Du 12. Aoust 1666 (SuBuomr
Arracher de son cœur cette crainte fatale ,
Car, comme sa valeur sera toujours égale , Il n'y mettroit jamais le pié.
Un Brûlot, sans miséricorde , Alloit , dit-on , faire sauter Le Bord de Monsieur de Rutter , A moins qu'on n'en coupast la corde;
Ce Chevalier 7 va , la coupe , le détruit , Et prend celuy qui le conduit
En vérité , Dauphin , ce coup est-il croyable ?
Il a raison de fuir, comme il fait , un chacun , Car, ayant fait des coups de Diable , On croiroit qu'il en seroit un.
Mais , si j'ay fort bonne mémoire ,
L'illustre & jeune de Coaslin ,
A ce qu'on m'a dit , beau Dauphin,
Eut grande part à cette gloire.
Cavois y fiit aussi , & mesme on me marqua Qu'on eut de l'aide encor de ce pauvre Busca.
Prince , depéchez-vous de croistre :
Quand des Braves comme eux commanderont sous vous , Partout oti vous voudrez porter vos vaillans cous ,
Vous vous rendrez bien-tost le Maistre.
Je remets pour une autre fois A vous dire en détail le choc de ces Armées ,
Qui firent beaucoup moins d'explois
Qu'elles ne firent de fumées.
La Hollande n'y pert , en tout , que deux Vaisseaux ,
Du moins dont elle ait connoissance ,
Et l'Anglois , malgré sa puissance , En peut , dit-on , chercher dix des siens sous les Eaux.
On dit que le Roy vostre Père Donne encore deux ans à Monsieur de Voisin Pour estre de Paris le Prévost tutelaire ; Je meure si le Roy n'a le jugement fin :
On ne peut dans I'Hostel de Ville Avoir un homme plus habile.
Qu'on se plaist à mentir icy D'avoir assuré la Nouvelle Que LuBOMiRSKi , le Rebelle ,
20>-ao6 A Mais« mon bbau Prince , par pitié Ne l'iccoustuniez pas à garder cette Envie , Car, comme il ne va faire autre chose en sa vie , Il n'y mettroit jamais le pié.
3 10 ^ A moins que d'en couper la corde.
224 A Qsund de pareils Messieurs commanderont
228^ De vous dire [sous vous.
i57. — ^ Du u. Aowt 166$ (Sublmîny).
Tenoit son Prince à $a mercy 1 En voicy Thistoire en substance :
Casui iR , se voulant saisir D'un Poste de grande importance Avant que ce Rebelle en eut eu le loisir, A quinze cens Dragons fit tenter l'entreprise ; Mais , par un malheur signalé , Ayant trouvé la place prise , Ils y restèrent tous dans un long défilé.
Mais finissons , je vous en prie.
^^^ On dit que dans deux jours vous devez estrc icy :
Je ne sçay s'il en est ainsi , ' Mais toujours je vous en défie.
M SUBLIGNY
A Paris , Cke^ Alexandre Lesselin , au coin de la rue Daupktne « devant le Pont-neitf, Avec Privilège du Roy.
245 A En voicy le toiA en substance.
2^2 A dedans un défilé.
254-256 A Vous ne me dites pas que voua veaex icy, Exprès pour m'oster le soucy De m'habiller en broderie , Et pour vous en railler après ;
Mais , mon petit Finrr, je découvre vos trais , Et pour Jeudy prochain je sera/ mieui vettoe
Qpe vous m'ajes encore veue.
La signature de P auteur et l'airesu du libraire ne se trouvent que dans A, '^ BC placent ici la date.
[A La Muse de Cour 1666 (voj. tome I , col. 909), pp. 89-96. B La Muse Dauphine 1667 — 101-109.
C La Muse Dauphire 1668 — - 101-109.)
LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[Pai U GRAVETTE de MAYOLAS.J
Du 14. Aoust 1666.
De parler toûj'ours de Couronnes, Des plus principales Personnes , Des grandes Araires d'État .
De la victoire , du combat , De la mort , hymen & naissance De la dernière conséquance , Princesse , ces discours pompeui Sont tant soit peu trop sérieux , Et, manquant de ces grosses Testes, Je parle quelque-fois des bestes.
Les mulets , ânes , chats & chiens Sont des burlesques entretiens ;
Sur eux mon esprit se délasse (Car, quoy qu'on die & quoy qu'on 15 Sans uzer de précaution , [fasse , On le tourne en dérizion) , Et , dans nut suite véritable , Je vais mesme parler du Diable.
Un homme de bonne façon , 20 Allant voir son petit garçon , Entre les mains d'une Nourice Qui lui rendait maint bon oâce ,
i58. «^ Du 14. Aoust 1666 (Mayolab).
Dans un Wlage assez prochain , Entre Saint Cloud & Saint Germain ,
25Avoit un peu l'ame en balance De ne toucher point de finance , Ou , si vous voulez , de l'argent , D'an débiteur peu obligeant, n part , il marche , il s'achemine ,
joDans une humeur assez cha^ine , Mais , à quatre cens pas & six Dehors les portes de Paris , Il trouve un certain personnage Dont il conoissoit le vizage ,
35 Assez bien-fait, assez bien-mis ; Il se dizoit de ses amis.
€ Où vas-tu ? » dit-il à cet homme ; Et par son propre nom le nomme.
€ Je sçay bien c^ue Monsieur un tel
40» En ton endroit est bien cruel > D'uzer d'une telle remize » Pour bailler la somme promize ; » Si tu veux venir avec moy » Et te repozer sur ma fby,
45 » Je te vais conduire , sans doute , » Chez^luy par une lx>nne route.
i Voicy deux chevaux , qu'un valet » M'amène , & les tient au colet ; » Ne refuze point ce service. »
50 L'autre , contant du bon ofice »
En prend un d'un air jovial.
Tous deux donc sont bien à cheval ; Ils courent , & de mesme sorte Que si le Diable les emporte.
55 Nôtre homme quelque fois parloit (Mais l'autre point ne répondoit) Quand il sentoit quelque détresse D'aller avec tant de vitesse ; Si-bien qu'en quatre heures de temps
60 Ces deux postillons importans Arivent à l'hôtellerie ; Mais celuy-cy, sans raillerie , Se trouvant étrangement las , Demande un lit & des blancs dras ,
63 Sans songer de se métré à table ; 11 sent un mal épouvantable Et goûte aussi peu de repos Que s'il dormoit sur des faj^ots.
La nuit se passe , il se reveille ,
70 Ayant bien la puce à l'oreille , Demande au valet , tout-de-bon , Nouvelles de son compagnon , Mais le valet & la servante, Et l'Hôte ou l'Hôtesse plaizante ,
54 les Diables.
75 Luy dizant qu'ils n'avoient rien vu , Et que seul il êtoit venu Sans cheval & sans camarade.
« Quoy 1 » dit-il, € par fanfaronade, » Voudriez-vous bien me le celer,
80 » Ou bien a-t'il pu s'en dller ? » L'Hôte , voyant sur son vizage Quelque pâleur &auelque ombrage Quand on luy connrmoit cela , Et que seul u arriva-là ,
85 U luy dit : < Où pensez-vous être , » Mon cher Monsieur & mon cher
ë Maître? »
avalier, € N'être pas loin'de mon quartier, » Prés de Paris ou de Suréne. »
90 — « D'erreur vôtre pensée est pleine: » Sans-mentir, vous touchez le mur » De nôtre Ville de Saumur. »
— « Quoy I » dit-il , d'un ton en
[colère , » A Saumur? se peut-il bien faire , 95 » Car de Paris je suis partv ^ A trois heures aprés-midy ? »
— € Promenez-vous parmy la ville , » Quitez un peu ce domicile , »
Luy dit l'Hôte civilement ,
100 <f Énquêtez-vous-en seulement. »
Il sort , à tous il le demande , Et la troupe , petite ou grande , Confirme de chaque côté Qu'il est dans ladite Cité ;
105 Ce qui fait augurer & croire Que l'habitant de l'onde noire , Le Démon, ou Diable autrement, L'a. porté là si promptement ; Mais , revenant au bord de Seine
1 10 De corps gaillard & d'ame saine, Bien qu'il en soit un peu fâché , Il en est quite à bon marché , Et de long-temps promet & jure Qu'il ne prendra telle monture ,
1 15 Ou que , si Jamais il en prand , U aura trés-oon répondant; D'où l'on voit qu'il est dommageable De croire aux paroles du Diable.
Depuis peu , les Confédérez lao A la Paix sont bien préparez :
Lassez enfin de la discorde , Ils ne songent qu'à la concorde Et vont réclamer la bonté
i58. — Du 14. Aoust 1666 (Mayouls).
De leur auguste Majesté.
125 Quelques Articles on propoze Où leurs Yolontez on expoze , Et j*oze espérer , après-tout , Qu'on en poura venir à bout.
La grande & petite Pologne
130 Pour le Roy montrent bonne trogne.
Comme beaucoup d*afection A quiter la rebelUon.
Ce Grand Prince , par sa clémance , Par son adresse & sa puissance ,
135 Ayant vingt mille Combatans , Non moins courageux qu'éclatans , Surmontans Tesprit des Rébelles, Tous luy seront bien-tôt fidelles.
fHfwri N'aguéfes TEvesque d'EvREUX , ^"d?'*'° lUustre , docte & vertueux .
dS^ToSi ^^^^^ ^^ i^y^ ^ ^^ ^'^ extrême ,
Conféra le sacré Bâtéme
A certain Turc , homme-d*bonneur,
Fils d'un insigne Gouverneur 145 De quatre Villes au'on confine
Aux quartiers de la Palestine ;
Après cette sainte Action ,
Il eut la Confirmation*,
Comme beaucoup d'autres encore , 150 Du susdit Prélat , que j'honore ,
Dans l'Abbaye Saint Remy,
De qui je sms par&it amy.
Mais , si les Turcs se convertissent
Et sur nôtre Eglize bâtissent, 155 Que doivent faire d'autres Gens
Qui ne sont pas nez Otomans ?
L'Impante, elle-mesme en person- Va du côté de Barcelonne [ne ,
Pour conmiencer l'embarquement.
160 Qui fera son débarquement ?
On assure que l'Alemagne Blâme les délais de l'Espagne ; L'Empereur mesme s'en plaint fort.
Et peut-être qu'il n'a pas tort ;
165 Mais l'on alégue & l'on raporte Une raizon tellement forte Sur son indispozition Qu'elle apaize l'émotion ; La possession d'une Infante
170 Semble mériter cette atante.
132 Qjiiteni la rébellion.
deBoi»
dauphin
J'apris hier d'un nommé le Blanc,
Que , ces jours passez , Monsieur
De qui le Père à la Rochelle [Flanc,
Fut un Ministre trop fidelle, 175 Pendant l'espace de trente ans ,
Estimé de tous les Sçavans ,
Abjura l'ancienne Hérézie.
Son ame étant bien éclairde ,
Il s'est rangé du bon party, 180 Et s'est, en un mot, converty.
Désigné pour la mesme place ,
Dieu luy fit une belle grâce ,
L'animant d'un transport divin
Pour l'ôter du mauvais chemin ; 185 II dit avec grande éloquence
Tous ses motifs en conscience.
Le Révérend Pérc Girout,
Qui parle & prêche bien sur tout ,
Fit un discours nlain de doctrine 190 Et d'une piété divine,
Et , non sans jubilation ,
Receut son abjuration ,
Que l'Evesque de la Rochelle , Igj^
Par sa science , soin & zelle , da uv«
195 A moyenne, dans ce dit lieu
Atirant mille âmes à Dieu.
Je voudrois qu'une Damoizelle,
Fort aimable & spirituelle.
En ce jour en eut fait autant, 200 Ou se convertit à l'instant;
Avec plaizir, dans mon Epltre ,
J'en ferois un joly chapitre ,
Car le brave Maiy qu'elle a
Ne souhaite rien que cela.
205 Que ne doit point faire une Dame
Pour son Epoux & pour son ame?
Le Roy, qui n'a point de pareil Sous tout l'Empire du Soleil , Louis DE Bourbon , a fiût fidre
3 10 Cet Exercice Militaire
Qui cauze de si beaux transports Aux illustres Gardes-du-Corps , Daufins, Chevaux-legers , (jens
[d'armes , Qui volontiers prennent les armes ;
215 Aux Mousquetaires embuflez Et d'un fort beau buste afublez , Desquels on voit que chaque manche Est d'une toile ou jaune ou blanche
185 truport.
a 10 ezertlee.
i58. — Du 14. Aoust 1666 ^Matolas).
(J'entens brocard d'argent ou d'or,
i2oGarn^ d'une dantelle encor, Ou bien encor d'une dantelle D'or ou d'argent tout aussi belle) , Avec sabres à leurs cotez, Généralement argentez ;
235 Au chapeau , le bouquet de plume , Et, comme on dit, en grand volume, Jaune ou verd, gris-de-lin ou bleu , D'un beau blanc ou couleur de feu ; Par dessus le tout des coquardes ,
3^ Qui rendent les humeurs gaillardes, Dont l'aspect n'est pas moins brillant Qu'il est agréable & galant.
Mais n'oublions pas , je vous prie , Echarpe , housse en broderie ,
235 Et leurs chevaux bien ajustez , Car ils sont tous fort bien montez.
C'est ainsi qu'en cette cariére Cette Troupe fut la première.
De la seconde, assurément ,
240 Le diférant ajustement
Ne me semble pas moins aimable , Moins riche , ny moins admirable :
Des iuste-au-corps d'un beau drap Où 1 argent ne brille pas peu ; [bleu,
245 Le galon , fort large oc solide , Est-là presque tant plain que vuide; Le reste est à proportion , Avec mesme profuzion.
L'une & l'autre Troupe est si leste
250 Qu'il est sans doute manifeste Qu'on ne sçauroit voir sous les Cieux Rien de plus beau ny rien de mieux; Leur bonne-mine & leur adresse Surpassent encor leur richesse.
355 C'est par le soin des Commandans Fidelles , vaillans & prudans , Et par leurs ardeurs infinies ,
Qu'on voit fleurir ces Compagnies.
Le Duc de Chaune , avec éclat , 260 Pour luy, pour nôtre Potentat .
Avec grand Train , belle Livrée ,
Dedans Rome a fait son Entrée ,
Suivy de chars à six chevaux
De Princes & de Cardinaux.
265 Le lendemain , cette Excélance ,
Du Saint Pontife eut audiance,
Qui le receut, en vérité ,
Avec grande civilité
Et fit voir grande bienveillance 270 Pour l'invincible Roy de France.
Ce Saint-PERE est indisposé
Et de la goûte fort pressé.
L'éclatant & fecheux tonnerre De la Milice & de la guerre
27$ A si fort retenti sur mer, Parmy le feu , parmy le fer.
Que chacun tient pour infaillible (Et la choze est assez plauzible) Que les courageux Holandois
280 Auront rencontré les Anglois.
Qui des deux emporte la gloire Du combat & de la victoire ? Mon cher Lecteur, c*est-là le point, Et qu'encore l'on ne sçait point.
285 Princesse , dans l'autre semaine , Je vous en rendray très-certaine.
Ces Vers sortent de mon estoc , Deux joursavànt le grand Saint Roc.
269 une grande.
275 retentit.
A Paris, Che^ Ck. Ckenault , Imp. & Lih., aux Armes du Roy, rue de la Huchette. S. M.
Avec Priv. de
(Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 1 1800. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild. — Ce dernier exemplaire porte la date du 18 août 1666 et les adresses suivantes : A Paris , Ckê^ C. Ckenault , /m0. & Ub., Aux Armes du Roy, rue de la Huchette , Avec Privilège de S, M, Et à Lyon , Cke^ M, Maikevei , à S. Thomas d'Aquin.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.] Du i5. Aoust 1666.
Nonobstant certaine Migraine , Pire que la Fièvre Quartaine , Qui me délabre le Cerveau , Je vais , 6 charmante Princesse , Pour Vous fiedre un effort nouveau Et mettre des Vers sous la Presse.
Mais • excusez » grande Héroïne , Si cette Missive est chagrine Et vous fait peu voir de Brillans , Et daignez agréer , par grâce , Des Vers plus rudes que coulans ,
Après un si sincère aveu de ma disgrâce, Car, comme en Proverbe l'on dit ,
Je rimaille aujourd'huy par manière d'aquit.
15 Jusqu'ici , l'on avoit nouvelle Qu'avecque cœur, prudence & zèle Le Marquis Ville, comme un Mars, Sous les VÉmnENS Etendards , Assiègeoit la Neuve Candie ,
30 De son Canon bien étourdie ;
Mais, je ne sçai , certain Bruit sourd Aujourd'huy par la Ville court Qui ne dit pas la même chose.
Toutesfois , Muse , bouche close ;
25 Et sur ce , dans un Jour ou deux , Attendons le Courier Boiteux :
Il est le plus lent dans sa Route , Mais le plus certain, sans nul doute.
Cependant, pour remettre un peu, 30 S'il se peut , notre Esprit en jeu [Sabbft- (Car le chagrin ne me plaît mie) , s^uti] biscourons de ce beau Messie Qui fait maintenant le plaisir De Monsieur le Premier Visir . 35 Puis qu'enfin, par un bon mémoire.
Nous en sçavons toute l'Histoire.
Il est Arabe , & d'un aspect Qui pour lui cause du respect ; Docte de plus , faisant harangues
40 En je ne sçai combien de Langues ; Il est fort sobre & , bien souvent , Trois jours entiers il vit de vent ; Outre un si grand & si beau Jeûne , Ce Messie , encore tout jeune , ^
45 Vaque sans cesse à TOraison , Et la Nuit , dedans sa Prison , Il parêt brillant de lumières Qu'ont peine à souffrir les oaupières ; Sur quoi les Turcs , peu uens de
[bien ,
50 Disent (ju'il est Nègromanden.
Quand il vinst à Constantinople , Qui bien rime avec Andrinople , Il y demanda, d'un haut ton,
]. Qu'on lui fist restitution
'55 Des saints Lieux de la Palestine , A c^uoi même encore il s'obstine ; Mais on lui fit un malin tour.
Car on le mit dans une Tour, Ainsi qu'un Perroquet en Cage ,
i59' — Dn t5. Aoiut 1666 (Robinet).
60 Pour apprendre un autre Langage ; Et même il devoit , bonne foy, Etre , par un piteux arroy.
Ainsi qu'un Prophète de baie , Empalé comme lion empale ;
65 Mais une Légion de Juifs , Qu'adretement il a séduits , Ayans , par maints riches Régales Et par cent mille Richedales , Gaçné ledit Premier Visir »
70 Qm les prit avec grand plaisir.
Ils lui conservèrent la Vie , Dont il eut Tame bien ravie.
On dit pourtant que , l'ayant sceu , Il en parut contr*eux émeu ,
75 Disant qu'il avoit des G)hortes Qui viendroyent luy rompre les Por- Et le retirer de Prison , [tes
Lors qu'il en seroit la saison.
Mais , pour moy, je croi que ces
[Sommes
SoValoyent mieux ni qu'Anges ni
[qu'Hommes , Et que les premiers , notamment , N'ont pas un grand empressement Pour secourir de tels Messies , Et ce sont pures facéties.
85 Quand au VisIr on l'amena , Nulement il ne s'inclina , Non plus que devant quelques autres Qui a lUec sont les grands Apôtres , Sçavoir les Muftis & Rabins ,
90 Qu'il traita de plaisans Robins , De prétendre avec indécence Ainsi de Lui la Révérance.
Ce Ministre en eut du dépit , Mais, par les Discours (^u il lui fit,
95 Pleins de choses émerveillables , Et doctes autant au'agréables, Quoi qu'il fist de I* Oubrius , Il devint si doux que rien plus ; Que di-je? il voulut qu'à même heure,
100 Au lieu de sa sombre Demeure , n fut logé dans le Serrail , Parmi l'Azur, l'Or, le Corail , Les Lustres , les Orfèvreries , Les Parftims & les Pierreries ,
105 Dans le plus bel Appartement De ce Palais d'Encnantement.
En si beau Lieu , le cher Messie Pas le petit brin ne s'ennuye , Etant sans cesse visité 110 Et de chacun complimenté.
Et , pour opérer des Merveilles Qui doivent être sans pareilles, Dedans peu de jours il attend Un autre Prophète Nathan ,
115 Et de plus un nouvel Hélie.
Que dirons-nous de sa folie Et de la lourdise des Jmps , Qui mieux aiment d'être Séduits , Et , courans après des Fantômes
lao Qui n'ont aucuns bons Axiomes , Attendre, jusqu'au Jugement, Un' Messie inutilement , Que d'en suivre un dont I'Evangile Dure après six cens Ans & mille ?
1 25 O qu'il est Sot ! 6 qu'ils sont Foux ! Messieurs , avouons-le entre-nous.
Lors que , dans la Cnû Romaine , Cité Sainte & non plus mondaine , Nôtre Duc en pubhc entra ,
130 Tout son grana Peuple l'admira.
Tant il étoit en bonne Conche ; Car, sans qu'ici du tout je bronche , Il étoit dans un Char brûlant Et d'Atelage équipolent,
135 Que de Chigi , rare Eminencb , Ayant grand instinc pour la France, Lui voulut envoyer exprés , Pour l'honorer à plus grands firais , Beaucoup plus loin que d'ordinaire
140 II n'avait coutume de faire.
Dans ce beau Carrosse vitré Et superbement décoré , Les Seigneurs Cardinaux Antodi b , Aux magnificences idoines ,
145 Retz , Ursini , Maldachini , Et mêmes aussi Mancini , Tous d'un admirable Génie , Lui faizoyent digne Compagnie.
Outre beau nombre d'Estafiers ,
150 De leur Equipage tous fiers , On voyoit vingt & quatre Pages Par politique à lors bien sages ; Et SIX Carrosses , contenans Gentils-hommes & d'autres Gens ,
155 Tous lestes tout du long de l'Aune , Suivoyent ledit Seigneur de Chaune, Que chacun montroit à ses Yeux , Voir d'un cœur contant & joyeux.
Après , sans un seul en rabatre ,
160 II en rouloit cent trente-quatre , Dont Cardinaux, Princes, Seigneurs
iSg. — Du i5. Aoust 1666 (Robinet).
Voulurent croître les honneurs ,
Par un Cortège , de la sorte ,
Le plus nombreux qui par la Porte
165 (Savoir celle del Popolo) Soit entré, j'en jure Apollo.
S'étant dans le Palais Farneze Rafraîchi , des plus à son aise .
Le même Antoine , Cardinal ,
170 Le conduisit au Quirinal , Où , sans blesser son caractère , Il baisa les Pieds du Saint Père , Et , dans une heure d'entretien , En fut traité certes très-bien.
175 De là sortant , il fut en suite A ses Parens rendre visite , Et , comme , entre nous , le Passé Est heureusement éfacé , Par de réciproques tendresses ,
180 On se fit là mille caresses.
Etant au Palais de retour, De leur part il fut tour à tour Régalé d'une manière ample Ou, pour mieux dire, sans exemple,
185 De Gibier, de Fruits , de Liqueurs , Et, bref, de mille autres Douceurs.
Au reste, telle étoit la Joye , Qui lors par tout se faisoît voye , De revoir , en si noble arroy,
190 Un nouveau Ministre du Roy, Que, par des transports authentiques, On ferma même les Boutiques , On épancha du Vin par tout , Et , de l'un jusqu'à 1 autre bout ,
195 Ce ne fut que bruit d'Escopettes Et de fanfares de Trompettes , Qui marquoyent bien , mon cher
[Lecteur, Que tout cela partoit du cœur.
Les deux Flotbs se sont revues 200 Et , derechef, un peu batues ; Mais ce qu'on en sçait, cette fois , Est que Celle des Holandois , Ayant vent au Front, non en Poupe, Fut contrainte avecque sa Troupe 205 De combatre en se retirant.
Le Bruit commun est mon Garent De ce qu'ici je vous avance , Et plus loin ne va ma Science.
Quand davantage j'en sçauray, 210 N'en doutez point, je l'écriray.
Mds il ne faut pas que j'oubhe
Ce que le beau Renom publie D'un jeune & noble Chevalier , Qu'on ne sçauroit assez louer.
315 Ce Chevauer , dit de Lorraine , Plus charmant que la belle HéLEiNs, Ayant vu venir un Brûlot Qui s'en alloit faire Capot Le grand Amiral de Holande ,
330 Comme il a l'ame toute grande , En Chaloupe au devant alla , Et , l'enflamant , fit qu'il brûla , Sans qu'il pût son effet produire , Id est, audit Amiral nuire.
235 Le Sieur Chevalier de Cavois , Friand de semblables Explois , Fut aussi de cette Partie , Que chacun juge bien hardie :
Et , bref, le Baron de Busca
230 Avec ces Messieurs s'embarqua , Ce qui pourra (je le désire) Adoucir vers Lui le grand Sire.
Par charité , je donne Avis (Dont je croi qu'ils seront ravis)
235 A nos chers & dévoyez Frères Qu'aux Barnabites , l'un des Pérès Et leur Prieur , Homme sçavant , ix» Doit faire , d'ores-en-avant , Chaque Feste , la Controverse ,
240 Où depuis long-temps il s'exerce.
Mais s ils y vont , qu'en dira-t'on ?
Adieu Presche de Charenton.
dxkCbt
Les Théatins , autres bons Pérès , Dont les Maximes sont sévères ,
245 De leur Fondateur Bien-Heureux ^Sî Ont fait la Feste Ici , chez eux , Avecque leur zélé ordinaire Et sur tout un beau Luminaire. DoM CÔME , ce Grand Général
250 Et Panégyriste Bannal , En fit l'Eloge avecque gloire , Mais devant petit AuDrroiRE , Pour la petitesse du Lieu , Qui s'accroîtra , s'il platt à Dieu.
255 Le quinze Août , malgré ma Mi-
[graine.
Je fis cette Lettre assez pleine.