‹ Les contrées mystérieuses et les peuples inconnusChapitre 26 sur 56 · SEEN UE · texte numérisé non relu

SEEN UE

IAE de : dos ; 4 ï #A ; tes | [a “a : ' rt . \ Î : A = ra | È On is È \ Û o

Le grand Océan et l'océan Pacifique. — Il n’y a plus de terre à découvrir dans ces mers. — Périls et attraits de la navigation. — La mer de Corail. — Les îles madréporiques et les futurs continents, — Divisions ethnographiques de l'Océanie, — La Malaisie, la Mélanésie, la Polynésie, la Micronésie. — Antagonisme du monde sauvage et de la civilisation, — Sphère de

l’anthropophagie, — Les oiseaux familiers des îles Gallapagos.

Suave mari magno turbantibus œquora ventis.

Il est doux, quand le vent soulève Les flots grossis de l'Océan,

De suivre, à l'abri de la grève,

Un vaisseau que bat l'ouragan...

Passons sur ce qu'il y a de cruellement égoïste dans les vers du poète latin : sans aucun doute, il est fort agréable d'écouter au coin du feu les récits périlleux des navigateurs, il y a plaisir à se sentir ému, — en toute sécurité, — des dangers que recèlent les rivages inhospitaliers, et à se faire, — de très loin, — une idée de l’accueil décevant des anthropophages.

Mais pour le navigateur le grand Océan a perdu ses terreurs ; c’est aujourd’hui l’une des mers les plus fréquentées. Cook en a été le révélateur par excellence, l’homme qui, pour cette partie du monde, a accompli une œuvre semblable à celle de Colomb, allant à la recherche de l’Amérique, ou de Livingstone parcourant dans toutes les directions l'Afrique du centre et du sud. L'Océanie est connue en toutes ses parties ; les cartes la représentent constellée de terres.

Au marin n’est plus réservée cette surprise merveilleuse de voir tout à coup devant soi, aux premières lueurs du jour, une haute terre surgissant, pour ainsi dire, du fond des abîmes ; mais bien d’autres émotions, — etavecelles bien des dangers, — l’attendent sur cette vaste étendue d’eau,

dont on asi bien dit que Dieu semble l’avoir laissée échapper d’ane source inconnue comme une image saisissante de son éternité et de son infinie puissance. Il reste au marin les écueils sur lesquels les navires peuvent échouer et se briser ; le banc dangereux autour duquel l’hirondelle et l'oiseau des tempêtes se jouent, s’ébattent, tournoient ; les mauvais temps les ouragans, les cyclones s’illuminant dans leur épaisseur de toutes leurs lueurs électriques, ou enserrant le navire au fond d’un tourbillon noir; il y a encore le vent qui descend tout d’an coup avec force d’une déchirure de nuages sombres et couche sur les vagues le navire trop chargé de voiles; la grosse mer qui vous pousse à la côte et vous force à vous élever dans le vent ; 1ly a surtout le naufrage en vue du port, et la perdition corps et biens à jamais ignorée :

Où sont-ils les marins sombrés dans les nuits noires ? O flots, que vous savez de lugubres histoires! Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues! Vous roulez à travers les sombres étendues, Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus. Oh! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu’un rêve, Sont morts en attendant tous les jours sur la grève Ceux qui ne sont pas revenus!

Le marin a aussi des émotions gaies, des heures de bien-être et même des spectacles attrayants : c’est la mer calme et belle, largement éclairée par le soleil, avec ses flots bleus empanachés d’écume, ces flots que Byron comparait poétiquement à la crinière bondissante de son coursier. Avec le poète anglais, alors il peut s’écrier :

« Déroule tesvagues d’azur, majestueux Océan! mille flots parcourent tes routes immenses : l’homme qui couvre la terre de ruines voit son pouvoir s'arrêter sur tes bords. »

Il a les nuits étoilées de l’hémisphère austral ; il a les crépuscules des aubes fraîches :

... Le regard de l’aurore Enfle le sein dormant de l'Océan sonore, . . . Comme un léger sillon qui se creuse et frissonne Dans un champ où la brise a balancé l’épi.

© [Ye] Qt

Un flot naît d’une ride; il murmure, il sillonne

L'azur muet encore de l’abîme assoupi,

Il roule sur lui-même, il s’allonge, il s’abîme, Le regard le perd un moment :

Où va-t-il? Il revient, revomi par l’abîme :

Il dresse en mugissant sa bouillonnante cime ;

Le jour semble rouler sur son dos écumant.

Les vers des poètes viennent ici s’aligner d'eux-mêmes : après Hugo et Byron, Lamartine.

Le marin a encore les incidents de la vie de cette mer féconde : Ia rencontre d’un couple de baleines tournant curieusement autour du navire, rapides dans leur course, rivalisant d'activité dans leurs jeux, lançcant en l’air avec bruit de leurs puissants évents leur souffle humide et chaud, pareil à de hautes gerbes d’eau, — ou la lutte d’une baleine protégeant son petit contre un cachalot qui montre sa tête énorme, faisant à elle seule le tiers ou la moitié de la longueur du corps et armée d’une mâchoire où de chaque côté apparaissent de fortes rangées de dents, — c’est encore un requin nageant dans le sillage avec l’espoir de quelque aubaine et qui lui-même est bientôt capturé à l’aide de l’émérillon fixé à une chaîne que les matelots jettent à la mer amorcé d’une flèche de lard pour appât; c’est enfin le va-et-vient des oiseaux de mer semblant escorter et suivre le navire; les albatros qui tracent de vastes cercles autour de sa mâture : ces énormes oiseaux d’un blanc éblouissant ont une envergure d’ailes de trois à quatre mètres , et font la chasse aux poissons volants ; mais ils redoutent l’attaque d’un goéland, d’une mouette et se laissent prendre aisément à l’hamecçon, — comme les requins. C’est un étonnement de les voir, une fois amenés à bord, se débattre sur le pont dans le gréement, libres et bruyants, frappant partout de grands coups d ailes sans pouvoir s'envoler : il faut à ces oiseaux l'élément liquide pour prendre leur élan : sur le pont d’un bâtiment ils demeurent prisonniers sans qu'aucun lien les retienne.

Nous avons dit qu'il n’y a plus de découvertes à faire ; mais il ne faut pas oublier que l'Océan est le grand et mystérieux laboratoire, où, loin de nos yeux, « la nature, selon l’expression de Michelet, travaille profondément la vie,nous élabore des mondes, des continents nouveaux, »

peut-être un refuge pour le jour où les continents que nous habitons seront envahis par les mers. Ces formations sont une merveille permanente de la création. Ce travail sous-marin s’accomplit avec une rapidité extrême. Un détroit, près de l'Australie, comptait, il y a quarante ans, une vingtaine d'îlots : 1l y a vingt ans on en reconnaissait plus de cent cinquante : aujourd'hui ce détroit est devenu, dans sa longueur de quarante lieues, à peu près fermé à la navigation. Le récif oriental de l’Australie a trois cent soixante lieues de développement, celui de la Nouvelle- Calédonie, cent quarante-cinq lieues. Des groupes d’îles madréporiques du Pacifique ont quatre cents lieues de long, sur cent quarante de large.

La mer de Corail, — elle est bien nommée, — « dans son travail d’enfantement, de soulèvements, de mouvements, dans ses constructions sans cesse augmentées ou affaissées, bâties, ruinées, rebâties, est une fabrique immense de calcaire... » C’est Michelet que nous citons, et il ajoute : « Là, sur un espace grand comme les quatre continents, les polypes consciencieusement bâtisssent des milliers d’iles, les bancs et les récifs qui coupent peu à peu cette mer ; écueils aujourd’hui dangereux et maudits des navigateurs, mais qui montent, se lient à la longue, feront un continent, et qui sait? dans un cataclysme le refuge de l’espèce humaine. »

Forster, le savant compagnon de Cook, soupçonna que ces îles circulaires sont des cratères de volcans exhaussés par les polypes. Cette explication est insuffisante. Il faut dire encore que, volcans où sommets de montagnes, sont descendus peu à peu au niveau de la mer. C’est lorsque ces hauteurs ont été sur le point de disparaître que le travail des polypes, recommencé sans doute bien des fois sur une plus vaste circonférence, a surgi, formant un anneau entouré de ce qui demeurait au-dessus de l’eau sous la forme d’un îlot. Entre l’anneau battu par les flots et l’ilot central, la mer dort dans un bassin tranquille. « Quelques plantes de trois ou quatre espèces, dit encore Michelet dans son beau livre sur la Mer, font une couronne de verdure clairsemée au bassin antérieur. L’eau est du plus beau vert. L’anneau est de sable blanc (résidu de coraux dissous) en contraste avec le bleu foncé de l'Océan. Sous l’eau salée, nos ouvriers travaillent selon leurs espèces ou leurs

"UUY00,I 2D SISEOLS SJ0H S9T

2APINOS JUOA OT puEnNŸ) ****""" — RFI‘ SIT

caractères, les uns plus hardis aux brisants, aux côtés paisibles les bonnes gens timides.

« Voilà un monde peu varié. Attendez. Les vents, les courants, travaillent à l’enrichir. Il ne faut qu’une bonne tempête pour que les îles voisines fassent la fortune de celle-ci. C’est là une des plus magnifiques fonctions de la tempête. Plus elle est grande, violente, tourbillonnante, enlevant tout, plus elle est féconde. Une trombe passe sur une île; le torrent qu’elle y produit, chargé de limon, de débris, de plantes mortes ou vivantes, parfois de forêts arrachées, flot noir, bourbeux, perce la mer, et bientôt, poussé des vagues ici et là, distribue ces présents aux îles prochaines.

& Un grand messager dela vie, et l’un des plus transportables, c’est la solide noix de coco. Non seulement elle voyage ; mais, jetée sur les récifs, sielle trouve un peu de sable blanc, où périraient d’autres plantes, elle y prend et s’en contente. Si elle trouve une eau saumâtre qu'aucun n’aimerait, elle la compte pour eau douce, et vit là, et s’enfonce là. Elle germe , elle pousse, et c’est un arbre, un robuste cocotier. Un arbre c’est bientôt de l’eau douce, et des débris, donc de la terre. Cela invite d’autres arbres, et bientôt l’on voit des palmiers. Des vapeurs arrêtées par eux se fait un ruisseau qui coulant du centre de l’île, maintient dans la blanche ceinture une percée que respectent les polypes, habitants de l’eau salée. »

Les savants ont consacré le nom d’attoles donné par les Indous aux îles de coraux à lagunes de l’océan Pacifique. Les plus remarquables sont le groupe d’attoles de l’archipel de Radak visité par Chamisso, l’île de Borabora, l’île de Witsunday dans l’archipel de Pomotou, l’île Keeling ou des Cocos à environ deux cent quarante lieues de la côte de Sumatra.

Le cercle de récifs qui forme une lagune laisse libre un chenal qui tournoie entre des coraux délicatement ramifiés. C’est le passage que prennent les vaisseaux pour chercher un mouillage à l’intérieur. « Dès l'entrée, dit Darwin, qui a visité les attoles de l'Océanie, le spectacle est ravissant. L'eau, calme, limpide, transparente, peu profonde, repose sur un lit blanc, uni, fin. Le soleil, dardant ses rayons verticaux sur cette immense plaque de cristal, de plusieurs milles de largeur, la fait resplen-

dir du vert le plus éclatant ; des lignes de brisants, frangées d’une éblouissante écume, la séparent des noires et lourdes vagues de l'Océan et les festons réguliers et arrondis des cocotiers, aux palmes vertes, épars sur les îlots, se détachant sur la voûte azurée du ciel, achèvent d’encadrer ce miroir d’émeraudes, tacheté çà et là par des lignes de vivants COTaux. »

La mer attaque sans trêve, de ses grandes vagues, cette barrière née de la veille, et arrache d’énormes blocs de rochers ; mais le travail incessant de ces myriades d'architectes, à l’œuvre nuit et jour, répare les brèches ; et l’on est bien forcé de reconnaître que Le corps mou et gélatineux d’un polype sait vaincre, par l’action des lois vitales, l’immense pouvoir mécanique des vagues de l'Océan auxquelles ne résisteraient ni l’art de l’homme, ni les ouvrages de la nature.

Deux naturalistes très distingués, Gaimard et Quoy, ont victorieusement soutenu que les polypes du corail n’établissent jamais leur demeure à une grande profondeur, où ils ne pourraient résister à l’excessive pression de l’eau; ils commencent leurs travaux à quelques brasses seulement au-dessous du niveau de l'Océan, en s’établissant sur les hauts-fonds. L’illustre Darwin a donné, depuis, à leur assertion le poids de son autorité. Ainsi, on l’a déjà compris, ce n’est pas du fond de la mer qu'ont surgi ces îles à fleur d’eau. Ces hauts-fonds sur lesqueis les lithophytes bâtissent ont été formés par des montagnes, par des îles lentement descendues l’une après l’autre sous les vagues, offrant suc-

cessivement de nouvelles bases à l'établissement des coraux, — mondes finis et qui veulent renaître.

Si la navigation à travers l’océan Pacifique et le grand Océan n’est pas exempte de périls, s’orienter dans ces mers pour décrire les îles et les grandes terres qu’on y rencontre n’est pas non plus sans quelque difficalté. Les géographes ont adopté pour cette partie du globe une division toute conventionnelle. Ils ont réparti les diverses terres grandes et petites entre les quatre groupes suivants :

1° La Malaisie, dont les habitants appartiennent à la race malaise, caractérisée par son peu de barbe, sa petite taille, le teint rouge-brun de sa peau. Cette région de l'Océanie comprend l’archipel de la Sonde

(Java, Sumatra, Banca, Timor), Bornéo, les Célèbes, les Moluques, les Philippines.

2° La Mélanésie, ainsi nommée à cause de sa population noire. Elle possède un vaste continent : l'Australie et de grandes terres comme la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Bretagne, les Nouvelles-Hébrides, auxquelles il convient d'ajouter les îles Salomon et les Louisiades. Les Australiens sont des sortes de nègres chétifs;les Papouas de la Nouvelle-Guinée, avec leur peau noire et leur barbe bien fournie, représentent la portion la mieux partagée du groupe mélanésien.

3° La Polynésie (ce mot signifie îles nombreuses). Elle renferme : la Nouvelle-Zélande, les îles Viti ou Fidji : les îles Marquises, Taïti, les îles Tuamotou, les îles Gambier, les îles Sandwich, les îles Samoa, les îles Tonga. Les Polynésiens ont le teint plus clair et les traits plus réguliers que les hommes de race malaise.

4° enfin, la Micronésie (petites îles) est, elle-même, enclavée dans la Polynésie. On y compte les îles Carolines, les Mariannes, les îles Marshall, les îles Palaos, et quelques autres.

L'évaluation de la population des terres océaniennes varie entre vingt-cinq millions et trente-cinq millions.

Nous assisterons, dans cette partie du globe, à la disparition inévitable des sauvages que la présence seule des Européens semble frapper de mort. Comme on l’a dit, la violence vis-à-vis de ces aborigènes est un crime gratuit, puisque le simple contact de l’homme civilisé tue le sauvage. De tous les peuples disséminés dans ces îles nombreuses de l'Océanie, il n’y aura plus, dans un siècle, que de rares tribus. C’est le monde européen, élément plus fort, qui se substitue fatalement aux races indigènes demeurées indolentes et farouches. On à remarqué toutefois que les populations de race malaise résistent beaucoup mieux au contact des Européens que les Polynésiens, peut-être parce qu’elles y ont été graduellement préparées par des siècles de relations avec les races supérieures de l’Asie.

L'influence des races n’explique peut-être pas suffisamment cette 1mpossibilité apparente de s'initier à notre civilisation que l’on remarque chez certains peuples. On a dit avec raison que le principal obstacle à l'initiation des peuples actuellement sauvages, c’est la trop grande dis-

tance existant entre leur culture élémentaire et la nôtre. Il y a là un abîme que niles uns niles autres ne peuvent franchir. Pour dégrossir des sauvages, des barbares vaudraient mieux que des gens civilisés ; il faudrait qu'il y eût des points de contact entre deux peuples pour que le plus avancé entraînât l’autre. Mais comme on met en présence les deux extrêmes de la sauvagerie et de la civilisation, le sauvage effarouché fuit ou meurt, et l’initiateur déconcerté demeure persuadé qu'il a affaire à des créatures d’une espèce inférieure qu'il peut légitimement refouler ou détruire.

Nous retrouverons l’anthropophagie encore existante dans certaines parties de l'Océanie et se pratiquant de manières diverses chez les Battas de Sumatra, les Tidouns de Bornéo, les Papouas, les Maindanais des Philippines, les insulaires de Piguiram (îles Carolines), en Nouvelle- Zélande, dans tout l'archipel Viti, très probablement dans la Nouvelle- Irlande, dans l'archipel Salomon où le cannibalisme exerce toutes ses fureurs, à Tanna (Nouvelles-Hébrides), à la Nouvelle-Calédonie, malgré l'occupation et la colonisation française, et dans certaines tribus du centre et du nord de l’Australie, notamment au détroit de Torrès.

Mais déjà notre voyageest commencé : en quittant l'Amérique, nous étions en vue des îles Gallapagos, îles sans importance, mais dont nous demandons la permission de dire quelques mots, à cause de ses hôtes emplumés, — les oiseaux familiers.

Cet archipel, qui a appartenu à la République de l’Équateur jusqu’en 1855, époque de sa cession aux Etats-Unis, consiste en dix îles principales formées de rocs volcaniques, situées sous l’équateur et assez près des côtes de l'Amérique du Sud pour pouvoir être considérées comme des satellites de ce continent.

Plusieurs des cratères qui dominent les plus grandes îles sont immenses ets'élèvent à plus de mille mètres. Sur leurs flancs s’ouvrent d'innombrables orifices, et l’on peut sans hésiter évaluer à au moins deux mille les cratères de cet archipel.

La flore de quelques-unes de ces îles n’a d’analogue pour sa pauvreté que la flore arctique. Un acacia et un grand cactus d’un port bizarre sont les seuls arbres qui fournissent un peu d'ombre; les feuilles et les

fleurs que donnent ces arbres sont si maigres qu’à très peu de distance on croirait leurs branches dépouillées comme en hiver.

Quant à la faune, elle n’est pas plus riche : des lézards, des serpents, de nombreuses tortues, point de crapauds ni de grenouilles. Darwin a réuni quelques échantillons d'oiseaux de l’intérieur des terres, tous spéclaux à cet archipel. Merles moqueurs, pinsons, roitelets, gobe-mouches,pigeons et busards, présentent cette singulière particularité de se laisser approcher d’assez près pour qu’on puisse les abattre avec sa badine ou même d’un coup de chapeau. « Un jour que j'étais couché à terre, raconte Darwin, un merle vint se poser sur le bord d’une écuelle faite d’une écaille de tortue que je tenais à la main, et se mit tranquillement à boire ; Je levais le vase sans qu’il s’envolât. J’ai tenté d'attraper ces oiseaux par les pattes et peu s’en est fallu queje ne réussisse. Il paraît qu’autrefois ils étaient encore plus familiers qu’à présent. Cowley a écrit en 1684 : « Les tourterelles sont si peu craintives qu’elles se posent sur nos & chapeaux et nos épaules, de manière qu’on peut les prendre vivantes. « Elles n'avaient aucune crainte de l’homme jusqu’à ce que quelqu'un des « nôtres, ayant tiré sur elles, les eût mis en défiance. » Dampier dit aussi, à la même époque, «qu’un homme pouvait facilement tuer six àsept dou- « zaines de ces oiseaux dans sa promenade du matin. » Aujourd’hui, quoique peu farouches, les tourterelles ne perchent pas sur la tête des gens et ne se laissent pas massacrer en si grand nombre... Dans l’île Charles (1), je vis un jeune garçon assis près d’une source, une baguette à la main ; il s’en servait pour tuer les tourterelles et les pinsons à mesure qu'ils venaient boire. Il en avait déjà un petit tas qu’il destinait à son dîner. C'était, disait-il, sa façon habituelle de s’approvisionner. Il semble que les oiseaux de cet archipel n’ont pas encore appris que l’homme est de tous les animaux le plus dangereux... On peut conclure de ces faits et de beaucoup d’autres analogues, ajoute le célèbre naturaliste, que la terreur de l’homme chez les oiseaux est un instinct particulier, qui ne s’acquiert qu’au bout d’un certain temps, même quand il y a persécution, et qui se transmet par l’hérédité à travers des générations successives. »

(1) L'ile Charles est habitée par une petite colonie de déportés politiques bannis de la république de l'Équateur. La végétation y est vigoureuse ; il y a des bois, des cultures de patates et de bananes. Les pauvres habitants y vivent de porcs et de chèvres sauvages et surtout de tortues.

Longitude Occidentale de Parts

r a nn | tr ns Re — — =— = = = — 90 100 160 190 140 | us se PRE UT == = te EEE mener SON | Î | | | | |!

| | | (D | | nil | ! | 1}!

| Lu | LMaria basara nl = | [ : | Tropique Cancer f ; cles RE — — | | | | \Îl | nul | IN al | | 1!

| | | | | Î { (1 | | | | | na | | Il!

Î | | ns u | | L | î | Lie I 20 ï 201!

; ILE, |. ER Res H - LE î | ww :

| ; | | — : | | Ke + | ee 1 + {fl oo j | || ; | | » 4 | si [sl a | ! | 1 | nl î 2 || | | k il nul À || [| PAR à | | H | Ra | ! M LA | | | = î l | | À E | Ru 11 4o | ; = 40 |f ns | | 1HEVALLI ER (| | - n ë 1 4 / À J Ill | 2 H. CHEVALL 11 | nl | ' | | : LL = | 1J (fl : D ACT | | ss i | Professeur Aoreoc d'Istotre | | : DAS | | ! | If!

i | É | — : 4 | | 2 Ë |. ! ed À 50! 5 : | fu É 10 || pe || i4 | | - ; | | | va L | | MERE ES EETS À eee ü ee eq Poe CS 6 CG Fu LIST # __ | | 9° 100 160 100 L40 150 120 uo ||!

JU 2 M. EP A | || en = == RTE em |

Dressée par P. Bineteau, Géographe.

Gravée par Jacobs et Martin

Longitude Orientale de Paris Longitude Occidentale de Paris

|| CMendovine

arel

DPÉSEFNME

eo er a trente

Pere po " re PÈ Re |

g. à) <@} | | Poe ne 7 Il

ee,

Cancer

Tnémnss |

2 hipperee À 16

Équateur

LAtabien Fe

Page 1