XX- SEMAINE
Du Jeudy septième Octobre iti6&.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
J'ay la fièvre , Mon Prince , & je pleure Sert. Mon esprit , doublement aigry , Ne croit point cette fois avoir de quoy vous plaire El , sous le faix de son ennuy, ^ Dans les Nouvelles d'aujourd'huy N'aura point sa joye ordinaire.
I.E Comte ob Sert mourut ces jours passez , Au regret de toute la France , Qui ne sçauroit pleurer assez La perte de tant de vaillance.
Un dessèchement gênerai
B C partittt timipimmt XOC. SMMîiie
I 5 A ses. ^ j BC ses.
25; iSo. — Du 7* Octobre 1666 (Subugnt). 358
Fut le principe de son mal.
Dès qu'on l'en vit atteint , l'on crût sa mort certaine.
Et l'Art des plus grands Médecine 15 Ne luy pût différer au plus qu'une semaine
Le coup mortel de set destins.
Ah ! dites au Roy tosteb Pbre
Que c'est là le fruit de la paix
Et qu'il ne la donne jamais, to S'il se veut conserver une ame un peu guerrière.
Bien d'autres que luy périront
Si bien-tost on ne les employé,
Et la noble ardeur qu'ils auront, Chez quelques ennemis ne trouvant pas sa proye , 1) Agissant contr'eux sans mercy,
Les desséchera tous ainsi.
Depuis cet a^xrident funeste ,
Avez-vous yeu Db PLUJUiiTnf ?
Le Mort & luy, charmant Dauphin , Effaçoient ce qu'on dit de Piuldk & d'ORSSTB Et je suis assuré que , n'ayant point d'amy. Ce mal-heureux Marquis ne vit plus qu'à demy.
Dés que Sery reconnut l'neure
Qu'il luy falloit s'en séparer :
« Va , » ditnl , € Plumarun » puisqu'il faut qub jb mburb ,
» LaISSE-MOY loin I» TOY MOURIR SANS MURMURER.
» De l'air dont tu m'aymas , ma mort te PBRorr pbinb , » Et moy je n'aurois pas l'entier détachement » Qu'il faut avoir dans le moment > Que l'on vorr sa mort si prochaine. » Plumartin le quitta , tout outré de douleur. Ne pouvant, en effet, souffrir de tels supplices , Et, crovant arrester le cours de ce mal-neur. Fit en deux mille lieux fedre des Sacrifices.
45 Cq)endant le Roy, tout surpris
Du cours précipité qu'a cette maladie , Commande au Grand Colbbrt d'aller viste à Paris
Pour faire qu'on y remédie.
L' Augustin Frère Marc s'y voit mesme appelle , 50 Sur le bruit de cent belles cures
Qui l'ont autresfois signalé Dans de pareilles conjonctures.
Mais vainement Colbbrt y nt tout son effort : Il sçait , avec des soins fidelles , $' Guérir de cet Estât les blessures cruelles ,
Mais il ne peut guérir l'atteinte de la Mort.
O Mort , en le privant de vie , Tu n'as point fait le coup que tu t'estois promis ,
'' j fy^ ^^' I 47 ^ ^*^^ promptement aller ton Colbirt à Pakis.
'' ^ «••eiié qÊt, D'ajrant plut d'aiiij« | 54 ^ tes soins.
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Car tu pers en sa mort un monde d'ennemis 6u A qui ce Cavalier i'auroit enfin ravie 1
Si-tost que Loms eut appris Que Sery n'estoit plus au Monde , Il en eut quelque temps une douleur profonde , Car toujours les Guerriers furent ses favoris. 65 II fit partir en suitte un de ses Gentils-hommes
Pour porter dans le Havre au Duc, Père du Mort, St le plus affligé de ce Siècle où nous sommes , Dequoy le consoler dans un si rude sort ; A VAsBi Saint Agnan donna la survivance 70 Des Charges & Gouvernembns
Que son Père remplit en France Avec tant d'applaudissemens , Et , pour mieux consoler ce Père de sa perte , Le fit asseurer tout d'un temps ^» Que sa faveur seroit ouverte
Pour ce dernier de ses enfans.
C'est à dire , Dauphin , si je ne suis trompée, Que I'Abbé va prendre l'épée ; Mais qu'il soit marié dans l'an , 80 Si l'on veut conserver la race
Du fameux Duc de Saint Aignan , Et puis , pour prévenir la mortelle disgrâce
Qui ravit son Frère à son Rojr, Qu'on donne à son courage un gloneux employ 1
S5 Mais, puisque nous tombons sur le Havre de Grâce ,
Discourons de ce qui s'y passe.
On y vit arriver un Navire Holandois , Le dernier jour de l'autre mois , Et c'estoit un des six Navires 90 Qui , joints à Monsieur de Beaufort,
Avoient en Portugal conduit jusques au Port Un Objet Couronné digne de mille Empires. Il avoit, dit-on , évité La fascheuse nécessité 95 De se brûler luy-mesme , ainsi que les cinq autres ,
Qui , par les ennemis surpris , Apres s'estre éloignez de la Flotte des nôtres , Avoieiït voulu sauter i)lustost que d'estre pris. Ouy, ces six vaisseaux , Prince aimable , 100 Croyant regagner sans combats
Les ports de Messieurs les EstATs , Ont eu ce sort épouvantable :
Ik furent chargez des Anglois Et se battirent bien , m'a-t'on dit, en retraîtte, 105 Mais , à la fin . leurs Chefs , prévoyant leur défaite ,
79 A Mais (pi'oii le marie. | 88 A Deaiut la fln de l'autre mois.
36i 180. — Du 7. Octobre 1666 (Subliont), 362
En tres-avisez Hollàndois , Firent sauver dans des chalouppes Leurs équipages & leurs troiipes , Et , pour tromper l'espoir de leurs ners Ennemis , 110 Le feu dans cinq vaisseaux par eux-mesmes fut mis.
Jeudy dernier, je fut trompée , Quand je crûs que contre Tânglois Nôtre Flotte estoit occupée ; Dés le vingt cinq de l'autre mois, ity Le Duc de Bbaufort, au contraire,
Ne voyant pas de jour à se joindre à RnrntR , Avoit rei)ris , sans s'arrester , Le chemin qu'il venoit de faire , Et l'on dit que , malgré le vent .
lao U a gagné Brest à présent.
Le jeune Comte de Limoge , Qui suit tousjours cet Amiral , Et de qui la valeur mérite quelque Eloge , *"
Escrit que ce retour leur fut presque fatal 135 Et que jamais , dans le voyage
Qu'il avoit entrepris chez les Turcs & les Grecs , Il ne s'estoit trouvé si prés De l'heure de faire naufrage.
On me vint dire aussi , Lundy, 130 Le coup extrêmement hardy
Que trois de nos Navires firent , Qui , n'ayant pu voguer si viste que Beaufort , Qui cingloit devers Dieppe avecque trop d'effort , Trouvèrent en chemin cinq Anglois qu'ils défirent. 1,3 Ma fièvre me fait du dépit ,
Lors ^ue j'apprens de ces Nouvelles , Car je souhaiterois faire un effort d'Esprit Pour en bien discourir lors qu'elles sont si belles , Et ma langueur, Dauphin charmant, 140 Ne me le permet nullement.
Tout ce que je puis fiftire en cette conjoncture Est de vous raconter la chose toute pure. L' Anglois , tenant environnez Ces vaisseaux demeurés derrière , 145 En vit d'abord les siens tellement canonnez ,
Que , sans trop s'obstiner dans son humeur altiere,
Si-tost qu'il en vit deux à fonds , Sa fuite déroba le reste à nos canons. Apres cela , les vents contraires 150 Dispersèrent deçà de là ,
Ces vainqueurs de nos aversaires ; Chacun à l'aveugle cingla.
143 A lywit cimronnez. | 144 -^ Cm trois vaissetux reste: