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Les contradictions de Monseigneur Maret

On raconte de S. Alphonse de Liguori « qu’il ne trouvait aucun repos et ne pouvait contenir son indignation quand il apprenait qu’on attaquait ou qu’on révoquait en doute l’autorité du Pape sur le Concile et son infaillibilité en matière de foi.» — «Je suis prêt à donner ma vie, écrivait-il, pour défendre la suprême puissance du Pape : ôtez cette puissance, et je ne crains pas de dire que l’autorité de l’Eglise est anéantie^). »

Voilà ce que pensait.au sujet de l’infaillibilité ponti-

(1) On trouvera ce témoignage et bien d’autres également significatifs avec l'indication des sources, dans la remarquable introduction que le R. Père J. Jacques, de la congrégation du Saint Rédempteur, a mis en tête du volume qu’il vient de publier chez Castermann, sous ce titre : Du Pape el des Conciles ou doctrine complète de saint Alphonse de Liguori sur ce double sujet.

ficale, le plus saint, le plus savant, et aussi le plus modéré des docteurs que Dieu ait donnés à son Eglise durant le dernier siècle.

Ce même dogme, au maintien duquel S. Alphonse ne craignait pas d’attacher le salut de l’Eglise, vient d’être attaqué comme une erreur dangereuse par un Prélat qui ne s’attribue sans doute ni L’autorité, ni la science, ni la sainteté du grand Evêque de Sainte Agathe.

Attaqué est bien le mot ; car il faudrait donner un démenti à Mgr. Maret pour pouvoir présenter son livre comme une réponse à certaines manifestations récentes en faveur de l’infaillibilité pontiücale. Lui-même nous apprend que, depuis plusieurs années, il consacrait tous ses loisirs à la préparation de ce travail ; et il y a déjà bien des mois que les ennemis de la Papauté en avaient annoncé l’apparition. A en croire ces étranges confidents, qui n’ont pas coutume d’être aussi prodigues de leurs applaudissements à l’égard des œuvres épiscopales, l’ouvrage de l’illustre doyen de la nouvelle Sorbonne allait porter aux doctrines romaines un coup dont elles auraient bien de la peine à se relever.

L’ouvrage a enfin paru ; le coup terrible a été porté ; et nous espérons prouver à nos lecteurs que,

loin de renverser les doctrines romaines, il n'a servi qu’à en démontrer l’inébranlable solidité.

Ce « mémoire » qui, si nous en croyons son titre, était destiné à être « soumis au prochain Concile », a été écrit dans une langue qui n’est pas celle du Concile; et, de fait, c’est au tribunal de l’opinion publique qu’il a été présenté. On ne saurait donc s’étonner que nous paraissions devant le même tribunal, pour lui présenter notre défense.

Accusés d’inconsidération, d’injustice, de violence, de témérité ; attaqués dans des croyances auxquelles nous tenons plus qu’à notre vie, nous ne pouvions garder le silence.

Les réponses en effet n’ont pas manqué ; et si l’avocat du gallicanisme croyait son plaidoyer irréfutable, il peut déjà commencer à se désabuser.

Son mémoire avait à peine paru qu’il était déjà apprécié dans son ensemble par les juges les plus compétents et les plus autorisés ; et chaque jour paraissent des réfutations plus détaillées, qui ont pour but de résoudre, une à une, les difficultés accumulées par l’auteur dans ses deux gros volumes, et de démolir pièce à pièce cet échafaudage « fruit d’un long travail (1). »

(1) Préface, p. xxn.

• La tâche que nous entreprenons aujourd’hui est plus simple, et peut-être ne sera-t-elle pas moins utile. Nous voulons donner la parole à Mgr Maret, et lui laisser le soin de se réfuter lui-même par ses palpables contradictions.

Nous ne croyons pas trop nous avancer en promettant à nos lecteurs qu’après avoir entendu ce témoignage que le nouveau défenseur du gallicanisme va rendre contre lui-même, ils ne croiront pas nécessaire d’appeler d’autres témoins pour porter sur sa doctrine un jugement parfaitement éclairé.

En effet, le caractère propre de la vérité est son accord parfait avec elle -même , tandis que l’incohérence et la contradiction sont les signes manifestes de l’erreur. Il n’est donc pas toujours nécessaire de vérifier laborieusement les textes, et de confronter les témoignages, pour juger de la vérité ou de la fausseté d’une doctrine. Il suffit souvent de la considérer sous tous ses aspects, de rapprocher les unes des autres les affirmations de celui qui la défend, de comparer ce qu’il dit avec ce qu’il doit, mais peut-être n’ose pas dire. S’il se contredit dans ses affirmations les

plus réfléchies; si, pour écarter l’odieux qui s’attache à sa cause, il en est réduit à fausser l’expression de sa pensée, et à rejeter sur la cause opposée des accusations qui écrasent la sienne de tout leur poids : quand vous seriez hors d’état de réfuter quelquesuns de ses arguments, vous n’en serez pas moins assurés de la fausseté de sa théorie.

C’est la conviction qui résultera, pour nos lecteurs, du simple exposé que nous allons leur offrir, de la nouvelle constitution de l’Eglise proposée par Mgr ' l’Evêque de Sura. Très volontiers, ils donneront acte au Prélat de ses solennelles protestations. Ils ne feront pas difficulté d’admettre qu’en publiant son livre, il a cru non-seulement exercer un droit, mais encore remplir un devoir ; il a voulu sauvegarder l’antique constitution de l’Eglise, menacée d’une révolution radicale par un parti dangereux ; il n’a songé qu’à conserver, dans la forme instituée par Jésus-Christ lui-même, la monarchie tempérée qui a, jusqu’à ce jour, gouverné la société chrétienne; loin de chercher à limiter le pouvoir du Pape, il a voulu le maintenir dans sa plénitude; il s’est attaché à défendre la tradition de l’Eglise, et à mettre à profit , pour l’utilité du présent , l’expérience du passé ; enfin il n’aspire qu’à écarter pour jamais les

divisions qui font on ce moment la faiblesse de la cité de Dieu, et arrêtent le progrès de l'humanité.

Et pourtant, on ne pourra s’empêcher de reconnaître que, sous tous ces rapports, Mgr Maret fait précisément le contraire de ce qu’il dit; et que, par conséquent, son système est, dans toute la force du terme, un tissu de contradictions. Ce jugement ne paraîtra pas trop dur quand nous aurons démontré que l’auteur se contredit manifestement lui-même : 1°dans l’énonciation du but qu’il se propose ; 2° dans le nom par lequel il désigne la théorie qu’il cherche à faire prévaloir ; 3° dans la détermination des éléments les plus essentiels de cette théorie ; 4° dans l’interprétation des textes scripturaires sur lesquels il la fonde; 5° dans l’autorité conciliaire, et la certitude dogmatique qu’il lui attribue ; 6° dans l’application qu’il en fait à l’histoire du passé ; 7° dans les fruits qu’il en attend pour l’avenir.

Nous n’indiquons là que les contradictions capitales : chemin faisant, nous en rencontrerons une foule d’autres, qui suffiraient, à elles seules, pour discréditer une doctrine, mais qui pour nous sont de la surabondance. Nous en indiquerons rapidement quelques-unes ; et nous laisserons le soin de relever les autres aux écrivains qui remplissent déjà avec

tant de succès la tâche que Mgr Maret est le seul à croire supérieure à tous les efforts « de la critique contemporaine. »

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