‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 77 sur 247 · XVI* SEMAINE · texte numérisé non relu

XVI* SEMAINE

Du Jeudy neufiesme Septembfe 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Comment appeliez-vous cette jeune Personne Qui vous a peint ces jours passez Et de qui la main est si bonne Qu'on ne peut Tadmirer assez ?

5 Son adresse- est , dit-on , extrême

D'avoir DÛ vous tirer quand vous faisiez cent tours

Et lors que, gambillant toujours , Vous vouliez vous mêler de la peindre elle mesme. Faites que j'aye au moins un de ces beaux Portraits 10 Afin , Prince , qu'en vostre absence

J'y puisse contempler les traits Que j'ayme avec tant de constance.

L'Amour veut cette complaisance Et » pour peu qu'on s'aime ardamment , 15 C'est une petite dépence

Que fait volontiers un Amant.

Je viens aujourd!huy pour vous dire Que tout le Monde vous admire Et que , selon l'avis de tous , 30 Quelque estât que le Roy fasse de sa Miucs ,

On n y trouveront rien de surprenant sans vous , Lors qu'il luy fait faire exercice.

Quand je dis rien de surprenant ; Voicy comme il faut qu'on le prenne , 25 C'est que pour nos Gens maintenant

Les titres les plus grands n'ont plus rien qui surpremie. Dire : les Gens du Roy sont fiers . nobles , vaillans , Et parmy leur fierté sont mesme fort galans , I N'est pas une chose nouvelle ,

|o Et , depuis que le Roy n'a formé sa Maison

Que de gens sans comparaison ,

B C pcrUnt simpUmemi XV. Semaine. j 5 ^ est lans doute extrême.

I ^ Je ne t^ p«s le' Nom de la jeûne Personne. 1 té Â Qpe doit supporter un Amant, j A Mais Princi , elle a la main si bonne. |

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Cela s'en va sans dire , alors qu'on parle d'elle ; Mais de voir un Dauphin charmant , A cinq ans , imiter son Père • ^ 15 Ne respirer incessamment

Que l'exercice militaire • Ne s'aimer qu'à cheval , en teste des soldas » C'est cela qui surprend & qu'on ne conçoit pas. Tout de bon , mon aimable Prince , «» Il n'est presque point de Province

D'où Ton ne vienne tout exprés Pour admirer avec la Francs Vostre jeune audace & vos traita , Qui sont de si haute Espérance.

« Dix mille Etrangers , l'autre fois ,

Formèrent dans Vincennb un bruit confus de vob Qui disoit : « qu'il est admirable I » O LB BEAU Prince que voila I » Que son petit air her a cheval est aymable 50 » Et qu'il se plaist comme cela I »

En effet, il sembloit que vous eussiez envie De faire voir à ces Messieurs Que ce qu'on en disoit ailleurs N'estojt pas une flatterie.

55 Mais vous devez estre en repos ;

On ne dira jamais rien à vostre avantage Que ^ sur de semblables propos , * L'on n'en croye encor davantage.

Mais est-il vray ce qu'on m'a dit te Que , malgré Maman de la Motte ,

Vous voulez aller sur la Flotte Pour vous acquérir du crédit? ,

Ce seroit bien une autre Histoire.

Quoy , vous^ importunez le Roy 6$ De vous donneur un tel employ,

Comme si vous manquiez de gloire ?

C'est estre brave avant le temps»

Et , l'une de ces matinées^ L'on vous croira , sans doute , une ame de vingt ans Tù Avec un corps de cinq années.

Sur tout ne partez pas sans le congé du Rot , Car on vient fraîchement de me dire à l'oreille Qu'il a fait arrester De Sault & Villeroy Pour avoir, dit-on • fait une faute pareille. 75 Us avoient demandé congé

D'aller secourir la Hollande ; Mais le Roy, n'ajrant pas jusé Qu'il deût souscrire à leur demande , A cause qu'ils estoient employez autre part, te Ne leur témoigna point d'agréer leur départ.

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Or, pour des gens de cette sorte , Vous sçaui'ez que ce sont de grandes cruautez Que de les retenir lors qu'ils sont tout bottez

Et que la valeur les emporte ; 85 Cela fit que , sans ravertir,

Us ne laissèrent pas , les Galans , de partir.

Le Rot , sur le champ mesme , ordonne

Qu'on fMse partir des Couriers Pour les faire au passage arrester prisonniers ; 90 Ce que Ton a fait à Peronnb.

Ils n'en mourront pas, que je croy :

A tout péché miséricorde ; Et je ne doute pas qu'adoucissant le Rot ,

Leur grâce à la fin ne s'accorde.

9> Entre nous , toutesfois » ce sont des gens perdus :

Ils auront beau faire en leur vie

Les braves & les entendus , Tousjours de ce reproche elle sera suivie : L'on ne parlera pomt de Flotte nj de Mkr 100 Qu'on ne dise : k De Sault faisoit le Diable à quatre ;

» Un jour , ainsi qu'un Tel , il fallut l'enfermer, » Parce qu'à toute force ils y vouloient combattre. »

Entre tant de jeunes Guerriers Qui partirent l'autre semaine , 105 On m'a dit qu'un Neveu de Monsieur de Tursnne ,

Chasteau-Thierrt , comme eux va pescher des Lauriers. A juger de la guerre ainsi qu'on en raisonne ,

En l'état que sont les Anglois , Ils en ont bien semé dans la Mer aux François, 110 Et, s'ils en ont le temps , la pesche sera bonne.

Ce jeune de Chasteao-Thierrt, Qu'en vray Prince qu'il est la victoire a nourry , En gagnera , sur ma paroUe , Et , comme en cette occasion 1 15 II va joindre son frère instruit en mesme Esc(^e ,

Le grand Chevaluer de Bouillon, Les Anglois avec apparence, Maudiront cet Esté les Chevaliers de France.

Le Rendez-vous de tous est autour de Calais , Au Pas du quel on dit qu'enfin se doivent rendre , Au gré de leurs communs souhaîs , Les Flottes qu'ils y vont attendre.

Le Duc DE Bbaufort est party Pour y venir de la Rochelle ,

96 A lu Dc laittercnt pu Princb , que de ptitlr. 1 97 A Les galant

91 yf B C mouront | itt^u% €e$S^oèrsménq9mi dam BC.

M 169* — Du 9. Septembre 1666 (Sobught). s66

1^5 Et RuiTBR est aussi sorty,

Avec une Flottb fort belle De. quatre-vingts-trois grands Vaisseaux » Pour le joindre & courir à des Combats nouveaux.

Seize Vaisseaux Danois s'y doivent aussi rendre , «jo Sous un Vice-Amiral de ce mesme Climat ;

En sorte qu'on peut faire estât

Que , sans aucunement comprendre

Ny Galiottes ny Brûlots ,

L Armement contre l'ANGurrBitRB 135 Doit faire tonner sfir les Flots

Cent trente-neuf vaisseaux de guerre.

Mais il faudra chercher les Anglois dans leurs Ports , Où , comme j'ay preveu mov-mesme , Contens de leurs derniers efforts , 140 Ils se sont retirez déz le vingt & huitième.

C'est un coup facile aux François :

Nostre Duc de Beaufort, dans sa chalevir extrême , Est homme à s'accrocher à I'Amiral Anglois , Au Port de la Tamise mesme.

1 45 Sçavez-vous comment fait ce Monsieur de Bbaufort

Quand il séjourne en quelque Port ?

Vous vous imaginez peut-estre Que , s'il est un beau logement , .

Il s'en rend aussi-tost le Maistre «50 Pour s'y loger commodément?

11 n'est rien de moins véritable »

Et c'est un Prince infatigable.

Durant le temps qu'il fut au Port des Rochelois , Il entra dans la Ville » il y disna par fois , ■55 Mais , quelque Maison bien parée

Qui luy fiist offerte! d'abord , Depuis le jour de son Entrée Il ne manqua jamais à coucher dans son Bord.

RurrsR , qui tient son Origine , '^ Comme je croy, d'un Dieu Marin ,

Tant il entend bien la Marine , Va perdre » en le voyant , bien viste son Chagrin ; Au moins se pourra-t'il répondre Que , fit-il dessein d'attaquer >^ L' Anglois dans la ViUe de Lonûre ,

Beauport le secourant» son coup ne peut manquer. On dit que Nôtre grand Monarque

(>9 ^ viomcnt encor s'y rendie. | 1^5 À Fera toBiter dcitot.

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A fait donner à ce Ruitbr De sa RoyaUe estime une obligeante marque , 170 Qu'Estrade & Bellefons luy rarent présenter :

C^est le don d'une riche chaisne,

Où pend I'Ordre de Saint Michel.

Admirez ce que c'est d'estre grand Capitaine ; Il faut estre un Rufter pour en avoir un tel.

175 Tbomp est , dit-on , libre à la Haye ,

Et, quoy que l'on nous ait conté Pour nous mettre en l'esprit qu'il estoit arresté , La Nouvelle n'estoit vraysemblable ny vraye. Si Tromp s'en est fasché , Prjnce , c'est à son dam • 180 Car, devant que passer en France ,

Elle s'est débitée , avec grande impudence. Par la Gazette d'Amsterdam.

Je l'ay pu d'autant plustost croire Que cette mesme Ville , en ce Tromp sans égal 185 Mettant presoue toute sa gloire ,

Ne devoit point souffrir que l'on en parlast mal. Ils ont une liberté grande De dire tout dans la Hollande , Et mesme je vous avoueray 190 Que j'y vois rarement du viiajr.

Mais revenons à nostre Histoire.

Parce que j'ay donc dit ce qu'il ne faut pas croire, A m'en dédire je consens , Et je ne puis mesme décrire 195 Le grand plaisir que je ressens

De pouvoir ainsi m'en dédire.

' Je suis du sentiment du Roy :

Quoy Que je sois d'avis que Justice se fasse , J'ay peine à voir, en bonne foy, aoo Un brave soldat en disgra^ce.

L'Empereur a présentement Un peu de repos en son ame D'avoir appris l'embarquement De I'Imperatrice , sa Femme ; J05 Mais une Lettre de Thurin

Me mande qu'à Final on aura beau l'attendre ,

Si l'on croit qu'elle aille y descendre , Et que SA Majesté prend un autre chemin. Pour moy, je crois en conscience a 10 Qu'on à fait cette Lettre exprés

Afin que dans Final, oti l'on a fait des frais , L'on se pende d'impatience.

En tout cas , cette Majesté, Le vingt & un d'Aoust, un Dimanche,

173 Â Qpi vtut cinq mille ctcut, de tcrânce certaine. I a 1^-120 Cis 8 vers mumqmmi dëm B C.

s69 169. — Du 9. Septembre 1666 (Subugnt). 070

215 Fut débarquer à Ville-Franche ,

Où le Duc de Savotb a souveraineté ,

Et, devant que ce Prince aymable Put aller sur le lieu luy faire compliment • Il n'est rien de si véritable tto Qu'elle en partit subitement.

Le Roy de Portugal n'est pas plus à son aise ; Sa Cour le voit , le plus souvent »

Escouter d'oti viendra le vent , En attendant toujours sa Reyne Portugaise. n} Ab 1 qu'il est fascheux tout à fait ,

Pour un Roy, de la tant attendre , Encore pour un Roy si tendre , Qui sans doute a veu son Portrait.

Au reste , j'ay sceu par la Ville 3|o Qu'on vit partir, ces jours derniers ,

Lie jeune Duc de Longueville , Que son train attendoit , dit-on , à Colomjobrs. Il s'en va servir à Venise , Avec vingt ou trente des siens , 335 D'où l'on croit qu'on verra son zèle pour l'Eglise

Aller porter bien loin le grand nom des Chrestiens.

Le CoiCTE de saint Pol , que j'aime Et que , par un panchant inconcevable & doux , Si-tost que je l'eus veu j'aimay tousjours de mesme • 340 Doit demeurer auprès de nous.^

Pour luy. nous le gardons pour en combatre d'autres Et pour faire à son Roy d'innombrables sujets , Tandis que son aisné , par ses pieux projets , DefFendra des pals qui ne sont pas les Nôtres.

H5 Dimanche prochain . m'a-t'on dit ,

On doit camper prts de Vincenne , Et cela doit durer deux jours de la semaine. Vostre Père , sans contredit , Est un des grands Roys de la terre , »5« Car, par manière de plaisir,

Il fait divinement tous ses gens à la guerre. Adieu , je pourray, là, vous voir plus à loi«r.

^ P^rn , Ckêr Altxmidrê UsseUn, au coin de la ru* Dauphine, devant le Ptmt-Seitf. Avêc FriviUgê dafbtf.

^yi A Saut Paol. | La Ugnature de fauteur et Vàiresu dm Uhraùrema

346 BC VitucimiB. I u trouvent que dans A. — BCpUeout id la date.

{A La Muse de Coar 1666 (voj. tome I . col. 909) pp. tii-taS.

• B La Muse Dauphine 1667 — 13S-147.

C La Muae Dauphine 1668 — 138-147.)

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

[Par la GRAVETTB m MAYOLAS.]

Du 12. Septembre 1666.

Deux Vers qui furent mal pozex Et par mégarde transposez, Seulement d'un petit étage , Dans mon dernier Poétique Ouvra-

5 Compozoient quatre masculins [ge , Précédens quatre féminins ; Princesse très grande & très haute, Ce n'est aucunement ma faute , Car j'aime avec sincérité

10 L'ordre & la régularité ,

Que je tache à métré en pratique.

R)ur l'avenir je m'en explique ; Mais c'est assez , brisons icy ; Voyez , s'il vous plaît , cetuy-cy .

15 Faut-il que le Peuple s'étonne De voir nôtre Porte-Couronne , Louis , le plus puissant des Rois Que jamais ait eu le François , Marcner aux champs & dans la rue,

a* Ses Gens tenans l'épée nue , Devançans ou suivans ses pas ?

Mais peut-être qu'il ne sçait pas Que cette mode brave & belle , Trionfante , gaye & nouvelle

95 Nous montre mieux Tautorité De la Royale Majesté.

S'il est de Prince sur la Terre , En temps de paix, en temps de guerre, Qui fasse aller ainsi son Train ,

jo Notre invincible Souverain ,

Qui sur les autres Roys l'emporte , A droit d'aller d'icelle sorte , Et n'aime point de son Troupeau Que l'épée tienne au foureau.

35 II exerce r Infanterie

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