‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 87 sur 247 · Du 19. Septembre 1666 (Matolas · texte numérisé non relu

Du 19. Septembre 1666 (Matolas

Messieurs de Pohpone & Trélon , Dont le fameux & beau renom L'estime à tout le monde inspire ,

170 Ambassadeurs de nôtre Sire Devers le Suédois Etat , Furent traitez avec éclat Pftr un Maréchal d'importance Dudit Pays , & non de France ,

175 Qu'on nomme le Maréchal Tôt , Et, pour vous dire tout bien-tôt , Dedans sa maizon de plaizance.

Telle fut la magnificence De ce dîner déhcieux

i&> Qu'on ne pût les régaler mieux.

Après la merveilleuze chère , Quatre tours ils allèrent faire Au jardin vaste & gracieux , Qui plût tout-à-fait à leurs yeux ,

185 Et, aans ces belles promenades, Ils y trouvèrent des cascades , Des fontaines & maint jet d'eau , Si grand , si fertile & si beau , Que la plus belle d'Italie

190 N'en peut être mieux embelie , Et dans le Nord certainemant On ne voit rien de plus charmant.

Il faut bien que je trouve pls^e Pour la Coupe du Val de Grâce ,

195 Qu'on voit dans sa perfection , Et non sans admiration , Faite de la main admirable D'un Peintre fort recommandable , De fiût & de Nom trés-mignard ,

aoo Puis-que c'est le £ameux Mignard :

Nôtre aymable & charmante Reine, Voulant pour la Fête prochaine Que ce Dôme , ou Coupe , fut fait , U nous l'a donné si parfait '

205 Que d^ns les plus riches Eglizes, Les plus belles & les mieux mizes , On ne verra point de tableau Qui soit assurément si beau Que cette peinture mignarde ,

210 Que depuis Jeudy l'on regarde.

Deux bons Frères Religieux , Non moins courageux que pieux , Allans pour afaires à Brie , Entrent dans une Hôtellerie

ai5 Pour y prendre fort sobrement Quelque nécessaire aliment ; Puis, de la poche ou de la manche.

Tirent la pièce , jaune ou blanche , Afin de payer leur écot ,

330 Se retirans sans dire mot ;

Mais ce métal , qui bien rézonne Et qui mieux qu une cloche sonne , Et comme le Soleil reluit , En le tirant ayant (ait bruit ,

335 Fit juger par 'son harmonie Qu'il avoit bonne compagnie.

. Deux Drôles, ou bien deux Voleurs.

Vêtus de diverses couleurs , Qui dans le dit lieu se trouvèrent ,

3 jo Après leur départ complotèrent.

Par un dessein pernicieux , D'aller tôt conter avec eux.

Ils les suivirent à la piste D'un pas beaucoup plus gay que

335 Et les atrapent dans un Bois, [triste,

^ Qui disoient d'une basse voix Leur Chapelet ou leur Brévièrç.

D'une fort méchante manière , Mes Gens leur sautent au colet ;

340 Les menacans , du pistolet , De les occire sans résource A moins qu'ils ne rendent la bource; Mais ces deux Frères vigoureux , Aussi dévots que valeureux ,

345 Recommandans à Dieu leur ame , Sans craindre le fer ny la flamme , De leur main font tourner en l'air Le coup , les baies & l'éclair, Et , se saisissans de leurs armes

350 Comme auroient fait de bons Gen-

[darmes.

Chacun prit le sien prizonnier, Par pitié leur faisans quartier ; Et , les lians de leur ceinture , Par une agréable avanture ,

355 Us les amenèrent captifs , Abatus , mornes & craintifs , Dans ladite ville propice , Entre les mains de la Justice ; Dont le Curé , très- bien apris ,

360 M'a dit ce que je vous écns.

Chaque Habitant eut de la joye De leur voir mener cette proye , Pour leur aprendre , à ce qu on dit , Qu'il faut respecter leur habit.

Page 1