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Fig. 114. — Rivière du Polochie au Guatémala,
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ment, qu’il tomba en avant, et se fit une entorse; mais personne n’essaya de le relever, tant son action criminelle rencontrait de désapprobation.
Manoel n’en vit pas davantage : il ne lui restait plus qu'à fuir. Il n’alla pas bien loin ; il trouva un asile sous le toit d’un missionnaire et il put croire que sa vie tout entière s’écoulerait au milieu de cette puissante région tropicale où le hasard des événements l’avait conduit.
Tout le retenait dans ces solitudes : la forêt vierge, rendue impénétrable par les lianes de diverses couleurs qui forment, à un endroit, comme une multitude de cordages pendants et entremêlés, semblables aux manœuvres en désordre d’un grand navire ; qui plus loin, interrompues dans leur développement par quelque rocher, l’entourent de leurs mille bras, le couvrent de feuilles et s’élancent au sommet des plus grands arbres ; qui parfois franchissent des torrents et servent de ponts naturels aux voyageurs surpris par le débordement des eaux ; leurs guirlandes et leurs spirales sont l’asile d’une multitude de perroquets, de singes, d'oiseaux et d'insectes de toute espèce qui y mènent une vie bruyante. Chaque arbre apparaissait surchargé d’une végétation parasite de pâles orchidées, de fougères fines comme la dentelle, de brins de mousse rampante, de sarments de vignes, de cactus à feuilles effilées, chargés de fleurs roses, de dendrobria couleur de pourpre s’attachant aux lianes, — parasite sur parasite; — le fleuve, à son tour, roulant ses. eaux écamantes à travers la forêt, exerçait son attraction; — puis la savane immense, brûlée, d’un ton gris, à peine ombragée çà et là par un calebassier ou par quelque massif inextricable de lianes et de convolvulus ; — les collines nues et arrondies de Mosquito ; enfin les ruines couvertes d’hiéroglyphes en relief des anciens temples, vestiges de vastes pyramides à plusieurs étages, avec une plate-forme pour les idoles, et un large escalier extérieur : dans ces « montagnes de vieilles pierres », comme disent les Indiens, se réfugiaient, au milieu des morts dont elles protègent le sommeil, une foule d'êtres vivants : les antilopes, les guastusos ou agouties, les armadillos, les iguanees, — énormes et hideux lézards dont la chair est, dit-on, délicieuse, — les chats-tigres, et parfois aussi le jaguar, roi de la jungle, qui suce le sang de sa victime encore vivante.
C’est là qu’on voit, glissant au milieu des débris et des feuilles épaisses, le serpent corail, aux anneaux de jais où se mêlent le corail et la nacre de perle, à la tête émaillée de noir et de pourpre, ophidien
Fig. 115. — Balançoire indienne au Nicaragua,
svelte dans sa forme, à l'œil petit, sombre , fascinateur, admirable dans ses nuances, mortel dans ses atteintes.
Et pour cachet imprimé à cette solitude, un silence plein de murmures accusant la vie, la haine, l’antagonisme de toutes ces créatures de Dieu qui s’observent et se guettent pour s’entre-détruire. Sous la chaleur
intense, accablante, attisée par des bouffées de feu tombant lourdement du ciel, une trêve s’imposait. Tous les êtres vivants, saisis par la même torpeur, cherchaient un refuge vers l’ombrage. Les grosses mouches bourdonnantes de la forêt, venimeuses comme des scorpions, les grillons noirs, les hideuses araignées jaunes armées de dards, se cachaient, s’enfonçaient sous les feuilles, dans leurs trous.
Néanmoins, au-dessus des arbres, se détachant en noir sur l’azur, planait quelquefois un oiseau énorme bien plus grand que le condor du Chili, un «aquilucho », oiseau presque fabuleux, mystérieux géant des airs, terrible dans son aspect, et dont la vue impressionne à ce point que, lorsqu'ils l’aperçoivent, Ramas, Oulouas et Lapis font de ce jour un jour notable achevé dans les réjouissances et l'ivresse.
Dans les régions équinoxiales de l'Amérique, soit que l’on chemine en «terre froide », dans les hautes montagnes de la Cordillère, soit qu'on s'enfonce en « terre chaude » dans les sentiers à peine tracés de la forêt, les tableaux de la nature ont un charme toujours nouveau.
La Cordillère qui descend de l'Amérique septentrionale, forme une puissante ossature dans cette région profondément échancrée par l’Atlautique et le Pacifique et qui soude l’un à l’autre, par de minces lanoues de terre, les deux continents.
L’interminable chaîne présente ses dentelures d’un jaune fauve et rouge aux rayons étincelants du soleil. Entre ces deux Océans qui rongent les isthmes, c’est comme un autre océan de pies, de pointes, de sommets, de volcans, de mornes aux proportions colossales surplombant la plaine à des hauteurs considérables. Dans les vallées, dans les gorges (les « quebradas ») se déroulent des abîmes sans fond, ombragés de masses vigoureuses de verdure aux reflets métalliques. Partout les teintes chaudes et vivifiantes des tropiques; et si parfois un brouillard surnage au-dessus de quelque vallée, voilant cà et là la perspective, invariablement, au fond du paysage, des lignes d’un bleu foncé dessinent sur l’azur limpide de l’horizon la silhouette grandiose de quelque montagne.
Il existe dans l’Amérique centrale divers groupes d’indigènes qui descendent des anciens Mexicains. Les Nahuatls forment la population
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