‹ Les contrées mystérieuses et les peuples inconnusChapitre 17 sur 56 · Un Esquimau · texte numérisé non relu

Un Esquimau

Fig

se dirigent vers un point de la côte désigné pour la chasse aux loutres marines. De là, quand le temps est favorable, les embarcations gagnent la haute mer, la loutre se tenant le plus souvent éloignée du rivage à des distances qui vont quelquefois jusqu’à dix lieues. Chaque loutre signalée est entourée et attaquée à coups de flèches. Ces animaux ont la vie si dure que souvent on les voit, percés successivement de huit ou dix flèches, plonger autant de fois, puis reparaître encore avant de succomber. Enfin, la loutre morte, elle est adjugée à celui qui a frappé le plus près de la tête.

La peuplade des Kouskoquims, fort belliqueuse et redontée de ses voisins, occupe les deux rives du fleuve du même nom. Ils vivent d’une manière qui rappelle les mœurs des Spartiates. Dans chacun de leurs villages, il y à une maison commune où les hommes s’assemblent le soir pour y délibérer sur les intérêts principaux de leur petit État, et qui leur sert de demeure habituelle. Les femmes, les enfants, les vieillards et les chamans ou devins sont laissés dans leurs huttes.

Les Kenaïs où Kenayens sont échelonnés le long des rivages du golfe de Kenaï. Ils se divisent en deux tribus. Ils sont pacifiques. Une coutume fort ancienne impose aux hommes l'obligation de choisir leurs femmes dans la tribu voisine. « Les préliminaires de ces unions offrent certaines particularités singulières, et qui rappellent quelque peu les anciennes traditions bibliques. Aïnsi lorsqu'un Kenaïs s’est décidé sur le choix d’une compagne, il s’en va dès l’aube se présenter dans la maison du père de la jeune fille, s’y installe, et commence aussitôt à s’acquitter de toutes sortes de services domestiques, comme de puiser de l’eau, de chauffer le bain ou l’étuve, et de préparer le repas du matin. On le laisse faire ainsi pendant quelque temps, puis on finit par s’enquérir de la cause de ce zèle officieux et de la nature précise de ses intentions. Le jeune homme se déclare, et si ses vœux ne sont point agréés, il est remercié de ses services et immédiatement congédié. Dans le cas contraire, on ne lui fait pas de réponse, silence qui équivaut à un consentement, et le postulant reste dans la maison, y continuant ses fonctions pendant un espace de temps que l’usage fixe généralement à une année entière. A l’expiration de ce terme, le beau-père lui paye une valeur pouvant être considérée comme une rémunération suffisante de ses

peines, et le jeune homme part, emmenant sa femme avec lui. La récompense en question doit néanmoins être restituée, en cas où la nouvelle épouse jugerait convenable (comme elle en a le droit) de quitter son mari pour rentrer dans sa famille, ce qui prouverait que, chez ce peuple, les femmes ne sont nullement à l’état d'esclaves, bien que dans les soins domestiques les travaux les plus rudes leur tombent exclusivement en partage (1). »

Fig, 113. — Aléoutes chassant la loutre de mer,

Les Aléoutes forment la population des îles Aléoutiennes et du groupe de Kodiak. Intelligents, doués d’un instinct très vif d'imitation, ils ont acquis un certain degré de civilisation, grâce aux visites des missionnaires russes. Mais ils vivent dans une extrême misère, fort sales de leur personne malgré l’usage fréquent des bains de vapeur.

Une sorte de robe à manches, descendant jusqu’au-dessous du genou, — en peaux de bêtes garnies de leur poil et que l’on porte à volonté

soit en dedans soit en dehors, — leur sert tout à la fois de vêtement et de couche.

(1) Asiatic Journal,

Un aventurier dans le Nicaragua. — La forêt vierge de l'Amérique équinoxiale. — La Cordillère. — Les ruines du Honduras et du San-Salvador. — Le Yucatan. — Descente dans le cratère d'un volcan de l'Équateur, — Les tremblements de terre. — Les Indiens soumis. — Les bourgades qu'ils habitent. — Les divers États de l'Amérique méridionale. — Le chemin de fer transandin. — Aspect du Pérou. — Les mines d’or et d'argent. — Les villes mortes. — La végétation au Chili. — Le désert d’Atacama. — Traversée périlleuse des Andes. — Le & sorrocho ». — La coca. — Un Indien & Salteador ». — La Pampa argentine, — « Los Indios bravos ». — Les pillards de la Pampa. — Un jaguar. — Le grand Chaco et ses habitants. — Une attaque à main armée. — Le lion d'Amérique. — Les « selvas » du Brésil, et les &Ilanos » du Venezuela. — Les trois grands fleuves : l’'Amazone, le Parana et l’Orénoque.

Qui donc a dit qu'il n'y avait plus d’aventuriers ? que des Pizarre et des Fernand Cortez auraient quelque peine aujourd’hui à se faire suivre? Que les explorateurs modernes des régions inconnues sont des savants, des membres de la Société de géographie de Paris, de Londres où de Berlin ? I] nous à été donné de voir récemment un véritable aventurier, apanagé de toutes les qualités et peut-être de tous les vices du genre : don Manoel Vicente, — un bien bel homme barbu, de figure sympathique et intelligente. — Tout jeune il avait suivi son père, flibustier et compagnon de Walker; depuis il avait été successivement commis de banque à Guayaquil, maquignon à Valparaiso, chercheur de diamants au Brésil, employé à la construction du chemin de fer transandin ; en dernier lieu, prisonnier des Indiens du Rio Negro, il avait réussi à s'échapper de leurs mains et il se trouvait à Paris pour y exploiter deux merveilleux produits végétaux de Amérique du Sud, la «retortuna » de Bolivie, qui selon notre homme fournit un remède souverain contre les maux de dents et les douleurs nerveuses en général, et le « quillo-quillo » des Pampas, plante de la famille des solanées, qui donne une graine qu’on fait macérer dans de l’eau chaude, et qui jouit alors de la double propriété

d'empêcher la calvitie et de remplacer le savon. Au Chili, l'écorce de l'arbre « quillai » possède, paraît-il, les mêmes vertus. C’est à l’usage en quelque sorte habituel du « quillai » que les Chiliennes doivent leur merveilleuse chevelure. Manoel Vicente ne songerait à rien moins qu'à saisir enfin la fortune qui lui a si souvent échappé.

Un homme comme Manoel Vicente, ayant vu tant de choses et aimant fort à en parler, était une trouvaille précieuse. Prié de rédiger quelques notes sur ses souvenirs, 1l s’exécuta de fort bonne grâce et ses informations ne sont nullement à dédaigner, comme on le verra, même après celles de MM. Agassiz, Paul Marcoy, le docteur Crevaux, Lucien- Napoléon Wyse, Lucien Biart, Squiers et plusieurs autres savants et voyageurs.

Nous mettrons donc ces notes à profit, en laissant, bien entendu, à notre collaborateur une certaine part de responsabilité.

Un matin de janvier, Manoel Vicente s’embarquait pour la première fois sur le lac de Nicaragua. Ce n’était pas une mince besogne pour lui et le « ladino » (1) qui l’accompagnait que de pousser au large, en dégageant leur canot des roseaux élancés et des jones à aigrette qui obstruaient le littoral, — retraite des grues et des poules d’eau, des alligators et des serpents aquatiques, — et de gagner la partie découverte du lac. Enfin l’immense nappe d’eau s’étendit à perte de vue devant leurs yeux, toute émaillée d’îles très peuplées : c’est bien plutôt une mer intérieure qu'un lac, car on y ressent une brise de mer et une brise de terre, des orages, des calmes plats ; des tempêtes qui descendent des hautes terres ou, se formant derrière les pics d’'Ometepec, de Mornbacho et de Madera, s’abattent à l’improviste avec fureur sur ses eaux, faisant du marin inexpérimenté une proie assurée pour les requins tachetés.

Ce pic élevé d'Ometepec descend presque jusqu’au rivage, où les palmiers lui font une ceinture. D’autres arbres des essences les plus variées revêtent le cône jusqu'au sommet. Sous un majestueux € ceiba » couvert de mousse, et dont l’eau caressait le pied, se balançaient plusieurs

(1) On nomme ainsi une sorte de métis.

bateaux appartenant aux indigènes. De cet endroit un sentier bordé d'orangers et de papayers conduisait à un village indien. Des jeunes filles de ce village, plutôt laides que jolies, charriaient silencieusement des cruches d’eau puisée dans le lac. Le Nicaragua était célèbre jadis pour la beauté de ses femmes ; mais ces filles avec leurs têtes larges, leurs cheveux longs, rudes, assouplis à force de graisse, leurs yeux à fleur de tête, leur manque de grâce, soutiennent mal la réputation faite aux femmes de leur race.

À travers les arbres dont les branches soutenaient suspendues des franges de mousse, Manoel apercevait des huttes entourées chacune d’une clôture impénétrable de cactus et d’ananas sauvages et ornées sur leur façade de calebassiers et de palmiers nains.

Non loin du village, une prairie dénudée, protégée par un mur bas en pierres sèches, constituait un champ de repos sans aucune marque extérieure, — point de statues comme dans l’isthme, pas de grands tumulus en pierres, comme sur le rivage opposé du lac.

À côté de ce champ, William Walker avait établi un asile pour les femmes et les enfants de ses compagnons, et pour les malades et les blessés de sa petite troupe. A la suite d’un engagement avec les Costa- Ricans, le père de Manoel, grièvement atteint, avait dû gagner le refuge. C’est là que son fils se rendait pour l’y rejoindre. Il ne savait pas qu’il marchait en quelque sorte à la mort.

Depuis deux ou trois semaines, les Indiens s’inquiétaient du voisinage des flibustiers. En approchant du refuge, il vit la population rouge en mouvement. Soudainement, les Indiens venaient de déclarer leur hostilité aux blancs cachés chez eux. La population des villages voisins s’était jointe à eux et déjà ils égorgeaient les hommes couchés dans leurs lits. Ce fut une scène affreuse.

Pendant que les femmes et les enfants tentaient d'échapper par la fuite au triste sort qui leur était réservé, les soldats de Walker faisaient une résistance désespérée, vendant chèrement leur vie. Un instant le jeune homme put croire son père sauvé. Vicente était si brave et si beau que les femmes indiennes qui avaient suivi les guerriers demandaiert grâce pour lui. Les exécuteurs hésitants abaissaient déjà leurs couteaux sanglants, lorsqu'un péon, plus fanatique que les autres, passa

derrière l'infortuné flibustier et d’un seul coup lui fendit le crâne jus-

qu'à la cervelle. Le meurtrier avait mis tant de force dans

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