. 73-80. B La Muse Dauphine 1667 — 85-91*

C U Muse Dauphine 1668 — 83-9 >•)

ii8

LETTRE EN VERS ASON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

[Par la GRAVETTE de MAYOLAS.]

Du 1. Aoust 1666.

Pmncesse , voîcy, sans mentir, Un Prézent propre à divertir.

Et tout ce que je puis atendre Ou de mes Vers jamais prétendre , 5 Je le donnerois , peu s'en faut , Pwir la moitié de ce qu'il vaut.

La manîficence Génoize , A l'exemple de la Françoize , Put)1t en cet Ambassadeur

M QueGéNE envoyé au Grand«Seigneur, Vêtu de la même manière Que rêtoit sa Nation fiére , Lors qu'elle eut , jadis cy-devant , Conquis grand Pays au Levant ,

15 Cest-à-dire, ayant une Veste, Pour le métré en un état leste ,

. Develoux rouge cramoizy, Sans oublier encor cecy.

Qu'elle est double de zibeline ,

10 Et d'hermine trés>blanche & fine.

Pdur abréger ce discours-cy, En Turquie il porte cecy :

Deux miroirs de cristal de roche , Non de petits miroirs de poche ,

35 Mais en grandeur très-singuliers , Garnis de deux beaux chandeliers , Avec encore divers Lustres Qui sont {x>urvûs de mêmes lustres; Un fauteuil d'argent figuré ,

io Argenté » ciselé , doré , Où pourra s'asseoir Sa Hautesse En y métant quelque molesse , Âcompagné du pié d'estal , Compozé de même métal ;

J9 Une argentine cassolette Axir essence de violette, D'eau d'aage , de naffe & jasmin ,

19 domhiée — Cf. V. 5«.

De semblable travail enfin ; De corail rouge une écritoire ,

40 Où l'or, l'argent , au lieu d'yvoire , Luy servent d'un beau paremant Rénaussant son éclat chusu-mant ; Deux grandes corbeilles encore , Pour y métré les fleurs de Flore

45 Ou de Pomone le cher firuit , Et l'argent en icelles luit ; Quantité de montres brillantes , Soit muëtes ou bien sonantes , Avec des lettres & quadrans

50 A la mode des Otomans ; Une table d'or octogone Qui peut servir d'un i>etit trône , A qui l'on en ajoute six , Et chacun a son beau châssis ;

55 Seize caisses de confitures.

Qu'on doit métré en déconfitures (Et lesdites caisses encor Sont doubles d'une toile d'or) ; Six toilétes ,fbrt estimées ,

60 Excélemment bien parfumées (Et l'étofe est d'un beau brocart Où l'or reluit de part en part) , Avec brosses, peignes, pmcette, Cure-dens , poudre de civette ;

65 De corail pluzieurs bracelets , Garnis d'or, qui ne sont point laids.

Pour lier les bras des pucelles Et , peut-être , les cœurs des beUes ; Une cave pareillement ,

y> Et très-grande infailliblement , Faite d'écaillé de tortue , Des plus belles que l'on ayt vue , Chaude en Hyver, fi-oide en Eté , Suivant ce que l'on m'a conté ;

75 D'un fort cnstal douze bouteilles , Non pleines du vin de nos treilles , Mais de quelques eaux de senteur

i52. »- Du 1. Aoust 1666 (Màtolâs).

ISO

Et de la plus suave odeur ; Des careaux environ quarante ,

SoCouvers d'une âtofe luizante , Le brocard d'or et de velous , Et la broderie est sur tous ; Au surplus, quantité de vestes Illec seront trés>manifestes ;

85 Six-vinçts pièces de tafetas , Brocard , satin , tabis , damas :

Voilà , firanchement , ce que porte Cet Ambassadeur à la Porte , Pour régaler de ces prézans

90 Le Grand-Turc & ses Courtizans.

Ce £ameux Général d'Armée , Ce Prince , dont la renommée D'un bout du monde à l'autre court, En un mot , le Comte d'HARCouRT ,

95 De qui l'invincible vaillance Et la merveilleuze prudance Ont fait d'admirables Exploits Pour le service de nos Rois , De Caron a passé la Barque

100 Et payé son droit à la Parque ; Mais , allant aux Cieux tout de bon, Mars n'est plus-là sans compagnon.

Son Epouze est inconsolable , Sa douleur est inexpliauable;

105 La raizon , le deuil & l'amour Combatent son coeur nuit & jour.

Les qualitez de ce grand Prince, En qui l'on ne vit rien de mince , Font que nôtre Cour le plaint fort

110 Et l'aime encor après sa mort.

Elle seroit moins tolérable , Si d'ARMAGNAC le Comte aimable , Que la France estime aujourd'huy , Ne le faizoit revivre en luy

115 Par sa clémence et son courage (Il nous montre sa vive image Et toutes ses perfections Par ses charmantes actions] ; Si le chevalier de Loraine ,

1 30 Qui semble à ce grand Capitaine , Ne nous faizoit voir, par son bras , Qu'il va renaître sous ses pas.

Ces Enfans , dignes d'un tel Père , Que j'estime et que je révère ,

125 Dans l'excez d'un si grand mal-heur, Flatent un peu nôtre douleur.

Ces Héros à ^ands Personnages , Qui sont aussi vailians que sages , Devroient être exempts de mourir ;

130 Mais ma Muze a beau discourir,

La mort étant universelle •

C'est en vain qu'on peste contre elle.

Leurs Majestez firent Thonneur

De viziter, dans sa douleur, 135 La Veuve, très-grande Princesse ,

D'Armagnac le Comte & Comtesse »

Ainsi que lé charmant Daufin ,

Sur le sujet de leur chagrin ;

Et toute la Cour, qui les aime, 140 Sur ce sujet en fait de même.

Le trionfant Duc de Beaufort,

Pour le Roy s'intèressant fort ,

Jaloux de l'honneur de la France »

Dont on a bonne expériance , 145 Ayant sceu que quelque Espagnol

Auprès de luy prenoit le vol ,

Avec une petite Flote ,

Qui sur la Mer ou cingle ou trote ,

Sans avoir mis pavillon bas 150 Ou salué ses bons Soldats ,

Il fit scavoir au Capitaine

Qu'il talloit qu'il prit cette peine ,

Si cela ne l'incommodoit ,

Ou sinon qu'il l'ataqueroit^ 155 Et, par force , luy feroit Cèdre

La saluade nécessaire.

Due à nôtre Roy Très-Chrétien :

L'Espagnol le fit , & fit bien*

Du Roy Portugais le cher Frère , f^

léo Prince très-brave & débonnaire , *^ Qui ne craint le feu ny le fer, A douze milles de la Mer, Alla prendre l'Auguste Reine , Du Portugal la Souveraine , ^

165 Et , de la part de son Epoux , Pm

Luy fit des complimens bien doux. ^ Cette Princesse oelle & bonne Par luy fut conduite à Lisbonne , Et puis entra dans le Palais ,

170 Plus paré qu'il ne fut jamais.

Le Roy, rempli d'impatiance , Et d'amour & de vigilance , Pour l'acueillir fit plusieurs pas Et fut charmé de ses apas ;

175 II luy dit (si l'on ne me trompe] , Au milieu de toute sa pompe , Qu'il s'estimoit beaucoup heureux De voir l'Objet de ses beaux fbux ;

159 Portugfl.

i52. — Du 1. Aoust 1666 (Matolâs).

Qu'il métoit son Sceptre & Couronne

ijo Entre les mains de sa Personne , Et que sa beauté valloit mieux Que son Royaume glorieux ; A quoy cet esprit angélique Ne demeura pas sans réplique ,

iS5Et, luy parlant modestement.

Galamment & sincèrement »

Son discours au^enta la flâme Que son œil jétoit dans son ame.

Je n'en dis plus... & cetera ;

190 Pensez-en ce qu'il vous plaira.

Pendant trois entières journées , Matinées , aprés-dlnées , Le soir ainsi que le matin , Ballet • Comédie & Festin ,

i9$Carozel, chasse âc promenade, Et Feu de joye & Mascarade , Courses de taureaux mémement , Regnoieot universellement.

Le renommé Prince Maurice ,

900 Qui sçait bien régir sa milice , A Eût prézent de deux Canons Au plus trionfiant des Bourbons , Qui tirent avec certitude , Avec si grande promptitude ,

105 Que pistolets ny mousquetons A tirer ne sont pas si prompts.

Sans rien feindre ny rien rabatre , Ds tirent six coups contre quatre.

Ces jours passez , le Roy charmant

210 En eut le divertissemant.

On les charge par la culasse , Et poudre & baies on y place , Pois, on les ferme avec des coins , Avec de grands ou petits soins.

sijDe là l'on voit comme on s'empresse A plaire au Prince de Lutéce.

.>^N L'Ambassadeur des Polonois Vers le Monarque des François , Arivé dans ndtre Contrée , uoDix )oars après fit son Entrée Dans le divertissant Château Du superbe Fontainebleau.

U avoit vingt-deux Gentils-hommes Et trois chœurs portoient tous ces

[Hommes ;

235 Dix Pages encor à cheval , Ce qui ne leur séoit pas mal ; De Valets-de-pié prés de seize , Qui faizoit un par dessus treize ; Et deux Trompétes mémement ,

3JO Qui sonnoient admirablement. De la part de nôtre Monarque , Beaucoup plus sage que Plutarque • Le preux Maréchal de Grancey, Pour qui beaucoup d'estime j'ay,

355 Et l'Introducteur de Berlize Allèrent , sans nulle remize , Le trouver jusqu'à la Forêt

g le qui , sans doute . bien luy plait) ans un carosse magnifique

340 De nôtre Louis Héroïque ,

Et ceux des plus Grands de la Cour Y roulèrent tous en ce jour.

Pluzieurs Gens le complimentèrent Et de leur part l'acompasnèrent

145 Jus(}ues dedans l'Hôtel d'Albret , Qu'il trouva fort riche , fort net.

Il receut , dans ce domicile , De beaux complimens file-à-file :

Le Duc de Créquy, pour le Roy,

350 Luy parla fort-bien , sur ma-foy ; Pour nôtre aimable & belle Reine , Qui de vertus a l'ame pleine , Il fut bien harangué d'abord Par le Marquis de Hautefort;

355 Pour Monsieur, Prince que j'honore, Le Comte du Plbssis encore Le salua bien comme il faut , Et le Marquis de Clérambaut, Pour Madame , toute admirable,

360 Porta la parole agréable ;

Pour le grand Prmce de Condé , Qui de son Fils est secondé , Le Comte de GurrAUD , qu'il ajrme , Luy fit civilité de même ,

365 Et le Comte de Lanoeron Pour le Doc parla tout-de-bon.

Prdïgbssb , j'achève & je coupe , Car il est bien temps que je soupe.

Ecrit le dernier de Juillet , 370 Dans un fauteuil assez douillet.

JPëHs, OU^ Ck. Ckenault^ Imp. & Ub., Aux Armes du Roy , me de la HuchetU, Avec Priv. kS.M. Eté Lymi, Che^ M. MsOievei , à S, Thomas d^Acqum,

(BibKoth. de M. le baron James de Rothschild. — Cet exemplaire porte la date du 4 août; noos aurons rétabli la date que devaient porter les exemplaires destinés à être vendus à Paris.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 1. Aoust i666.

C'est à ma Lettre Hebdomadaire , Que je puis nommer Circulaire , Puis qu'elle court eà tant de Lieux ; C'est à cette heureuse Missive , Dont on ayme la Narrative , Qu'il faut, en ce moment, m'appÛquer de mon mieux.

Sa Royale Altesse Madame , Du grand Damier première Dame , L'attend comme un juste Tribut , Et , sous son Nom , son Nom illustre , Toute éclatante d'un beau lustre , Elle passe par tout , sans craindre aucun rebut.

Mais, pour conserver des Auspices Si glorieux & si propices , Muse , en Attrais croissez toujours , Et , montrant des grâces nouvelles Dans le Récit de vos Nouvelles , De tous les beaux Espris devenez les Amours.

Dimanche, cette Altesse Auguste, ao Que d'encenser il est si juste , Cette Déesse de mes Vers , Qui pourroit charmer l'Univers Par sa beauté presque divine , Dont je dis moins qu'on n'en devine.

Vint ici , de Fontainebleau , Dans sa Berge , petit Vaisseau Cent fois plus beau que ne fut onque De Venus naissante la Conque , Sur qui dans Cyprb elle surgit.

L' Héroïne dont il s'agit Parut aussi cent fois plus belle Que cette Amoureuse Immorteixs , Voguant sur la Seine aisément.

Dedans ce mîgnard Bâtiment.

35 Au milieu de toutes sesDAMESjfmes, Ses Yeux , ces deux Sources de flâ-

Semoyent sur l'Eau de plus beaux

[Feux.

Et , comme le Flambeau des Cisax ,

Pour redonner le Jour au Monde , 40 Ne faisoit que sortir de l'Onde ,

On l'eust prise , à son air riant ,

Pour la Beauté de I'Orient

Qui vient . avec tant de lumière .

Luy r'ouvrir sa vaste Carrière , 45 Lors qu'il éteint , quittant Thétys ,

Les AstrQs & grands & petits.

Monsieur, premier Monsieur de [Frahce ,

Ce Héros beau par excellence

Et , par un Destin des plus doux , 50 De Madame l'heureux Epoux ,

Etant dans la Nef avec Elle .

Je dis . en Narrateur fidelle ,

i53. — Du i. Aoust 1666 (Robinet).

Qu'on crût aussi voir le Chasseur Qui de rAuRORs avoit le cœur,

35 Et que I'Amour , qui tout accouple , One ne fit voir un si beau Couple Sur l'humide & flotant Séjour , D'où sa Mérb sortit au Jour, Ni plus digne du doux Empire

6oDe cet aymable & petit Sire.

A la descente du Vaisseau , Laissans mille Charmes dans l'Eau, Monsieur monta dans son Carrosse, Où l'on ne voit aucune Rosse ,

^ Et vint dans le Pauus Royal jCi-devant Palais Cardinal) , Et MAnAME , au sien tout de mesme, Avec une vitesse extrême , Tout droit à Colombes alla ,

70 Ou , pour le mieux dire , vola , Pour y voir la Reyne sa >IéRE , [re.

Qui luy fit grand'feste & grand'ché-

Le Lundi i ce Prince charmant Assista douloureusement

75 (Car son deuil toujours se retrace) Au Service (ju'àu Val de Grâce On Eût , le vingtième des mois , Pour la Reyne dont les François , Depuis la Saison H^émale ,

80 Souffrent la perte si fatale.

Ce mesme jour, devers le soir.

Pareillement il alla voir La Majesté sa Belle-Mérb , Que de tout son cœur il révère ,

S5 Comme de tout le sien aussi Elle le chérit , Dieu-merci ; Et de ce Lieu-là , ce me semble , Ayans soupe , dit-on . ensemble , n'fut coucner à son Saint Clou

«oQoi , certe . est un joli Bijou.

Le Mardi , son Epouse aimable , De Lui presques inséparable , L'aUa joindre en ce beau Pourpris , Aussi ravissant • prix pour prix ,

9$ Que celui que le Premier Homme Perdit pour un Morceau de Pomme.

C'est là qu'avec leurs chers Enfans , D^ si beaux , si triomphans , £f si d^nes de leurs tendresses

mSoat ces deux Royales Altesses Qui charment les cœurs & les yeux

fiicore pour un jour ou deux.

^ Ce SéDmKUX de remarque

Qui prétendoit à son Monarque

105 Insolemment donner la Loy Et se rendre le Roy du Roy N'a plus cette belle espérance , Et , venant à recipiscence , Par un sentiment bien plus sain ,

1 10 II met de l'eau dedans son vin.

Ayant la Conscience large , Il abandonne toute Charge Et réduit (Dieux I le croiroit-on ?) Toute sa haute Ambition

1 15 A vivre en simple Gentil-homme , Ne demandant au Prince, en somme.

Tant il borne ses appétits Et rend ses grands désirs petits , Pour son Fils, qu'une Starostib ,

i2oSçavoir, celle de Cracovib.

Comme il a l'esprit bien remis (Car il l'avoit un peu démis) , Il a décompté de la sorte (La raison est honneste & forte ,

125 Et n'en soyez point ébahis) , Pour mettre en repos son Païs Et mériter Grâce du Prince.

Ça donc, ça, qu'un verre on me Et que j'en boive à sa santé , [rince

130 Car je l'en aime , en vérité !

Mais non , ainsi l'on ne m'affine , Voici , sans que je le devine , La raison de son changement Et si soudain amandement :

I j5 C'est que le Monarque de TAiOLt , Qui promettoit à cet Espiègle De prompts & notables secours , Ne songeant plus qu'à ses Amours , Dont l'esclandre fort le soucie ,

140 Manque à sa Promesse & l'oublie ; C'est , d'autre part, que Cazqhr , Qui jure de ne point dormir Qu'il n'ait , en ordre de Bataille , Défait la mutine Canaille , [breux ,

145 Marche avecque deux Osrs nom- Remplis de Soldats des plus preux , Dont Celuy de Lithuanie Peut , seul , faire une Létanie D'Esclaves , de Blessez , de Morts

150 De tous les Rebelles Consors.

Voila le grand Motif, vous dis-je , Qui leur Chef à plier oblige , Et , quoy qu'il fist tant le Méchant , Luy fait faire le Chien-couchant ,

155 Mais, quoy qu'il en soit, il n'importe:

155 il m'importt.

i53. — Du i. Aoust 1666 (Robinet).

Qu'il bouque , ou le Diantre l'em-

[porte!

[M. R«y] Le PoLONOis Ambassadeur ,

Ayant sagesse , esprit, candeur, A feit , avec belle Livrée , 160 A Fontainebleau son Entrée Dans les Coches des Majestez , De plusieurs autres escortez.

jjjljj^ Grancé , Seigneur plein d'accortise,

de Qnnoé Et TInTRODUCTEUR de BeRLIZE ,

165 Qui Tavoient été recevoir Selon l'ordinaire devoir, A l'Hôtel d'Albret l'amenèrent.

Où maints Seigneurs le haranguèrent Et luy firent des Complimens

170 Et bien troussez & bien charmans , De par le Rot, de par la Reynb , Comme aussi , la chose est certaine, De par Madame & par Monsieur , Dont il fut ravi dans son cœur.

175 II a depuis eu TAudiancb De ce cher Sire de la France , De son adorable Momé Et du Fruft de leur Amitié , Ce beau Dauphin, qui leur ressemble

180 Et leurs beaux sangs en luy r'as- Mais de qui l'éducation [semble , (Soit dit sans adulation) Luy parut chose surprenante , ^•àuoe Qrace à sa digne Gouvernante , Mwéohria Et même à Monsieur Periony, M^ De belles Lettres bien muni.

Ajoutons , ce qu'on ne peut taire , Qu'à ce Ministre on a fait Chère Quatre jours , si Splendidement ,

190 Si noblement , si galamment , Avec tant de Fruits & de Viandes , Des plus exquis , des plus friandes , Et tant de ^ns & de Liqueurs , Qui du Nectar ont les douceurs ,

195 Qu'il en fut souvent en extase , Et j'en ateste ici Pégase.

Bon jour, bonne œuvre , comme

[on dit.

Dimanche , hélas ! Cloton occit ^'Jggjl* Le fameux Henry de Lorraine , ooort Ce Mars qui, sans reprendre haleine, Ayant commancé dés quinze ans D exercer I'Art des Combatans ,

En consuma quarante entières Dans les Occasions Guerrières ,

305 Entassant Explois sur Explois A la gloire du Nom François • Et, faisant par tout des Merveilles »

Lesquelles ont peu de pareilles.

A ce grand Siège de PÊsca ,

310 Qu'en la Hongrie on ataqua. Essayant sa valeur naissante , Dés lors elle fut surprenante , Et l'on peut dire , sans mentir, Qu'Alexandre , à l'assaut de Thtr ,

315 Ne fit vraiment pas davantage

Que, là, son jeune & grand Courage.

Le Languedoc , I'Isle de Râ , Dont je passe ici le narré , La Rochelle , le Pas de Suzb »

330 Où point aussi je ne m'amuse « L'IsLE , encor, de Saint Honorât , Où ce Héros fit tant d'éclat.

Celle de Sainte MAROUERrrB , Qui prouva si bien son mérite ,

335 Furent les Théâtres d'HoNNSUR Des Progrez de cette Valeur.

Ici , la Matière me gagne :

Je laisse I'Isle de Sardaigne , D'où sa Retraite mêmement

330 Le fit louer extrêmement :

Je tais le Combat de la Route , ^^

Qui l'ètemisera , sans doute ; Les deux beaux Secours de Cazaj. , Dont Léganez se trouva mal ;

3J5 La Reprise de la Savotb ,

Qui comble encor son Duc de joye ; Apc Et le grand Choc de Liorens , ^

Où , parlant tout franc , je me rcns , ^ Découvrant , à perte de vue ,

340 Un Enchaînement sans issue D'autres pareilles Actions , Qui passeront pour Fictions A nos Neveux , à qui l'HiSTonts En conservera la Mémoire. (Veaux ,

345 D'ailleurs , ^^ ^^ ^^^ granos Cer- Que l'on nomme le Sieur de Mbaux, Et Gentil-homme de Marsbiu^ , Sur ce Sujet a fait merveille Par un Docte Eloge imprimé ,

[Puëiytlqae da oomU (THarooait nwésl» p risle de Samto-Maifoerlte et d# Salzit-HanoraJ Jean de Meaax , ayocat. Ite, 1887, in-ft)L]

250 Qui m'a ravi , qui m'a charmé , Et m'oste , en un mot , le courage De pousser plus loin mon ramage.

i53. — Du i. Aoust 1666 (Robinet).

Je doi trop justement un Trait Ah Gloire du Duc d'ALBRir

355Ptmr ne lui pas , dans cette Epitrb , Exprès consacrer un CHAPintB.

En nôtre Sorbonne , aujourd'huy On n'entend parler que de Lui »

Et jusqu'aux Maîtres Barbons même

]6oSont touchez d'une crainte extrême Qu'il ne fesse la Figue à tous.

En effet , parlant entre-nous , D'un si bel air il sçait s'y prendre Qu'il peut, en vérité , prétendre

365 A l'honneur d'en sçavoir autant , Seul , que tout ce Corps éclatant.

Vkndrsdt, dans sa Sorbonique (Acte où tout un jour on s'applique)^ A la CoMPAGHiB il fit voir

370 Un si rare & profond Sçavoir, Pendant cette longue Carrière , En disputant d'une manière

Galante & pleine de vigueur, Qu'il étonna chaque Auditeur.

375 Mais qui n'auroit de la surprise , Voyant sa jeune Âme soumise A ces Veilles & ces Travaux Qui font peur à tous ses Rivaux , Dans la poursuite légitime

380 Du Doctorat , qui les anime ?

Concluons , & cusons qu'un Jour, Au grand honneur de nôtre Cour , Nous verrons en ce Prince illustre , Par un docte & belliqueux lustre ,

a85 Un HÉROS , avec un Docteur , Plein de Science & de Valeur.

Je ne puis mieux finir ma Lettre ; Je m'en vais donc la date y mettre :

Elle est , le cas est bien certain , 390 Du propre jour de Saint Germain.

APÊfis, Ckê^ F. MugM€t ^ me de la Harpe , aux trois Rois, Aoec PrivUége du Roy,

(Biblioth. nat., U^ 33. Rés. ^ Biblioth. MtzaAne, 296. A^.)

LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU m SUBUGNY.]

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