Du 5. Septembre 1666 (Robinet
Je débute , au premier Chapitre
ao De cette Gazetiére Epître , Avec un ton exclamatif , Par un très-juste Admiratif , Pensant aux nouvelles Merveilles Que TEsprit humain, par ses Veilles,
25 Produit chaque jour à nos Yeux , Au grand plaisir des Curieux ; D'autant que j'y dois parler d'une Tout-à-Cait rare & non commune , Et qui peut bien , en saine foy,
jo Après avoir ravi le Roy Et les plus huppez Philosophes , Ravir Gens de toutes étofes ; Mais la voicy, sans plus long-temps Tenir le Lecteur en suspens :
35 C'est un Feo que l'on fait de Terre, Aussi pur que rEuÊMENTAnts , Un feu de qui l'active ardeur Est sans fumée & sans odeur, Et oui , sans bruit même , consume
4oLeÔorps sphérique où l'on l'allume.
Ce beau Feu , <jui n'a nul défaut , Etant parvenu jusqu'au haut , Montre une flâme c^ui délecte .
Sçavoir une flâme violette ,
45 Ayant , vrai comme je l'écris , Toutes les couleurs de l'Iris ; Et puis ce nouveau Météore Prend aussi celles de l'Aurore , Et prés d'une autre heure ainsi luit
50 Et l'œil doucement réjouit.
En suite , sans que rien ne bouge , Tout devient en un charbon rouge , Qui conserve , avec sa chaleur, Deux heures la même couleur ;
55 Puis , déclinant , la chose est seure , Encore trois heures il dure , Sans un brin sa Forme altérer, Si qu'on peut à lors retirer Le Corps fait ainsi qu'une Boule ,
60 Sans que rien du tout s'en éboule , Et laissant le Foyer si net Qu'il n'a pas besoin du Balet, Autre admirable circonstance De ce Feu rempli d'excellence.
65 Mais ce n'est pas néantmoins tout , Et , pour le dire jusqu'au bout , Ecoutez-moy, Gens de Lésine :
U est fort propre à la Cuisine , AuxBraziers, dedans les Fourneaux,
70 & mêmement sur les Vaisseaux , Et, nonobstant cela, j'ajoute
Que moins des deux tiers presqu'il
[coûte Que Feu de Bois & de Charbon.
75 Après cela , qu'en dira-fon ?
Que le Pauvre en sera bien-aise , A nos bons Marchands n'en déplaise; Mais, s'il ne leur plaît, peu lui chaut. Pourvu que son Foyer soit chaud , 80 Et (ju'au temps de glace & de neige, U ait enfin le privilège D'avoir le petit Feu ffaiUard , Ainsi que Monsieur Te Richard.
Les Servantes pourroprent se pendre, 85 Sçachans que de ce Feu la cendre Aux Lexives ne convient point , Mais consolons-les sur ce point , Pour empescher un tel dommage , Les asseurant que leur usage 90 Est certainement des meilleurs Pour les Mantes & pour les Fleurs « Et que , comme en parle un Oracle , Elle fiedt pour cela miracle.
Or Louis , ayant vu l'effet 95 De ce Feu , ce vrai Feu violet , Dont même la vue est charmée , Ce Feu . bref, qui va sans fumée Et de la sorte contredit Ce que le vieux Proverbe dit ,
100 De plein Pouvoir ledit Grand Sire A donné Parchemin & Cire , Ou le Privilège, en un mot, A noble Sieur Bernard Perrot, Franc Gentil-homme d'iTALiE ,
105 Qui souffle bien en Verrerie, Pour seul le faire débiter Et seul trente ans en profiter Par tout le Royaume cle France Et Lieux de son Obéissance.
1 10 II lui donne aussi , par bonté , Lettre de NATURAiiré , Qui le confirme en sa Noblesse Par une frase toute expresse , Ayant voulu vivre François
1 15 Sous ce plus grand de tous les Rots, Pource qu'il doit , comme il publie , Ce Chef-d'œuvre de la Chimie A l'Esprit vif & nompareil Et brillant comme le Soleil
110 D'une de nos Dames illustres.
Qui mérite Place aux Ballustres , Dame vraiment de beau Renom Et dont Saint Airhile est le Nom.
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Enfin, le Duc de Chaune, à Rome, S'est fait écouter du Saint Homme ,
125 Et c'est à dire . en bon François , Qu'il a pour la première fois Eu de Lui publique Auduncb , Au nom du Potentat de France.
Or, le Pontife , tout ravi
130 De son Discours très-bien suivi.
Et plein de prudence & de^zéle , Sortant d'une bonne Cervelle , Lui répondit en vérité En tres-digne Paternité ,
IJ5 Et témoignant, pour vous tout dire, Beaucoup d'amour pour nôtre Sire, Dont il n'ignore pas aussi Les grands mérites . Dieu-merci.
Mais de ce paisible Alexandre 140 Que nous fait-on toujours entendre?
Une cruelle Infirmité Sans cesse accable sa Saoté , Dont mainte Eminence vermeille A déjà la Puce à l'Oreille.
145 Monseigneur Chioi , son Neveu , En cette occurance , a fait vœu De n'abandonner point l'enceinte De la susdite Cité Sainte , Et , renonçant au crand éclat
150 Du Caractère de Légat,
De laisser I'Espagnole Infante , Qui de la Fièvre est triomphante , Achever sans lui le chemin Qu'elle doit faire avec beau Train
155 Jusques en la Ville de Vienne , Où , las 1 attendant qu'elle vienne , L'Empereur , il faut l'avouer, Ne sçait plus à quel Jeu jouer.
IM. R«]r] L'Ambassadeur de la Poloonb , 160 Où plus enfin l'on ne se cogne.
Prît, Samedy, congé du Rot Par un Dbcours de bon aloy, Ainsi que de la belle Reyne , Qui son Poste de Souveraine 165 Sçait remplir d'un air si divin ; Puis , il fut voir nôtre Dauphin , Qui , je croi , sans trop de louange , Est encore plus beau qu'un Anob.
Mais , s'il admira sa beauté ,
170 n ne fin pas , en vérité ,
Moins surpris de la gentillesse , De l'accortise , de l'adresse , Du jugement & de l'esprit Qu'en ce c^u'il fait & ce au'il dit ,
175 Tout ainsi qu'un grand tfomme, il
[monO« En chaque célèbre Rencontre.
Mais c'est l'effet des heureux soins , Qui n'ont que d'illustres Témoins , D'une tres-dignc MARécHALE , ^^
180 A Minerve en sagesse égale, ^moi
Et qui, dans ce raiNCE charmant, oouf Se dresse un brillant Monument , Qui fera bien mieux voir sa gloire Que ne pourroit faire THistoire.
185 Cet Ambassadeur fut aussi ^
Par l'effet d'un juste souci ,
Visiter Monsieur & Mai>ame .
Qu'unit une si noble Trame ;
Où le brave de Saint Laurent, 190 Qui du Martyr n'est point Parent,
Le receut , exerçant sa Charge <"»*
Qu'ici prés je cotte à la marge.
Il faut vous faire un petit Plat ^^ De ce qu'un digne Magistrat Hoyà
195 Me dist le Jour même , à Vincbine , En l'Appartement de la Reyne , Et oui par conséquent est seur.
La Veuve d'un feu Fourbisseur , Qui , vivant, travailloit aux Armes
300 De nôtre Dauphin plein de charmes, Ayant certain je ne sçai quoy A mettre les cœurs en émoy, Un Quidam, beaucoup féru d'EUe , Pressé de son amoureux séle,
305 Fut la prier de son Honneur , Et , comme effronté suborneur, Vouloit , faute de déferance , Faire à cet Honneur violance; Mais la Veuve , sans s'étonner :
aio« Vous voulez donc en dégainer, ^ » Beau Primprencau , » ce lui dit- Prenant une claire Alumelie [Elle • Que le Fils de sa Majesté Avoit portée à son côté ,
315 « Hé bien, voila comment je pare I p Et , dans l'instant , sans dire gare , D'un coup défenseur de I'Honnsur»
188 un.
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Perce mortellement le cœur
Où ses Yeux avoyent ja fait brèche
aioAvec une invisible Flèche,
Vrai Dieu , quel Remède d'Amour I A ce spectacle chacun court , Et la Veuve qui si bien tue Dans la Prison l'on constitue ;
3j5Mab le Magistrat fort légal , Dont j'ay sceu l'encombre fatal , Ayant du Mort sceu la folie ; A la Prisonnière élargie , Et ce qu'on augure , en ce cas ,
2joPar l'instrument de ce Trépas , Est que nôtre Jeune Pompée »
Comine Thémis , n'aura l^pée Que pour vanger & pour punir :
Ce que prouvera l'Avenir.
355 Comme au dernier Choc des deu](
[Flotks , Quoy qu'on s'y fut poussé des botes Tant soit peu plus fortes aue Jeu, On avoit fait bien moins ae Feu , Au rapport de la Renommée ,
340 Que ae bruit & que de fîimée , Le Chevalier Holmes , dit-on , Pour lui faire* changer de ton , S'étant avancé vers le Vue, Par une assez brusque saillie ,
245 Vouloit faire un Feu des plus grands De cent tant de Vaisseaux Marchands; Mais , malgré sa boutade fiére , Etrangement incendiaire , La pluspart de l'Embrasement,
350 Sauvèrent leur Bois prestement Et les Brandons les plus avides
]• Duo
Rencontrèrent maints Vaisseaux vui- Ou chargez de Caillons au dIus, [des.
Contre lesquels ils firent nus.
255 Mais du Havre la Caravelle , ©alhise] Qui par tout fait tant parler d'EUe , S'occupe bien contre 1 Anolois , Cependant , à d'autres Explois.
Elle a , je l'écris sans méprises ,
a6oOéja fait jusques à cina Prises, Tant , au désir de son Héabs , Le Bon-heur la suit sur les Flots.
Les MAhitEs des Manufactures Et des magnifiques Verdures
265 Qui se font, par l'ordre du Rot, A Beauvais , en moult noble arroy.
Firent faire de beaux Services Et de tres-pompeux Sacrifices Le Jour Saint Louis , leur Patron ,
270 Et l'on peut dire , tout de bon , Que jamais Feste Solennelle Ne fut plus brillante & plus belle , Tant superbe étoit I'Appareh. , Lequel n'avoit rien de pareil ,
275 Pour les Riches Tapisseries , Les Clartez , les Argenteries , Et la Musique à divers Chœurs Qui charma tous les Auditeurs.
Plût aux Dieux, ma grande Patro- 380 Que ma Lettre fût assez bonne [ne. Pour vous charmer pareillement ; J'en aurois joye asseurement.
Le quatre du Mois des Vandanges , Je la fis en fleurant souvent des Fleurs d'Oranges.
À Farh , Che:^ F. Muguet , rut de U Harpe , mjv tnm Rois. Avec Privilège du Roy.
(ffiblioth. lut., Lc^, 22. Ré« — Biblioth. Mazarine, 296. Aa. — Biblioth. de rArtetMil, B. L. 11802.)
LA MUSE DE LA COUR
[ Pa« PERDOU di subligny. j